Article de revue

Pourquoi l'Église ?

La dimension ecclésiale de la foi dans l'horizon du salut. Actes du 23e colloque RSR (Paris, 8 – 10 novembre 2011)

Pages 321 à 323

Citer cet article


  • Theobald, C.
(2012). Pourquoi l'Église ? La dimension ecclésiale de la foi dans l'horizon du salut. Actes du 23e colloque RSR (Paris, 8 – 10 novembre 2011) Recherches de Science Religieuse, 100(3), 321-323. https://doi.org/10.3917/rsr.117.0321.

  • Theobald, Christoph.
« Pourquoi l'Église ? : La dimension ecclésiale de la foi dans l'horizon du salut. Actes du 23e colloque RSR (Paris, 8 – 10 novembre 2011) ». Recherches de Science Religieuse, 2012/3 Tome 100, 2012. p.321-323. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-recherches-de-science-religieuse-2012-3-page-321?lang=fr.

  • THEOBALD, Christoph,
2012. Pourquoi l'Église ? La dimension ecclésiale de la foi dans l'horizon du salut. Actes du 23e colloque RSR (Paris, 8 – 10 novembre 2011) Recherches de Science Religieuse, 2012/3 Tome 100, p.321-323. DOI : 10.3917/rsr.117.0321. URL : https://shs.cairn.info/revue-recherches-de-science-religieuse-2012-3-page-321?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rsr.117.0321


1Un diagnostic quelque peu réaliste doit le reconnaître : si la majorité de nos contemporains européens restent attachés à ou tributaires d’un « christianisme » sans Dieu et sans Église, beaucoup ne savent plus à quoi sert cette dernière. D’où la question quelque peu provocatrice, livrée au 23e colloque RSR : « Pourquoi l’Église ? ».

2Une hypothèse a accompagné le travail des participants : c’est principalement la proposition d’un « salut » et d’un salut à orientation eschatologique qui pose problème aujourd’hui. Une Église comprise comme « institution de salut » se voit donc progressivement privée de sa pertinence. D’urgence, elle doit s’interroger sur les « expériences » que désigne, au sein de nos sociétés séculières, le vocabulaire biblique du salut et du Royaume, se demander alors quel « type » d’ecclésialité ou quelle « forme » ecclésiale peut correspondre à sa manière de concevoir le monde dans l’horizon eschatologique et quel rapport nouveau elle peut établir avec d’autres formes de « christianisme », voire avec des « chrétiens sans Église ».

3Les contours de cette problématique ont été précisés dans un numéro préparatoire (RSR 99/3 [2011], 321-413) ; le lecteur pourra s’y rapporter. Ici et dans la livraison suivante, il trouvera les conférences et communications du colloque lui-même. Un premier article, dû à Jean-Louis Souletie, reprend d’ailleurs les points essentiels de ce questionnement à partir du triptyque classique « Église/Royaume/monde », tel qu’il a été pensé par quelques représentants significatifs de l’ecclésiologie postconciliaire.

4L’intrigue du colloque est composée de trois « épisodes » ou étapes qui se suivent selon une logique bien simple. Le parcours commence par un mouvement de décentrement pour envisager l’horizon du ministère de Jésus et de l’Église, le Règne de Dieu, dans notre contexte actuel. À la suite de Raymond Lemieux (RSR 99/3 [2011], 333-348), Jean-Marie Donegani réfléchit à la « mondanisation » du salut, distinguant cette dernière d’une possible éclipse de la transcendance et l’abordant dans la perspective spécifique d’une pragmatique du croire. Christoph Theobald se situe au passage de la terminologie biblique du « Royaume de Dieu » au vocabulaire socio-politique du « vivre ensemble ». Au lieu d’entrer dans une approche théologico-politique de la société par le « lien social », devenu énigmatique en raison du retrait de Dieu, il part – plus concrètement – des difficultés actuelles du vivre ensemble, dans la vie quotidienne et entre générations, et fait intervenir, sur ce terrain, ce qu’il appelle une « philosophie implicite du Royaume de Dieu ». L’enjeu de ce premier temps est de proposer un discernement des « signes des temps », voire une interprétation théologique de la situation spirituelle de nos sociétés séculières.

5Avec la deuxième étape du colloque, nous revenons de l’horizon du salut, ainsi réinterprété, vers la dimension proprement ecclésiale de la foi. Si l’œuvre de Luc, relue dans le numéro préparatoire par Nathalie Siffer (RSR 99/3 [2011], 349-369), peut fournir la matrice d’une pensée du Royaume « entre » Jésus et l’Église, il faut se tourner, avec Jean-Noël Aletti, du côté de la tradition paulinienne pour voir émerger, au passage des proto- aux deutéro-pauliniennes, une véritable réflexion sur la raison d’être de l’Église au sein de la société de l’époque. Cette tentative des deutéro-pauliniennes d’exprimer, avec de nouvelles métaphores et dans un langage ajusté à la situation, la « relation inouïe du Christ au créé, à l’Église en particulier », témoigne de la créativité de la génération apostolique qui rapporte ce « mystère » à une révélation dont la nouveauté dépasse l’économie des Ecritures anciennes. Sans doute peut-on y repérer une manière de procéder, à adopter par l’ecclésiologie contemporaine qui n’hésite pas à inventer de nouveaux concepts, ne fût-ce que celui de « l’Église sacrement ».

6Deux articles fondamentaux traitent alors du positionnement de l’Église, voire de son statut dans nos sociétés postmodernes. Pierre Gisel critique l’idée de « l’Église sacrement » et, plus vivement encore, le motif de « l’unité » inclusive dont l’Église serait, selon Lumen gentium, N° 1, le sacrement ; comme si elle pouvait s’envisager à partir d’un idéal d’humanité déjà partiellement réalisée en elle (critique que Jean-François Chiron reprendra à sa manière). Positivement, il comprend l’Église comme « lieu » d’une mise en récit et d’une symbolisation de l’humain et « lieu » d’une convocation du sujet à être, la situant donc parmi les institutions intermédiaires de la société civile, entre l’individu et le politique. Henri-Jérôme Gagey, de son côté, engage une réflexion à la fois fondamentale et pratique qui confronte plusieurs « manières d’être Église » ou « paradigmes » – l’Église comme « institution du salut », « corps théologico-politique », « communauté paroissiale au cœur de la communauté humaine », etc. Il parle d’ailleurs plutôt de « paradigmes fantômes » ; car au-delà des débats postconciliaires entre l’intégralisme et l’aggiornamento (Émile Poulat), il discerne un conflit de fond plus ou moins conscient qui traverse nos Églises francophones et ouest-européennes, d’un côté hantées par le type « secte » dont on craint les dérives communautaristes et identitaires, mais s’avérant de l’autre côté incapables d’endiguer une rapide dissémination de l’existence chrétienne. Deux autres études, l’une sur l’Église en milieu urbain (Christian Delarbre) et l’autre sur l’institution paroissiale, ouverte au tout-venant dans un contexte culturel totalement différent (Antoine Borras), poursuivent cette réflexion fondamentale en dessinant quelques perspectives d’avenir sur le terrain concret de la pastorale.

7On l’aura compris, ces approches diversifiées de la dimension ecclésiale de la foi n’abandonnent pas notre diagnostic du moment présent ni le triptyque « monde/Royaume/Église », même si elles déplacent le projecteur sur cette dernière. Enrichis de cette traversée, nous revenons alors, dans un troisième temps, à la question initiale du colloque : finalement, « pourquoi l’Église ? ». Jean-François Chiron reprend les trois termes de la problématique et pense leur articulation intrinsèque, tout en justifiant l’expression moderne et contemporaine de l’Église « sacrement du Royaume ». Après la mise en place de cette conceptualité conciliaire et postconciliaire par Laurent Villemin et Georges Chevallier (RSR 99/3 [2011], 371-393) et sa critique par Pierre Gisel, il faut affronter son ambiguïté et la dépasser, grâce à la perception d’une différence décisive, restée inaperçue à Vatican II, entre « Règne » de Dieu et « Royaume » de Dieu. Il revient à Joseph Famerée de relire l’ensemble des trois « épisodes » de ce colloque et d’ouvrir quelques chantiers pour la recherche à venir ; ce qu’il fait en œcuméniste averti qui relit en même temps la dernière des contributions préparatoires, celle de Denis Müller sur précarité institutionnelle de l’Église et radicalité du Royaume (RSR 99/3 [2011], 395-413). On laissera le lecteur découvrir cet ultime résultat du colloque qui fut en même temps un grand moment d’« intelligence collective ».

8Le dossier rassemblé dans le numéro préparatoire, dans ce numéro-ci et le suivant est en effet l’expression d’une manière ecclésiale et œcuménique de faire de la théologie. C’est l’ensemble de l’assemblée, bien différenciée du point de vue des âges, nationalités, disciplines représentées, appartenances confessionnelles, etc., qui a composé l’intrigue du colloque. Certes, des recherches patientes, solitaires et engagées de longue date par les meilleurs spécialistes francophones en ecclésiologie ont abouti devant l’assemblée et ont nourri la réflexion commune ; mais c’est une manière de s’atteler ensemble à une question vitale qui a compté en définitive pendant les deux jours et demi de travail en commun et qui fait que le résultat n’appartient plus à personne en particulier mais est désormais le bien des participants, en attendant qu’il le devienne, espérons-le, des lecteurs de ce dossier. Le colloque a bénéficié de l’aimable hospitalité de la maison des évêques de France ; geste symbolique qui montre qu’un diagnostic sans fard de la situation actuelle et les questions les plus radicales sur l’Église peuvent être posés in medio ecclesiae. Que tous, participants du colloque et ceux qui ont proposé des conférences ou communications soient remerciés de leur travail et de leur fidélité.


Date de mise en ligne : 03/10/2012

https://doi.org/10.3917/rsr.117.0321