La perversion de la loi, II
- Par Isabelle Morin
Pages 17 à 28
Citer cet article
- MORIN, Isabelle,
- Morin, Isabelle.
- Morin, I.
https://doi.org/10.3917/psy.031.0017
Citer cet article
- Morin, I.
- Morin, Isabelle.
- MORIN, Isabelle,
https://doi.org/10.3917/psy.031.0017
Notes
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[*]
Isabelle Morin <imorin@netcourrier.com>
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[1]
P. Bruno, Une psychanalyse, du rébus au rebut, Toulouse, érès, coll. « Point hors ligne », 2013, p. 235. J’en profite pour signaler ce que cet article doit au travail de P. Bruno sur la perversion publié dans ce livre (p. 225-278).
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[2]
I. Morin, « La perversion de la loi, I », Psychanalyse, n° 29, Toulouse, érès, janvier 2014, p. 7-18.
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[3]
Cf. I. Morin, « La traversée de la loi », Psychanalyse, n° 4, Toulouse, érès, septembre 2005.
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[4]
J. Lacan, « Subversion du sujet et dialectique du désir », dans Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 827.
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[5]
J. Lacan, Le séminaire, Livre VII, L’éthique, Paris, Seuil, 1986, p. 208.
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[6]
Ibid., p. 84.
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[7]
Comme me l’a soufflé Marie-Jean Sauret.
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[8]
Cf. la lecture qu’en a faite P. Bruno dans « KaS », Psychanalyse, n° 27, Toulouse, érès, mai 2013, p. 8-12.
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[9]
Les lois d’en haut qui ne peuvent s’écrire.
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[10]
J. Lacan, « Kant avec Sade », dans Écrits, op. cit., p. 763-790.
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[11]
Ibid., p. 782.
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[12]
Ibid., p. 786.
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[13]
Ibid., p. 787.
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[14]
« Plus de suite dans le scandale irait à reconnaître dans l’impuissance où se déploie communément l’intention éducative, celle même contre quoi le fantasme ici s’efforce : d’où naît l’obstacle à tout compte rendu valable des effets de l’éducation, puisque ne peut s’y avouer l’intention de ce qui en a fait les résultats. » Ibid., p. 787.
-
[15]
« Pas de succès d’une séduction, où pourtant se couronnerait le fantasme : celle par quoi la victime, fût-ce en son dernier spasme, viendrait à consentir à l’intention de son tourmenteur, voire s’enrôlerait de son côté par l’élan de ce consentement. » Ibid.
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[16]
Ibid.
-
[17]
Ibid.
-
[18]
Ibid., p.790.
-
[19]
daf, à l’origine de son prénom, déjà une mistoufle.
-
[20]
Je demande l’indulgence au lecteur pour les réductions que j’opère, mais je n’ai pour ambition ici que de vérifier si Sade nous permet de saisir l’écart entre perversion et transgression.
-
[21]
Sade, Histoire de Juliette, Paris, Pauvert, tome IV, 1949, p. 78.
-
[22]
P. Mengue, dans son essai L’ordre sadien, loi et narration dans la philosophie de Sade (Paris, Kimé, 1996, p. 45), met l’accent sur la dimension scientifique et philosophique de l’œuvre de Sade et fait valoir que la nature est « conçue, par Sade, comme un creuset, ou un cornet où se joue, par la combinatoire des éléments, le sort du monde et des espèces », une nature fondée sur le hasard majeur et sur une nécessité. Ce hasard la rend incompréhensible, inexplicable et surtout parfaitement indifférente aux hommes et aux choses, et la nécessité est celle du renouvellement.
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[23]
J. Lacan, Le séminaire, Livre VII, L’éthique, op. cit., p. 249.
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[24]
C’est ainsi que P. Mengue nomme ces deux lois, agent d’équilibre et agent de rénovation (op. cit., p. 49).
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[25]
J. Lacan, Le séminaire, Livre VII, L’éthique, op. cit., p. 250.
-
[26]
Ibid., p. 232.
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[27]
P. Bruno fait remarquer la proximité entre la torture sexuelle et la répression politique (dans Une psychanalyse, du rébus au rebut, op. cit., p. 235).
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[28]
P. Bruno, le note dans son travail sur la perversion (Une psychanalyse, du rébus au rebut, op. cit., p. 264). A. Merlet fait la même remarque à propos du couple des parents de Jouhandeau, « une sainte femme unie à un centaure » (« J’ai fait religion de ma perversion et perversion de ma religion », dans A. Merlet et H. Castanet, Le choix de l’écriture, La Rochelle, La Rumeur des âges, 2004).
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[29]
Ces références sont issues de ses biographes G. Lely et M. Lever.
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[30]
Il met dans la bouche d’Olympe les mots suivants : « Il n’existe absolument plus rien de nous quand nous sommes morts, et […] cette dépouille que nous laissons sur terre n’est plus que ce qu’étaient nos excréments, quand nous les déposions au pied d’un arbre, pendant que nous existions, […] il n’est dû ni devoir, ni respect à un cadavre ; le seul soin qu’il mérite bien plus pour nous que pour lui est de le faire enterrer, brûler, ou de le faire manger à des bêtes ; mais […] des hommages… des tombeaux… des prières… des louanges, ne lui appartiennent nullement, et ne sont que des tributs que la stupidité rend à l’orgueil, faits pour être détruits par la philosophie. » (Sade, Histoire de Juliette, op. cit.)
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[31]
G. Lely, Vie du marquis de Sade, Paris, Mercure de France, 2004, p. 667.
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[32]
M. Lisse, « “… Excepté néanmoins du petit nombre…”, Sade et Bataille », dans Imaginaire du mal, Paris, Cerf, 2000.
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[33]
À propos du titre du livre de Klossowski, Sade mon prochain.
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[34]
J. Lacan, Le séminaire, Livre VII, L’éthique, op. cit., p. 232.
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[35]
Ibid., p. 92.
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[36]
Question que je posais en conclusion de mon article précédent, « La perversion de la loi, I », op. cit.
« [La] mise en perspective du libertin et du pervers risquerait d’accréditer la pente moralisatrice de la solidarité entre la libération sexuelle et la délinquance criminelle, si nous nous laissons intimider par la crainte que l’ouverture du champ pulsionnel abolisse toute loi, alors qu’il s’agit d’élaborer le rapport à la loi qui convient pour que cette ouverture crée la civilisation. »
1La modification en novembre 2013 de la sixième supplique adressée à Dieu dans la neuvième phrase de la prière chrétienne du Notre-Père met en exergue la perversion de Dieu. L’énoncé traditionnel « Ne nous soumets pas à la tentation » proposait la version d’un Dieu qui soumettrait ses enfants à la tentation pour vérifier comment ces derniers usent de leur liberté à jouir. Pour la psychanalyse, cette version est homogène avec le fantasme, on n’échappe pas à la structure. Cette supplique a été transformée par les exégètes en « Ne nous laisse pas entrer en tentation », c’est-à-dire protège-nous de la tentation. Il aura donc fallu dix-sept années de débats avec soixante-dix traducteurs pour arriver à masquer la potentielle père-version d’un Être suprême en méchanceté, comme le nommait Sade.
2*
3* *
4Nul ne doute, au temps de la psychanalyse, que le désir est lié à la structure même de la loi, vectorisée par le père qui l’incarne pour atteindre le désir. Cependant, cette loi, en tant que celle du père, porte en elle une limite que Lacan a fait valoir en 1975 comme relevant de sa père-version, la version du père que le sujet a construite. La loi du père est trouée par un bout de réel, le bout incastrable de sa jouissance sur lequel il s’appuie pour la transmission, s’il ne se réduit pas à un père purement symbolique (le père mort). Mais là où le sujet névrosé tente de régler, avec plus ou moins de succès, son rapport au désir, en dénouant le pacte avec le père pour son propre pacte avec le désir, le sujet pervers reste collé à sa version père. C’est sans doute ce dont rend compte l’affinité élective du sujet pervers avec la loi, qu’il défie tout en la soutenant, « dévot de la loi », disait Freud. La loi et le désir sont au cœur de la perversion, mais cette articulation n’est pas sans question puisque, si le désir du névrosé se soutient lui aussi de la loi, comment repérer l’écart entre ce qui commande de s’assujettir à la loi, de la transgresser, et ce qui la pervertit pour assujettir l’autre à sa propre loi ?
5Lors d’un précédent travail [2] sur la perversion de la loi, j’avais mis l’accent sur le discours du sujet pervers, sur sa façon d’opérer avec les lois du langage, signant ainsi sa position de sujet dans la structure. J’avais essayé d’extraire trois procédés du style pervers. Avec le premier procédé le sujet annule la différence en faisant équivaloir les contraires, avec le second il falsifie la langue pour manipuler les esprits, et avec le troisième il truque la logique pour faire de l’autre le complice de son fantasme. Annuler, falsifier, truquer, ces procédés sont homogènes avec le déni de la castration. J’avais proposé de distinguer la perversion de la loi de sa transgression pour faire valoir cette différence fondamentale que nous enseigne le sujet pervers. La transmission d’une « loi toute » conduit à la perversion, d’où l’affinité repérée par Freud entre religion et perversion.
Le désir et la transgression de la loi
6Quelques rappels sont nécessaires pour baliser le chemin de la démonstration. Le sujet pervers se situe dans un rapport à la loi non réglé sur ce qu’implique la logique phallique : la castration en tant qu’elle règle le désir, parce que le pervers désavoue la castration. Par castration, il nous faut entendre non seulement la castration maternelle, par laquelle toute différence advient, mais sa conséquence, qui est la faille dans l’Autre, A. La loi de la logique phallique est portée par le père, mais le sujet est aussi soumis à une autre loi, que nous pouvons appeler « la loi de l’objet », qui lui donne rendez-vous avec le destin de l’objet qui ordonne la jouissance. Cette loi-là s’écrit dans la formule du fantasme ($ ? a).
7Lacan propose quelques jalons sur la transgression dans le séminaire L’éthique de la psychanalyse et dans son texte « Kant avec Sade », qui nous permettent d’extraire une orientation.
8La loi humaine doit son existence aux lois de la parole et c’est à partir de là que Lacan, dans L’éthique, aborde la nécessaire transgression de la loi pour que le parlêtre trouve la voie du désir et obtienne un plus-de-jouir. Bien sûr nous savons, depuis Freud, que la véritable limite à la jouissance n’est pas l’Autre, mais le principe de plaisir qui fixe la limite à ne pas dépasser. C’est pourtant un fait de structure, l’humain a besoin d’imaginariser un Autre de la loi qui impose la castration, que l’on retrouve dans le fantasme. Dans la réalité, c’est le père qui représente cet interdit de jouir de la mère. La loi du père est au fond la loi de son désir pour la mère. Une fois respectée la limite de la loi primordiale, celle de la prohibition de l’inceste, une fois le Nom-du-Père en place dans l’inconscient, et celle de la différence des sexes, le sujet doit rompre le pacte avec le père, transgresser sa loi, s’il désire vivre sa vie.
9Lacan s’appuie sur Freud, mais aussi sur saint Paul, puis son pas supplémentaire consistera à confronter la position de Kant avec celle de Sade ; il finalisera sa pensée dans son texte « Kant avec Sade », en 1963. Il s’appuie sur Freud parce que ce dernier a montré que l’homme entre dans la loi par le crime, sur saint Paul parce que celui-ci avance, a contrario de Freud, que c’est la loi qui fait le péché, vérité absolue, dira Lacan.
Transmettre la loi
10La condition de la transmission de la loi tient au père. Il doit avoir réglé son rapport au désir, « sans falsification ». Concernant la mère, nous savons, grâce à la psychose, qu’elle doit faire cas de la parole du père, donc de sa loi. Et concernant le sujet, il ne suffit pas pour lui d’entrer dans la loi, il s’agit de la traverser [3] ; le sujet doit traverser ce drame primordial pour que la loi se transmette. Cette traversée est effective quand le sujet assume le désir inconscient du meurtre du père, nécessité pour franchir sa loi. Il doit assumer cette « noirceur » et la division que cela instaure à l’origine du désir interdit, celui de la mère, donc à l’origine de la loi.
11Que la loi se transmette est une chose, mais le sujet va-t-il pour autant obtenir un peu de jouissance au-delà de la loi du père ? Il n’y a pas de transgression de la loi du père sans assomption de la castration et pour cela le sujet ne peut pas faire l’économie de s’affronter à l’Autre, c’est-à-dire à sa volonté. Lacan précise que c’est même le sens de la castration, « qui veut dire qu’il faut que la jouissance soit refusée [il faut consentir à en perdre un bout] pour qu’elle puisse être atteinte [pour qu’un bout de jouissance soit possible], sur l’échelle renversée de la loi du désir [4] ». L’échelle renversée de la loi du désir concerne un au-delà du désir originel pour la mère.
12À partir de cette tension entre loi et jouissance, on pourrait donc imaginer que celui qui s’avance dans une jouissance sans frein, en rejetant la loi morale, puisse jouir sans limite, sans la limite que la loi du père représente. Or l’expérience montre que ce sujet-là rencontre aussi des obstacles. D’où Lacan rappelle que la transgression « ne s’accomplit qu’à s’appuyer sur le principe contraire, sur les formes de la loi [5] ». Transgresser, c’est donc affirmer la loi. C’est très précisément ce à quoi sert la loi, à être transgressée, sinon il n’y aurait pas de désir et la jouissance resterait enchaînée au fantasme de l’Autre. Lacan va jusqu’à dire que la transgression est la condition de toute vie sociale [6]. Il suffirait de relire le Livre des Juges [7] pour voir, dans tout ce qui est prescrit et interdit, le catalogue de ce que le Dieu de la Bible interdit à son peuple pour sa jouissance, depuis l’interdiction de coucher avec un animal jusqu’à celle de coucher avec la femme du voisin, en passant par toutes sortes de variantes de l’érotique. On sait bien que les hommes passent leur temps à transgresser les lois, « le catalogue et le chapitre de nos transactions », mais les sujets névrosés respectent en général les limites de l’humain.
13Une différence radicale s’impose donc entre transgresser la loi et franchir les limites de l’humain. Le meurtre du père, en instaurant et transmettant la loi, n’ouvre pas à la jouissance espérée, il laisse l’homme à « la tragédie du désir ». La transmission de la loi se vérifie à l’aune de la culpabilité émergeant avec le surmoi qui a intériorisé un maître qui interdit et commande de jouir. La tension entre l’interdiction et le commandement ne libère pas mais enchaîne si un pas de plus n’est pas franchi qui libère de la volonté de l’Autre présente dans le fantasme. En somme, le sujet incorpore dans un premier temps le désir et la loi de l’Autre, puis pour frayer son chemin il doit s’en séparer. Le sujet doit résoudre cette aporie, la névrose étant un mode de résolution et la perversion un autre. La psychose, en l’absence du Nom-du-Père, doit aussi trouver ce qui peut faire suppléance pour aider le sujet à traiter la jouissance. Ces quelques éléments de structure sont nécessaires pour rappeler sur quel bord le désir et la loi sont noués, sur celui de la tension entre la jouissance et le désir.
Les pièges de la loi
14Lacan poursuit donc dans L’éthique son périple sur la transgression de la loi, en commentant longuement l’éthique de Kant et celle de Sade, pour montrer le point de connexion entre l’impératif catégorique du premier et le « tu dois jouir de tout » du second, chacun s’appuyant sur une maxime universelle, qui vaudrait pour tous [8]. Nous avons trois positions : Kant, en excluant l’objet de l’intérêt et du sentiment, obtient une loi cruelle et inhumaine à laquelle le sujet est soumis par la raison, Sade, en faisant équivaloir la loi à la volonté de jouissance, ouvre l’espace de la perversion, et Freud, en identifiant la loi au désir refoulé, fonde l’inconscient. On pourrait ajouter la version d’Antigone qui, en dévoilant la perversion de la loi par le maître, fait apparaître la division interne à la loi, entre les lois de la cité et les lois de l’humain [9], et donne ainsi un autre visage à la loi où peut s’inscrire S(A) (à lire : S de grand A barré).
La loi et son envers
15Le virage définitif que Lacan opère au regard de la loi et du désir se situe dans son texte « Kant avec Sade », en 1963 [10]. Dans son commentaire des deux apologues kantiens, il conclut de la position de Kant que « la loi et le désir refoulé sont une seule et même chose [11] ». Il avance alors que le statut du désir change avec Sade, au regard de celui de Kant, et qu’il s’agit de l’examiner.
16Je suis pas à pas ce que va conclure Lacan à partir d’une question : « Jusqu’où Sade nous mène-t-il dans l’expérience de cette jouissance, ou seulement de sa vérité [12] ? » Lacan rappelle d’emblée que le fantasme se constitue des limites au-delà desquelles règne la Chose, là où se constituent les frontières de l’humain, qui consistent à ne pas outrepasser les limites de la jouissance. Il poursuit : « Nous savons que Sade est passé au-delà des limites [de l’humain], ce qui lui a permis de nous donner l’épure de son fantasme. » Lacan explore alors le fantasme chez Sade dans La philosophie dans le boudoir et au fond il examine, me semble-t-il, le ratage du fantasme sadien à transgresser la loi tout en passant au-delà des limites de l’humain. La méchanceté est située par Sade dans sa transcendance, c’est-à-dire du côté de Dieu, l’Être suprême en méchanceté, qui ne nous apprend rien sur les modulations du cœur puisqu’« une œuvre qui se veut méchante ne saurait être une méchante œuvre [13] ». Il ne s’agit donc pas de sa propre méchanceté mais de celle de Dieu.
17Lacan indique alors que « pour qu’il ait plus de suite dans le scandale » il faudrait reconnaître deux traits que Sade a méconnus : 1) l’intention éducative, celle qui n’avoue pas les coordonnées du fantasme qui l’ordonnerait [14], et 2) l’absence de succès d’une séduction [15], où pourtant se couronnerait le fantasme. Il conclut du fantasme chez Sade : « En quoi se démontre d’une autre vue [que celle de Kant] que le désir soit l’envers de la loi [16]. » Si Kant, en effet, pensait se passer de l’objet pour fonder en raison l’action morale, a contrario, le fantasme sadien éclaire la façon dont la loi et le désir « se soutiennent [17] ». L’intention éducative le montre quand elle s’appuie sur la perversion du « pédagogue » pour éduquer à la loi. Pour Sade, ajoute Lacan, on est toujours du même côté (celui de la loi), le bon ou le mauvais, aucune injure n’y changera rien. En somme, le fantasme sadien rate à passer au-delà de la loi alors que Kant, avec son apologue du gibet, montre qu’il suffirait qu’il compte le désir et la jouissance dans son calcul pour que le sujet transgresse la loi.
18Le verdict de Lacan est que Sade s’est arrêté au point où le désir se noue à la loi. « Quelque chose en lui s’est laissé retenir à la loi pour y trouver l’occasion d’être démesurément pécheur. » Au fond, Sade n’a pas été assez loin pour transgresser la loi. « L’apologie du crime ne le pousse qu’à l’aveu détourné de la loi. Il restaure l’Être suprême en méchanceté dans le Maléfice [18]. » Pour clore ce passage, le « Noli tangere matrem » sur lequel se boucle La philosophie dans le boudoir confirme la soumission de Sade à la loi. Ce qui n’est pas symbolisé par Sade, c’est la loi de la castration. Ses livres ne relèvent pas d’un traité du désir, car il est resté enchaîné au désir de l’Autre et aux effets de jouissance.
19Pour faire équivaloir la loi à son envers le désir, comme Sade l’a fait, la loi et le désir doivent nécessairement être sur une bande de Möbius, de telle sorte qu’il n’y ait ni traversée, ni franchissement, ni transgression qui ferait nécessairement rupture, mais un simple retournement. Le sujet pervers opère un retournement de la loi, retournement homogène à son rapport à la logique langagière. Dès lors, il ne reste à Sade que la course effrénée au fantasme, qui tient au ratage du fantasme à passer au-delà de la loi du désir de l’Autre. Retourner la loi empêche de la transgresser et ce ratage lui impose de refaire un tour pour renforcer le fantasme – encore un effort !
20Le pervers vise à faire équivaloir la loi à la jouissance sans le médium du désir et de l’angoisse. Sa loi, celle par exemple que Sade met en acte dans l’écriture, est celle de sa jouissance. Le désir pour le sujet pervers est remplacé par une volonté de jouissance. Il jouit de défier la loi dans un face-à-face éternel avec elle, parce qu’il se voue à compléter l’Autre et non à le décompléter. Comme si du surmoi ne restait que le commandement à jouir, sans l’interdit, ou encore comme si, dans l’ambivalence primordiale amour-haine pour le père, la haine avait disparu à cause du déni de son meurtre et du déni de la castration et qu’à la place de la haine ne restait que la volonté de se soumettre au commandement du surmoi.
Sade et l’invention de sa loi
21L’expansion de la Science a préparé et annoncé la mort de Dieu, ce qui en retour a radicalement modifié le problème du mal. Une brèche a été ouverte pour de la perversion faire système.
22L’œuvre de Sade démontre comment il a traité la loi dans un tour de passe-passe. Il a pris d’abord acte, dans un athéisme radical, qu’aucun Dieu ne pouvait lui dicter sa loi car il n’existait pas. Il a dû ensuite inventer une autre loi, qu’il a nommée « loi de la nature », qui exige la destruction et le crime. C’est une contre-loi, un retournement de l’essence même de la loi qui va au-delà d’une simple justification des crimes qu’il prône. Le tour de passe-passe tient au fait que cette contre-loi est la figure d’une loi qui se veut une « loi de la loi », là où Kant concevait « une loi pour la loi ».
23Sade, en tant que théoricien de la perversion, fait de la volonté de jouissance de l’Autre une loi. daf Sade [19], un peu comme Joyce le Sinthome, a fait travailler et fera travailler des générations d’universitaires et de chercheurs. Il refuse la loi des hommes parce qu’elle est arbitraire, incomplète et donc sans valeurs, il la remplace par la « loi de la nature [20] ». Son ontologie repose sur un argument majeur, celui d’une inéliminable et intraitable jouissance dont nous ne serions pas responsables. Je le cite dans Juliette, mais cet argument traverse nombre de ses textes : « Toutes ces choses-là dépendent de notre conformation, de nos organes, de la manière dont ils s’affectent, et nous ne sommes pas plus maîtres de changer nos goûts sur cela que nous ne le sommes de varier la forme de nos corps [21]. » C’est une thèse sur la force de la pulsion, avec l’élision du sujet du jugement. Bien sûr la pulsion est elle-même acéphale, mais pour autant le sujet peut-il s’en dédouaner ? « Nos goûts », c’est l’exigence de la pulsion qu’il réduit à un organe, d’où l’idée de la nature. Ne rien pouvoir changer, c’est, pour Sade, ne rien perdre de cette jouissance qui peut nous affecter. L’ultime loi de la nature est un commandement à jouir : « Jouis, qu’importe aux dépens de qui ! »
24Le monde résulte pour Sade du hasard, du « jet fortuit des atomes [22] », et de la nécessité, ce qui le conduit à affiner son hypothèse en proposant une dualité dans la nature première, exposée dans Juliette dans le discours du pape Pie VI, à qui Sade fait porter sa théorie sur les deux natures. C’est un modèle de discours pervers, que Lacan reprend dans L’éthique [23].
25La nature première serait celle du jaillissement de la spontanéité créatrice, cette nature première concourant à la destruction et au crime : cette destruction, une nécessité pour renouveler l’acte de création, est pour Sade un agent d’équilibre [24]. « Le crime est donc nécessaire dans le monde […] cette dissolution sert à la nature puisque ce sont de ses parties détruites qu’elle recompose. » Puis Sade passe de la fonction de cette nature première à la fonction d’une nature seconde, celle d’une loi régulatrice dans un mouvement perpétuel qui tend au même et qui introduit la mort. Cette mort est un agent de rénovation puisqu’elle est nécessaire pour rénover le vivant. Avec le crime, l’homme devient donc l’agent de cette destruction et de cette rénovation, en obéissant à un commandement.
26Pour Sade, l’homme, en obéissant à ce qui commande crime et destruction, a un rôle salutaire pour la nature et pour l’humanité – on vérifie ainsi la perversion de la pensée sadienne. Il termine le discours du pape sur les deux morts : si le meurtre ôte la première vie, il faut aussi lui arracher la seconde pour détruire l’humain, car « c’est l’anéantissement qu’elle veut : il est hors de nous de mettre à nos meurtres toute l’extension qu’elle y désire [25] ». Pour Lacan, « le fait de réaliser à l’extrême cette assimilation à un mal absolu permet à Sade de s’intégrer à une nature foncièrement mauvaise dans une sorte d’harmonie inversée [26] ».
La voix du commandement
27Dans son système, Sade met, à la place du vide de Dieu, une voix de commandement. Ce n’est pas la nature qui réclame ni qui exige, elle est parfaitement indifférente, c’est une voix dans la nature, dont il est impossible de connaître la source. Les ordres de la nature nous sont donnés par l’organe des passions qu’est la voix, ils s’élèvent dans le silence d’une nature inconnaissable et inaccessible, sans visage, qui n’est pas sans nous rappeler le trou dans l’image de das Ding. Ce n’est pas un Dieu caché qui serait derrière la nature, mais un irreprésentable. Au lieu de das Ding vient la voix du commandement comme objet a, instrument de jouissance, au lieu du vide, comme si l’autre face de l’objet a, celle d’être la cause du désir, était effacée et que ne restait que la voix comme agent du tourment. La loi de sa jouissance reste enchaînée au « être là » de l’agent du tourment, présence d’une voix qui commande de jouir, comme les systèmes totalitaires ont si bien su l’exploiter [27]. Cette loi fonctionne à vide, un « vide de régulation » du temps où Dieu est mort et où ne reste que l’ordre de jouir.
Falsification et limite de la destruction
28Précisons deux éléments concernant Sade. Le premier concerne la falsification à l’origine de sa venue au monde et le second porte sur la limite de la destruction.
29Tout d’abord, remarquons, avec Pierre Bruno, que le sujet pervers semble issu d’un non-désir, non pas au sens de non-attendu, mais au sens d’issu d’un non-couple. Le sujet pervers refuse le désir entre ses parents. P. Bruno parle du « double mépris de la mère pour le père et du père pour sa femme [28] ». Il est issu d’un homme et d’une femme qui ne font pas couple autour d’un fantasme.
30À l’origine de la vie de Sade, un père coureur de jupon, qui épouse Mlle Maillé de Carman en 1733. Il l’épouse pour entrer dans la maison de la princesse de Condé, dont il désire obtenir les faveurs. Comme cette dernière est mariée au prince de Condé, la seule façon lui donnant accès à elle était d’épouser la fille de sa dame d’honneur. À l’origine de la venue au monde de Sade donc, un faux sur le désir du père. Ce n’est pas un déterminisme absolu, tout dépend bien sûr de ce qu’en fait le sujet, mais, ici, Sade s’inscrit dès sa venue au monde comme issu d’un désir falsifié. On retrouve cette falsification du désir du père à l’origine chez de nombreux sujets pervers. Autre falsification, sur son prénom. Il devait s’appeler Donatien Aldonse Louis, pour s’inscrire dans une lignée familiale. Or le jour de son baptême il est lâché par son entourage symbolique, il n’y a ni son père, ni sa mère, ni parrain et marraine, tous représentés par des domestiques. Il reçoit donc les prénoms de Donatien, Alfonse, François, par erreur, un f à la place d’un d et François à la place de Louis [29].
31Ensuite, remarquons que, si peu de chose dans l’ordre des sentiments et dans le caprice de ses exactions ont arrêté Sade, pas même le respect dû aux morts [30], à la fin de sa vie une chose l’arrête pourtant, lisible dans son testament du 30 janvier 1806. En effet, – on cite souvent le passage –, il donne des instructions pour après sa mort : « [Que] les traces de ma tombe disparaissent de dessus la surface de la terre, [comme] je me flatte que ma mémoire s’effacera de l’esprit des hommes. » Ajoutons à ceci la dernière phrase : « Excepté néanmoins du petit nombre de ceux qui ont bien voulu m’aimer jusqu’au dernier moment et dont j’emporte un bien doux souvenir au tombeau [31]. » Le processus de destruction absolue est arrêté par la loi du petit nombre, ce que signale M. Lisse [32], et non par une loi universelle. Il est arrêté par l’amour qu’il a reçu, de « ceux qui ont bien voulu [l]’aimer », et non par celui qu’il a donné. Sade a été aimé, d’après ce que disent ses biographes G. Lely et M. Lever, par son père de façon inconditionnelle, puis par les ex-maîtresses de ce dernier, chez qui il allait séjourner pendant ses vacances entre 10 et 14 ans, ensuite par sa femme et sa belle-sœur. Il a été très vite, à 4 ans, un petit despote qui triomphe par sa toute-puissance d’enfant. Quatre ans, c’est l’âge aussi où sa mère disparaît de sa vie pour entrer dans un couvent. Il a été confié de 5 à 10 ans par son père à un oncle, prélat dépravé, un prêtre qui organisait des orgies dans un château qui ressemblait étonnamment à celui de Silling des Cent vingt journées.
Le point aveugle de Sade
32Sade est donc resté attaché à une loi sans garant, au principe de son athéisme, qui s’incarne dans une voix du commandement à jouir. Il en méconnaît l’origine et donc ne peut la transgresser car il ne sait pas à qui payer sa dette symbolique. Il a employé ses trente années de prisonnier à des empoignades avec la loi sous trois régimes différents. Il refuse la loi des hommes qui rend compte de l’incomplétude de l’Autre, donc en arrière-fond de la sienne. Son apparent détachement cache le point aveugle de sa position, que Lacan signale à propos de son rapport au prochain. Sade, dit-il, se refuse à être « mon prochain [33] ». Examinons à quoi tient ce refus. Sade n’est pas assez voisin de sa propre méchanceté, précise Lacan, pour y rencontrer son prochain (refus, par exemple, de la peine de mort, un des corrélats de la charité). Il a laissé la méchanceté à Dieu, comme Descartes lui avait remis le savoir. En conséquence, en méconnaissant sa méchanceté, il méconnaît l’espace de sa jouissance et peut ainsi écrire, sans sourciller, le catalogue des six cents perversions.
33Pour découvrir l’espace du prochain, « il cherche à franchir les lois du prochain dans l’ordre d’un jeu symbolique [34] » et non dans le fantasme. Lacan signale que de « se faire, dans son rapport au désir, son propre prochain [35] » est un élément humain. Pour franchir les limites du prochain (Nebenmensch), le sujet pervers s’approche de das Ding, ce lieu de la jouissance qui annulerait le sujet, « le vide central où le corps se morcelle ». La méchanceté qui habite le prochain, que Freud avait repérée, habite tout autant le sujet. Sade, nous l’avons vu, ne veut rien savoir de sa propre méchanceté en la laissant à Dieu, il reste devant un point aveugle, là où s’inscrit la féroce voix du commandement. Le retournement de la loi en pure volonté de jouissance capitonne la jouissance de l’Autre mais ne permet pas de sortir de sa volonté, tant qu’il s’en fait l’instrument pour le compléter.
La loi de la loi
34Il n’y a pas de loi de la loi, pas plus qu’il n’y a d’Autre de l’Autre. La loi et l’Autre relèvent de la même structure. Le pervers est trop occupé à triompher de la loi de la castration, à éviter la coupure que le langage a opérée, à contourner la faille dans l’Autre pour la franchir, mais comme c’est impossible il tourne en rond autour d’une loi toute de ne pas inclure la castration.
35La loi humaine est symbolique, c’est un fait de langage, et comme telle elle montre son incomplétude. Ses manquements nécessitent l’interprétation, d’où la jurisprudence qui borde les trous du non-dit. Le nécessaire jeu dans les rouages de la loi délimite un espace où la loi ne s’impose pas, où elle ne dit rien, un pas-tout de la loi. C’est la place du désir, comme tel toujours scandaleux, d’où il se noue à la loi. Pour le sujet pervers, il est inconcevable qu’il y ait un manque, un trou dans la loi même, et s’il passe son temps à la défier c’est pour mieux la « corseter ». Sade conteste l’incomplétude de la loi, là où Kant, en refusant tout plus-de-jouir qui diviserait la conduite morale, élimine la division dans la loi.
36La transgression porte sur ce qui est possible pour le sujet qui s’engage dans la voie du désir, et non sur ce qui est impossible du fait de la loi humaine. Nous savons qu’il faut un père pour porter le signifiant vivant de la loi, un père qui opère cette transmission avec son désir, pour que ça fasse interprétation pour le fils. Si le père falsifie la loi de son désir, le fils peut ne pas accuser réception de cette loi, ou encore peut privilégier le fait de ne pas accuser réception de cette loi si mal foutue, de n’être pas nouée au désir. La transgression nécessite une séparation d’avec l’Autre décomplété de l’objet a. Le sujet pervers désavoue la castration et pour cela se voue à compléter l’Autre de l’objet en se faisant, par exemple, l’instrument de la jouissance de son partenaire. Le sujet pervers, volontiers pédagogue, nous enseigne comment, dans ses démêlés avec la loi, il reste soumis à une loi impossible à transgresser parce qu’elle n’est pas trouée mais retournée sur son envers. En opérant une négation de l’essence même de la loi, il ne s’en libère pas, mais s’enfonce dans une logique bien plus féroce, celle de l’enfer de sa jouissance qui le ravage et lui demande toujours plus. Si le sujet pervers ne peut pas transgresser la loi du père, il franchit par contre la limite de l’humain dans la pédophilie, dans le forçage de la jouissance de l’autre, de la pudeur, sans oublier les manipulations de la pensée, croyant possible de goûter à la Chose.
37Deux jalons balisent la question : d’une part les inventions dans le champ de l’érotique sont autant de réponses de l’être parlant au non-rapport sexuel et d’autre part la loi du désir nécessite une transgression pour ouvrir à un plus-de-jouir qui satisfait la pulsion partielle enchaînée au fantasme, d’où les traits de perversion de la sexualité humaine. L’expérience d’une analyse nous apprend comment l’extraction de l’objet petit a dévalorise la jouissance du fantasme mais aussi qu’il y a une solidarité entre le fait de décompléter l’Autre de l’objet a et l’aperçu du non-rapport sexuel. Si Lacan regrettait que la psychanalyse n’ait pas produit une nouvelle perversion au sens d’une autre réponse au non-rapport sexuel [36], peut-être faut-il l’entendre comme ce qu’il espérait du résultat d’une analyse. On peut en effet penser que, en desserrant les rouages de la loi et en se libérant des limites du fantasme, la sexualité humaine pourrait, en s’appuyant sur le sinthome, créer une nouvelle érotique qui marquerait un recul de la perversion, du moins témoignerait d’une possible rupture avec ses stéréotypes.
Mots-clés éditeurs : castration, coupure, désir, loi, père, perversion, transgression
Date de mise en ligne : 21/10/2014
https://doi.org/10.3917/psy.031.0017