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Ces enfants qui ne jouent pas, comment soutenir le processus de symbolisation : intérêt des livres d’enfants

Pages 47 à 54

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  • Béruard, F.
(2011). Ces enfants qui ne jouent pas, comment soutenir le processus de symbolisation : intérêt des livres d’enfants. Psy Cause, 59(1), 47-54. https://doi.org/10.3917/psca.059.0048.

  • Béruard, Françoise.
« Ces enfants qui ne jouent pas, comment soutenir le processus de symbolisation : intérêt des livres d’enfants ». Psy Cause, 2011/1 n° 59, 2011. p.47-54. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-psy-cause-2011-1-page-47?lang=fr.

  • BÉRUARD, Françoise,
2011. Ces enfants qui ne jouent pas, comment soutenir le processus de symbolisation : intérêt des livres d’enfants. Psy Cause, 2011/1 n° 59, p.47-54. DOI : 10.3917/psca.059.0048. URL : https://shs.cairn.info/revue-psy-cause-2011-1-page-47?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/psca.059.0048


Notes

  • [1]
    Kanner L., (1943). « Autistic disturbances of affective contact », Nervous Child,1943,2,217-250.Trad. fr. : «Les troubles autistiques du contact affectif », Neuropsychiatrie de l’enfance, 1990,38, n° 1-2, 65-84
  • [2]
    Marcelli D., (2000). La surprise, chatouille de l’âme, Paris, Albin Michel
  • [3]
    Solotareff G., ( 1992). Loulou, Paris, Ecole des loisirs, Lutin poche

Introduction

1 Nous nous proposons de montrer, à travers trois ans de prise en charge d’une enfant ayant une composante autistique, quelle contribution spécifique la lecture de livres d’enfants peut apporter au développement du symbolisme, dans l’ensemble des soins reçus par cette enfant.

2 D’abord nous caractériserons les troubles de type autistique et leur incidence particulière sur le symbolisme. Puis nous envisagerons quelles propriétés du livre et de la lecture peuvent participer à un travail thérapeutique avec ces enfants qui n’établissent pas un jeu symbolique durable.

Les troubles autistiques et le symbolisme

1. La discontinuité

3 Quand on pense autisme ou troubles de type autistique, l’image prégnante est Celle de l’enfant absorbé dans d’inlassables répétitions. S’associe aux répétitions l’exigence d’identité, l’enfant voulant que se répètent strictement, lors d’une nouvelle rencontre avec un objet, les détails de couleur, forme, etc. de la première rencontre

4 Mais le noyau central des troubles autistiques paraît bien plutôt être la discontinuité de comportements, qui adviennent soudain puis sont comme à jamais disparus. Un enfant jusqu’alors mutique prononce un ou plusieurs mots, un regard s’échange pour la première fois avec le sentiment d’un affect partagé, un jeu répétitif s’ouvre. Mais l’instant suivant ou la fois suivante plus rien ne se passe. Cette discontinuité met particulièrement à mal le psychisme de l’interlocuteur. Sa possibilité de penser comme celle de ressentir en est entamée

2. La distorsion du processus symbolique

5 Nous allons examiner maintenant un exemple de la distorsion du processus symbolique dans l’autisme. Dans son article princeps KANNER [1], en décrivant le cas de Paul, montre comment une émergence de sens peut devenir une stéréotypie verbale.

6 Paul, lorsque KANNER le rencontre, est un enfant de 5 ans qui semble en général indifférent à son entourage humain et aux propos qui lui sont adressés. Par contre il connaît par cœur un nombre extraordinaire de poèmes et comptines. KANNER analyse des petites phrases que Paul répète à tout bout de champ, (et en criant), sans lien avec la situation présente, ainsi: « ne jette pas le chien du balcon » ou « tu t’es fait mal à la jambe ». Ces phrases sont en fait des mises en garde que sa mère a faites à Paul, à une occasion donnée. Ainsi sorties de leur contexte et répétées par Paul, elles sont devenues des stéréotypies verbales.

7 Paul utilise ces phrases pour signifier toutes sortes de situations qu’il juge identiques à la première (autres interdictions ou autres mises en garde). En ce sens, ce sont bien des formes signifiantes, un prélangage. Mais leur fixité en fait un objet étrange, qui déstabilise l’interlocuteur et obère la communication.

8 On peut faire l’hypothèse que c’est leur puissant contenu affectif (et la prosodie impérative qui y est liée) qui ont permis à ces énoncés de franchir la barrière autistique. Mais, en faisant en quelque sorte effraction dans l’esprit de l’enfant, qui d’habitude ne fait pas attention au langage qui lui est adressé, cette forme orale acquiert un statut particulier. Les mots qui la composent restent imprégnés de l’impact des circonstances où ils ont été entendus. Cette empreinte empêche que la forme puisse se modifier, les mots entrer en relation avec d’autres mots. Le cri, qui est le mode prosodique que Paul emploie pour ces phrases, indique qu’en quelque sorte Paul les expulse, se débarrasse de l’excitation qui y est liée. Il s’agit là d’une utilisation du langage qui fait obstacle à son développement.

9 Dans ses débuts de langage, le jeune enfant va lui aussi répéter de façon littérale des énoncés marquants. Mais ce phénomène s’estompera puis disparaîtra à mesure que son langage se développera. Car les bases de l’accès au symbolisme sont différentes, comme nous allons le voir. Tandis que pour l’enfant autiste la situation va longuement perdurer et le risque sera toujours là de voir réapparaître cette sorte de langage.

3. Les soubassements du symbolisme

10 Nous allons examiner comment le jeune enfant accède au langage et à la symbolisation, pour mieux caractériser ce qui génère les distorsions ou effondrements du processus symbolique chez l’enfant autiste. Nous verrons que, chez ce dernier, ne se met pas en place l’ambiance de complicité émotionnelle propre aux apprentissages du jeune enfant.

11 Chez le jeune enfant les études développementales des trente dernières années mettent en évidence le rôle crucial des activités conjointes mère-enfant dans le développement du symbolisme. La mère met en place avec son enfant des activités ritualisées où elle crée une mise en scène soutenant l’intérêt de l’enfant pour un objet. Peu à peu, par les ponctuations de la mère (vocales, gestuelles), l’enfant va découvrir les « conventions » qui précédent et préparent le langage. Ce sont les jeux de donner et prendre, ponctués de « tiens », les petits gestes servant à dire « non », « parti », « au revoir » etc. et les premiers « mots », qui ne dénomment encore que dans le contexte de leur apparition. Ces auteurs insistent sur l’atmosphère de complicité émotionnelle dans laquelle se passent ces apprentissages.

12 Le psychanalyste D. MARCELLI [2] reprenant l’analyse des jeux mère-bébé entre 6 mois et 1 an ½ (par exemple, jeu de « la petite bête qui monte », jeu de « à dada sur mon baudet ») montre que l’enfant expérimente dans ces jeux, en plus des « conventions », une surprise et une « tromperie ». La mère fait comprendre à l’enfant un certain rythme, une certaine règle pour ensuite le tromper dans son attente. De plus au cours du jeu elle mime de faux affects de colère, d’agressivité, d’étonnement. L’enfant d’abord déstabilisé, est finalement rassuré par un grand rire partagé et des embrassades qui le soulagent de sa tension. Cette « tromperie » instaurée par la mère est un apprentissage, dans le domaine affectif, de la différence, de la variation. Sur cet apprentissage repose la capacité de moduler les affects. Lorsque l’enfant a fait ces apprentissages, alors il est devenu capable de se distancier du contexte et est prêt au véritable langage, celui qui a une signification compréhensible, même si l’interlocuteur ou la situation varient.

13 Pour l’enfant autiste lorsqu’il accède au langage, ses expériences de complicité auront été très limitées par l’impact de ses troubles qui l’isolent de la présence humaine. Il subira souvent de plein fouet la force des affects, et n’ayant pas suffisamment appris à moduler, il restera alors sous le coup de la première situation d’énonciation. Le collage de l’affect à la forme qui lui est associée rendra précaire l’établissement du symbolisme,

Accéder au jeu symbolique : Héloïse

14 Nous allons maintenant examiner ce qui se passe dans l’accession au jeu symbolique chez une enfant présentant une dysharmonie psychotique (« autres troubles envahissants du développement ») et suivie, de l’âge de 5 ans à l’âge de 13 ans, dans une structure de Soins à Domicile.

15 Dans cette formule de soins l’intensité de la relation enfant-soignant est délibérément recherchée, par la fréquence des rencontres (3 fois par semaine), l’unicité du soignant et sa connaissance de tous les milieux de l’enfant (famille, école, loisirs). L’état de complicité émotionnelle, dont on a vu qu’il fait particulièrement défaut à ces enfants, en est ainsi facilité. Mon intervention dans ce cas était très limitée en temps direct auprès d’Héloïse, une fois par mois. Le livre d’enfant, associé au jeu libre, m’est apparu comme un outil pouvant pallier cette discontinuité dans le temps. La période dont nous allons parler va de 5 à 8 ans.

1. Présentation de l’enfant

16 Rencontrée pour la première fois à l’âge de 5 ans, Héloïse se présente avec un visage figé, transparent, la démarche est raide. Elle parle très peu, sur un ton monocorde. Dans la petite enfance c’était un bébé silencieux, qui ne babillait pas. Héloïse a marché à 16 mois mais n’a dit ses premiers mots qu’à 2 ans et ses premières petites phrases à 4 ans. L’école s’est interrogée sur une éventuelle surdité. Actuellement Héloïse ne s’intéresse pas aux poupées ou dînettes. Elle feuillette des livres d’enfants niais refuse qu’on lui raconte ou lui lise une histoire.

17 Par souci de discrétion nous ne parlerons pas de la dynamique familiale. Les soins se sont passés essentiellement avec la mère, bien qu’il y ait eu des contacts avec le père. A ce moment de la première consultation la maman est enceinte

18 .Nous allons résumer l’évolution d’Héloïse, pendant 1 an ½ de Soins à Domicile (entre 5 ans 1/2 et 7 ans) puis envisager plus particulièrement son accès au symbolique à travers les jeux, dont le jeu libre en séance.

19 Durant cette période, marquée par la naissance de sa petite sœur autour de ses 6 ans, s’établit un début de jeu symbolique (schème symbolique) comme « faire semblant de tomber ». Le langage s’améliore, il devient prosodique, il y a de petits récits. Des sentiments s’expriment, d’abord la peur, puis le désarroi ou la contrariété. Elle dit ainsi : « non, laisse-moi maman » « elle me fâche maman ». La symbiose avec la maman s’atténue. Au CP (elle y entre à 7 ans), ses performances sont très disparates : allant d’un niveau de 3 ans pour les compétences sociales et verbales, à des réussites de 8 ans en raisonnement logique.

20 Malgré cette bonne évolution, Héloïse reste une petite fille parfois très particulière. Son état, ses possibilités de communication, peuvent encore changer du tout au tout selon les circonstances. A l’école elle peut réussir un jour beaucoup de choses, et le lendemain elle semble ne plus rien comprendre. De même à l’activité cheval, si certaines circonstances sont différentes, elle ne sait plus monter.

21 Nous retrouvons dans ces faits la discontinuité qui a été discutée précédemment. Et le besoin du « même », qui en serait la conséquence, reste présent bien qu’atténué. Ainsi, quand elle va faire du cheval, il faut absolument que la selle soit rouge, parce qu’il en était ainsi pour le premier cheval qu’elle a monté.

2. L’univers symbolique dans les jeux

22 Les jeux symboliques sont très peu présents : quelques jeux de poupées et dînettes, rarement du dessin. En séance de jeu libre avec moi, Héloïse choisit systématiquement de construire un circuit de train. Le plaisir est d’abord dans la construction. Elle peut adjoindre ensuite au circuit des animaux et leur construire des enclos. Il y a quelques fois des ébauches d’histoire avec un personnage ou des animaux, mais qui ne vont pas plus loin qu’une phrase, comme : « un petit garçon qui va aller au train », après quoi elle se met à compter ou aligner les éléments du jeu.

23 Nous sommes dans une situation où les amorces de jeu symbolique ne paraissent pas déboucher. Je cherche alors une médiation pour étayer le développement symbolique. Elodie a commencé le CP et est très intéressée par l’apprentissage de la lecture. Je me propose alors de regarder et lire avec elle des livres d’enfants._

Le livre pour enfants

24 En utilisant la lecture de livres d’enfants avec Héloïse, mon idée est de lui faire vivre ce qui n’arrive pas à se mettre en place par le jeu, l’apprivoisement des affects. Comme nous L’avons vu précédemment, pour les enfants comme Héloïse, les affects, non modulés par les échanges avec l’adulte, ont un impact traumatique, qui obère le développement symbolique. L’hypothèse de ce travail est que le livre et la lecture à deux, offrent à ces enfants des structures facilitatrices pour s’approcher des émotions.

25 Nous allons décrire quelles sont ces caractéristiques facilitatrices du livre et de la lecture à deux, puis nous présenterons le livre utilisé avec Héloïse : « Loulou » de G. Solotareff. [3]

1. Les structures facilitatrices

  • Le code de la lecture, transcription visuelle de la parole, permet à ces enfants de saisir enfin la structure d’un langage qu’ils ont eu beaucoup de difficultés à percevoir oralement. L’observation est constante de leur investissement immédiat sur la lecture, lorsque leur développement cognitif est suffisant. (L’accès au sens sera une autre histoire).
  • • La lecture côte à côte, respecte la difficulté de ces enfants à s’affronter aux visages et aux mimiques, tout en créant une complicité dans le partage d’un même objet, passeur d’émotions.
  • Le livre, n’est pas imprévisible comme la présence humaine, son appartenance au monde physique est rassurante, mais en même temps son texte et ses images sont des médiateurs de cette présence. L’organisation du livre permet de moduler les effets de cette présence. On peut le feuilleter à son gré, s’attarder sur un texte ou une image ou passer vite. Ainsi la rencontre avec une émotion sidérante peut être annulée, sans que pour autant cette émotion soit abolie, car elle reste à sa place, dans le livre. Le double langage du livre, texte et image, permet aussi d’accepter une émotion dans l’image tout en la refusant dans le texte, et l’inverse.

27 Ces enfants, en panne de jeu, peuvent expérimenter, grâce au livre, l’engagement et le désengagement, le détour, par rapport à la vie affective. Ils peuvent tailler à leur guise dans l’histoire, telle qu’elle est narrée, y faire leur découpage personnel, tout en restant soumis à la réalité intangible incarnée par l’objet-livre.

2. LOULOU de Grégoire SOLOTAREFF

28 Il s’agit d’un livre au graphisme simple, aux grands aplats de couleur, les paysages sont évoqués avec quelques traits. Il est centré autour de deux personnages, très expressifs dans leurs mouvements, un jeune loup et un lapin dont il raconte l’amitié, qui va devoir traverser l’épreuve de la peur. Il fait partie des grands livres de la littérature enfantine.

29 Le livre se compose de 14 images et de leur texte. Nous allons décrire un certain nombre de ces images en leur donnant un titre.

30 Les six premières images (1 à 6) présentent les personnages et leur rencontre. Le texte commence comme un conte : « Il était une fois un lapin qui n’avait jamais vu de loup et un jeune loup qui n’avait jamais vu de lapin (1 et 2). Son oncle décida de l’emmener à la chasse pour la première fois de sa vie. » C’est après la mort accidentelle de l’oncle (3, la mort du vieux loup), lorsque le jeune loup se retrouve seul, que le lapin et lui font connaissance. Ils vont tous deux aller enterrer le vieux loup, tout en conversant (5, l’enterrement). Le jeune loup, qui n’a pas encore mangé de lapin, reçoit son nom, Loulou et Tom le lapin affirme qu’il n’a pas peur de lui, (l’idée de peur apparaît pour la première fois). Ils deviennent amis et Tom initie Loulou à la pêche ainsi qu’à beaucoup d’autres choses (6).

31 Les quatre images suivantes (7 à 10), forment le nœud de l’histoire, avec l’irruption de la peur, au milieu de leurs jeux, qui va mettre à mal leur amitié. Nous reproduisons, très légèrement coupées, les images 7, 8, et 9.

32 L’image 10, le rêve, aux couleurs intenses, montre la tête effrayante, très noire, cernée de rouge avec des dents très blanches, d’un Loulou qui a dans sa gueule, étendu, tout petit, le lapin Tom, pétrifié, prêt à être avalé. C’est le rêve de Tom après le jeu de la peur.

33 Les quatre dernières images (11 à 14), montrent le jeune loup faisant à son tour l’expérience de la peur, et leur amitié retrouvée grâce à cette compréhension nouvelle. Tout d’abord (11, départ) Loulou part tristement dans la montagne, Tom ayant mis un écriteau lui interdisant son terrier. Dans la montagne (12, peur-du-loup), des loups le prennent pour un lapin et il connaît à son tour la peur du loup. Loulou revient alors devant le terrier de Tom (13, imploration), lui raconte qu’il a vraiment compris la peur et le prie instamment de sortir de son trou. La dernière image montre les deux amis partant à nouveau à la pêche (14, réconciliation).

34 Dans les mots comme dans les images de ce livre, reviennent avec insistance l’oralité et la peur. La nature, niée au début, de Loulou comme prédateur et de Tom comme proie, refait irruption au centre de l’histoire, sous forme d’un jeu. Loulou, doit maîtriser sa pulsion orale, et Tom vaincre sa peur, pour garder leur amitié.

Le travail sur Loulou avec Héloïse

35 Nous allons examiner comment Héloïse, au cours de trois lectures de « LOULOU » (entre 7ans ½et 8a et 8ans ½) accède aux thèmes et réagit aux affects présentés par ce livre. Qu’est-ce que ces affects produisent ? Un apprivoisement a-t-il lieu ? Parallèlement nous verrons si, dans le domaine du jeu et de la subjectivation en général, des effets peuvent être repérés en lien avec cette lecture.

1. Première présentation de Loulou

36 Héloïse a 7 ans ½ et est en début de CP lorsque je lui lis « LOULOU » pour la première fois. Elle écoute, regarde, marque son intérêt par des hochements de tête. Je lui demande ensuite de raconter l’histoire en la regardant de nouveau avec elle. Elle ne commente que trois images sur les quatorze : 1,4 et 6, respectivement, une petite phrase, une question et un comptage. Sa question à l’image 4, rencontre, « où il est l’autre, à la maison ? » interroge sur le personnage absent, le vieux loup, sans intégrer qu’il vient de mourir. Le récit est donc très pauvre, pour ne pas dire inexistant. Aucun personnage n’est nommé. Quelque chose est perçu de la disparition du vieux loup, mais pas plus. Ensuite Héloïse revient à un procédé de comptage.

37 Après cette présentation nous lisons un deuxième petit livre, qui l’intéresse aussi, puis elle demande à jouer avec les animaux. Là le jeu, pour la première fois, raconte quelque chose, bien qu’il soit haché, fait de petits bouts de scènes juxtaposées. Il y a des débuts de récits familiaux comme : « un cheval qui veut aller voir sa maman ». Sont distingués père et mère mais aussi frères et soeurs, copains et copines, parmi les animaux.

38 Au cours du jeu elle emploie des termes comme « j’ai peur que », « je veux pas que », et fait des projets en observant un petit jouet : «il est joli ce cheval noir, j’en ai pas mais j’en achètera ». Par de tels propos Héloïse marque nettement qu’elle accède à une intériorité ; une vie subjective s’organise chez elle.

Figure 1 : Image 7. Jeu de cache-cache.

Description de l'image par IA : Renard courant après un lapin, oiseau s'enfuit à droite.
Description

Figure 1 : Image 7. Jeu de cache-cache.

Le texte ne mentionne pas le jeu de cache-cache, que montre l’image, ni le petit oiseau qui s’enfuît, à droite de l’image.

Figure 2 : Image 8. Jeu de la peur.

Description de l'image par IA : Un chien avec des griffes sorties et une langue rouge effraie Tom le lapin qui court.
Description

Figure 2 : Image 8. Jeu de la peur.

Les griffes sorties, la langue rouge pendante, l’attitude de Loulou, tout est fait pour inspirer l’effroi, et Tom le lapin court, éperdu. Le texte, renforçant l’image mentionne sept fois le mot « peur »,

Figure 3 : Image 9. La brouille.

Description de l'image par IA : Un enfant allongé sur un lit, tête cachée sous la couverture, à côté d'une grande chaussure suspendue.
Description

Figure 3 : Image 9. La brouille.

L’image est centrée sur la tristesse, visible dans la mimique de Loulou, comme dans la tête enfouie de Tom, tristesse reprise dans le texte.

39 Ainsi, à cette séance, après présentation des deux livres, et bien que ses commentaires aient été très pauvres, il y a eu une nette amélioration du jeu et de sa présence en général. Elle semble que quelque chose soit resté de la narration, dans sa forme et dans ses thèmes, qui la porte dans son jeu.

2. Séances suivantes

40 Dans les séances de cette année de CP, jusqu’à l’été, Héloïse continue de lire des livres avec plaisir. Et même elle en apporte de sa maison. Dans un jeu qu’elle reprend avec les animaux, il y a de nouveaux thèmes : elle insiste en choisissant les animaux, sur la sexuation garçon- fille, dans une dyade copain-copine elle introduit un tiers, et une agression s’en suit. On peut se dire qu’Héloïse aborde des thèmes oedipiens classiques.

41 Mais en septembre (elle a 8 ans), après la coupure des vacances d’été, quand Héloïse retrouve le jeu des animaux, toutes ces avancées du jeu ont disparu. Le jeu ne comporte plus de scénario, ce ne sont que comparaisons, descriptions, comptages. Héloïse ne raconte rien, donne une impression de fermeture, alors qu’avant les vacances elle était bavarde, posait des questions. Avec son infirmière Héloïse a tendance à reprendre des jeux faciles, répétitifs.

42 Ainsi est illustrée, encore une fois, la fragilité des acquis de ces enfants dans le domaine symbolique ; la simple coupure de vacances fait à nouveau s’effondrer ce qui s’était construit.

3. Deuxième présentation de Loulou

43 Un an après la première présentation, je propose de nouveau à Héloïse de lire Loulou (elle est maintenant en CE1). Elle reconnaît le livre et réagit « ah oui Loulou ». Comme la première fois je le lui lis, puis lui demande ensuite de me le raconter en regardant les images. Cette fois-ci 11 images sur les 14 sont commentées.

44 Images 1 à 6 : elle commente les images 2, 3 5 et 6. À 2, la chasse et 6, la pêche, elle énonce de petits bouts de phrase, montrant qu’elle a compris l’image, et retenu des éléments du texte : « chasser les lapins » (2), « à pêcher pour manger » (6). A 3, la mort du vieux loup, elle interroge sur le sens de « se cogner », le texte étant : « Ce jour-là, le vieux loup était si pressé qu’il se cogna contre un rocher et tomba raide mort. » À 5, l’enterrement, elle demande : « pourquoi il veut pas le manger ? ». Héloïse s’étonne en quelque sorte, dans sa question, de ce manquement du jeune loup à l’oralité.

45 Images 7 à 10 : elle passe 7, jeu de cache-cache, sans rien dire. A 8, jeu de la peur, elle commente, «parce qu’ils jouent à cache-cache », ce qui se rapporte à l’image précédente, et qui est un commentaire anodin sur l’image effrayante de faire peur et avoir peur. Le seul indice de la perception de la peur pourrait être le « parce que », liant le jeu de cache-cache à quelque chose d’autre, non nommé. À 9, la brouille, son commentaire : « il aime pas qu’on joue » « ça veut dire qu’il pleure », traduit bien les sentiments du lapin Tom, mais évite de préciser le jeu. À 10, le rêve, son commentaire : « parce qu’y mange » m’apparaît très inapproprié. Je lui rappelle que c’est un rêve. « ah oui, c’est dans son rêve ? » Héloïse accepte sans le moindre problème l’image du lapin mangé par Loulou. On ne sait pas à quoi le « parce que » relie. Est-ce encore l’indice de la perception de la peur non nommée ?

46 Images 11 à 14 : A 11, départ, Héloïse s’intéresse à ce qui est écrit sur la pancarte placée devant le terrier de Tom. Elle demande « qu’est-ce qu’y a marqué ». Je lui lis ce qui est écrit, (« terrier de Tom »). À 12, peut-du-loup, avec le commentaire « et y (ils) croyait qu’y a un lapin », elle a bien compris ce que montre l’image et qu’énonce le texte, la confusion possible de Loulou avec un lapin. Mais elle ne parle pas de la peur, pourtant fortement énoncée dans le texte. A 13, supplication, Héloïse interroge « et qu’est-ce qu’y a marqué encore ? ». Il s’agit de nouveau de la pancarte placée devant le terrier de Tom, que je lui lis, « terrier de Tom interdit à Loulou », Elle rajoute alors « parce qu’il faut pas qu’y lui fait peur ». Le mot « peur » apparaît enfin dans les commentaires d’Héloïse. A 14, réconciliation, où le texte parle de la vraie peur éprouvée par Loulou, et de la décision conséquente de Tom de sortir de son terrier, Héloïse commente simplement : « eh ouais, parce qu’il faut qu’ils pêchent ». Je lui demande pourquoi, Héloïse répond : « pour manger ».

Analyse

47 Par rapport à la première présentation, cette fois-ci presque toutes les images sont commentées et l’histoire est comprise en partie. Mais les sujets des actions ne sont toujours pas nommés, uniquement « il » et le contenu reste assez pauvre. Le rêve n’est pas perçu, par contre d’autres éléments impliquant des croyances ou des sentiments le sont. Ce qui est intéressant est la façon dont Héloïse joue avec la structure de l’histoire, en rapport avec une émotion qu’elle ne peut nommer, la peur.

48 Nous allons reprendre ce qui se passe dans les images 7 à 10 où se noue la peur à travers les jeux deTom et de Loulou. En énonçant le commentaire anodin de 7, jeu de cache-cache à propos de l’image 8, peur du loup, effrayante, Héloïse opère un décalage dans la structure même de l’histoire. On fait l’hypothèse que c’est une façon très spéciale de se protéger de la perception de la peur. Peur qu’elle sous-entend ensuite dans son commentaire de 9, la brouille en parlant de ne pas aimer jouer et de pleurer.

49 Lorsqu’elle accède enfin à l’expression de la peur, à 13, imploration, c’est dans une image où les cléments évoqués dans le texte et les éléments montrés par le dessin sont nettement dissociés. Le texte commence par une phrase évoquant la peur de Loulou : « Après une terrible poursuite avec les loups où il faillit mourir de peur, Loulou revint voir Tom. » Tandis que l’image elle-même ne montre ni la peur ni l’effrayant, mais un Loulou penaud et suppliant, aplati devant le terrier de Tom. On peut faire l’hypothèse que la peur est abordable dans le texte parce qu’elle n’est pas évoquée dans le dessin. Il n’y a pas la sidération que produit l’élément visuel chez Héloïse.

50 L’autre élément qui paraît déterminant pour faciliter à Héloïse l’expression de la peur dans cette image, c’est que la peur se lie à la forme d’un interdit écrit sur un panneau, « terrier de Tom interdit à Loulou ». Cette forme apparaît très privilégiée pour franchir les barrières autistiques : d’une part elle est énoncé négatif et impératif, d’autre part elle est forme écrite à l’intérieur même de l’image. On retrouve là les caractéristiques de ce qui peut franchir les barrières autistiques, comme le montrait l’exemple de KANNER ; les mises en garde, les injonctions, les interdits. Une force supplémentaire y est apportée par la forme écrite, dont nous avons vu le statut privilégié pour l’enfant à tendance autistique.

51 Si l’on reprend les thèmes de l’histoire, oralité et peur, on voit que l’oralité en elle-même, ne pose aucun problème à Héloïse, qui est au contraire étonnée que le Loup ne veuille pas manger le lapin, et tour à fait à l’aise avec l’image (10, le rêve) de Tom dans la gueule de Loulou, Il n’y a en quelque sorte aucune censure de la pulsion orale (il suffit de voir la fréquence du mot « manger » dans ses réponses). En ce sens Héloïse n’accède pas à une des dimensions de l’histoire qui est de contrôler cette pulsion au nom de l’amitié. La peur, elle, engendre des effets destructeurs du sens : contamination d’une image par une autre (7-8), du fait même de ne pouvoir être nommée. Quand elle est enfin nommée, c’est grâce à des éléments de contexte très particuliers : dissociation texte-image, forme d’interdit, forme écrite. Les autres thèmes du livre, solitude, mort, amitié, ne sont pas mentionnés directement dans les commentaires d’Héloïse. Dans les mois suivants on observe, dans les Soins et à la maison, un éveil d’Héloïse aux jeux symboliques et au sens, des mots, des histoires etc... A la même époque, elle devient sensible au temps qui passe, ainsi elle s’interroge sur le vieillissement de la maman et s’inquiète à l’idée de rester seule. Il semble bien que la lecture de livres illustrés encourage L’utilisation d’une pensée symbolique chez ces enfants. On peut penser, à voir son approche du temps, de la solitude, que les thèmes du livre, même non explicités par Héloïse dans ses commentaires, ont été perçus. En articulation avec le reste des soins, cette lecture lui donne des formes pour rendre représentables des situations comme celles de la peur ou de la solitude, qui ont, au départ, un impact destructeur sur sa capacité de penser.

4. Troisième présentation de Loulou

52 Quatre mois après, lorsque je présente Loulou pour la troisième fois à Héloïse (8 ans ½), elle prend l’initiative de feuilleter le livre d’abord, mais ne commence à le commenter qu’ à l’image 7. Nous regardons ensemble, et pour chaque image je demande « et là ? », puis je complète ensuite sa description.

En feuilletant

53 Images 1 à 6 : elle les regarde sans rien dire.

54 Images 7 à 10 : à 7, jeu de cache-cache, elle donne cette fois-ci la bonne description à la bonne image, « y joue à cache cache ». Elle passe 8, jeu de la peur, cette fois-ci sans rien dire et donne à 9, la brouille, le commentaire suscité par 8 : « il a peur ». Je demande : « qui a peur ? » et Héloïse répond : « le loup ». Ma question : « tu crois que c’est le loup qui a peur ? » marque ma surprise et mon incompréhension. Héloïse entend cela et répond : « non, y pleure ». Etant donné la confusion dans les sujets des actions, je reprends ses mots en précisant : « Tom le lapin a eu peur quand ils jouaient et maintenant il pleure ». Le rêve cette fois-ci est bien perçu (image 10, le rêve) : « C’est le rêve » (« à quoi il rêve ? ») « d’un loup qui le mangeait ».

55 Images 11 à 14 :11, départ, elle lit la pancarte « terrier de Tom ».12, peur-du-loup, Héloïse décrit les deux têtes de loup en premier plan « y avait deux loups ». A 13, supplication, elle lit la pancarte » terrier de Tom interdit à Loulou ». Et à 14, réconciliation, elle déclare « il a plus peur » et à ma question « qui ? » répond « le lapin ». Là il n’y a pas de confusion sur le sujet de l’action.

Analyse

56 On voit qu’un travail mental s’est fait depuis la dernière fois puisque Héloïse comprend maintenant ce qu’est le rêve, situant parfaitement comme action rêvée le loup qui dévore. Le sujet qui rêve, le lapin, n’est lui mentionné que sous la forme « le » dans « qui le mangeait ».

57 Mais autour de l’image 8, jeu de la peur, sur laquelle elle ne dit rien, continuent à se créer des confusions. D’une part elle décale à l’image 9, toute entière centrée sur la tristesse, la mention de la peur liée à l’image 8. D’autre part, suite à ma demande de précision, elle attribue cette peur non pas au lapin mais au loup. Par cette confusion sur le sujet de l’action, elle ôte tout sens à la situation pour celui qui l’écoute.

58 Il semble que sous l’impact d’une image Héloïse retrouve les difficultés, que l’on avait vues précédemment, à identifier les sujets des actions. Elle retrouve le niveau où « faire peur » et « avoir peut » peuvent se confondre, ce qui prime étant « peur ». En tout cas ce qu’Héloïse saisit bien, c’est le ton étonné, un peu réprobateur de ma question car elle répond rapidement « non », avec un petit rire d’excuse, et elle enchaîne ce « non » avec une description exacte de l’image 9 où le lapin pleure, mais toujours sans autre sujet que « y ».

59 Dans les images suivantes son attention est à nouveau captivée par les panneaux qui sont devant le terrier de Tom et qu’elle peut maintenant lire. La fin où elle conclut que le lapin n’a plus peur montre qu’elle a compris le sens de l’histoire. Mais on voit comment les mécanismes de décalage et de confusion peuvent rapidement rejeter les enfants de ce type hors de la communication avec autrui.

60 Après avoir feuilleté le livre, en le commentant, Héloïse s’empare de la lecture, bien que ce soit un peu long et difficile pour elle. Je l’aide à lire, et au fur et à mesure lui demande de dire quelque chose de l’image. Après ses commentaires je complète le récit, en langage parlé.

Lecture

61 Jusqu’à l’image 5 la lecture d’Héloïse est atone, mécanique, et elle répond d’une voix éteinte. Nous allons centrer notre analyse sur l’image 5 de l’enterrement et les images 7 à 10.

62 A l’image 5, l’enterrement le ton d’Héloïse change complètement, devient tonique, intéressé : » ça veut dire que le lapin n’a pas peur du loup ». je reprends ses paroles sous la forme « Tom il a pas peur du loup » et Héloïse m’interpelle vivement, ce qui est complètement nouveau : « c’est quoi que tu as dit ? ». L’enterrement n’est toujours pas décrit, ni l’échange des prénoms, mais l’affirmation du texte, que le lapin n’a pas peur, est reprise avec conviction par Héloïse.

63 Voici les descriptions des images 7 à 10 : 7, jeu de cache-cache : « le lapin qu’est caché. Parcqu’y jouent à cache cache ... Et un oiseau qui a peur. » 8, jeu de la peur, « parce que Loulou a fait peur au lapin ». 9, la brouille, « Et ça veut dire qu’il pleure le lapin ». 10, le rêve, « Le loup qui voulait manger le... Tom. » Héloïse ne mentionne pas qu’il s’agit d’un rêve.

64 Au cours de cette lecture Héloïse aborde le thème de la peur d’emblée, dès qu’il en est question dans l’histoire, à l’image 5, sous la forme négative « pas peur » (cf texte : « Moi, en tout cas, fit Tom, je n’ai pas peur de toi »). Les sujets des actions sont maintenant clairement identifiés. Les images 7, 8, 9 ont chacune une description exacte sans confusion ni décalage. De plus à l’image 7, jeu de cache-cache un détail rarement remarqué, le petit oiseau qui s’enfuir, vient en quelque sorte préparer la peur qui éclate à 8, jeu de la peur. Par contre le rêve n’est pas mentionné cette fois-ci, alors qu’elle l’avait bien identifié en feuilletant. On remarque que le mot peur est devenu central maintenant dans ses commentaires.

65 Nous allons revenir sur les deux temps de cette séance, (feuilleter puis lire) et discuter de ce que l’écrit apporte de spécifique.

Le texte écrit

66 Lorsque Héloïse feuillette le livre elle est sous l’emprise surtout des images, avec juste quelques souvenirs du texte, et les mécanismes qu’elle utilise pour se protéger de l’image de la peur : « contamination » d’une image par l’autre et confusion des identités, sont lourds de conséquences pour la communication. Avec la lecture du livre qu’elle fait elle-même, Héloïse franchit une étape grâce au langage écrit qui lui permet, en s’emparant des significations, de ne plus être absorbée par une émotion irreprésentable. Nous avions déjà vu, avec la lecture des panneaux devant le terrier de Tom, comment ce langage écrit libérait sa pensée. Nous constatons qu’Héloïse accède à d’autres mécanismes de défense, qui cette fois ci ne déforment pas la réalité. Elle peur reporter l’angoisse sur un détail, le petit oiseau qui a peur de l’image 7, jeu de cache-cache et se préparer en quelque sorte à l’image traumatisante (elle utilise un mécanisme de défense de type névrotique.)

Conclusion

67 A travers le récit et l’analyse de trois ans de prise en charge d’une enfant présentant des traits autistiques nous avons voulu montrer comment la lecture de livres d’enfants illustrés venait soutenir des mouvements de symbolisation défaillants. Trois processus sont apparus comme opérants :

  • le pouvoir de l’écrit venant libérer de l’emprise déstabilisante d’une image où l’affect est collé à la forme, tandis que l’image, de son côté, vient donner un contenu, vient animer une lecture autrement formelle et mécanique.
  • la dynamique différente des récits de l’image et du texte, qui tantôt s’appuient ou se complètent et tantôt divergent. Ceci permet que les confusions engendrées par l’impact d’une image restent limitées, ne détruisent pas la structure. Ainsi un sens reste en attente, déposé dans l’objet-livre.
  • l’analogie dans le rythme du récit (un début, une acmé, un dénouement) et dans les différents niveaux de communication (celui de l’image et celui du texte) avec les jeux de la mère et de l’enfant où elle communique, par le rythme et l’affect, des choses contradictoires qui décollent l’enfant de l’immédiat et le font entrer dans le présymbolique.

69 Nous voudrions terminer sur les intérêts particuliers des enfants à tendance autistique, source d’enfermement certes, mais qui peuvent être aussi le point de départ d’un travail. A partir d’eux, si le thérapeute s’y intéresse, soutenu par sa rêverie à propos de l’enfant, peut s’enclencher le processus d’attention partagée. S’ils sont inclus dans des structures signifiantes, alors ils peuvent conduire à l’émotion partagée des objets de la culture humaine.


Mots-clés éditeurs : autisme, enfant, livres d’enfants, symbolisation

Date de mise en ligne : 27/02/2026

https://doi.org/10.3917/psca.059.0048