On peut débattre de cette optique
- Par Jean-Yves Calvez
Pages 49d à 51d
Citer cet article
- CALVEZ, Jean-Yves,
- Calvez, Jean-Yves.
- Calvez, J.-Y.
https://doi.org/10.3917/pro.279.0049d
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- Calvez, J.-Y.
- Calvez, Jean-Yves.
- CALVEZ, Jean-Yves,
https://doi.org/10.3917/pro.279.0049d
Notes
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[1]
Etudes, janvier 2003, p. 55-61.
1 Mais il vaut la peine, là-dessus, de débattre aussi. Les « droits », dans l’optique de la philosophie politique française, sont présupposés, trop facilement peut-être. Il est certain que le Français ambitionne, en plus peut-on dire, de faire partie d’un « corps » politique, réalité capable de l’élever, de le combler d’une certaine façon. A-t-il complètement tort ? L’Américain le critique pour cette ambition même, dans laquelle il décèle le germe d’un abandon de soi et de sa liberté, ou le danger d’un enfouissement dans une sorte de grand être. Dans cette ligne, il est toujours bien près de prononcer l’accusation de totalitarisme. Et on se souvient combien la littérature historienne des Etats-Unis a manié l’expression « démocratie totalitaire » à propos de la Révolution française, à l’exception (et encore) de sa phase « libérale » de 1789. Totalitaire est l’entrée dans un « corps politique ». On perçoit toujours du Rousseau derrière ce terme, et il n’est rien dont on se méfie tant.
2 Le Français peut cependant se défendre. Car s’il y eut bien une phase rousseauiste et dangereusement totalitaire dans la Révolution française, il est certain que l’on ne saurait, à l’inverse, se contenter de la « liberté des modernes », de garantir des droits, toujours plus de droits. Il faut se garder d’omettre la « liberté des anciens », qui n’est pas liberté ancienne, ou archaïque, ou dépassée, mais la reconnaissance mutuelle constituant une communauté, la participation faisant du corps politique mon corps. Dans cette dernière optique, il est demandé à chacun de prendre sur lui-même, de donner quelque chose de soi. Et je ne crois pas qu’il y ait en définitive de bonne vie politique sans cette étape supérieure de démocratie ou de république. Il y a deux degrés de démocratie, ai-je expliqué dans un texte de la revue Etudes [1 ], il est indispensable de travailler à s’élever jusqu’au second... Le premier, d’ailleurs, risque couramment de ne pas se maintenir sans quelque dose de généreux don de soi, de la part en tout cas de nombre de citoyens... Aussi bien l’Anglo-saxon le présuppose-t-il lui aussi, sans doute, à sa façon, mais sans trop vouloir l’institutionnaliser.