Article de revue

Une affaire de femmes

Pages 25 à 28

Citer cet article


  • Delsupexhe, L.,
  • avec Mellon, A.
(2022). Une affaire de femmes. Revue Projet, 387(2), 25-28. https://doi.org/10.3917/pro.387.0025.

  • Delsupexhe, Laurene.,
  • et al.
« Une affaire de femmes ». Revue Projet, 2022/2 N° 387, 2022. p.25-28. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-projet-2022-2-page-25?lang=fr.

  • DELSUPEXHE, Laurene,
  • avec MELLON, Agathe,
2022. Une affaire de femmes. Revue Projet, 2022/2 N° 387, p.25-28. DOI : 10.3917/pro.387.0025. URL : https://shs.cairn.info/revue-projet-2022-2-page-25?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/pro.387.0025


Notes

  • [1]
    Une étude en physiologie menée en 2009 a comparé les résultats des tests des Mercury 7 et des Mercury 13. Elle révèle que, en moyenne, les femmes ont obtenu de meilleurs résultats.

1 L’histoire commence en 1952. La Nasa n’existe pas encore que l’entreprise Lockheed, spécialisée dans l’aéronautique, conçoit les designs préliminaires pour les voyages interplanétaires au sein de son programme secret-défense, Skunk Works. Mary Golda Ross, ingénieure système amérindienne, fait partie de l’équipe. Elle prend part notamment à la conception de l’étage supérieur « Agena », largement utilisé par les lanceurs Atlas, Th or et Titan. Ses calculs de trajectoire pour Mercure, nécessaires à la planification de missions sans pilote, sont encore utilisés aujourd’hui.

2 Au sol, plusieurs scientifiques femmes se distinguent ainsi par leur rôle crucial dès les premières missions d’envergure. Dans l’ombre, bien souvent. L’Unité de calcul de la zone ouest (West Area Computers), était un groupe de mathématiciennes afro-américaines. Elles ont travaillé de 1943 à 1958 comme calculatrices humaines au centre de recherche Langley (rattaché à ce qui deviendra la Nasa) dans une Virginie soumise aux lois ségrégationnistes. Trois d’entre elles s’y sont particulièrement distinguées : Katherine Johnson, dont les calculs bénéficieront au programme Mercury et à la mission Apollo 11 vers la Lune en 1969 ; Dorothy Vaughan, première Afro-Américaine responsable du département de calculs informatiques de Langley ; et Mary Jackson, qui deviendra la première femme noire ingénieure à la Nasa en 1958. L’autrice Margot Lee Shetterly retrace leur histoire dans son livre Hidden Figures (Les figures de l’ombre), adapté au cinéma en 2016.

3 La mission lunaire Apollo 11 doit également sa réussite à Margaret Hamilton.

4 En 1969, la mathématicienne, qui posa les fondements de l’informatique moderne, est directrice du département informatique (Soft ware Engineering) au MIT (Massachusetts Institute of Technology) et chargée de concevoir le système embarqué d’Apollo. Le 20 juillet, après quatre jours de voyage, les astronautes Armstrong et Aldrin commencent leur descente vers la Lune. À 1 800 mètres de la surface, des alarmes se déclenchent. L’Apollo Guidance Computer (AGC) reçoit un surplus d’informations et ne peut pas compléter toutes les tâches demandées. C’est grâce au concept de calcul de priorités développé par Margaret Hamilton que le centre de contrôle de mission peut malgré tout donner le feu vert aux astronautes pour alunir.

La lutte pour l’envol

5 Les choses se compliquent lorsqu’il s’agit de permettre aux femmes d’embarquer pour l’espace, leur offrant aussi une place dans la lumière. Mercury, premier programme spatial américain officiel, est lancé en 1958. L’objectif : envoyer un homme en orbite et étudier les effets de l’impesanteur sur le corps humain. Les sept astronautes sélectionnés, appelés les Mercury 7, sont soumis à des tests physiologiques drainants, menés par le docteur Lovelace. À titre privé, celui-ci se penche en parallèle sur les conséquences de vols spatiaux sur le corps féminin. Il sélectionne vingt-cinq femmes et leur fait subir les mêmes examens physiques. Treize arrivent à bout des épreuves.

6 Le programme n’ayant pas été approuvé par la Nasa, les Fellow Lady Astronaut Trainees doivent le défendre lors d’audiences publiques devant la Chambre des représentants, en juillet 1962, sans succès. Le programme prend fin [1]. Le projet reçoit un regain d’attention quand, en 1963, la soviétique Valentina Tereshkova devient la première femme à voler dans l’espace. La cosmonaute passe près de trois jours en orbite basse. Quelques années plus tard, Tereshkova rencontre l’aviatrice Jerrie Cobb, membre des Mercury 13. Le bruit court qu’elle lui aurait dit : « On a toujours pensé que vous seriez les premières. Que s’est-il passé ? »

7 Il faudra attendre vingt ans pour qu’une Américaine décolle à son tour. Alors âgée de 32 ans, Sally Ride embarque en 1983 à bord de la mission STS-7. Un record à plusieurs titres : en plus d’être la première femme, elle est aussi la plus jeune astronaute américaine. Si l’on considère le fait qu’elle divorce de son mari en 1987 pour vivre avec sa partenaire Tam O’Shaughnessy, on pourrait même établir qu’elle est la première personne LGBT+ à partir dans l’espace.

Normes de genre

8 Piloter la fameuse Space Shuttle américaine incombe pour la première fois à une femme le 3 février 1995. Le jour du lancement, l’astronaute Eileen Collins invite ses figures inspirantes : les femmes de Mercury 13. Eileen Collins est également la première femme commandante de la navette Columbia, en 1999. En 2005, elle pilote la toute première opération de retournement de la Space Shuttle à 360° aux abords de la Station spatiale internationale (ISS).

9 Peu à peu, place est ainsi laissée aux femmes astronautes. Mais les normes du milieu restent encore masculines. En témoignent certaines fausses notes : en mars 2019, la Nasa a provoqué un tollé en annulant une sortie extra-véhiculaire de l’ISS prévue avec Anne McClain et Christina Koch. L’équipage ne disposait que d’une combinaison spatiale à la bonne taille…

10 En juillet 2017, la Nasa a formé une nouvelle classe d’astronautes. Onze personnes sélectionnées, dont cinq femmes : du jamais vu ! À titre comparatif, la dernière classe d’astronautes de l’ESA (European Space Agency) est composée de huit personnes, dont une seule femme, l’italienne Samantha Cristoforetti. La spationaute, qui devrait assumer le rôle de commandante de la Station spatiale internationale pour l’expédition 68a, prévue en 2022, espère encourager les femmes à intégrer le corps européen des astronautes. La campagne de sélection 2021-2022, quatrième du genre, compte 5 419 femmes sur 22 589 candidats. Sic Itur Ad Astra !

11 Cet article est tiré d’une publication de Laurène Delsupexhe sur le site du Monde des grandes écoles et des universités, 21/12/2020.


Date de mise en ligne : 04/04/2022

https://doi.org/10.3917/pro.387.0025