Changement de psychanalyse
- Par Pierre Bruno
Pages 7 à 31
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- BRUNO, Pierre,
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Notes
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[1]
L’apophantique se démarque du modal, parce qu’il vaut inconditionnellement. Stricto sensu, une loi scientifique est dite vraie uniquement si elle est falsifiable, c’est-à-dire si elle peut devenir fausse. Ce « vrai » du domaine scientifique est à distinguer de la vérité du sujet, elle-même à double face, puisqu’elle peut soit être instrumentalisée comme alibi, soit indiquer l’ici de son symptôme.
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[2]
On pourrait rapprocher cette immuabilité de l’exigence infantile d’entendre les adultes raconter une histoire sans en changer le moindre mot – ce que note Freud. Mais cette fixité assignée au récit de l’adulte sert, pour l’enfant, de cadre à son inventivité fabulatoire, qualité qui n’est guère en cours chez les psychanalystes, pour beaucoup préoccupés à ne faire aucun écart, sinon pour se démarquer du semblable.
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[3]
Faut-il incriminer Lacan ? La question n’est pas prohibée, mais le cloisonnement quasi autistique des associations lacaniennes après la dissolution de l’École freudienne de Paris est à coup sûr le générateur direct d’un positionnement des analystes dans lequel la fidélité « patriotique » à l’association d’appartenance prime sur le rapport à la psychanalyse. Voilà pourquoi notre fille (la psychanalyse in progress) est muette.
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[4]
J. Lacan, Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 213.
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[5]
Ibid., p. 591.
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[6]
Dans Le désir et son interprétation, Lacan indique que la déflation narcissique est la condition de ce surmontement.
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[7]
J. Lacan, Écrits, op. cit., p. 637.
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[8]
Quasiment au terme de son enseignement, dans la leçon du 10 mai 1977, Lacan ose énoncer la conséquence d’une psychanalyse, à savoir que « le S indice 1 ne représente pas le sujet auprès du S indice 2, à savoir de l’Autre ». En effet, dans la ligne inférieure du discours analytique, la liaison du S1 (à droite) et du S2 (à gauche) est rompue par la barrière de la jouissance.
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[9]
J. Lacan, Autres écrits, Paris, Le Seuil, 2001, p. 520.
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[10]
J. Lacan, « La psychiatrie et la guerre », dans Autres écrits, op. cit., p. 105.
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[11]
Ibid., p. 114.
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[12]
J. Lacan, Autres écrits, op. cit., p. 587.
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[13]
Objet prélevé sur l’Autre, mais, dans ce prélèvement, le sujet « se mouille ».
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[14]
Bien sûr, tant que ce nom n’est pas lu, le trou reste inaperçu.
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[15]
Cf. « L’étourdit ».
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[16]
C’est la formule que m’a proposée Marie-Jean Sauret pour me renvoyer la façon dont il entendait cette distinction.
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[17]
Cet antagonisme que je pose entre réalisation du fantasme et accomplissement du désir mérite d’être explicité délicatement. Le fantasme ne se « réalise » que dans son franchissement, c’est-à-dire au-delà de la frontière en deçà de laquelle sa réalisation est projetée. Ainsi, un analysant s’éprouve comme « déjà mort », plongé dans une déréliction qui, en même temps, le soulage. En somme, il fait passer dans la veille un accomplissement de désir : mourir pour ne plus être confronté à l’appréhension obsédante de la mort.
Ce titre est un pléonasme, pour autant qu’une psychanalyse, dès qu’amorcée, change la psychanalyse. Le problème est donc plutôt de savoir pourquoi, en
dépit de cette assertion qui probablement ne rencontrerait pas d’objection, la
psychanalyse, en tant que doctrine, sécrète tendanciellement sa propre idéologie.
Par idéologie, j’entends deux choses : a) la promotion d’une clinique spéculaire,
dans laquelle le cas est le reflet de l’idée qu’on se fait de la théorie, alors qu’il ne
devrait y avoir de clinique psychanalytique, comme Freud en a tracé la voie, que
de ce qui conteste la théorie, ou la fait naître ; b) la promotion d’un savoir captif
du mirage de la vérité. Dès lors, le savoir s’idéologise dans sa présomption d’être
le vrai. Or, la psychanalyse, au contraire, devrait nous conduire à renoncer au
péremptoire (je dis vrai) au profit de l’apophantique (il est réel que).
Il est de plus en plus difficile aujourd’hui, parce que l’histoire a construit
ses autoroutes, de contester la place fondatrice de Lacan (« Lacan fonde ce que
Freud découvre »). La critique qui le boude ou le déteste est assez piètre ; elle
témoigne plus d’une ignorance et d’une incompréhension que d’objections dont
on pourrait discuter le bien ou mal fondé. Encore faut-il cependant, pour ne pas
rester confit dans une dévotion fade qui efface l’inouï de sa doctrine, ne pas la
considérer métaphysiquement comme s’il était incorrect de ne pas être lacanien,
et comme si ses énoncés allaient de soi depuis toujours en oubliant qu’avant la
fourchette il n’y avait pas de fourchette…
Date de mise en ligne : 11/05/2026