Éditorial
Pages 485 à 487
Citer cet article
- THEOBALD, Christoph,
- Theobald, Christoph.
- Theobald, C.
https://doi.org/10.3917/rsr.094.0485
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- Theobald, C.
- Theobald, Christoph.
- THEOBALD, Christoph,
https://doi.org/10.3917/rsr.094.0485
Qu’y a-t-il de neuf en théologie sacramentaire ?
1Vingt ans après le colloque des Recherches de Science Religieuse sur « les sacrements de Dieu » (75 [1987], nos 2 et 3) et les travaux de la revue sur les « enjeux du rite dans la modernité (78 [1990], nos 3 et 4), cette question se pose avec une radicalité accrue et une certaine urgence. Le remarquable état des lieux qui ouvre le premier de ces deux recueils est certes toujours d’actualité et mérite d’être relu et médité. Il donne en effet à la sacramentaire l’objectif de « déterminer ce qui est “fondamentalement ” constitutif du sacrement chrétien pris en tant que tel, ce qui est en cause dans la notion et la pratique des sacrements quand on veut aller “au fond ” des choses ». L’éditorialiste qui énumère l’ensemble des questions qui se posent alors centre l’intérêt sur le spéci?que de la sacramentalité au sein de la ritualité humaine, tout en mettant en valeur l’effort herméneutique que la théologie vient d’accomplir, en particulier le passage décisif du registre de la causalité à celui du symbolisme ; commentant le titre, il insiste sur la liberté de Dieu par rapport à ses sacrements mais aussi sur l’amour invincible qu’il manifeste en eux.
2Aujourd’hui la mutation d’époque dont il a été question, il y a vingt ans, est accomplie ; « nous sommes devenus effectivement différents », lira-t-on dans la suite de ce numéro. Mais certaines dif?cultés déjà perceptibles à l’époque se présentent maintenant de manière bien plus accusée : parmi les catholiques, des pratiques comme l’adoration eucharistique ont tendance à se détacher de la célébration eucharistique et à établir avec le sacrement un lien purement extérieur qui n’intègre plus le lien entre les ?dèles ; entre-temps, la disparition de nombreuses oppositions sur le plan œcuménique révèle des résistances pratiques à aller plus loin dans un accord effectif ; et, tandis qu’on assiste à ces raidissements sur le plan liturgique, la désaffection de la pratique sacramentelle devient de plus en plus massive, au moins en Europe de l’ouest.
3La théologie sacramentaire est donc invitée à s’affronter au phénomène d’exculturation et à ses effets en retour sur la vie ecclésiale, douloureusement éprouvés sur le plan pastoral. Une ré?exion théorique nouvelle doit y faire face, certes en revisitant la grande tradition de la sacramentaire médiévale et en ré?échissant aux nouveaux équilibres, établis par Vatican II, mais en repensant surtout le croisement anthropologique et théologique entre les attentes humaines de beaucoup de nos contemporains et ce qui, à l’instar de la venue des temps messianiques ouverts par la mission du Christ, est susceptible de faire signe aujourd’hui. C’est là l’objectif de ce numéro exploratoire.
4Dans un premier temps, Louis-Marie Chauvet, qui depuis plus de vingt ans stimule et enrichit la ré ?exion sacramentaire en francophonie, revient sur son itinéraire, marqué par la « greffe herméneutique de la phénoménologie », et propose quelques axes de recherche œcuménique à promouvoir. Tandis que sa ré ?exion se situe nettement sur le plan d’une théologie fondamentale de la sacramentalité, celle de Patrick Prétot prend des distances par rapport à des perspectives qu’il appelle « a-liturgiques » et montre, dans la ligne de Schillebeeckx, comment l’année liturgique constitue le chemin privilégié pour penser les sacrements comme expérience de rencontre. Avec Étienne Grieu, nous rejoignons les évolutions actuelles de la société française et le démantèlement du septénaire dans la pratique de beaucoup de chrétiens ; situation culturelle qu’il prend à bras-le-corps en montrant, dans une approche à la fois anthropologique et pastorale, à quelles conditions les sacrements peuvent y retrouver leur pertinence. Il revient à Joseph Moingt de se saisir du symptôme de la levée récente de l’excommunication de quatre évêques schismatiques pour ré?échir au rapport que la sacramentalité entretient avec le peuple de Dieu. S’opposant à la thèse de la validité des ordinations schismatiques, relisant de manière critique une tradition embrouillée, il tente de sortir la sacramentaire d’une certaine abstraction canonique et de poser les bases pour résoudre d’autres questions (situation actuelle du baptême et du presbytérat) du point de vue concret du bien commun de l’Église. Ces quatre articles auraient été incomplets sans une note consistante, due à Michel Fédou, sur la toute dernière synthèse doctrinale de la sacramentaire catholique, publiée par Bernard Sesboüé sous le titre bien signi?catif « Des sacrements crédibles et désirables ».
5Formant un ensemble contrasté et en même temps cohérent, ces contributions constituent une invitation à un débat et un porche d’entrée pour une ré?exion future plus ample ; dé ? qu’un autre numéro de la revue ou un colloque à venir devront relever.