Les valeurs coopératives face à la crise abyssale de nos sociétés
- Par Michel Adam
Pages 23 à 39
Citer cet article
- ADAM, Michel,
- Adam, Michel.
- Adam, M.
https://doi.org/10.3917/proj.011.0023
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Introduction : l’air du temps est à la coopération
1Quel est le contexte de la réflexion que nous engageons ? Dans votre diagnostic à la fois riche et ouvert, je retiens les phrases clés suivantes : « complexité abyssale », « pas d’issue dans les cadres existants », « renforcer des initiatives », « ouvrir des espaces de sens » et des appels multiples à la coopération.
2Nous sommes entrés dans l’ère de l’anthropocène (Lorius, 2011) où l’homme est reconnu comme un agent géologique, et en même temps nous célébrons en 2012 l’année internationale de la coopération de l’ONU et en France pour la cinquième année le mois de l’Économie sociale et solidaire (ESS), instauré en PACA en 2003. Dans la perspective de mon prochain ouvrage sur la coopération et de cette journée avec vous, je mène une veille documentaire tous azimuts autour de ce thème central : les appels à la coopération et les pratiques se multiplient. Quelques titres évocateurs : « Pour retrouver le goût du bonheur, revalorisons l’idée de coopération », Daniel Cohen économiste et professeur à l’ENS (Libération, 4-9-12), « Mieux coopérer », le président de la CCI du Pays Basque (Sud-Ouest, 20-9-12), « Scop, le retour gagnant d’une solution d’avenir », (Management, mai 2012), « Sept clés pour grandir », dossier Ça bouge (L’Entreprise n°282, octobre 2009) ; la seconde clé fait l’apologie du travail en équipe et de la coopération interne ; enfin « Du sang neuf pour l’inter-religieux », Constance de Buor (La Vie, 27 mai 2010), même les religions s’y mettent.
3La coopération est un concept qui s’est introduit partout : en témoigne (Annexe 1) un bref voyage dans les sciences effectué en 1998 pour le cahier n° 8 du CREAHI, Du partenariat à la coopération. L’antonyme de coopération, son contraire, est aussi à l’œuvre partout tant les refus de coopération, les désaccords, les conflits sont forts à la surface de notre planète. C’est pourquoi je vous propose de reconstruire pas à pas le sens de votre question et les réponses qu’elle appelle.
Les valeurs coopératives
Valeur, vous avez dit valeurs ?
4L’enjeu sémantique est aujourd’hui le premier tant les trois sens du mot « sens » sont reliés : la perception, l’orientation et la signification. « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », disait Albert Camus, et Pierre Calame ajoute en écho : « Le vocabulaire est la clé ou le verrou de la pensée. » Les mots sont des cartes pour penser le monde, « et la carte n’est pas le territoire » (Korzybski, 1932) mais elle peut interagir sur lui (Le Moigne, 2010). Alors, essayons avec Pascal et Edgar Morin d’« apprendre à bien penser ». Nous verrons plus loin à titre d’exemple comment la confusion entre travail et emploi fait des dégâts considérables et nous empêche de trouver des solutions innovantes à nos problèmes.
5Venons-en à la valeur. Le mot est issu du terme latin valere, être fort, et de valor, valoris, force de vie. Signification riche de sens, le terme valeureux en dérive. Au-delà des multiples sens du mot (1059, importance, qualité d’une entité), en économie (valeur d’usage en 1260, puis en 1690 valeur d’échange), en métrologie (1549, la mesure d’une grandeur), en finance (1705, un titre de propriété négociable), en musique (1740, la durée d’une note), en peinture (1792, le degré de clarté d’un ton), en algèbre (1845, le contenu d’une variable), en linguistique (1950, le sens d’un mot en contexte), c’est en éthique que nous allons nous y intéresser à travers les termes jugement de valeur, système de valeurs, évaluation ou attribution de valeur.
6Les valeurs sont ce à quoi l’on tient subjectivement, ce à quoi on donne de l’estime, ce qui compte – nous voilà dans un univers comptable – pour une personne, un groupe ou une société.
7Plusieurs conséquences essentielles en découlent. La valeur est un élément de référence d’ordre moral pour l’action : elle fonde l’évaluation, l’appréciation, le jugement de valeur. Les valeurs sont la source de la légitimité. Elles sont au cœur du concept de qualité.
8Les valeurs sont innombrables et tout peut faire valeur, prendre valeur pour quelqu’un : ainsi, le courage est une valeur, l’honnêteté aussi, l’ordre mais également la liberté. L’égalité est une valeur, le mérite, la famille, le travail, le loisir, etc. Nos valeurs viennent de plusieurs sources : nos parents tout d’abord nous ont influencés plus que nous ne l’imaginons, puis notre personnalité, notre tempérament, la société enfin par les normes et les valeurs qu’elle véhicule, induit, impose par des pressions fortes ou insidieuses, à chaque époque et par exemple la boulimie de consommation. Enfin, notre histoire, ses réussites et ses échecs contribuent à agir sur nos valeurs.
9On ne peut toucher sans précaution aux valeurs d’une personne, car on touche à son identité, mais pourtant nos valeurs changent, elles évoluent avec les situations de la vie et l’âge (Riverin-Simard, 2006). Et cela constitue une richesse potentielle.
10Les valeurs peuvent s’opposer entre elles : les conflits de valeur sont fréquents, entre les personnes ou au sein d’une même personne. Ainsi, l’ordre et la liberté sont souvent contradictoires, l’éducation en sait quelque chose. J’aime la coopération mais j’aime aussi beaucoup la Coupe du monde de football ! Quelques couples de valeurs apparemment opposées : la différence ou la ressemblance, le confort ou l’aventure, la solidarité ou l’égoïsme, l’égalité ou le mérite, la distinction, la non-ingérence ou la protection, la proximité ou le voyage, la propriété des choses ou leur usage, etc.
11Il y a donc des combats entre les valeurs et pour les valeurs : ceux-ci sont légitimes tant qu’ils respectent leurs propres valeurs. Sinon apparaît une différence entre valeurs déclarées et valeurs pratiquées, en actes dirait F. Varela. L’incohérence, l’hypocrisie, le mensonge ne sont pas loin.
12Au sein d’un groupe, la multitude des valeurs est telle que seules quelques valeurs sont réellement communes et partagées. C’est sur elles que peut se bâtir l’action coopérative (Monnet, 1977 ; Axelrod, 1982). Remarquons que la démocratie ne fonctionne que si tous les citoyens partagent une valeur commune : le droit d’avoir des valeurs différentes ! Soit une méta-valeur…
13Les valeurs sont à la fois des causes de nos actions (le moteur) et des conséquences de l’action, comme le souligne la théorie de la dissonance cognitive (Festinger, 1976). On a pu dire que les valeurs sont à la fois une boussole qui nous aide à nous orienter dans la vie, pour choisir notre chemin mais tout autant une ancre sécurisante (qui nous rattache à un port, à l’abri des tempêtes) voire sclérosante car elles peuvent nous empêcher d’évoluer. Edgar Morin parle de dialogique des valeurs pour qualifier cette paradoxale influence.
14Les valeurs apparaissent souvent dans le nom des projets à finalité sociale, des associations ou des entreprises de l’économie sociale et solidaire : Sauvegarde de l’Enfance, Menuisiers associés, librairie Le Texte Libre, entreprise d’insertion Le Tremplin, Herrikoa (« qui vient du pays »), etc.
Coopération, collaboration, coaction
Ce que les mots veulent dire
15Le regard sémantique conduit à l’étymologie ; « coopération » vient de « coopérer » issu du mot latin operari, fabriquer avec ses mains, soit le travail des artisans (potier, charpentier, menuisier, etc.), une racine qui a engendré opération, opérateur, opérande, opérationnel, etc. Cum operari, co-opérer, c’est donc travailler à plusieurs, œuvrer ensemble dans un même but. Soit une des quatre dimensions de tout travail, cet acte humain de transformation intentionnelle de la matière, des êtres vivants, de l’information. Les trois autres dimensions sont également livrées par le latin. Labor désignait le travail pénible – laborieux –, de la terre à cette époque, montrant ainsi la dimension d’effort physique et psychique de tout travail. Opus concerne le résultat de l’action transformatrice, il a donné l’opus en musique, puis l’œuvre, le chef-d’œuvre, le manœuvre, la main-d’œuvre et les œuvriers devenus plus tard ouvriers. Ce résultat échappe en partie à son créateur, pour le meilleur ou pour le pire. Enfin, tripalium issu de trespalis, instrument de contention pour ferrer les animaux de trait, devenu instrument de torture abominable, a engendré le mot « travail » dans le capitalisme naissant si respectueux des êtres humains. Aujourd’hui, le terme dévoile la dimension de contrainte, de soumission à la pression du monde – physique et social – que comporte toute situation de travail. Principalement la pression de l’emploi et de l’employeur sur le travail et le travailleur. Même si beaucoup de travail se fait en dehors de l’emploi !
16Le travail se situe donc dans la dimension du faire, de « l’agir sur le milieu bio-anthropo-physique, et nous sommes transformés par ce que nous transformons » (Edgar Morin, 1976). C’est en quoi le travail nous fait autant que nous le faisons – pour le meilleur et pour le pire – dans une interaction systémique qui dure presque tout au long de la vie. Les effets de ces quatre dimensions sont majeurs et vont jouer sur les processus de coopération. La dimension de l’effort (labor) constitue la face consumante du travail et appelle la régénération régulière du travailleur, face à l’épuisement de ses forces. Sans oublier que paradoxalement c’est le maintien de l’activité finalisée qui entraîne le maintien des capacités motrices, cérébrales et sexuelles… La dimension du faire et de son résultat (operari / opus) en est sa face développante, transformante. Elle engendre un rapport au temps élastique, avec le temps qui passe trop vite ou ne passe pas selon l’intérêt au travail. Ce sens attribué à son travail favorise grandement la motivation et la construction des compétences. Enfin, la dimension de la contrainte (trepalium) révèle sa face structurante, socialisante, normalisante voire sclérosante et même mortifère : « L’emploi peut étoffer le travail et le travailleur comme il peut l’étouffer », dit Edgar Morin. Nous le rappellent hélas les nombreux suicides de la période récente.
Coopération et collaboration
17Les deux mots ont une histoire chargée. Historiquement, la coopération est associée au mouvement coopératif né au dix-neuvième siècle en Europe et surtout aux coopératives agricoles. Jusqu’aux années 2000, sa connotation reste vieillotte et évoque plus les coopératives qu’un processus interactif dans la théorie du comportement coopératif du politologue Robert Axelrod (1982).
18Le terme collaboration a connu une histoire inverse ; longtemps entaché du soutien à la domination nazie sur notre pays et à la honte afférente, il a refait surface dans le vocabulaire de la grande entreprise (où l’on parlait depuis longtemps de collaborateurs) et dans le Net avec le terme collaboratif du Web 2.0 qui contamine peu à peu la qualification des processus collectifs pas seulement technologiques. Une concurrence s’est engagée entre le « faire avec » et le « peiner avec ». L’important est donc bien de définir le sens que l’on met à chaque usage.
Complexité de l’agir-travailler à plusieurs
19La coopération peut se définir de façon opérationnelle comme un mode d’action collectif organisé pour atteindre un objectif, au service d’un projet dans un contexte donné. Chacun des acteurs engagés contribue à la réalisation de l’objectif à travers des apports (contributions) et des retombées (rétributions) différentes. D’où l’enjeu du partage de l’objectif, sa signification et son explicitation. L’expérience vécue révèle que le mot a deux contraires ; le premier est son strict opposé, la compétition sous toutes ses formes de la concurrence la plus douce au conflit le plus ouvert. Mais le second contraire est tout aussi important, c’est le refus de coopération, la non-coopération, soit le fait de refuser son apport à la réalisation de cet objectif. Et ainsi de l’empêcher de se réaliser ou de le dénaturer gravement.
20Au-delà d’une logique binaire appauvrissante, l’expérience révèle encore que l’on peut être à la fois dans la coopération et la compétition, lors d’une partie de tennis par exemple, en simple et encore mieux en double ! C’est parce que mon partenaire est mon adversaire que je peux jouer avec lui. Complexité.
21Ce qui nous conduit à observer que l’action qui nous lie nous rapproche et nous sépare à la fois. Nous coopérons sans jamais être à la place de l’autre, dans le jeu une table nous sépare, dans le sport, un filet ou une distance, etc. Cette action commune réunit les deux couleurs opposées du partage, l’union et la séparation ; le partage de l’information est multiplication, celui du gâteau, une division. La coopération est un entrelacs de ces deux dimensions, entre synergie et scission, soit un processus complexe avant d’être le principe fondateur – pas toujours mis en pratique – d’une coopérative, statut particulier de société commerciale selon la loi de 1947 et ses déclinaisons nombreuses, douze à ce jour avec la société coopérative d’intérêt collectif (SCIC).
Collectif et coopératif
22Attention collectif et coopératif ne sont pas synonymes. Le football fait partie des sports collectifs mais les différences sautent aux yeux des spectateurs entre l’équipe de stars qui jouent « perso » et la « toqua du Barça » (Barcelone), une merveille de coopération où chacun trouve la place de l’autre avant qu’il y soit ! Le « fond de jeu » se fait chorégraphie improvisée et féconde.
23Coopératif implique collectif, l’inverse n’est pas nécessairement vrai. Il n’y a pas bijection mais injection, la coopération n’est pas un long fleuve tranquille. Elle se construit et s’entretient.
Un baromètre de la coopération
24Dans la coopération se déploient des degrés dans la réussite du « faire système » à plusieurs et dans la qualité des relations supports de l’action et des interactions. C’est ce qu’illustre le baromètre ci-dessous construit avec des éducatrices d’enfants handicapés mentaux pour repérer leurs situations vécues dans le travail commun avec des partenaires extérieurs (autres services, associations, administrations). On y voit une partie des notions inventées par la polémologie ou science de la guerre : le conflit non coopératif qui vise l’élimination physique d’un des acteurs (la Shoah, le Rwanda) et le conflit coopératif où chacun sait qu’il a, malgré tout, besoin de l’autre. À l’autre bout du cadran, côté confiance et non plus défiance, se situent la coopération conflictuelle et la coopération non conflictuelle. La pensée complexe en reliant les possibles, aide à penser l’articulation de deux instances à la fois opposées et complémentaires, soit une dialogique (Morin, 1977). Dialogique de la coopération entre union et séparation, dialogique des valeurs en chacun de nous, dans une équipe et au sein d’une société.
Coopération et mutualisation
25Ces deux mots sont trop souvent confondus. Dans une perspective d’exploration concrète des innovations collectives en France, nous avons esquissé au LABO-ESS une typologie qui permet de distinguer ces initiatives de plus en plus nombreuses, y compris la holding de Mondragon (MCC). Si coopérer signifie faire ensemble (du latin cum operari) et a engendré « coopérative » et « coopérateur », mutualiser signifie mettre en commun (du latin mutare, changer, (muter), puis plus tard échanger) et a engendré « mutuelle » et « mutualiste ». On s’associe pour coopérer (dimension fonctionnelle) ou pour mutualiser (dimension structurelle). La coopération en tant qu’action appelle nécessairement de la mutualisation, celle du temps et des ressources notamment, mais aussi du don, beaucoup de don et de contre-don. Mais si la mutualisation est un tremplin pour la coopération, elle ne la génère pas automatiquement ; un exemple parlant est celui de la copropriété immobilière et de ses avatars.
26Sur l’axe horizontal, la géographie du plus local au plus mondial et sur l’axe vertical, l’économie vue par le nombre d’emplois voire le chiffre d’affaires. Ainsi voit-on les simples coordinations techniques comme les groupes métiers de l’IAE, les foires commerciales et conventions d’affaires, puis les locaux partagés, mutualisés ; ensuite les entreprises multi-parties prenantes comme les SCIC ou certaines mutuelles avec un collège salarié, puis les ensembliers ou entreprises associées et les grappes d’entreprises, les clusters ; enfin les filières thématiques autour d’une production (agricole, industrielle, culturelle) ; et au sommet à droite, hors contexte national, la MCC de Mondragon pour l’exemple et l’incitation à la réflexion.
Y a-t-il des valeurs coopératives ?
27Y-a-t-il des valeurs spécifiques de la coopération et si oui, lesquelles ? La littérature scientifique et mon expérience mettent en avant d’abord des comportements et des capacités sous-tendus par quelques valeurs essentielles pour favoriser la coopération. Ainsi Roland Fonteneau parle-t-il de capacité de décentration de la personne vis-à-vis de soi pour les autres, ce qui renvoie à des compétences psycho-affectives et cognitives à la fois, à l’adaptabilité. Mais en « toile de fond » apparaît le respect tant il est vrai que respecter signifie étymologiquement rendre le regard. Une autre attitude et qualité est l’empathie ; non pas se prendre pour l’autre, mais essayer de ressentir ce qu’il ressent, de bon et de moins bon dans l’action commune qui nous relie mais nous sépare en même temps puisque nous sommes différents. Mes semblables sont différents de moi !
Quatre règles qui favorisent la coopération et les valeurs associées
28Robert Axelrod dans son célèbre ouvrage Donnant, donnant : une théorie du comportement coopératif a formulé quatre règles qui favorisent la coopération… dans un contexte, précise-t-il, où les acteurs sont appelés à se revoir régulièrement. D’abord la règle de bienveillance : faire confiance a priori à l’autre. Puis en contrepoint la règle de susceptibilité : réagir dès la première défection de l’autre. Puis à nouveau la règle d’indulgence : pas de vengeance inutile, accepter le retour à la coopération, la page est blanche à nouveau (comme ont osé le formuler les articles 1 et 2 de l’Édit de Nantes en 1598). Enfin la règle de transparence : être lisible pour l’autre, ne pas apparaître comme trop malin pour lui. Mais seul l’autre peut le sentir et oser le dire.
29L’application stricte, et ô combien délicate, de ces règles produit des effets étonnants, l’auteur de ces lignes l’a souvent expérimenté dans des contextes très variés. Les valeurs en jeu se nomment : la confiance et ses quatre dimensions (Avenier, 1999) à explorer et à construire (en soi et en l’autre et réciproquement), le dialogue, la lucidité, la franchise, le courage, la loyauté et l’humilité. Ce n’est pas par hasard que la plupart des religions mettent ces valeurs en avant.
On ne naît pas coopérateur, on le devient
30D’où l’intérêt de cette formule pragmatique de Claude Vienney, journaliste qui a longuement étudié la coopération et ses formes : « On ne naît pas coopérateur, on le devient. » Coopérer, cela s’apprend, y compris par ses erreurs et ses ratages, cela se perfectionne et se co-évalue. Armand Hatchuel note un des effets d’une coopération féconde en termes d’apprentissages croisés : j’ai appris de l’autre, j’ai même un peu appris l’autre et réciproquement.
L’entreprise et les valeurs, une effervescence orientée et orientable
31De nombreuses clés de lecture sont proposées pour approcher l’entreprise. J’en propose ici une nouvelle, objet de mon livre Réinventer l’entrepreneuriat pour soi, pour nous, pour eux.
Trois sources de création de l’entreprise
32C’est en considérant les choses dans leur genèse qu’on en acquiert une meilleure intelligence, écrivait Aristote. Cette maxime connue des bons consultants nous invite à découvrir que trois chemins mènent à la création d’une entreprise. Soit la transformation du travail en emploi.
33Le premier chemin est logiquement le « pour soi » : je crée mon entreprise pour moi, éventuellement avec l’aide de ma famille ou d’amis pour les apports initiaux. C’est le fondement de l’économie dite privée la plus répandue ; elle concerne toutes les formes du travail indépendant, de la TPE à la PME-PMI. L’une des raisons de cette démarche au-delà des influences familiales confirmées par les recherches (liée à un certain rapport au risque économique) est la recherche d’indépendance, beaucoup plus que le désir de faire fortune (Le Marois, 1985). Ce qui n’empêche pas de se rapprocher entre entrepreneurs individuels ; ainsi sont nés en 1980 les clubs de créateurs autour de Tomas Pino Garcia. La valeur dominante s’appelle ici la liberté.
34Sur le second chemin, se rencontrent toutes les formes juridiques par lesquelles plusieurs personnes s’associent en un « pour nous » d’entrepreneurs collectifs, de la coopérative à la mutuelle en passant par nombre d’associations de loisirs ou de défense. Nous sommes dans l’économie sociale – terme du dix-neuvième siècle réapparu en 1977 sous l’impulsion de Michel Rocard – qui s’est donné des règles fortes : propriété indivise de l’entreprise, pas de partage des actifs, gouvernance démocratique par élection des dirigeants, « une personne, une voix ». L’entreprise y est plus stable – et non délocalisable – que dans cette forme paradoxale du « pour nous » qu’est la SARL ou la SA à la gouvernance inégalitaire et qui n’est en fait bien souvent qu’une cohabitation de « pour soi », celui des actionnaires. Qu’une majorité de ceux-ci veuille fragmenter la société (pilier juridique) et l’entreprise (pilier économique et humain) disparaît. Dans l’économie sociale, les actionnaires appelés sociétaires peuvent être les producteurs dans la SCOP ou la coopérative d’artisans, les clients dans la coopérative de consommation ou la mutuelle, les fournisseurs dans la coopérative agricole, voire un mélange de tous ces types dans la SCIC. La valeur dominante est l’égalité, le partage égalitaire et sa recherche.
35Sur le dernier chemin, des travailleurs sociaux, des cadres retraités – appelés entrepreneurs sociaux – ont décidé dans les années 1980 de devenir chefs d’entreprise pour permettre à des personnes très éloignées de l’emploi par leur mauvaise image (prison, asile) ou leurs faibles capacités (formation initiale), d’accéder à un emploi directement par le travail productif. Il s’agit d’une entreprise « pour eux », et d’une économie d’inclusion pour ces exclus de l’emploi, par une transition socio-professionnelle redynamisante et formatrice, à durée limitée. Sept types de structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) agissent, dont les entreprises d’insertion, les associations intermédiaires, les chantiers d’insertion et les régies de quartier. La valeur dominante est cette fois la fraternité ou encore la solidarité. Et nous voilà nantis des trois composantes de notre devise nationale ! Vaste programme, aurait dit le général De Gaulle.
Trois pôles éthiques et juridiques
36Ces trois pôles et leur centration éthique sont tout autant juridiques (les statuts distincts et le code du travail). Mais chacun a une dominante de par sa naissance, la prise d’initiatives individuelles, le partage égalitaire dans l’union des forces et enfin le droit (constitutionnel) à l’emploi. Qui oserait dire qu’un seul de ces buts n’est pas légitime ? Tous trois sont donc à la fois légitimes et complémentaires. Mais pas automatiquement accordés. L’hégémonie d’un seul ou la disparition d’un autre appauvrit la société : autoritarisme et instrumentalisation réifiante, égalitarisme sommaire et uniformisation sclérosante, assistanat infantilisant et leurs diverses combinaisons. Richesse et complexité de ce modèle ternaire.
Les idéaltypes et la réalité
37Dans la pratique, les trois types coopèrent dans de nombreuses réalisations, Darty et Emmaüs inventent les ENVIE, les entreprises privées d’un territoire se groupent en cluster, en SPL et la mutuelle MACIF soutient activement les SIAE. Par ailleurs, les entreprises vivent des évolutions plus ou moins maîtrisées qui peuvent les changer, de l’individuel vers le coopératif ou l’inverse.
38Enfin il arrive qu’elles s’hybrident en faisant naître de nouveaux types plus complexes, comme les SCOP entreprises d’insertion, les groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification (GEIQ), les couveuses d’entreprises, les coopératives d’activités et d’emplois (CAE) ou plus explicitement coopératives d’entreprenants associés.
Trois pôles internes à l’entreprise en action
39Ces trois pôles se retrouvent également au sein de toute entreprise quel que soit son statut, privé marchand, associatif ou public. Expliquons-nous. Chacun voit midi à sa porte et c’est le « pour soi » : dans cette entreprise j’agis d’abord pour moi dans une relation contractuelle aussi équilibrée que possible. Que je sois directeur ou agent d’entretien, j’ai besoin de m’y retrouver dans ce travail-emploi pour bien vivre et pouvoir me donner. Légitimité forte de ce point de vue dans son unicité et dégâts considérables dès lors qu’il est ignoré ou rejeté : stress, suicides, malversations, perruquage, etc., sont au rendez-vous. Mais dès lors que l’on n’est plus seul, un collectif naît et s’il fonctionne correctement, un collectif plutôt coopératif, alors un « pour nous » émerge : c’est pour nous que des clients sont à satisfaire, c’est pour nous que l’ambiance mérite d’être stimulante, etc. Les philosophes parlent d’altérité interne, les sociologues de sentiment d’appartenance, de culture d’entreprise forte ; ce « nous aggloméré » est porteur de synergies, d’entraide, de solidarité, voire plus ; les rencontres affectives sont nombreuses au sein des entreprises. Enfin, vu de l’intérieur, il y a toujours un « eux », c’est pour eux les clients ou les usagers que nous œuvrons, ce sont eux les concurrents qui nous taillent des croupières, ce sont eux les gens du territoire qui nous mettent la pression sur le respect de l’environnement, ou nous aident en cas d’événements douloureux, ce sont les jeunes sans emploi que nous pourrions former, etc. On parle d’altérité externe. Toute aussi incontournable car systémique.
La dimension hologrammatique de l’entreprise
40Qu’une partie de la société, l’entreprise, contienne – en réduction – le tout de la société, en l’occurrence les différents types d’entreprise, cela constitue un phénomène hologrammatique.
41Celui-ci permet une modélisation heuristique de l’entreprise, une véritable boussole du sens : qu’en est-il du pour moi dans cette entreprise, du point de vue de chacun/e ? Et du pour nous ? Et du pour eux ? Équilibre des trois pôles, fragile mais recherché ? Ou domination prégnante d’un seul voire de deux ? L’hologramme, à l’image de la société, contient le meilleur et le pire…
42Il aide à mieux situer la complexité de la coopération en son sein et avec l’extérieur ainsi que les rapports entre coopération interne, sous l’égide du don et du contre-don (Norbert Alter), et coopération externe, qui s’appellent mutuellement. Vertus du dialogue et de la réflexivité.
43Sommes-nous une forteresse confortable et close (mais assiégée, « un camp de consommation », J.-F Batellier) ? Ou une entreprise ouverte soucieuse d’apporter sa quote-part au développement durable et vivable par tous ? « Pas d’entreprise prospère dans un océan de misère » (CJD, 2000).
Pour mieux vivre ensemble, le principe de légitimité plurielle
44Un principe éthique appelé de légitimité plurielle (Adam, 2005) émerge alors pour favoriser les coopérations en posant les questions du pour soi, du pour nous et du pour eux, du point de vue de toutes les parties prenantes ; et non plus l’actuel principe de légitimité unique des actionnaires ou de l’État ou de la seule partie fondatrice dans les coopératives, sauf dans la SCIC. Le travail du séminaire du Collège des Bernardins depuis 2010 sur « Entreprise, formes de la propriété et responsabilités sociales » a mis au jour la prise en compte de toutes les parties prenantes dont celles des producteurs (salariés ou sous-traitants) comme un levier majeur du futur. Les valeurs inhérentes à chaque pôle, liberté et courage, égalité et partage, fraternité ou encore solidarité et « care » entrent en jeu, deviennent enjeux dans une combinatoire jamais parfaite, trop souvent pauvre, à la recherche d’accords fragiles pour rendre l’entreprise vivante car vivable et réciproquement.
45Et ce, contrairement à ce que prétend André Comte-Sponville dans Le Capitalisme est-il moral ? qui fait de l’entreprise un univers purement économique où ne fleurirait aucune valeur – ce qui n’existe pas – oubliant que l’entreprise est un milieu de vie et d’action humaine et naturelle complexe, bien au-delà de sa seule dimension économique. Elle est le creuset d’une double transformation, celle de la nature, du milieu et des « objets » traités – d’où la nécessité des questions sur l’impact du travail – et d’une transformation tout aussi profonde des transformateurs eux-mêmes, l’ensemble des « travailleurs » tant il est vrai que « nous sommes transformés par ce et ceux que nous transformons », écrit Edgar Morin. C’est pourquoi elle est l’objet d’un double et puissant attachement, affectif d’une part et juridique de l’autre. Ces deux formes de lien méritent aujourd’hui d’être revalorisés très fortement, la coopération est un chemin dans cette perspective.
Crise et métamorphose
46Le mot crise s’écrit en chinois par la conjugaison de deux idéogrammes qui signifient danger (la rupture d’un équilibre) et opportunité (la possibilité de changement). Une des réponses à la crise généralisée actuelle est dans le changement des facteurs qui y ont conduit. L’école de Palo Alto (1965) a dégagé deux formes typiques : le changement 1 « dans la continuité » qui ne change que les actions mais pas les objectifs poursuivis (ce qu’a fait le capitaine du Titanic dans la nuit tragique du 10 avril 1912) et le changement 2 « stratégique » qui change les objectifs poursuivis (il aurait dû contourner la zone des icebergs géants détectés). On l’appelle recadrage par le fait qu’une vue plus large de la situation en change le diagnostic. On ne cherche plus ses clés de voiture sous le réverbère parce que c’est bien éclairé… Trois brefs éclairages sur cette question.
Les leçons de Jean Monnet
47Cette question majeure du changement et de ses formes invite à la relecture de Jean-Louis Le Moigne (1984) et de Philippe Quinton, sémiologue et graphiste (1997). Mais aussi celle d’un homme exceptionnel qui a provoqué tant de changements que son expérience traduite en conscience dans ses Mémoires est d’une richesse exceptionnelle. L’étude de la pensée de ce précurseur (Adam, 2011) conduit à dégager neuf thèmes en interactions constantes au service d’un seul but, la Paix. Ayant traversé deux guerres mondiales, cet entrepreneur hors du commun qui inventa le Commissariat au Plan et la CECA nous livre une leçon de coopération magistrale à travers ses réussites (la Paix, le Plan, le traité de Rome) et ses échecs (l’Europe n’est qu’en chemin hélas). « Nous unissons des hommes, nous ne coalisons pas des États » est l’une de ses maximes célèbres. Tant d’autres le sont moins, elles constituent pourtant une véritable écologie de l’action dont André de Peretti dit qu’elle devrait être enseignée dans toutes les grandes écoles.
La renaturation du monde
48L’observation prospective des signaux faibles qu’émettent les humains par leurs initiatives à la surface de notre planète montre qu’un processus de renaturation du monde est en marche aux côtés et à la fois contre le processus beaucoup plus visible de son artificialisation.
49Films, revues nouvelles ou anciennes qui s’ouvrent, émissions audiovisuelles en témoignent. Qu’il s’agisse de l’essor du « bio » (sous tant de formes), des jardins, des éco-quartiers, du Land Art, de la végétalisation artistique et potagère des villes, de la renaturation des anciennes rivières, une créativité à la fois libérée et réorientée, sage et de survie, respectueuse du vivant, se manifeste partout, si on veut bien la voir.
50Tandis que d’autres rêvent d’avion à Mach 6 pour relier Paris à Tokyo en deux heures, ignorent la fin prévisible des ressources fossiles, la détérioration très grave du climat, l’artificialisation massive se poursuit – à commencer par celle des sols – partout et avec une vigueur inquiétante. Faut-il opposer sommairement les deux ? En aucun cas, car l’intelligence humaine, surtout si elle se fait collective par la coopération, peut conjuguer l’art de faire du nouveau (l’ingenium et le disegno de Léonard de Vinci et de Vico), avec un meilleur respect de la Nature, « qui ne nous conservera pas si nous ne la conservons pas », dit Yona Friedman.
51Cette coopération est non seulement une forme aussi oubliée qu’ancestrale mais elle fait retour avec une créativité technique pleine de promesses (Tardieu, 2012) et de perspectives (bio-mimétisme, radeau des cimes, agroforesterie, voiture solaire, etc.) dès lors que les ingrédients d’une bonne coopération s’y retrouvent : le respect, la confiance, l’empathie, la réflexivité, le dialogue. Le philosophe Richard Routley (1992) recense trois types de rapports homme-nature : le despote, l’homme a tous les droits, l’intendant ou l’homme gardien de ce qui lui a été confié (d’où le proverbe indien attribué à Saint-Exupéry : « la Terre ne nous appartient pas, elle nous est prêtée par nos enfants ») et enfin le coopérateur qui travaille à perfectionner la nature et à développer ses potentialités. À nous de choisir ce qui est souhaitable et de le rendre possible. « Une action est impossible tant qu’elle n’a pas été essayée », aimait dire Jean Monnet.
Les Pôles Territoriaux de Coopération Économique
52Une innovation prometteuse a récemment fait surface : la reconnaissance des Pôles Territoriaux de Coopération Économique (PTCE) et leur caractérisation par le LABO de l’ESS et les premiers enseignements de leurs démarches. Il existe à la fois des différences et des convergences avec les clusters, comme l’a montré le débat du 25 juin avec Xavier Roy de France Clusters en présence de Benoît Hamon. La rencontre – connaître et reconnaître – est le premier pas de toute coopération, comme l’exprime le référentiel de l’action coopérative élaboré pour les SIAE (Adam, 1998) et celui des PTCE. Pierre Calame (2009) met en avant comme leviers structurels du futur, les territoires (le local) et les filières (la coopération). Doit-on suivre Miro quand il affirme que « seul le local est universel » ?
Conclusion
53Une situation très mauvaise globalement sur les plans écologique, économique, sanitaire, politique, sociale, etc., ne signifie pas qu’elle le soit partout. Localement, les différences sont extrêmes. Le pire d’une évolution jugée défavorable n’est jamais certain, comme le rappelle Edgar Morin à propos de l’état du monde au début de 1942, sous les dominations nazie et nippone en plein essor. Puis, la situation s’est peu à peu retournée. D’où ce proverbe turc qu’il aime citer : « Les nuits sont enceintes mais nul ne connaît le jour qui viendra. » Sachons repérer les signaux faibles et nous en instruire. L’espoir et la joie chère à Spinoza sont des moteurs puissants. D’où mon appel au changement 2, coopératif et créatif. Il n’y a pas que des SCOP à construire – même si on y vit bien très souvent – ainsi cet exemple de Techné PME peu hiérarchique de 300 salariés (Management, mai 2012). La prise en compte de toutes les parties prenantes d’un processus organisé – l’entreprise, mais aussi les décisions des élus politiques à tous niveaux – dont celle des producteurs et des utilisateurs (la maîtrise d’usage porteuse de bien-être et d’économies) est un levier du futur. Le statut juridique est alors un facilitateur parmi d’autres, une composante des choix possibles pour rendre l’entreprise vivante et vivable.
54Un enjeu majeur et quasi universel (ass, entreprises, élus, habitants, familles, églises, etc.) est le développement du savoir coopérer. D’où l’importance de Robert Axelrod qui a montré par la théorie des jeux que la stratégie coopérative, sous certaines conditions, est toujours la meilleure à long terme. Ce long terme que nous devons réapprendre à intégrer dans nos actions. Un proverbe arabe dit : « On ne fait pas un enfant en un mois même avec neuf femmes. » Et Jean Monnet nous invite à distinguer pour mieux les articuler, les trois dimensions du temps que sont Kronos la durée (l’école de la patience qu’est la fabrication du cognac), Kaïros l’instant (le sens de l’opportunité à saisir) et Aïoun le sens de l’éternité cyclique (les saisons).
55Dans la compétition, si je gagne tu perds ou l’inverse ; dans la coopération (difficile à construire rappelons-le), nous gagnons tous ensemble au prix d’une meilleure prise en compte de l’autre.
56Y compris cet autre qu’est la Nature. Comme le dit l’architecte Yona Friedman, « si nous ne conservons pas la Nature, la Nature ne nous conservera pas ». Le maître mot de la grande aventure humaine est la reliance, le « tisser ensemble » (complecti en latin) de la complexité reconnue. Une de ses modélisations possibles s’appuie sur la rose des vents du projet (Boutinet, 1991) qui entrelace valeurs et capacités aux pratiques (valeurs en actes) et à leur dissémination.
57Espérant le mettre en difficulté, Zhi Zong, un disciple de Confucius lui dit un jour : « Maître, si un mot devait guider toute notre vie, lequel serait-il ? » Et Confucius répondit : « Ne serait-ce pas réciprocité ? »
La coopération est partout
Tour d’horizon pluridisciplinaire de quelques travaux où le terme apparaît
- anthropologie
- le don, le contre-don : Marcel Mauss, Essai sur le don, 1923
- droit et sciences juridiques
- Philippe Ligneau, La coopération verticale dans le secteur social et la santé, Cahiers du CNFPT, n° spécial mars 1994
- écologie, biologie
- économie et sciences de gestion
- réseaux d’entreprise et les SPL (les systèmes productifs locaux sont des coopérations entre PME)
- Jean Boissonnat, Le travail dans vingt ans, Paris : Odile Jacob, 1995
- Philippe Delmas, Le maître des horloges, Paris : Points Seuil, 1992
- économie des coûts de transaction : O. E. Williamson, in Sciences Humaines 1997, adaptation coopérative et autorité : contrat coopératif
- entre nations : le ministère de la Coopération en France
- entre acteurs : Marie-José Avenier et al., Ingénierie des pratiques collectives, Paris : L’Harmattan, 1999
- les échanges, le troc : Sel ‘idaire, n° spécial de la revue Silence sur les SEL, mars 1998
- clauses commerciales abusives de coopération hypermarchés-producteurs : Libération, 14/1/2000
- ergonomie et didactique professionnelle
- du travail et du métier : Yves Clot, Le travail sans l’homme, Paris : La Découverte, 1995
- compétences collectives : Guy Le Boterf, L’ingénierie des compétences, Paris : Éditions d’Organisation, 1998
- éthique, philosophie
- coopération avec soi-même : Gabriel Liiceanu, De la limite, Paris : Michalon, 1997, p. 17
- éthique de la délibération : Jürgen Habermas, De l’éthique de la discussion, Paris : Champs-Flammarion, 1992
- éthique de l’environnement : Richard Routley, Éthique de l’environnement, Paris : Vrin, 2008
- éthologie
- attachement et développement cognitif : Boris Cyrulnik, Sous le signe du lien, Paris : Hachette Pluriel, 1992
- proximité génétique facteur de coopération : W. D. Hamilton, in Sciences Humaines, mars 1998
- informatique
- free-software, les logiciels coopératifs et le système Linux : Libération, 14/1/1999
- Internet et les réseaux d’internautes, « Les réseaux sociaux et le printemps arabe » (2011)
- noologie
- coopération entre les idées : Edgar Morin, La Méthode, tome 4, Paris : Le Seuil, 1992
- pédagogie
- psychologie cognitive et génétique
- L’enfant et la règle du jeu de billes, Jean Piaget, Introduction à l’épistémologie génétique. (III) La pensée biologique. La pensée psychologique. La pensée sociologique, 1950, vol. l, p. 248
- psychologie sociale
- influence sociale, images de soi,
- négociation raisonnée : Fisher, Comment réussir une négociation, Paris : Seuil, 1992
- recherche partenariale
- Philippe Fleurance et Sciences Citoyennes, exemples d’appels d’offre de recherche avec citoyens associés en recherche participative
- recherche spatiale
- Gérard Balantzian, L’avantage coopératif, Paris : Éditions d’Organisation, 1997
- sociologie
- de l’équipe : Marc Mousli, A1ary Parker Follet, pionnière du management (pouvoir coactif), Cahier LIPSOR, 2000
- de l’économie sociale et des coopératives : Albert Thomas, Charles Gide, Jean Giramont, Le coopératisme ; Henri Desroche, Histoires d’ESS, Syros, 1992
- du partenariat : Michel Séguier, Construire des actions collectives, Lyon, Chronique Sociale, 1990
- du travail : Norbert Alter, Donner et prendre. La Coopération en entreprise, Paris : La Découverte, 2009
- théorie de l’évaluation
- les référentiels coopératifs : Alain Georgel, La méthode ÉCARTS, CREAHI, 1996
- théorie des jeux
- théorie du comportement coopératif : Robert Axelrod, Donnant Donnant, Paris : Odile Jacob, 1982
- transdisciplinarité - coopération entre les sciences
- Manifeste du CIRET, Basarab Nicolescu, revue TSC, 1994
- Marc Richelle, Défense des sciences humaines, Mardaga, 1997, p. 49
Mots-clés éditeurs : coopération, crise, entreprise, nature, valeurs
Date de mise en ligne : 19/02/2013
https://doi.org/10.3917/proj.011.0023