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Au fondement du complexe : l’enracinement de l’acte dialogal de connaître dans l’existence

Pages 31 à 40

Citer cet article


  • Bréchet, J.-P.
(2025). Au fondement du complexe : l’enracinement de l’acte dialogal de connaître dans l’existence. Projectics / Proyéctica / Projectique, 41(2), 31-40. https://doi.org/10.3917/proj.041.0031.

  • Bréchet, Jean-Pierre.
« Au fondement du complexe : l’enracinement de l’acte dialogal de connaître dans l’existence ». Projectics / Proyéctica / Projectique, 2025/2 n° 41, 2025. p.31-40. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-projectics-proyectica-projectique-2025-2-page-31?lang=fr.

  • BRÉCHET, Jean-Pierre,
2025. Au fondement du complexe : l’enracinement de l’acte dialogal de connaître dans l’existence. Projectics / Proyéctica / Projectique, 2025/2 n° 41, p.31-40. DOI : 10.3917/proj.041.0031. URL : https://shs.cairn.info/revue-projectics-proyectica-projectique-2025-2-page-31?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/proj.041.0031


Notes

  • [1]
    Sans réduire le disciplinaire au simplifié.
  • [2]
    On retrouve la définition admise du concept d’inhérence compris comme état de choses qui sont inséparables de par leur nature, et qui ne peuvent être disjointes que mentalement et par abstraction ; ajoutons que la possibilité de disjoindre mentalement et par abstraction implique les médiations/langagières et conceptuelles, non directement prises en compte à ce stade de notre exposé.
  • [3]
    La séparation comprise comme le fait de constituer quelque chose en unité distincte par rapport à autre chose ou le fait pour quelque chose de constituer une unité distincte par rapport à autre chose.

Introduction

1 La complexité n’existe pas, au sens où elle n’est pas séparée de nous. Dit autrement, c’est nous qui l’affirmons, qui en affirmons l’existence, et cela nous oblige à la définir. Il n’y a aucun sens à qualifier le monde de complexe, ou à affirmer la complexité du monde, si nous ne sommes pas en mesure de préciser comment nous complexifions la connaissance que nous en formons. Le complexe est le complexifié tout comme le simple est toujours le simplifié disait G. Bachelard (1934/1987).

2 Si l’on repousse l’idée que la complexité ne se réduit pas à la juxtaposition des points de vue, par exemplaire disciplinaires [1], il s’agit d’envisager une complexification originaire, avant tout découpage disciplinaire, à côté, ou en plus, des découpages disciplinaires dont l’apport à la connaissance humaine est incontestable.

3 Nos propres réflexions nous guident vers l’établissement des propriétés de ce qu’il convient de considérer comme un dialogue avec le monde qui naît avec la vie, d’un dialogue, en l’occurrence proprement humain, qui accompagne la vie. Si naître et connaître vont de pair, la réflexion s’oriente naturellement vers la quête de l’élucidation des conditions de l’enracinement de ce dialogue dans l’existence – du connaître dans l’existence dirait P. Ricœur (1986) - et, corollairement, vers l’établissement que l’existence elle-même est de l’ordre d’un dialogue avec le monde, et nous devrions dire « de ce dialogue avec le monde ». L’agir projectif humain s’affirme de l’ordre d’un même dialogue avec le monde, pour le faire à proprement parler et pour le connaître en tant qu’acte. Ainsi, nous poursuivons dans ce numéro anniversaire de Projectique une réflexion déjà entamée dans cette revue il y a quelques années (Bréchet, 2021).

La médiation dialogale : enracinements, ternarité, règles

4 Personne ne peut contester que notre existence, disons le fait même d’exister et de vivre, conditionne nos capacités de connaissance. Cet enracinement du connaître dans l’existence fonde les propriétés génériques de l’acte de connaître, en tant qu’acte de dialogue avec le monde. Le conditionnement premier que représente cet enracinement joue comme contextualisation de toute connaissance. Ainsi, la médiation dialogale fonde la possibilité même de générer des objets de connaissance par le dialogue qui s’instaure avec le monde. La connaissance dépend des propriétés du dialogue qui rend possible l’expression de la réalité, c’est-à-dire des saisies langagières du monde.

5 L’acte de connaître recouvre un acte de dialogue, quelle que soit la connaissance envisagée, ordinaire ou scientifique. Cet acte de dialogue s’affirme d’essence ternaire. L’explication réside dans le fait que l’existence même de cet acte implique le jeu associatif de trois instances ou polarités que l’on peut nommer, en première approche, comme étant celles 1/ du monde d’appartenance 2/ du sujet connaissant et 3/ du monde séparé. Mais cette inscription ternaire suggérée mérite d’être précisée.

6 D’abord, au sens où le concept de monde habituellement posé face au sujet mérite d’être scindé entre le tout du monde d’appartenance, en tant qu’associé à l’idée d’inhérence [2], c’est-à-dire d’inséparabilité, et le monde séparé, au sens de détaché, c’est-à-dire distingué et considéré comme disjoint dans et par l’acte de connaître.

7 Ensuite, au sens où le sujet connaissant ne saurait être admis en dehors du monde sur le plan ontologique, pour cause d’inséparabilité, car ce qui constitue le monde participe à constituer le sujet. Ce qui met le monde à distance du sujet – et permet d’opposer monde et sujet, c’est la conscience du monde qu’a le sujet et qu’en forme le sujet. C’est la conscientisation d’une appartenance au monde en lien à l’expérience d’une présence contingente : conscience de soi et de ce qui n’est pas soi, d’une vie à concevoir et construire dans les circonstances de son apparition et de son cheminement. Et la conscience comme prise de conscience du monde d’appartenance – de l’appartenance au monde, va de pair avec la prise de conscience perceptive, dirigée par l’attention. La conscience réflexive du monde distingué constitue l’objet connaissable dans l’acte de connaître. Ainsi, la conscience s’affirme comme lieu d’une conscientisation dirigée qui ouvre la possibilité d’acquérir la connaissance par la réflexivité appliquée à l’expérience vécue ou à l’expérimentation maîtrisée.

8 Enfin, par la conscience qui s’extrait consciemment du monde par réflexivité, le monde séparé ou détaché impose sa propre présence qui conditionne l’acte dialogal de connaître. Sa séparation [3] opère comme un conditionnement propre, non tautologique, produit de son propre interfaçage logique avec la polarité de la conscience et avec celle du monde d’appartenance – de l’inhérence. Il participe sur son mode propre et distinct au dialogue avec le monde. Dans la polarité de la conscience, le séparé se comprend comme le distingué par une opération de distinction autoréflexive, par une autoréférence qui est en même temps exoréférence, c’est-à-dire la référence à une extériorité considérée comme telle. Nous venons de le dire, le séparé est le distingué par la conscientisation autoréflexive. Quant au rapport entre le monde d’appartenance et le monde détaché, il signifie un rapport de coprésence – de coprésence que l’on pourrait qualifier d’ontologique, pour signifier l’inséparabilité en lien à l’inhérence – et en même temps de disjonction à établir. La séparation du monde observé nourrit l’acte de connaître de son propre conditionnement effectif qui contribue à la contextualisation de toute connaissance qui s’élabore par la médiation de l’acte dialogal de connaître.

9 Ainsi, le dialogue avec le monde, compris comme interfaçage entre le sujet-face-au-monde et le monde-face-au-sujet, s’avère faussement oppositionnel. Son instruction ne s’instruit pas dans la dualité que l’expression suggère. Elle impose de prendre en compte les trois polarités liées, inhérence-conscience-séparation, que vient de suggérer notre propos d’ensemble. La conscientisation des propriétés de l’acte dialogal de connaître conduit à distinguer ces trois polarités coextensives. La conscientisation, en les distinguant sans les désunir, les oppose et les repousse sur le plan interprétatif en maintenant leur relation. Ce maintien ne peut se penser que par un jeu interprétatif oscillatoire – une énergie des contraires (un tonus interprétatif est en jeu aurait dit G. Bachelard, ajoutons sur le mode de l’alternance). Cette union sans confusion, en même temps que la distinction sans séparation (Morin, 1986), fait donc exister un lien logique antagonique par oscillation entre les polarités. En toute logique, il s’agit de trois liens antagoniques inscrits dans trois relations binaires constitutives de toute architecture ternaire. Ces liens antagoniques sont compris et maintenus dans la compréhension par l’identification du jeu des tiers incluants, c’est-à-dire des concepts dont la fonction interprétative est de maintenir le jeu de l’oscillation interprétative logique qu’implique tout antagonisme inscrit dans la binarité (Wunenburger, 1990 ; Bréchet & Gigand, 2015 ; Bréchet, 2022).

10 Le lien antagonique entre l’inhérence, qui signifie une appartenance vécue au monde, et la conscience fondée sur l’expérience du vivre qui la nourrit, se précise comme antagonisme entre la connaissance dont l’expérience est le creuset, et le conditionnement qu’implique l’appartenance comprise comme dépendance. L’existence de la connaissance, assujettie à un conditionnement, nous suggère la contingence de toute connaissance – le concept de contingence comme tiers incluant dit autrement la présence et le jeu d’un invariant de l’incomplétude  – de l’inachèvement ou du manque dans toute connaissance qui s’élabore par la médiation de l’acte dialogal de connaître.

11 Le lien antagonique entre conscience et séparation, qui se comprend comme celui entre la réflexivité par laquelle la conscience se déploie, et la séparation qui se comprend comme une distinction, se précise comme antagonisme entre l’extériorité qu’alimente la distinction, en distinguant des « objets », et l’intériorité dans laquelle s’inscrit la réflexivité constructive d’une possible mise à distance conscientisée du monde. L’antagonisme ainsi précisé nous suggère la présence de l’intentionnalité – le concept d’intentionnalité comme tiers incluant – que l’on trouve au cœur de la phénoménologie, dit autrement la présence et le jeu d’un invariant de l’autoréférence – de référence à soi en même temps qu’à ce qui n’est pas soi – dans toute connaissance qui s’élabore par la médiation de l’acte dialogal de connaître.

12 Le lien antagonique entre séparation et inhérence, qui se comprend comme celui entre la disjonction qui opère la séparation, et la coprésence qu’impose l’inséparabilité associée à l’inhérence, se précise comme antagonisme entre l’écart, qu’implique la disjonction, et l’entre, qu’implique la prise en compte de la coprésence. L’antagonisme ainsi précisé conduit à envisager la focalisation – le concept tiers incluant de focalisation – qui permet d’établir une frontière entre un extérieur et un intérieur sélectionné et précisé. Le jeu de la focalisation est exigé par le fait qu’aucune détermination ne préexiste à celle qu’opère l’acte de connaître. Ainsi, l’acte de connaître implique la présence et le jeu d’un invariant de l’indétermination – de la nécessité d’opérer une précision sélective active – dans toute connaissance qui s’élabore par la médiation de l’acte dialogal de connaître.

13 Que l’on parle d’acte, en mobilisant l’expression d’acte de connaître, n’est pas anodin. La production de connaissance s’affirme bien de l’ordre de l’action. La connaissance ne va pas de soi. Nullement assimilable à la croyance ou à l’opinion, elle est de l’ordre d’un construit comme toute pratique humaine. En l’occurrence, elle relève d’un construit dialogal, plus précisément de l’apprentissage d’une médiation dialogale proprement humaine avec ses règles et ses dispositifs. L’acte dialogal de connaître repose sur des règles, sur les métarègles qui sont l’expression des conditions de son enracinement originaire dans l’existence, et sur les règles langagières qui en constituent la traduction dans la sphère du langage. L’ensemble des métarègles et des règles dialogales cadre le jeu interprétatif qu’elles rendent possible.

14 Ainsi, toute lecture théorique du monde est d’essence méthodique et plus précisément régulationniste : elle implique une ingénierie réglée. La production de connaissance est de l’ordre d’un exercice possiblement régulé parce que réglé. Dans ce contexte d’épistémologie régulationniste, les concepts, qui constituent les polarités de sens, opèrent comme des règles ; ils assurent des fonctions interprétatives. Les objets de connaissance, que nous produisons dans les conditions du dialogue avec le monde, doivent être considérés comme des objets qualifiés dans l’interaction d’essence langagière et conceptuelle que constitue la médiation dialogale. Ainsi, par les relations qu’ils entretiennent, les concepts sont constitutifs de champs lexicaux, des galaxies ou assiettes sémantiques, dans lesquels ils s’associent et prennent leur sens.

15 Le dialogue réglé, c’est-à-dire le jeu interprétatif qui instaure les règles dialogales avec le monde, connaît sa validation dans l’expérimentation, c’est-à-dire dans la confrontation de la connaissance anticipée – réglée – avec le terrain, dans ce que l’on peut considérer comme une phase d’actualisation qui nourrit les apprentissages. Dès lors, l’expérience constitue le creuset de la connaissance, aussi bien dans le domaine scientifique que dans l’expérience vécue. Dans le contexte de nos ignorances ou de nos doutes, on interagit avec le monde. On émet des hypothèses à son propos, on lui pose des questions en attendant de lui des réponses. Cet échange peut s’inscrire dans des protocoles d’expérimentation formalisés d’interaction ou simplement être vécu dans des expériences qui infirment ou confortent nos façons de penser. Les actions que nous menons, à l’issue plus ou moins heureuse, sanctionnée positivement ou non, contribuent à nous instruire. C’est toujours l’action menée, et donc actualisée, scientifique ou non, qui permettra de trancher, provisoirement, sous conditions.

16 Ainsi encore, le projet et la règle, figures de l’anticipation dans l’art de se déterminer, s’invitent dans la compréhension de l’agir humain (Boutinet et Bréchet, 2019). En ce sens, le faire et le connaître constitutifs de l’agir humain dans ses dimensions anticipées et concrétisées, sont deux actes de dialogue de même nature, qui naissent d’un projet et impliquent des règles (Bréchet, 2019/2021 ; Bréchet et Desreumaux, 2024). Un même agir projectif est en jeu dans le faire et le connaître qui s’associent dans l’existence humaine. Aussi bien dans la sphère du faire que du connaître, concevoir et anticiper l’action implique des règles, celles du dialogue qui s’instaure avec le monde. Cette idée est délicate à manier mais elle s’impose.

L’acte dialogal de connaître au fondement de l’existence

17 La vie est à vivre sur le mode du projet, c’est-à-dire d’une vie à concevoir et faire advenir dans son aspect – extranaturel ou culturel – en tant que la vie humaine est productrice d’une histoire (Ortega Y Gasset, 1935/2019 ; Baechler, 2008).

18 Compris dans son enracinement anthropologique, l’agir humain n’est nullement réductible au faire instrumental jugé à l’aune de son résultat. Il engage le tout de l’humain, c’est-à-dire le tout de la vie à vivre et la conscience même de vivre. Cela n’exclut nullement l’importance du faire et de la technique dans l’existence humaine, car la vie est à construire, quelle que soit l’intensité de sa singularité. Elle se nourrit du projet proprement humain qui la construit dans ses formes actualisées les plus multiples, que son auteur soit original ou simple plagiaire se plaît à rajouter J. Ortega Y. Gasset qui met ces idées au fondement de sa philosophie. Ainsi, vivre consiste inexorablement en un faire, car la vie de chacun consiste à se faire elle-même. Elle est le fruit d’un choix et d’une liberté, aussi variées que soient les latitudes et les marges de chacun, aussi importants et imposants que soient les déterminismes vécus.

19 Parce que l’existence est à inventer, concevoir et construire, l’agir humain est invention, conception, construction, dans l’incertain d’une vie à vivre dans des circonstances qui n’ont pas été choisies. Vivre s’affirme de l’ordre du projet dans le sens anthropologique le plus riche de ce mot (Boutinet, 1990/2012). L’agir humain ordonné à la vie est un agir projectif dans lequel le faire et le connaître se nourrissent dans l’expérimentation à l’interface du virtuel et de l’actualisé, entre légalité et contingence. Ainsi, à l’articulation de l’anticipé et du concrétisé, les projets humains, individuels et collectifs, façonnent l’existence humaine dans ses déterminations culturelles. Ces assertions valent pour le faire à proprement parler et pour le connaître en tant qu’acte. Distinguées sur le plan des finalités, de transformation physique du monde pour le faire, de transformation de la connaissance pour le connaître, ces deux sphères de l’agir associent dans leur essence, celle de l’action, et donc de l’action projetée, conçue dans la sphère de la virtualité et concrétisée dans celle de l’actualisation.

20 L’agir projectif s’affirme au fondement de l’existence. L’homme existe par son projet, par son projet qui le constitue, par les règles ou les lignes de conduite qu’il adopte en dehors de toute idée de déterminisme aussi bien que de toute-puissance. Car si l’homme se construit par ses projets, ceux-ci se conçoivent et s’élaborent dans l’adversité : « Exister c’est résister » exprime d’une belle formule J. Ortega Y Gasset (1935/2019). Ajoutons immédiatement que penser la résistance, les difficultés, les impossibilités et les obstacles, impose en corollaire d’envisager les facilités et les possibles. On devrait rajouter les utopies, les idéaux et les aspirations. Dès lors, la compréhension de la vie humaine, en tant qu’elle est de l’ordre de l’action, du projet et de la règle, s’affirme avec en son fondement le concept de jeu. Celui-ci est nécessaire pour saisir et faire vivre l’antagonisme entre déterminisme et liberté. Le concept de jeu saisit la possibilité de penser l’action humaine, individuelle et collective. Il est constitutif de celui de projet, tout comme de celui associé de règle, en ce que ces deux concepts n’agissent pas comme des causes et s’extraient de toute perspective déterministe.

21 Ainsi, le modèle de l’agir projectif qui s’impose, dans une acception anthropologique riche du concept de projet, s’ordonne à l’existence en ce que la vie est action. Il ne s’ordonne pas seulement à l’économique ou au calcul, pas plus qu’il ne s’ordonne à l’éthique ou aux valeurs, il s’ordonne à la vie agissante. Il se nourrit des considérations philosophiques, biologiques, politiques, pragmatiques qui contribuent à en constituer le sens comme l’a bien montré J.-P. Boutinet. Il traduit à l’échelle des comportements humains ce qu’engage l’agir dans son rapport à l’espace, au temps aux personnes (Boutinet et Brechet, 2014). Il est d’ailleurs remarquable que le concept de projet s’invite sous l’une ou l’autre de ses acceptions constitutives chez les auteurs qui s’intéressent à ce que l’on pourrait désigner d’une formule comme « la fabrication de l’existence humaine ». Celle-ci n’est pas pensable sans la téléologie, la créativité, la conception et l’intelligence planificatrice qui trouvent leurs racines physiques et biologiques, dans le corps lui-même pour les humains de chair et d’esprit que nous sommes (Joas, 1990).

22 Le rapport de l’être au monde est bien de l’ordre du tout de l’existence humaine et à ce titre du projet aux multiples dimensions par lequel la vie humaine se construit. Entre l’humain et le monde, l’agir projectif s’exprime sous la forme du dialogue. L’acte dialogal de connaître enraciné dans l’existence s’affirme au fondement de l’agir et de l’action.

Conclusion

23 Ces idées ne peuvent que prendre leur importance dans l’univers du management, et donc de l’action. Son assise scientifique implique un modèle de l’agir individuel et collectif, plus précisément de la construction des collectifs (Desreumaux et Bréchet, 2018 ; Bréchet, 2019/2021 ;). Cette assise est nécessaire à la totalité, des problématiques de l’entreprise, de sa conception et de sa maîtrise. Elle nourrit logiquement, par exemple les questions de gouvernance (Bréchet et Desreumaux, 2024 ; Desreumaux et Bréchet, 2024).

24 La connaissance et l’action, ordonnées à la vie, sont deux actes de dialogue qui recouvrent une médiation dialogale dont les propriétés tiennent à son existence même. Ainsi s’impose une perspective régulationniste, épistémologique et théorique, avec en son cœur les concepts de projet et de règle, figures de l’anticipation opératoire. L’un et l’autre ne s’intègrent dans une théorie de l’action, dans les sphères liées du faire et du connaître, qu’en assurant le passage de l’action envisagée à l’action effective. On nourrit des projets de connaissance et d’action dont seule l’actualisation, porteuse d’expérience, nourrit et valide la connaissance qui se construit dans le dialogue avec le monde.

25 Par notre vie, dans notre vie, nous articulons de multiples champs lexicaux, de multiples champs pragmatiques soumis aux règles premières de la médiation dialogale originaire. Nous articulons des logiques interprétatives comprises comme l’expression de jeux interprétatifs fondés sur des relations entre des concepts. Peut-être faut-il voir dans cette articulation conscientisée la possibilité d’exercer la raison humaine en amont de la dispersion des sciences, la possibilité d’envisager le dépassement de l’incommunicabilité des genres que dénonçait Descartes. Si toutes les sciences sont unies et dépendent mutuellement les unes des autres, l’explication s’impose, celle qui établit les règles originaires de l’acte de dialogal de connaître que recouvre l’agir projectif humain.

Références

  • Baechler, J. (2008). Agir, Faire, Connaître, Hermann Philosophie.
  • Boutinet, J.-P. (2012). Anthropologie du projet (1990), PUF.
  • Boutinet, J.-P., & Bréchet, J.-P. (2014). Logiques de projet, logiques de profit. Convergences ou oppositions, Chronique sociale.
  • Boutinet, J.-P., & Bréchet, J.-P. (2019). Choix, décision et projet dans l’action. Préséance du projet dans une optique pluridisciplinaire, Natures Sciences Sociétés, 26/4, 434-445.
  • Bréchet, J.-P. (2019). L’action collective. Une perspective régulationniste, Presses universitaires de Provence. Traduction (2021), Collective Action. A Regulationist Perspective, PUP.
  • Bréchet, J.-P. (2021). Complexité : le défi du dialogue avec le monde, Projectique 2021/1, n° 28, 9-19.
  • Bréchet, J.-P. (2022). L’acte dialogal de connaître comme médiation, ResearchGate, novembre.
  • Bréchet, J.-P. (2022). Le dialogue avec le monde. Le défi de régulation de la connaissance et de l’action, Éditions Matériologiques.
  • Bréchet, J.-P., & Desreumaux, A. (2024). Glossaire de l’agir ensemble. Une perspective épistémologique et théorique, Presses universitaires de Provence.
  • Bréchet, J.-P., & Desreumaux, A. (2024). Essai sur la gouvernance de projet collectif, Finance Contrôle Stratégie. Traduction(s) : « Essay on collective project governance ».
  • Bréchet, J.-P., & Gigand, G. (2015). La perception au fondement de la connaissance. Les enseignements d’une ingénierie représentationnelle ternaire, Natures Sciences Sociétés, n° 23, 120-132.
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  • Morin, E. (1986). La méthode, tome 3. La connaissance de la connaissance, Seuil.
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  • Wunenburger, J.-J. (1990). La raison contradictoire. Sciences et philosophie modernes : la pensée du complexe, Albin Michel.

Date de mise en ligne : 17/10/2025

https://doi.org/10.3917/proj.041.0031