Article de revue

La fécondité des étrangères dans un pays d'immigration récente : le cas de l'Espagne

Pages 419 à 450

Citer cet article


  • Roig Vila, M.
  • et Castro-Martín, T.
(2007). La fécondité des étrangères dans un pays d'immigration récente : le cas de l'Espagne. Population, . 62(3), 419-450. https://doi.org/10.3917/popu.703.0419.

  • Roig Vila, Marta.
  • et al.
« La fécondité des étrangères dans un pays d'immigration récente : le cas de l'Espagne ». Population, 2007/3 Vol. 62, 2007. p.419-450. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-population-2007-3-page-419?lang=fr.

  • ROIG VILA, Marta
  • et CASTRO-MARTÍN, Teresa,
2007. La fécondité des étrangères dans un pays d'immigration récente : le cas de l'Espagne. Population, 2007/3 Vol. 62, p.419-450. DOI : 10.3917/popu.703.0419. URL : https://shs.cairn.info/revue-population-2007-3-page-419?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/popu.703.0419


Notes

  • [*]
    Division de la Population des Nations unies, New York.
  • [**]
    Conseil de la Recherche scientifique (CSIC), Madrid.
    Traduit par Éric Vilquin.
  • [1]
    Entre 1846 et 1932, quelque 5 millions d’Espagnols ont émigré, pour la plupart en Amérique du Sud. Entre 1962 et 1976, 2 à 3 millions d’Espagnols ont émigré vers d’autres pays européens, notamment pour travailler en France, en Allemagne et en Suisse. Bien que les migrations de retour aient été nombreuses, particulièrement depuis le milieu des années 1970, environ 2 million d’Espagnols vivent actuellement à l’étranger (Arango et Martin, 2005).
  • [2]
    L’immigration en provenance d’Amérique latine n’est pas un phénomène nouveau. Depuis le milieu des années 1970, l’Espagne a été la destination principale des exilés chassés par les régimes dictatoriaux de l’Argentine, du Chili et de l’Uruguay. Mais l’immigration de main-d’œuvre a connu une augmentation sans précédent depuis le milieu des années 1990, sous l’effet conjugué de facteurs de répulsion, comme les profondes crises économiques vécues par beaucoup de pays latino-américains, et de facteurs d’attraction, comme la communauté de langue, les liens culturels forts, et l’admission d’un grand nombre de ces pays dans le programme européen de dispense de visa – programme dont ont pourtant été exclus récemment l’Équateur (en 2001), la Colombie (en 2002) et la Bolivie (en 2007).
  • [3]
    Un tiers seulement de cette différence s’explique par la présence de citoyens de l’Union européenne, qui ne sont pas tenus de solliciter un permis de séjour.
  • [4]
    Des opérations exceptionnelles de régularisation ont eu lieu en 1986, 1991, 1996, 2000, 2001 et 2005. Des permis de séjour temporaires ont alors été octroyés et une grande partie des immigrés employés dans le secteur informel ont pu intégrer le marché du travail officiel.
  • [5]
    Les registres de population constituent une source d’information sur les populations immigrées plus fiable que les autres sources, tel l’Annuaire des étrangers du ministère de l’Intérieur, qui ne concerne que les immigrés titulaires d’un permis de séjour en règle.
  • [6]
    Selon les modifications de la législation introduites en 2003, à partir de décembre 2005, les étrangers non originaires de l’Union européenne doivent renouveler tous les deux ans leur inscription au registre de population, sous peine d’en être automatiquement radiés. Cette mesure va probablement réduire le risque de surestimation des chiffres du registre à partir de 2006.
  • [7]
    Le sous-enregistrement est important pour les enfants de moins de 4 ans, mais il diminue au-delà de cet âge parce que le certificat d’inscription au registre municipal de population est exigé à l’entrée à l’école.
  • [8]
    Les statistiques de l’état civil classent les mères par nationalité et non par pays de naissance ; par conséquent, elles ne permettent pas d’identifier les immigrées qui ont acquis la nationalité espagnole. Mais, bien qu’une grande partie des femmes immigrées remplissent les conditions d’une procédure de naturalisation accélérée (deux ans de séjour si elles viennent d’Amérique latine, et un an si elles ont épousé un Espagnol, au lieu des dix ans requis dans le cas général), les statistiques montrent que les naturalisations sont moins fréquentes en Espagne que dans d’autres pays européens qui ont une plus longue tradition d’immigration. Nous n’avons pas calculé de taux de naturalisation, parce qu’il est difficile de déterminer la population éligible – seules les personnes remplissant les conditions d’accès à la naturalisation étant réellement « exposées au risque » de naturalisation – mais le nombre total de naturalisations prononcées entre 1991 et 2004, 195 753, est très en dessous du nombre de personnes qui auraient pu y prétendre.
  • [9]
    D’après le recensement, on compte 752 112 femmes de 15-49 ans nées à l’étranger, mais 524 809 seulement (70 %) sont de nationalité étrangère. La proportion d’Espagnoles parmi les femmes nées à l’étranger varie beaucoup selon la région d’origine. Par exemple, parmi les femmes nées dans un autre pays de l’Europe des Quinze, 50 % n’ont pas la nationalité espagnole, mais chez celles qui sont nées en Amérique latine, en Afrique ou en Asie, cette proportion atteint respectivement 77 %, 75 % et 81 %. Étant donné que l’Espagne a longtemps été un pays d’émigration, une grande partie des femmes nées à l’étranger sont des descendantes d’anciens émigrés espagnols.
  • [10]
    La frontière entre les cycles secondaire inférieur et secondaire supérieur se situe à l’âge auquel la scolarisation cesse d’être obligatoire selon la législation espagnole actuelle.
  • [11]
    « Grâce aux immigrées, la natalité est en hausse pour la sixième année consécutive » (El País, 23 juin 2005).
  • [12]
    Nous avons analysé les données de l’année 2002 pour être le plus près possible du recensement, qui a été effectué en novembre 2001, mais la différence de fécondité entre les étrangères et les Espagnoles est plus faible en 2004 : respectivement 1,89 et 1,25 enfant par femme.
  • [13]
    Selon l’enquête démographique et de santé marocaine de 2003-2004, l’indice synthétique de fécondité est de 2,5 enfants par femme, ce qui témoigne d’une chute extrêmement rapide de la fécondité – cet indice était de l’ordre de 7 enfants par femme dans les années 1970 et de 5 au début des années 1980.
  • [14]
    Parmi les cohortes d’immigrées latino-américaines récemment arrivées en Espagne (1995-2001), l’âge moyen à l’immigration est de 28,8 ans, alors que l’âge moyen à la première maternité dans la plupart des pays latino-américains varie entre 21 et 24 ans (Nations unies, 2004).
  • [15]
    On prévoit que la fécondité de l’Amérique latine et des Caraïbes atteindra le niveau de remplacement des générations vers 2020-2025 (Nations unies, 2005b).
  • [16]
    Comme nous n’avons pas de données sur la cohabitation au moment de la naissance, nous ignorons si la mère vit seule ou avec le père de l’enfant. Mais, si nous considérons la mention de l’âge du père sur l’acte de naissance comme un indicateur de la reconnaissance de l’enfant par le père, la proportion de naissances reconnues par le père n’est pas beaucoup plus faible chez les mères latino-américaines (93,5 %) que chez les Espagnoles (98,7 %). Dès lors, la proportion élevée de naissances hors mariage chez les Latino-Américaines vivant en Espagne tient probablement à leur forte propension à vivre en union consensuelle, comportement également répandu dans leurs pays d’origine (Castro Martín, 2002).
  • [17]
    Même si l’enquête de fécondité de 1999 ne permet pas d’analyser valablement la fécondité en fonction de la région d’origine, du fait de la faiblesse des effectifs présents dans l’échantillon, elle montre que le nombre idéal d’enfants est à peine plus élevé chez les étrangères (2,18) que chez les Espagnoles (2,08) (tableau 2).
  • [18]
    Les taux élevés d’avortement observés parmi les étrangères vivant en Espagne incitent à penser que beaucoup de grossesses ne sont pas désirées. D’après les estimations du ministère de la Santé, 40 % à 50 % de l’ensemble des avortements effectués en Espagne concernent des femmes étrangères.
Français

Résumé

Pays d’émigration pendant des siècles, l’Espagne est devenue un pays d’immigration depuis une vingtaine d’années : la part de la population étrangère y est passée de 0,9 % en 1991 à 8,5 % en 2005. L’Espagne ayant un taux de fécondité parmi les plus bas du monde, l’impact potentiel de l’immigration sur son avenir démographique est important. Pourtant, on s’y est encore assez peu intéressé à la fécondité des immigrées. Cet article compare les indicateurs de fécondité respectifs des Espagnoles et des immigrées en exploitant les données individuelles de l’état civil et analyse l’évolution récente de la fécondité en fonction de la région d’origine à partir des données du recensement de 2001. Les résultats montrent que les écarts de fécondité constatés entre les Espagnoles et les étrangères s’expliquent en grande partie par des différences de profil socio-démographique, en particulier en termes d’âge et de niveau d’instruction. Comme certains effets supposés de l’immigration sur la fécondité dépendent de la durée de séjour dans le pays d’accueil, l’article compare aussi les niveaux de fécondité de différentes cohortes d’immigrées et met en évidence des modèles qui s’accordent à la fois avec l’hypothèse de l’adaptation et avec celle de la rupture.


English

Abstract

Spain, a country of emigration during centuries, has become a country of immigration in the last twenty years: the foreign population increased from 0.9% in 1991 to 8.5% in 2005. Since Spain also has one of the lowest fertility rates in the world, the potential impact of immigration on the demographic future of the country is large. Yet immigrants’ fertility patterns have received relatively little attention. This study compares a series of reproductive indicators for Spanish and foreign women using birth microdata and presents an analysis of recent fertility by region of origin based on the 2001 Census. The results show that observed fertility gaps between Spanish and foreign women are largely explained by differential socio-demographic characteristics, in particular, by age and education. Since some of the hypothesized effects of migration on fertility are contingent on length of residence in the host country, the study also compares fertility levels across migrant cohorts and detects patterns consistent with both the adaptation and the disruption hypotheses.


Español

Resumen

País de emigración durante siglos, España se ha convertido, desde hace veinte años, en un país de inmigración: la parte de la población extranjera pasó de 0,9% en 1991 a 8,5% en 2005. En España, con una tasa de fecundidad de las más bajas del mundo, el potencial impacto de la inmigración sobre su futuro demográfico es importante. Sin embargo, por el momento, la fecundidad de las inmigrantes todavía no ha sido considerada suficientemente. Este artículo compara los respectivos indicadores de fecundidad de las madres españolas y extranjeras explotando datos individuales del estado civil y analiza la evolución reciente de la fecundidad en función de la región de origen, a partir de datos obtenidos en el censo de 2001. Los resultados muestran que la diferencia de fecundidad entre las españolas y las extranjeras se explican, en gran medida, por las diferencias del perfil sociodemográfico, en especial en términos de edad y nivel de instrucción. Teniendo en cuenta que los supuestos efectos de la inmigración sobre la fecundidad dependen de la duración de residencia en el país de acogida, el artículo compara también los niveles de fecundidad de diferentes colectivos de inmigrantes y pone de manifiesto algunos modelos que concuerdan a la vez con la hipótesis de la adaptación y la de la ruptura.


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Date de mise en ligne : 25/02/2008

https://doi.org/10.3917/popu.703.0419

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