France – Royaume-Uni : un match démographique très disputé
- Par Ilyes Zouari
Pages 4 à 8
Citer cet article
- ZOUARI, Ilyes,
- Zouari, Ilyes.
- Zouari, I.
https://doi.org/10.3917/popav.717.0004
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- Zouari, Ilyes.
- ZOUARI, Ilyes,
https://doi.org/10.3917/popav.717.0004
Notes
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[1]
Dans cet article, le mot France désigne la France métropolitaine, les caractéristiques de l’Outre-mer français étant fort différentes et diversifiées.
-
[2]
Dumont, Gérard-François, La population de la France, des régions et des Dom-Tom, Paris, Éditions Ellipses.
-
[3]
En considérant chacun des pays dans les délimitations géographiques actuelles.
-
[4]
Demircan Sibel, « La politique familiale en Grande-Bretagne », Fondation pour l’innovation politique, novembre 2006.
-
[5]
Outre le relèvement de la fécondité, l’un des résultats de cette politique est net : le taux d’activité des mères de famille rejoint assez rapidement celui des femmes sans enfants (respectivement 66 % et 67 % en 2010), alors que l’écart était de 7 points en 1996. Cf. Finding Susan, « Emplois genrés et services à la famille au Royaume-Uni : la petite enfance », Observatoire de la société britannique, n° 14, 2013.
-
[6]
Dumont, Gérard-François, Verluise, Pierre, Géopolitique de l’Europe, Paris, Sedes.
-
[7]
Il est vrai que la Pologne est, de très loin, le pays le plus peuplé de l’élargissement de 2004. Cf. Dumont, Gérard-François, « Le cinquième élargissement démographique de l’Union européenne », Population & Avenir, n° 661, janvier-février 2003.
-
[8]
La France métropolitaine avait affiché une avance maximale de près de 800 000 habitants, fin 2004.
-
[9]
Dumont, Gérard-François (direction), La France en villes, Paris, Sedes.
-
[10]
Cf. « What would Britain look like without a green belt? », Jon Kelly, septembre 2011, www.bbc.co.uk/news/magazine-14916238.
-
[11]
Toutes entourées d’une ceinture verte, à l’exception de celle de Southampton-Portsmouth, déjà en bonne partie limitée par deux bois.
-
[12]
En particulier, la ville de Paris est deux fois plus densément peuplée que le centre de Londres (Inner London).
-
[13]
Fouchier Vincent, « Maîtriser l’étalement urbain : une première évaluation des politiques menées dans quatre pays (Angleterre, Norvège, Pays-Bas, Hong-Kong) », 2001 plus, n° 49, septembre 1999.
-
[14]
Land Use and Cover Area frame Survey, enquête sur l’utilisation et l’occupation des sols basée sur l’observation directe sur le terrain ainsi que sur l’analyse d’images satellite, et utilisant des critères harmonisés au niveau de l’Union européenne (chiffres Eurostat).
-
[15]
Cf. page 20 de ce numéro.
-
[16]
L’obtention d’un taux de croissance assez élevé pour la pointe sud-ouest de la région s’explique principalement par la faiblesse numérique de la population locale, servant de base au calcul, et non par l’importance des flux migratoires en nombre absolu.
-
[17]
Zaninetti, Jean-Marc, « Les dynamiques du peuplement de la France », Population & Avenir, n° 692, mars-avril 2009.
-
[18]
La région administrative du Grand Londres abrite 83 % de la population de l’agglomération londonienne (2011).
-
[19]
Sardon, Jean-Paul, « La population des continents et des États », Population & Avenir, n° 715, novembre-décembre 2013.
-
[20]
Dumont, Gérard-François, « Les “disparus” du recensement », Population & Avenir, n° 647, mars-avril 2000 ; « La démographie de la France », Population & Avenir, n° 692, mars-avril 2009.
1Jusqu’à la réunification de l’Allemagne en 1990, la Communauté européenne comptait quatre pays de poids démographique semblable : l’Allemagne de l’Ouest, la France, le Royaume-Uni et l’Italie. Depuis, l’Allemagne réunifiée est devenue le pays le plus peuplé de l’Union européenne. L’Italie, du fait de sa très faible fécondité, a décroché et est nettement distancée par le Royaume-Uni et la France [1]. Dans la lutte pour la deuxième place démographique dans l’Union, le Royaume-Uni vient-il de dépasser la France ? Et, si oui, pour quelles raisons ? Et selon quelles caractéristiques de peuplement ?
Dynamisme britannique au XIXe siècle
2Rappelons d’abord l’histoire démographique fort différente des deux pays [2]. En 1800, le Royaume-Uni est deux fois et demi moins peuplé que la France [3]. Depuis, sa population a plus que quintuplé, passant de 11,8 millions d’habitants à 64,3 millions début 2014. Dans le même temps, la France, auparavant de loin la première puissance démographique d’Europe de l’Ouest et presque aussi peuplée que la Russie, réalise à peine plus qu’un doublement, passant de 29,1 millions à 63,9 millions d’habitants.
3L’essor démographique du Royaume-Uni est surtout intense au XIXe siècle, pendant lequel sa population augmente de 220 % alors que celle de la France s’accroît de 40 %. Cette considérable différence s’explique par une mortalité inférieure au Royaume-Uni, mais surtout par une faible natalité en France : cas unique au monde, l’Hexagone abaisse sa natalité dès le milieu du XVIIIe siècle, alors que celle du Royaume-Uni ne baisse surtout qu’à compter de la fin du XIXe siècle. En effet, ce pays se conforme à la logique générale de la transition démographique qui veut que la natalité ne diminue que lorsque les progrès permettent de pérenniser une situation de mortalité abaissée.
Première moitié du XXe siècle : le Royaume-Uni dépasse la France et conforte son avantage
4Vers 1908, le Royaume-Uni devient plus peuplé que la France ; puis il accentue son avantage dans la première moitié du XXe siècle. En effet, alors que, dans cette période, la France stagne aux alentours de 40 millions, le Royaume-Uni, en dépit des deux guerres mondiales et de la crise de 1929, gagne 11 millions d’habitants entre 1900 et 1945.
La population de la France métropolitaine et du Royaume-Uni depuis 1800
La population de la France métropolitaine et du Royaume-Uni depuis 1800
Plusieurs décennies favorables à la France
5Les décennies qui suivent la Seconde guerre mondiale sont favorables à la France. Entamant son renouveau démographique favorisé par sa politique familiale, la France affiche en 1946 une croissance de sa population supérieure à celle du Royaume-Uni, pour la première fois depuis près de deux siècles. Cette différence perdure six décennies, également sous l’effet d’un solde migratoire constamment positif alors que le Royaume-Uni compte plusieurs années à solde migratoire négatif. En conséquence, vers 1999, la population de l’Hexagone redevient supérieure à celle du Royaume-Uni. Puis, au début du XXIe siècle, ce dernier reprend à nouveau l’avantage pour deux raisons.
Le redressement de la fécondité britannique…
6La première tient à la hausse de la fécondité et de la natalité outre-Manche. Après avoir atteint un plus bas niveau historique en 2001 (1,63 enfant par femme), l’indice de fécondité britannique augmente progressivement et se rapproche du niveau français. Dans le même temps, le nombre de naissances y augmente régulièrement depuis 2003. Alors qu’en 2001, le Royaume-Uni comptait 102 000 naissances de moins que la France, l’écart se réduit dans les années qui suivent, jusqu’à ce que leur nombre devienne supérieur à celui de la France. En conséquence, le taux d’accroissement naturel du Royaume-Uni a presque quadruplé en une décennie, passant de 1,1 pour mille habitants en 2002 à 3,8 ‰ en 2012, dépassant cette année-là celui de la France métropolitaine.
… sous l’effet d’une politique familiale volontariste
7L’inversion de la courbe baissière de l’indice de fécondité depuis 2002 est, dans une large mesure, due à la nouvelle politique familiale britannique.
8Certes, le Royaume-Uni n’utilise guère l’expression politique familiale, car cette dernière est englobée dans l’ensemble de la politique sociale du pays. Toutefois, dans les années suivant l’arrivée au pouvoir du gouvernement travailliste de Tony Blair, de nombreuses mesures concernant, directement ou indirectement, les familles sont prises [4].
9Un premier type de mesures concerne plutôt le pouvoir d’achat :
- création d’un salaire minimum (1999),
- mise en place d’un programme visant au retour à l’emploi des chômeurs de longue durée (formation, subventions aux employeurs…).
10Un autre type de mesures relève clairement de la politique familiale :
- création d’un compte d’épargne pour chaque nouveau-né, doté d’un montant de départ puis alimenté par des dépôts gouvernementaux (2001).
- prolongation (par étapes) du congé maternel rémunéré de 14 à 39 semaines,
- octroi d’un congé paternité de deux semaines (2003),
- mise en place d’un crédit d’impôt pour les couples biactifs (en fonction des revenus et du nombre d’enfants).
11Ceci est complété par une politique de la petite enfance devant contribuer à faciliter la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale :
- création de places de garderie,
- école rendue gratuite pour les enfants dès l’âge de 3 ans (2004),
- établissements scolaires incités à accueillir les élèves en dehors des périodes scolaires (avant et après les cours, et pendant les vacances, avec soutien scolaire à l’appui).
12Cette politique de la petite enfance, surnommée par les travaillistes Childcare revolution (révolution en matière de soin aux enfants), donne aussi aux parents un droit de requête pour l’obtention d’un temps de travail aménagé, leur octroyant même la possibilité d’invoquer la loi contre les discriminations sexuelles en cas de refus (la garde d’enfant incombant le plus souvent aux femmes) [5].
13Après ces réformes, le Royaume-Uni s’approche de la France en termes de budget consacré à la politique familiale.
La fécondité en France et au Royaume-Uni
La fécondité en France et au Royaume-Uni
Le nombre de naissances en France et au Royaume-Uni
Le nombre de naissances en France et au Royaume-Uni
La Grande-Bretagne, pays d’immigration récente
14La seconde raison pour laquelle le Royaume-Uni rattrape la France en nombre d’habitants tient au solde migratoire. Celui de la France est constamment positif depuis la Seconde guerre mondiale ; quant à celui du Royaume-Uni, il est périodiquement négatif, de 1964 à 1977, de 1980 à 1983, en 1987 et pour la dernière fois en 1992. Puis ce dernier devient à son tour constamment positif, et comparable au solde hexagonal pendant une dizaine d’années. Toutefois, à compter de 2004, l’excédent migratoire outre-Manche s’accroît nettement pour devenir largement supérieur au solde migratoire français.
15Cette hausse s’explique principalement par l’entrée de huit pays d’Europe de l’Est dans l’Union européenne, pour lesquels le Royaume-Uni instaure le libre accès au marché du travail britannique dès le 1er mai 2004. Cette ouverture, conjointe avec l’Irlande et la Suède, diffère radicalement de la décision française de continuer à limiter le libre accès à son marché du travail pendant sept années, comme cela est autorisé par les règles européennes [6]. Aussi, le Royaume-Uni connaît-il une immigration est-européenne de grande ampleur, accueillant un peu plus d’un million de citoyens originaires des huit nouveaux pays membres. Parmi eux, le nombre de Polonais est multiplié par dix entre les recensements de 2001 et de 2011, passant de 58 000 à 579 000 (hors Écosse et Irlande du Nord). Toutes nationalités étrangères confondues, les Polonais sont ainsi les plus nombreux [7] à s’établir au Royaume-Uni pendant les années 2000, jusqu’à constituer la deuxième nationalité étrangère la plus nombreuse du pays, devancée seulement par les Indiens.
16L’afflux massif d’immigrants est-européens est complété par ceux venant d’autres pays du continent, dont la France, séduits par un Royaume-Uni devenu attractif, alors qu’il ne l’était pas dans les années 1960 à 1980. S’y ajoute une immigration extra-européenne principalement en provenance du sous-continent indien (Commonwealth). Au total, l’écart entre les soldes migratoires des deux pays aurait ainsi atteint un niveau record de 226 000 en 2007 (301 000 contre 75 000). Conséquence logique, le Royaume-Uni compte, au début des années 2010, un nombre d’immigrants comparable à celui de la France (7,6 millions contre 7,3 début 2012 selon Eurostat), sachant que plus de la moitié d’entre eux s’y sont installés depuis 2001.
17Ainsi, sous le double effet de sa fécondité réhaussée et de son apport migratoire, le Royaume-Uni a mis fin, dès 2005, à 59 années consécutives de croissance inférieure à celle de la France métropolitaine. Six années plus tard, les estimations indiquent que le Royaume-Uni aurait de nouveau dépassé la France métropolitaine depuis 2011 [8]. Une évolution toutefois encore masquée par l’intégration des Dom dans les statistiques annuelles de l’Insee.
Un territoire densément peuplé, mais un étalement urbain maîtrisé
18Après un XIXe siècle de croissance soutenue, suivie d’une phase de ralentissement, puis d’une croissance démographique accrue depuis les années 2000, le territoire britannique, dont la superficie est égale à 44 % du territoire hexagonal, compte une densité actuelle de 264 habitant/km2, nettement supérieure à celle de la France métropolitaine (116). Si la France avait la même densité de population que le Royaume-Uni, elle compterait 145 millions d’habitants !
19Les taux d’urbanisation des deux pays sont semblables, autour des trois quarts, sachant que la définition en la matière varie d’un pays à un autre [9]. On pourrait en déduire, tout à fait logiquement, que les espaces ruraux et naturels se font de plus en plus rares au Royaume-Uni, et que les conurbations y sont légion. D’ailleurs, dans le nord-ouest de l’Angleterre, quatre des dix agglomérations les plus peuplées du pays, soit Manchester, Leeds-Bradford, Liverpool et Sheffield, se trouvent dans un rayon de 55 km seulement. Pourtant, la réalité est bien différente. En effet, les autorités britanniques ont pris très tôt des mesures pour contrarier l’étalement urbain et favoriser la densification des villes, plutôt que leur extension, surtout en Angleterre. Cette dernière, de loin la plus peuplée des nations constitutives du Royaume-Uni, compte 84 % de la population britannique sur 53 % de la superficie du pays, soit une densité de 412 habitants/km2.
Population, superficie et densité des dix agglomérations les plus peuplées d’Angleterre
Population, superficie et densité des dix agglomérations les plus peuplées d’Angleterre
Population, superficie et densité des dix agglomérations les plus peuplées de France métropolitaine
Population, superficie et densité des dix agglomérations les plus peuplées de France métropolitaine
20Dès 1935, le concept de « ceinture verte » (green belt) est créé : il consiste à entourer entièrement les grandes villes de vastes zones vertes, dont le caractère naturel et rural doit être préservé, ce qui signifie notamment l’existence d’un certain nombre de villages et de bourgs quasiment conservés dans leurs dimensions originelles. Ce concept vise ainsi à contrôler l’étalement des grandes villes, en les obligeant à se densifier faute de pouvoir s’étendre. D’abord appliqué à la capitale, Londres, avec une ceinture de 5 150 km2 (l’équivalent de la superficie d’un département français moyen), le concept est ensuite étendu aux autres grandes villes d’Angleterre, d’où désormais 14 green belts, couvrant près de 13 % du territoire anglais [10].
21Aussi, en dehors des deux capitales respectives, les neuf autres premières unités urbaines anglaises [11] présentent chacune une densité d’environ 4 000 habitants/km2, contre une densité située dans une fourchette de 700 à 1 300 habitants/km2 côté français, à l’exception de Lille. Par exemple, la deuxième agglomération britannique (Manchester) est près de trois fois moins étendue que son équivalente hexagonale (Marseille), tout en étant deux tiers plus peuplée. Pour leur part, les deux capitales sont nettement plus denses [12], mais l’unité urbaine de Paris compte une superficie supérieure de 64 % à celle de l’agglomération londonienne (Greater London built-up area), pour une population pourtant à peine plus nombreuse (+7 % environ).
22La maîtrise britannique de l’étalement urbain, instaurée dans les années 1930, s’est trouvée ensuite renforcée par des circulaires, puis par des directives aux autorités locales sur l’ensemble du territoire. La Planning Policy Guidance n° 13 (P.P.G. 13) de 1994 est la plus célèbre de ces directives : elle établit une politique générale et nationale en matière de développement urbain, en fixant des objectifs relatifs à la densité [13]. Cette politique consiste notamment à :
- maximiser la concentration des nouveaux logements dans les grandes villes,
- revitaliser les centres-villes en y concentrant les plus importants projets (afin de les rendre plus attractifs et de décourager l’installation de ménages en périphérie ou à la campagne),
- pousser à la réutilisation des espaces vacants ou abandonnés dans les zones déjà urbanisées (avec des objectifs quantifiés, fixés ultérieurement région par région),
- encourager une urbanisation dense et mixte autour des stations de transports publics déjà existantes.
23Cette directive préconise aussi d’éviter l’expansion des villages et des petites villes, ainsi que le développement de nouvelles urbanisations ayant peu de chances de dépasser 10 000 habitants en 20 ans.
24L’efficacité de l’ensemble des mesures prises depuis les années 1930 peut être évaluée en comparant la part des espaces dits « artificialisés » – par opposition aux espaces agricoles et aux sols boisés et naturels – dans chacun des deux pays. Selon une enquête LUCAS [14], cette part est estimée à 5,8 % en 2012 pour la France, et à seulement 6,5 % pour la Royaume-Uni, en dépit d’une territoire près de 2,3 fois moins étendu.
Les différences d’évolution démographique selon les régions
Les différences d’évolution démographique selon les régions
L’héliotropisme positif des deux côtés de la Manche
25En dépit de leurs différences en matière de géographie de peuplement, les deux pays ont une caractéristique semblable : l’attirance des populations pour les parties méridionales du territoire [15], plus ensoleillées. Cet héliotropisme positif se matérialise au Royaume-Uni par une croissance démographique assez importante dans les régions du sud, et plus particulièrement dans le quart sud-est de l’Angleterre, partie du pays la plus éloignée de la façade Atlantique, plus pluvieuse que la côte Est. En dehors du Grand Londres, région économiquement et démographiquement la plus dynamique du pays, c’est également là que se trouvent les trois autres territoires britanniques, East, East Midlands et South East, qui affichent la croissance totale la plus importante sur la période intercensitaire 2001-2011, principalement grâce à des soldes migratoires positifs assez élevés. Suivent de près la région South West, qui doit l’essentiel de sa croissance à l’attraction exercée par l’extrémité est de son territoire [16], et l’Irlande du Nord (+7 %), en raison de sa fécondité supérieure à la moyenne nationale.
26À l’inverse, les régions du nord de l’Angleterre et l’Écosse présentent les hausses les plus faibles sur la même période. Elles ont toutefois connu une croissance démographique, essentiellement du fait de l’immigration internationale en augmentation, notamment vers l’est de l’Écosse. Ce dernier s’est trouvé stimulé par les activités pétrolières et par la multiplication récente des entreprises de haute technologie. Mais leur taux d’accroissement naturel est quasi nul, les plus faibles de tout le pays, avec la région South West et le Pays de Galles. En effet, ces régions ont notamment connu pendant la période précédente une forte émigration de jeunes actifs, donc en âge de procréer.
27Côté français [17], les trois régions (hors Corse) connaissant la plus forte hausse sur la décennie 2002-2011 se trouvent aussi dans le sud du pays, et plus précisément dans le quart sud-ouest. Ce dynamisme est également partagé par la région Rhône-Alpes, ainsi que par la quasi-totalité de la façade Atlantique, régie par un climat modéré des Pyrénées-Atlantiques jusqu’au sud de la Bretagne. A contrario, les régions à moindre croissance démographique sont situées dans le quart nord-est du territoire, présentant le plus souvent un solde migratoire nettement négatif.
Deux régions capitales à systèmes démographiques différents
28Du côté des régions capitales, l’évolution démographique française est radicalement différente de son équivalente britannique. En effet, le Grand Londres [18] présente un solde migratoire positif complétant un solde naturel positif. À l’opposé, l’Île-de-France, dont l’unité urbaine de Paris représente 89 % de la population, affiche, malgré l’immigration internationale, un solde migratoire nettement négatif, dû à l’émigration interne notamment vers des régions plus méridionales. Sa croissance démographique n’est donc due qu’à un taux d’accroissement naturel élevé, du fait d’un indice de fécondité plus élevé des immigrants, et surtout d’une composition par âge plus jeune.
Le Royaume-Uni, pays le plus peuplé de l’Union européenne en 2050 ?
29Le maintien du rythme actuel de croissance démographique du Royaume-Uni, désormais légèrement supérieur à celui de l’Hexagone, le conduirait à une population plus élevée que celle de la France, Dom compris, à l’horizon 2025. Cela aboutirait, selon certaines projections, à une population de 79 millions d’habitants en 2050, contre 76 pour l’Allemagne et seulement 72 pour la France métropolitaine [19].
30Si le renouveau démographique britannique est bien réel, conforté notamment par une croissance économique généralement supérieure à la France depuis les années 2000, ces projections sont toutefois à prendre avec précaution, car reposant sur des hypothèses dont la concrétisation est loin d’être assurée, notamment en matière de flux migratoires. Ainsi, ces projections se contentent le plus souvent de reprendre la moyenne des soldes migratoires des années antérieures, et se basent donc sur des soldes assez importants pour le Royaume-Uni, et moindres pour la France. Or, les autorités britanniques actuelles sont clairement moins favorables à une importante immigration. Du côté français, les flux migratoires estimés ces dernières années pourraient être en deçà de la réalité, comme ils le furent dans les années 1990 avant de faire l’objet de considérables ajustements à la hausse [20]. Il en a été de même outre-Manche, lorsque le recensement britannique de 2011 a mis en évidence une sous-estimation de l’ordre de près d’un demi-million de personnes concernant les ressortissants des pays d’Europe de l’Est, entrés dans l’Union en 2004. En d’autres termes, il suffirait donc que des chiffres publiés ultérieurement par l’Insee établissent un réajustement comparable pour que la France métropolitaine se retrouve de nouveau devant le Royaume-Uni, et que les projections futures en soient modifiées. Le match démographique France-Royaume-Uni n’est pas terminé…