La fécondité des étrangères dans un pays d'immigration récente : le cas de l'Espagne
Pages 419 à 450
Citer cet article
- ROIG VILA, Marta
- et CASTRO-MARTÍN, Teresa,
- Roig Vila, Marta.
- et al.
- Roig Vila, M.
- et Castro-Martín, T.
https://doi.org/10.3917/popu.703.0419
Citer cet article
- Roig Vila, M.
- et Castro-Martín, T.
- Roig Vila, Marta.
- et al.
- ROIG VILA, Marta
- et CASTRO-MARTÍN, Teresa,
https://doi.org/10.3917/popu.703.0419
Notes
-
[*]
Division de la Population des Nations unies, New York.
-
[**]
Conseil de la Recherche scientifique (CSIC), Madrid.
Traduit par Éric Vilquin. -
[1]
Entre 1846 et 1932, quelque 5 millions d’Espagnols ont émigré, pour la plupart en Amérique du Sud. Entre 1962 et 1976, 2 à 3 millions d’Espagnols ont émigré vers d’autres pays européens, notamment pour travailler en France, en Allemagne et en Suisse. Bien que les migrations de retour aient été nombreuses, particulièrement depuis le milieu des années 1970, environ 2 million d’Espagnols vivent actuellement à l’étranger (Arango et Martin, 2005).
-
[2]
L’immigration en provenance d’Amérique latine n’est pas un phénomène nouveau. Depuis le milieu des années 1970, l’Espagne a été la destination principale des exilés chassés par les régimes dictatoriaux de l’Argentine, du Chili et de l’Uruguay. Mais l’immigration de main-d’œuvre a connu une augmentation sans précédent depuis le milieu des années 1990, sous l’effet conjugué de facteurs de répulsion, comme les profondes crises économiques vécues par beaucoup de pays latino-américains, et de facteurs d’attraction, comme la communauté de langue, les liens culturels forts, et l’admission d’un grand nombre de ces pays dans le programme européen de dispense de visa – programme dont ont pourtant été exclus récemment l’Équateur (en 2001), la Colombie (en 2002) et la Bolivie (en 2007).
-
[3]
Un tiers seulement de cette différence s’explique par la présence de citoyens de l’Union européenne, qui ne sont pas tenus de solliciter un permis de séjour.
-
[4]
Des opérations exceptionnelles de régularisation ont eu lieu en 1986, 1991, 1996, 2000, 2001 et 2005. Des permis de séjour temporaires ont alors été octroyés et une grande partie des immigrés employés dans le secteur informel ont pu intégrer le marché du travail officiel.
-
[5]
Les registres de population constituent une source d’information sur les populations immigrées plus fiable que les autres sources, tel l’Annuaire des étrangers du ministère de l’Intérieur, qui ne concerne que les immigrés titulaires d’un permis de séjour en règle.
-
[6]
Selon les modifications de la législation introduites en 2003, à partir de décembre 2005, les étrangers non originaires de l’Union européenne doivent renouveler tous les deux ans leur inscription au registre de population, sous peine d’en être automatiquement radiés. Cette mesure va probablement réduire le risque de surestimation des chiffres du registre à partir de 2006.
-
[7]
Le sous-enregistrement est important pour les enfants de moins de 4 ans, mais il diminue au-delà de cet âge parce que le certificat d’inscription au registre municipal de population est exigé à l’entrée à l’école.
-
[8]
Les statistiques de l’état civil classent les mères par nationalité et non par pays de naissance ; par conséquent, elles ne permettent pas d’identifier les immigrées qui ont acquis la nationalité espagnole. Mais, bien qu’une grande partie des femmes immigrées remplissent les conditions d’une procédure de naturalisation accélérée (deux ans de séjour si elles viennent d’Amérique latine, et un an si elles ont épousé un Espagnol, au lieu des dix ans requis dans le cas général), les statistiques montrent que les naturalisations sont moins fréquentes en Espagne que dans d’autres pays européens qui ont une plus longue tradition d’immigration. Nous n’avons pas calculé de taux de naturalisation, parce qu’il est difficile de déterminer la population éligible – seules les personnes remplissant les conditions d’accès à la naturalisation étant réellement « exposées au risque » de naturalisation – mais le nombre total de naturalisations prononcées entre 1991 et 2004, 195 753, est très en dessous du nombre de personnes qui auraient pu y prétendre.
-
[9]
D’après le recensement, on compte 752 112 femmes de 15-49 ans nées à l’étranger, mais 524 809 seulement (70 %) sont de nationalité étrangère. La proportion d’Espagnoles parmi les femmes nées à l’étranger varie beaucoup selon la région d’origine. Par exemple, parmi les femmes nées dans un autre pays de l’Europe des Quinze, 50 % n’ont pas la nationalité espagnole, mais chez celles qui sont nées en Amérique latine, en Afrique ou en Asie, cette proportion atteint respectivement 77 %, 75 % et 81 %. Étant donné que l’Espagne a longtemps été un pays d’émigration, une grande partie des femmes nées à l’étranger sont des descendantes d’anciens émigrés espagnols.
-
[10]
La frontière entre les cycles secondaire inférieur et secondaire supérieur se situe à l’âge auquel la scolarisation cesse d’être obligatoire selon la législation espagnole actuelle.
-
[11]
« Grâce aux immigrées, la natalité est en hausse pour la sixième année consécutive » (El País, 23 juin 2005).
-
[12]
Nous avons analysé les données de l’année 2002 pour être le plus près possible du recensement, qui a été effectué en novembre 2001, mais la différence de fécondité entre les étrangères et les Espagnoles est plus faible en 2004 : respectivement 1,89 et 1,25 enfant par femme.
-
[13]
Selon l’enquête démographique et de santé marocaine de 2003-2004, l’indice synthétique de fécondité est de 2,5 enfants par femme, ce qui témoigne d’une chute extrêmement rapide de la fécondité – cet indice était de l’ordre de 7 enfants par femme dans les années 1970 et de 5 au début des années 1980.
-
[14]
Parmi les cohortes d’immigrées latino-américaines récemment arrivées en Espagne (1995-2001), l’âge moyen à l’immigration est de 28,8 ans, alors que l’âge moyen à la première maternité dans la plupart des pays latino-américains varie entre 21 et 24 ans (Nations unies, 2004).
-
[15]
On prévoit que la fécondité de l’Amérique latine et des Caraïbes atteindra le niveau de remplacement des générations vers 2020-2025 (Nations unies, 2005b).
-
[16]
Comme nous n’avons pas de données sur la cohabitation au moment de la naissance, nous ignorons si la mère vit seule ou avec le père de l’enfant. Mais, si nous considérons la mention de l’âge du père sur l’acte de naissance comme un indicateur de la reconnaissance de l’enfant par le père, la proportion de naissances reconnues par le père n’est pas beaucoup plus faible chez les mères latino-américaines (93,5 %) que chez les Espagnoles (98,7 %). Dès lors, la proportion élevée de naissances hors mariage chez les Latino-Américaines vivant en Espagne tient probablement à leur forte propension à vivre en union consensuelle, comportement également répandu dans leurs pays d’origine (Castro Martín, 2002).
-
[17]
Même si l’enquête de fécondité de 1999 ne permet pas d’analyser valablement la fécondité en fonction de la région d’origine, du fait de la faiblesse des effectifs présents dans l’échantillon, elle montre que le nombre idéal d’enfants est à peine plus élevé chez les étrangères (2,18) que chez les Espagnoles (2,08) (tableau 2).
-
[18]
Les taux élevés d’avortement observés parmi les étrangères vivant en Espagne incitent à penser que beaucoup de grossesses ne sont pas désirées. D’après les estimations du ministère de la Santé, 40 % à 50 % de l’ensemble des avortements effectués en Espagne concernent des femmes étrangères.
1Depuis le début des années 1990, l’Espagne enregistre un des niveaux de fécondité les plus faibles du monde, et cela en dépit de la légère reprise observée ces toutes dernières années (1,35 enfant par femme en 2006). Dans ces conditions, et malgré l’augmentation constante de l’espérance de vie, le taux d’accroissement de la population devrait ralentir avant de stagner puis devenir négatif. Or, bénéficiant d’une prospérité économique sans précédent, l’Espagne a gagné 5 millions d’habitants au cours des dix dernières années, pour atteindre aujourd’hui plus de 45 millions. Ce rythme de croissance, cas unique en Europe, est imputable presque exclusivement à l’immigration : le nombre d’étrangers est passé d’environ 200 000 en 1981 à presque 4,5 millions début 2007. Marta Roig Vila et Teresa Castro Martín posent ici la question de la contribution actuelle et à venir de la fécondité des étrangers à l’accroissement de la population, question qu’elles traitent en termes de différence des comportements de fécondité entre les Espagnoles et les étrangères, et au sein même de la population étrangère. L’analyse méticuleuse de toutes les données disponibles les conduit à une interprétation prudente des écarts observés et à la conclusion que les progrès futurs de l’analyse passent nécessairement par des données plus adéquates que celles existantes actuellement.
2En Europe, où depuis près de trente ans la fécondité est inférieure au seuil de remplacement des générations, il est généralement reconnu qu’elle va rester faible encore longtemps et que le vieillissement démographique est inévitable. Mais reconnaître ne signifie pas se résigner purement et simplement. Ces dernières années, on a accordé une attention croissante au rôle des populations immigrées et on s’est demandé si leurs structures par âge jeunes et leurs fécondités élevées contribueraient à atténuer les conséquences prévisibles de la faiblesse de la fécondité, du manque de main-d’œuvre, du vieillissement et du déclin des populations européennes (Nations unies, 2001 ; Lutz et Scherbov, 2002 ; Teitelbaum, 2004). Le débat a porté principalement sur la contribution d’un afflux continu de jeunes adultes au rajeunissement de la structure par âge, et beaucoup moins sur l’impact de la fécondité des immigrées, malgré la forte croissance de la proportion d’enfants nés de mères d’origine étrangère (Haug et al., 2002).
3En Espagne, le débat sur l’immigration est relativement récent, et il s’est essentiellement concentré sur les problèmes d’intégration économique et de cohésion sociale (Pérez Díaz et al., 2001 ; Colectivo IOÉ, 2002). Pourtant, l’Espagne a depuis plusieurs années un taux de fécondité parmi les plus bas du monde (moins de 1,2 enfant par femme entre 1995 et 1999) et est considérée comme l’un des pays susceptibles d’avoir la structure par âge la plus vieille en 2050 (Nations unies, 2003). Dès lors, la question de l’impact démographique de l’immigration s’insère peu à peu dans les débats. En particulier, comme le redressement, modeste mais persistant, de la fécondité observé ces dernières années a coïncidé avec une augmentation de l’immigration, on l’a attribué à la présence des femmes immigrées (Instituto Nacional de Estadística, 2005). Mais la prudence s’impose pour interpréter les données disponibles. Quelle est l’ampleur de l’écart de fécondité entre les Espagnoles et les étrangères ? Les taux de fécondité classiques sont-ils appropriés pour mesurer cette différence ? Dans quelle mesure l’écart observé peut-il être imputé à une différence de niveau d’instruction ? Les modèles de fécondité des immigrées sont-ils influencés par la durée de séjour dans le pays d’accueil ?
4La littérature propose plusieurs hypothèses d’explication et de prédiction de la fécondité des immigrées (Kulu, 2005). Pour quelques auteurs, la première génération de certains groupes d’immigrés aurait tendance à conserver les normes de reproduction et le modèle de fécondité du pays d’origine (Abbasi-Shavazi et McDonald, 2002). De très nombreuses études soutiennent l’hypothèse de l’adaptation, selon laquelle les immigrants ajustent progressivement leur comportement reproductif à celui du pays d’accueil (Andersson, 2004). Il a été démontré que la convergence entre les modèles de fécondité respectifs des immigrants et des populations d’accueil n’est pas entièrement imputable à des changements de comportement ; elle tient aussi au fait que les immigrants constituent un groupe sélectionné en termes de niveau d’instruction, de situation matrimoniale ou de parité, ainsi que d’autres caractéristiques plus difficilement mesurables comme le sens du travail et le désir de mobilité sociale (Feliciano, 2005). De plus, il est certain que la rupture provoquée par la migration fait fléchir la fécondité, au moins temporairement, du fait qu’elle implique souvent des coûts économiques et la séparation des partenaires, ainsi que des problèmes rencontrés lors du processus d’installation (Carter, 2000). Cependant, certains auteurs, contestant cette thèse, ont mis en évidence un effet positif de la migration sur la fécondité : les immigrantes auraient une fécondité élevée peu de temps après leur arrivée, surtout si elles ont migré en vue de se marier et de fonder une famille (Alders, 2000). Toulemon (2004) estime qu’en France, si la fécondité des étrangères est supérieure à la moyenne, cela est dû en partie au fait qu’elles programment délibérément la prochaine naissance après la migration.
5Des travaux récents ont également mis l’accent sur l’environnement socio-économique et politique de la société d’accueil. Selon Frank et Heuveline (2005), le comportement reproductif des immigrés n’est pas tant influencé par la société d’origine que par la stratification sociale et les différentes perspectives offertes dans le pays d’accueil, qui pourraient même favoriser une fécondité plus précoce et plus forte. Le modèle de fécondité adopté par les immigrés clandestins pourrait aussi dépendre des droits que la naissance de leurs enfants dans le pays d’accueil pourrait procurer à leur famille, en particulier un accès plus facile au statut de résident (Bledsoe, 2004). Le fait que toutes ces hypothèses aient été soutenues par certaines études et contestées par d’autres incite à penser qu’elles sont complémentaires plutôt que concurrentes et que l’effet de la migration sur la fécondité pourrait dépendre du contexte socio-économique, de la législation, des conditions du moment et de l’origine des migrants.
6Dans cet article, nous voudrions donner quelques aperçus sur le comportement reproductif des étrangères en Espagne, en tenant compte de l’hétérogénéité de la population étrangère en termes d’origine et de caractéristiques démographiques et socio-économiques. Nous commencerons par présenter les différentes valeurs de l’indice synthétique de fécondité en 2002 – période proche du recensement effectué en novembre 2001 – et nous examinerons les limites de cet indice. Nous comparerons également la fécondité des étrangères à celle des Espagnoles au moyen d’autres indicateurs, tels que la proportion de maternités d’adolescentes, de naissances hors mariage et de nouveau-nés de petit poids de naissance. Ensuite, à partir des données du recensement, nous procéderons à une analyse multivariée de la fécondité récente pour évaluer l’influence des caractéristiques démographiques et du niveau d’instruction sur les écarts de fécondité observés. Enfin, comme certains effets supposés de la migration sur la fécondité dépendent de la durée de résidence dans le pays d’accueil, nous comparerons les comportements reproductifs des cohortes successives d’immigrées.
L’Espagne, pays d’immigration récente
7Pays d’émigration pendant des siècles [1], l’Espagne est devenue un pays d’immigration depuis une vingtaine d’années (Muñoz-Pérez et Izquierdo, 1989 ; Arango, 2000). Selon les données des recensements et du registre de population, l’Espagne comptait 350 000 étrangers en 1991, 1,5 million en 2001 et 3,7 millions en 2005 (figure 1). Avec l’arrivée de 652 000 immigrants en 2005, l’Espagne est actuellement le pays d’Europe qui accueille le plus grand nombre d’étrangers (Eurostat, 2006).
Évolution du nombre de résidents étrangers en Espagne entre 1991 et 2005, par région d’origine
Évolution du nombre de résidents étrangers en Espagne entre 1991 et 2005, par région d’origine
8Au début de cette transformation de l’Espagne d’un pays d’émigration en un pays d’immigration, une grande partie des résidents étrangers étaient des citoyens européens. Avec l’augmentation de l’immigration, les régions d’origine des immigrants se sont diversifiées. Depuis le milieu des années 1990, l’Espagne a accueilli un grand nombre d’immigrants originaires d’Amérique latine – principalement de l’Équateur et de la Colombie, mais aussi du Pérou, de l’Argentine et de la République dominicaine [2]. Le nombre des Latino-Américains est passé de 66 000 en 1991 à 594 000 en 2001 et a dépassé 1,4 million au début de 2005, représentant 38 % de l’ensemble de la population immigrée (Izquierdo et al., 2003). L’?effectif des immigrants en provenance d’Europe de l’Est a aussi fortement augmenté, passant de 150 000 en 2001 à près de 600 000 au début de 2005. Aujourd’hui, ils représentent 16 % de l’ensemble des étrangers, soit à peu près autant que les Nord-Africains (15 %). Il est important de souligner que beaucoup de ces étrangers ne sont pas en possession des papiers officiels nécessaires pour résider et travailler légalement en Espagne. Par exemple, au début de 2005, les étrangers titulaires d’un permis de séjour valide étaient au nombre de 2 millions, soit 1,7 million de moins que le nombre total d’étrangers inscrits au registre de population [3]. Lors de la dernière campagne de régularisation, durant l’été 2005, 560 000 immigrés clandestins ont reçu un permis de séjour à condition d’avoir un contrat de travail (Sandell, 2006) [4].
9Par suite de l’évolution récente des mouvements migratoires, la proportion d’étrangers dans la population totale de l’Espagne a rapidement augmenté, passant de 0,9 % en 1991 à 8,5 % en 2005. Comme le montre la figure 2, la contribution de la migration internationale nette au taux d’accroissement de la population était soit négative soit minime pendant les années 1970 et 1980, mais elle a rapidement augmenté au cours des années 1990. Depuis 2000, la migration nette représente environ 90 % de la croissance démographique espagnole. Les taux de migration nette observés ces dernières années en Espagne sont uniques dans le contexte européen : le taux de 2005, 14,8 ‰, est très supérieur à la moyenne de l’Europe des Quinze (4,7 ‰), et dépasse même les records enregistrés par l’Allemagne au début des années 1990 (9,6 ‰ en 1992) ou par la France au début des années 1970.
Composantes du taux d’accroissement de la population en Espagne et dans l’Europe des Quinze, 1970-2005
Composantes du taux d’accroissement de la population en Espagne et dans l’Europe des Quinze, 1970-2005
Pyramides des âges des immigrés en Espagne selon la région d’origine, 2001
Pyramides des âges des immigrés en Espagne selon la région d’origine, 2001
10Parallèlement à cette augmentation de la population étrangère, on a observé une hausse du taux brut de natalité (de 9,2 ‰ en 1996 à 10,6 ‰ en 2004). Cette coïncidence n’est pas fortuite : en 2004, le taux brut de natalité des étrangers (20,6 ‰) était deux fois plus élevé que celui des Espagnols (9,8 ‰). Cet écart s’explique en partie par les différences de structure par âge : l’âge médian des étrangers (31,2 ans en 2001) est nettement inférieur à celui des Espagnols (37,8 ans), et la proportion de femmes en âge d’avoir des enfants est sensiblement plus élevée chez les étrangères (70,6 %) que chez les Espagnoles (52 %). Néanmoins, la structure par âge des populations étrangères varie selon leur région d’origine. Comme le montre la figure 3, les personnes originaires d’un pays de l’Europe des Quinze autre que l’Espagne sont, en moyenne, plus âgées que les Espagnols, alors que celles qui viennent des pays en développement sont plus jeunes, ce qui reflète l’immigration récente de jeunes adultes d’âge actif. La proportion de femmes varie aussi beaucoup selon la région d’origine. Les femmes sont légèrement sous-représentées dans l’ensemble de la population étrangère (48,1 % en 2001) et fortement minoritaires parmi les Africains (34 %), mais on observe l’inverse chez les immigrés originaires d’Amérique latine, qui comptent 55,3 % de femmes.
Données et méthode
11Pour mesurer la fécondité des femmes immigrées, les données disponibles souffrent de sérieuses déficiences. L’?enregistrement des naissances par l’état civil est en principe exhaustif, mais la répartition des naissances vivantes par nationalité de la mère n’existe que depuis 1996. La période sur laquelle on peut analyser les tendances de la fécondité par nationalité est donc relativement courte. Pour calculer des taux de fécondité, nous devons aller chercher dans le registre permanent de population les estimations de la population immigrée par âge [5]. On estime que les registres municipaux de population ont un taux de couverture élevé, parce que l’enregistrement ouvre l’accès aux services d’enseignement et de santé et est un prérequis à l’obtention du permis de séjour pour ceux qui ne l’ont pas au moment de leur arrivée, mais ils ne sont sans doute pas parfaitement exhaustifs. Selon des travaux antérieurs, quelques nationalités sont sous-évaluées (Devolder et al., 2003) et un certain délai s’écoule entre l’arrivée et l’enregistrement. La surévaluation est également possible, du fait que les doubles comptes sont difficiles à détecter chez les résidents étrangers totalement dépourvus de papiers d’identité, et que les immigrés négligent généralement de se faire radier quand ils retournent dans leur pays d’origine ou migrent vers un autre pays [6]. Si on compare les nombres de naissances déclarées à l’état civil pendant les périodes 1994-1998 et 1999-2003 avec les nombres d’enfants nés en Espagne figurant dans le registre de population au 1er janvier 2004, on obtient des taux de sous-enregistrement dans le registre de l’ordre de 7 % pour les enfants de 0-4 ans, et de 1 % pour les enfants de 5-9 ans [7].
12Ces sources de données présentent, pour l’analyse de la fécondité, un autre défaut : elles contiennent très peu de détails sur les caractéristiques des individus. Les statistiques de l’état civil fournissent la nationalité de la mère [8], son âge, sa situation matrimoniale et sa parité, mais pas son niveau d’instruction, et les registres de population ne donnent que l’âge, le sexe, la nationalité et le pays de naissance de l’individu.
13Compte tenu de la pauvreté de ces données et des difficultés liées à la combinaison de deux sources différentes, nous analyserons aussi les différences de fécondité des divers groupes d’immigrés en exploitant les données du recensement de 2001, qui fournit des renseignements nombreux sur les caractéristiques des immigrés. L’?analyse est menée au niveau individuel et s’appuie sur un échantillon représentatif à 5 % du recensement.
14Pour la première fois depuis 1920, le recensement ne comportait pas de question sur le nombre d’enfants mis au monde. Dès lors, on ne peut estimer la fécondité que de manière indirecte, c’est-à-dire en rapportant les enfants recensés dans un ménage aux mères présentes dans le ménage. Nous basons notre analyse sur un indicateur de la fécondité récente : la cohabitation entre une mère et un enfant de moins d’un an. Nous privilégions la fécondité récente parce que la probabilité qu’un enfant de moins d’un an vive avec sa mère est très élevée, quelle que soit la nationalité de la mère, et également parce que, pour la plupart des immigrées, la durée de séjour en Espagne est courte – et donc la probabilité d’avoir mis un enfant au monde dans le pays d’accueil est relativement faible. La comparaison avec les données de l’état civil, pour l’ensemble de la population, permet d’évaluer à 3 % le taux de sous-enregistrement des enfants de moins d’un an dans le recensement.
15L’?analyse porte sur un échantillon de 528 511 femmes en âge d’avoir des enfants (âgées de 15 à 49 ans), dont 25 620 (4,8 %) sont étrangères. Bien que le recensement renseigne à la fois sur le pays de naissance et la nationalité, nous n’utilisons que cette dernière information pour assurer la comparabilité avec les données de l’état civil [9]. Pour saisir tout l’éventail des caractéristiques culturelles et sociales des populations immigrées, et pour prendre en compte l’éventuelle influence des niveaux de fécondité dans les pays d’origine, nous avons réparti les étrangères en six grandes catégories selon leur région de provenance : l’Europe des Quinze (moins l’Espagne), le reste de l’Europe, l’Afrique du Nord – essentiellement le Maroc (94 %) – l’Afrique sub-saharienne, l’Amérique latine et l’Asie.
16Nous avons mis en œuvre une série de modèles de régression logistique afin de comparer, respectivement pour les étrangères et les Espagnoles âgées de 15 à 49 ans, les probabilités d’avoir mis au monde un enfant au cours de l’année précédant le recensement, d’abord sans contrôler les caractéristiques individuelles, puis en contrôlant l’âge, la situation matrimoniale, le niveau d’instruction et un indicateur de la parité (le nombre d’enfants de plus d’un an présents dans le ménage). L’?âge est introduit sous forme de classes quinquennales ; la situation matrimoniale distingue les célibataires, les femmes actuellement mariées et les femmes dont le mariage a été rompu ; le niveau d’instruction, représenté par le dernier cycle d’enseignement achevé, comporte cinq catégories : sans instruction ou cycle primaire incomplet, cycle primaire, cycle secondaire inférieur, cycle secondaire supérieur [10] et niveau universitaire. Les résultats sont présentés en termes de rapports des risques estimés (odds ratios) des étrangères par rapport aux Espagnoles.
17Comme il a été démontré que la fécondité des immigrées est influencée par leur durée de séjour dans la société d’accueil et par leur position dans le cycle migratoire, nous avons examiné l’effet combiné de la région d’origine et de la durée de séjour, séparément pour quatre cohortes d’immigration : les femmes arrivées en Espagne avant 1990, entre 1990 et 1994, entre 1995 et 1999, et en 2000-2001. Idéalement, le premier groupe devrait être décomposé en plusieurs cohortes. L’?adaptation, au sens de l’adoption des normes et comportements sociaux du pays d’accueil, peut être un processus de longue haleine. Mais l’immigration à grande échelle étant un phénomène récent en Espagne, il n’était pas possible d’opérer un découpage plus fin.
La fécondité des Espagnoles est inférieure à celle des immigrées
18L’Espagne a l’un des niveaux de fécondité les plus bas du monde. La fécondité est tombée au-dessous du seuil de remplacement des générations en 1981 et l’Espagne s’est rangée parmi les pays à fécondité très faible (moins de 1,3 enfant par femme) en 1993 (Billari et Kohler, 2002). Il y a plus de dix ans que l’indice synthétique de fécondité de quelques régions autonomes, comme les Asturies et la Galice, est inférieur à un enfant par femme. Il est vrai que le caractère tardif du calendrier de la fécondité – l’Espagne ayant également un âge moyen à la première maternité parmi les plus élevés au monde (29,3 ans en 2004) – peut conduire à une sous-estimation du niveau réel de la fécondité des générations, mais rien jusqu’à présent n’indique une tendance au rajeunissement de ce calendrier.
19Dans un tel contexte de fécondité très basse et très tardive, l’augmentation de 5,6 % du nombre des naissances enregistrée en moyenne annuelle ces six dernières années – de 365 193 en 1998 à 454 591 en 2004 – après plusieurs décennies de diminution ininterrompue, et le léger redressement de l’indice synthétique de fécondité – de 1,16 enfant par femme en 1998 à 1,33 en 2004 – ont suscité un intérêt considérable. Les médias ont souligné le rôle de la fécondité des immigrées dans ce qu’ils décrivent comme un renversement de tendance et un relèvement de la fécondité [11]. Mais l’impact de la fécondité des immigrées sur les tendances récentes demande à être analysé d’une manière plus prudente.
20Il est certain que la proportion des naissances issues de mères étrangères a connu une augmentation remarquable ces dernières années (figure 4). En 2005, 15 % des nouveau-nés avaient une mère étrangère – et 17,6 % avaient un parent étranger –, proportion supérieure au pourcentage d’étrangers dans la population (8,5 %). De plus, nous l’avons déjà signalé plus haut, le taux brut de natalité des étrangers est deux fois plus élevé que celui des Espagnols, mais cela pourrait être dû en partie à la structure par âge plus jeune des immigrés (Izquierdo et López de Lera, 2003).
Nombre de naissances issues de mère étrangère et part dans l’ensemble des naissances, Espagne, 1996-2005
Nombre de naissances issues de mère étrangère et part dans l’ensemble des naissances, Espagne, 1996-2005
21L’indice synthétique de fécondité permet de s’affranchir du problème des différences de structure par âge, mais il s’applique habituellement à des populations relativement stables. Or, la population étrangère résidant en Espagne est loin d’être stable. Du fait de l’afflux continuel de nouveaux immigrants, la population étrangère varie considérablement d’une année à l’autre, et chaque vague d’immigrants a une composition socio-démographique particulière, ce qui complique l’interprétation des tendances. De plus, les indices de fécondité du moment sont influencés par le calendrier de la fécondité. Comme les immigrées ont un calendrier de fécondité plus précoce que les Espagnoles, la différence de fécondité, en termes de descendance finale, entre ces deux groupes de femmes est sans doute surestimée. Il faut aussi garder à l’esprit que le comportement de fécondité des immigrées est probablement influencé par leur âge à l’arrivée (Toulemon et Mazuy, 2004) et par le fait qu’elles ont éventuellement laissé leurs enfants dans leur pays d’origine, point sur lequel nous n’avons pas d’information actuellement. Malgré ces inconvénients, nous présentons ci-dessous les indices synthétiques de fécondité par région d’origine comme première approximation de l’écart de fécondité entre les Espagnoles et les étrangères.
22Comme le montre la figure 5, en 2002, l’indice synthétique de fécondité était de 2,12 enfants par femme pour les étrangères résidant en Espagne, et de 1,19 pour les Espagnoles [12]. Mais il y a de grandes différences selon la région d’origine. La fécondité est la plus forte parmi les Nord-Africaines (3,8 enfants par femme), suivies par les femmes originaires d’Afrique sub-saharienne (2,9) et d’Amérique latine (1,9). Il ne faut pas oublier que la précision de ces taux est largement tributaire de la fiabilité des chiffres de population qui leur servent de dénominateurs. Par exemple, l’indice synthétique de fécondité de l’ensemble des femmes étrangères serait égal à 1,9 (au lieu de 2,1) si l’on suppose que leur effectif est sous-estimé de 10 % dans le registre de population et, inversement, il serait égal à 2,35 sous l’hypothèse d’une surestimation de 10 %.
Indice synthétique de fécondité des Espagnoles et des étrangères par région d’origine en 1998 et en 2002
Indice synthétique de fécondité des Espagnoles et des étrangères par région d’origine en 1998 et en 2002
23En ce qui concerne les évolutions récentes, la comparaison entre les niveaux de fécondité de 1998 et ceux de 2002 indique une tendance à la baisse dans tous les groupes d’immigrées, et particulièrement parmi les Africaines, du Sud comme du Nord. Il n’est pas sûr que, sur une période aussi courte, l’on puisse interpréter cette diminution de l’écart de fécondité entre étrangères et Espagnoles comme la preuve d’une convergence vers le modèle de la société d’accueil, car la composition de plusieurs groupes d’immigrées a changé – en termes de pays d’origine et de durée de séjour –, la couverture du registre de population s’est améliorée et la fécondité a également diminué dans les régions d’origine.
La fécondité des immigrées : entre celle du pays d’origine et celle du pays d’accueil
24Pour examiner les relations entre la migration et la fécondité, on peut comparer le modèle de fécondité des femmes immigrées à celui des Espagnoles, mais aussi à ceux qui prévalent dans les pays d’origine. Le tableau 1 présente l’indice synthétique de fécondité et le niveau d’instruction des immigrées résidant en Espagne originaires de cinq pays représentant les flux d’immigration les plus importants – le Maroc, l’Équateur, la Colombie, le Pérou et la République dominicaine –, et les compare avec ceux que l’on observe chez leurs concitoyennes restées au pays d’origine. Les femmes de ces cinq pays représentent 49,7 % de l’ensemble des femmes immigrées de 15-49 ans présentes en Espagne en 2001, et elles ont mis au monde 49,1 % de tous les enfants nés de mère étrangère entre 1998 et 2002.
Fécondité et niveau d’instruction des étrangères de 15-49 ans vivant en Espagne et de leurs homologues restées dans leur pays d’origine
Fécondité et niveau d’instruction des étrangères de 15-49 ans vivant en Espagne et de leurs homologues restées dans leur pays d’origine
25D’après les données de ce tableau, la fécondité des migrantes est inférieure à celle des non-migrantes parmi les Latino-Américaines, mais elle est supérieure chez les Marocaines [13]. Les écarts observés pourraient être dus en partie à un phénomène de migration sélective. Comme le montre le tableau 1, la proportion de femmes de niveau d’instruction secondaire ou supérieur est nettement plus élevée chez les Équatoriennes, les Colombiennes et les Péruviennes qui vivent en Espagne que parmi leurs concitoyennes qui n’ont pas émigré ; or, plusieurs travaux ont montré qu’en Amérique latine, la fécondité des femmes les plus instruites avoisine le niveau de remplacement des générations (Rosero-Bixby, 2004 ; Nations unies, 2005a). On peut trouver une explication supplémentaire à ces différences de fécondité dans le fait qu’une grande partie des immigrées latino-américaines sont arrivées en Espagne récemment et sans être accompagnées de leur mari (Oso, 1998). Nombre d’entre elles avaient déjà des enfants avant d’émigrer [14], mais elles les ont laissés à des membres de leur famille dans le pays d’origine, le temps d’obtenir un permis de séjour et un emploi stable en Espagne. Avec le regroupement familial, une grande partie de ces enfants finiront par venir vivre en Espagne, mais ne figureront pas dans la statistique des naissances.
26Quant à l’avenir prévisible, selon les projections des Nations unies (Nations unies, 2005b), la fécondité des cinq pays considérés variera entre 2,0 et 2,5 enfants par femme vers 2015-2020 [15]. Ainsi, dans la prochaine décennie, non seulement les migrantes quitteront un pays où la fécondité moyenne est proche du niveau de remplacement des générations, mais, si le phénomène de sélection selon le niveau d’instruction perdure, leur fécondité pourrait être inférieure à la moyenne du pays d’accueil.
Autres différences de comportement de fécondité
27La fécondité des Espagnoles et celle des étrangères ne diffèrent pas seulement en termes de niveau, mais aussi sous d’autres aspects, comme le calendrier des naissances et la situation matrimoniale. Nous avons déjà dit que des différences de calendrier pouvaient accentuer l’écart entre les indices synthétiques de fécondité respectifs des Espagnoles et des étrangères. La figure 6 montre que le calendrier de fécondité des étrangères est beaucoup plus précoce que celui des Espagnoles. Entre 1998 et 2002, la fécondité des immigrées a baissé dans tous les groupes d’âges, à l’exception des adolescentes, mais le calendrier de la fécondité est resté pratiquement inchangé.
Calendrier de la fécondité des Espagnoles et des étrangères, 1998 et 2002
Calendrier de la fécondité des Espagnoles et des étrangères, 1998 et 2002
28Le tableau 2 présente les variations d’une série d’indicateurs associés au comportement reproductif en fonction de la région d’origine. Le taux de fécondité des adolescentes ou l’âge moyen à la première naissance confirment que les étrangères de toutes origines, sauf celles qui viennent d’un pays de l’Europe des Quinze, ont un calendrier de fécondité plus précoce que celui de leurs homologues espagnoles. On observe aussi de grandes différences en matière de situation matrimoniale des mères : en 2002, la proportion de naissances hors mariage varie de 13,1 % chez les Nord-Africaines à 59,6 % chez les Latino-Américaines [16]. Ces indicateurs témoignent du maintien du modèle de formation de la famille propre à la région d’origine.
Caractéristiques de la fécondité des Espagnoles et des étrangères selon la région d’origine, 1998 et 2002 (femmes de 15-49 ans)
Caractéristiques de la fécondité des Espagnoles et des étrangères selon la région d’origine, 1998 et 2002 (femmes de 15-49 ans)
29Les statistiques de l’état civil permettent également d’analyser les différences d’état de santé qui peuvent exister entre les nouveau-nés selon la nationalité de leur mère. Le tableau 2 présente, en fonction de la région d’origine de la mère, les proportions de naissances prématurées (à moins de 37 semaines de gestation) et de nouveau-nés de faible poids (moins de 2 500 grammes), deux indicateurs qui, selon de nombreux travaux, reflètent l’état de santé reproductive de la mère et constituent des prédicteurs de la morbidité, de la santé et du développement psychosocial de l’enfant à long terme (Conley et Bennet, 2000). Les données du tableau 2 indiquent que l’état de santé des nouveau-nés de mère étrangère est similaire – et même supérieur, pour certaines régions – à celui des bébés dont la mère est espagnole. Comme ces indicateurs sont sensibles aux différences d’âge à la maternité, nous avons calculé, au moyen d’un modèle logit, les probabilités d’avoir un bébé prématuré ou de petit poids en contrôlant l’âge, la situation matrimoniale et la parité de la mère. Les rapports des risques (odds ratios) présentés au tableau 3 confirment l’avantage en matière de santé dont jouissent les bébés nés en Espagne d’une mère étrangère. Il s’agit là d’un résultat encourageant, qui peut refléter le phénomène de sélection des migrantes en termes de santé et d’autres caractéristiques non observées, mais aussi les bénéfices qu’elles retirent de l’accès généralisé au système de soins de santé.
Effet de la région d’origine sur les probabilités d’avoir un enfant prématuré et un bébé de petit poids, Espagne, 2002 (régressions logistiques)
Effet de la région d’origine sur les probabilités d’avoir un enfant prématuré et un bébé de petit poids, Espagne, 2002 (régressions logistiques)
Nouveaux résultats apportés par le recensement de 2001
30Afin d’éviter les problèmes liés à la combinaison de deux sources de données différentes – l’état civil et le registre de population – pour l’estimation de la fécondité, nous allons maintenant limiter notre analyse aux seules données du recensement de 2001. Le tableau 4 présente les principales caractéristiques des femmes de notre échantillon. Sur le plan socio-économique, les femmes en âge d’avoir des enfants originaires de pays en développement forment un groupe hétérogène. Par exemple, plus de 60 % des femmes d’Afrique du Nord et près de 45 % de celles d’Afrique sub-saharienne n’ont pas achevé leurs études secondaires, alors que 20 % seulement des Espagnoles sont dans ce cas. En revanche, les femmes originaires d’Amérique latine ou d’Europe de l’Est ont à peu près le même niveau d’instruction que les Espagnoles. Des recherches antérieures ont mis en évidence des écarts analogues de niveau d’instruction selon la région d’origine chez les hommes, et ont montré que, dans tous les groupes d’immigrants étrangers, c’est parmi les derniers arrivés que l’on observe la plus forte proportion de personnes sans instruction (Recaño et Roig, 2004). Il y a également de grandes différences en matière d’activité professionnelle. La présence sur le marché de l’emploi est moindre chez les Nord-Africaines (47 % occupent un emploi ou sont chômeuses) que chez les Espagnoles (62 %), mais plus forte dans les autres groupes de nationalités. Bien que leur répartition par type d’activité soit loin d’être homogène, les étrangères occupent généralement des emplois manuels non qualifiés, et tout particulièrement dans le secteur du travail domestique. On peut constater, par exemple, que malgré une structure par niveau d’instruction semblable à celle des Espagnoles, 42,1 % des femmes actives originaires d’Amérique latine et 34 % de celles qui viennent de l’Est de l’Europe travaillent dans le secteur des services domestiques, c’est-à-dire, souvent, dans l’économie informelle (Baldwin-Edwards et Arango, 1999).
Caractéristiques socio-démographiques des femmes et composition de leur ménage, selon la région d’origine (femmes de 15-49 ans)
Caractéristiques socio-démographiques des femmes et composition de leur ménage, selon la région d’origine (femmes de 15-49 ans)
31Les données sur la composition du ménage montrent qu’entre 15 et 49 ans, les étrangères vivent plus souvent seules que les Espagnoles : elles sont 6,5 % (contre 3,8 %) dans ce cas ; il en va de même pour les familles monoparentales, bien que la proportion de celles-ci varie fortement en fonction de la région d’origine – plus faible chez les Nord-Africaines et les Européennes de l’Est que chez les Espagnoles, mais plus forte parmi les femmes originaires d’Amérique latine et d’Afrique sub-saharienne. À l’exception des citoyennes de l’Europe des Quinze, les étrangères vivent plus souvent dans des ménages de grande taille : par exemple, alors que 9,4 % des Espagnoles vivent dans un ménage de plus de 5 personnes, 39,7 % des femmes originaires d’Afrique du Nord et 35,8 % de celles venues d’Amérique latine sont dans cette situation. Les étrangères vivent également plus souvent dans un ménage comportant plus d’une famille ou abritant des personnes non apparentées. Un résultat inattendu est la proportion de femmes d’âge fécond sans enfant présent dans le ménage, considérablement plus élevée chez les étrangères – surtout parmi les Latino-Américaines (70,9 %) et les Européennes de l’Est (75,9 %) – que chez les Espagnoles (53,5 %). Cela pourrait s’expliquer par le fait qu’une grande partie de ces immigrées sont arrivées en Espagne quelques années avant le recensement en laissant leur famille dans leur pays d’origine.
L’impact de la région d’origine sur la fécondité récente
32Les résultats des régressions logistiques utilisées pour estimer la fécondité récente, définie comme les naissances survenues au cours des douze mois précédant le recensement, sont présentés au tableau 5. Le premier modèle ne porte que sur l’effet de la région d’origine, le second contrôle l’âge de la femme, et le troisième contrôle également sa situation matrimoniale, le nombre d’enfants présents dans son ménage un an avant le recensement (comme indicateur de sa parité) et son niveau d’instruction. Les autres variables disponibles, telles que l’activité professionnelle et la composition du ménage, n’ont pas été prises en considération dans cette analyse car l’absence de données rétrospectives empêche d’écarter l’hypothèse d’une causalité en sens inverse.
Fécondité récente des femmes vivant en Espagne selon la région d’origine (régressions logistiques)
Fécondité récente des femmes vivant en Espagne selon la région d’origine (régressions logistiques)
33Le premier modèle montre que les étrangères, à l’exception des Européennes, ont des niveaux de fécondité récente nettement supérieurs à ceux des Espagnoles. Les Nord-Africaines, en particulier, ont des chances nettement plus élevées que les Espagnoles d’avoir mis au monde un enfant au cours des douze derniers mois : l’odds ratio (OR) est égal à 2,36. De même, il est significativement plus élevé chez les femmes originaires d’Afrique sub-saharienne (OR = 1,68) et les Latino-Américaines (OR = 1,32) que chez les Espagnoles. Les écarts sont moindres quand on contrôle l’âge des femmes (troisième colonne), ce qui indique que la structure par âge plus jeune des étrangères est en partie responsable des différences de fécondité observées ; néanmoins, pour la plupart des régions, les différences restent statistiquement significatives.
34Cependant, quand on prend en compte la situation matrimoniale, l’indicateur de parité et le niveau d’instruction (quatrième colonne), seules les Nord-Africaines ont des chances d’avoir mis au monde un enfant au cours des douze derniers mois significativement supérieures à celles des Espagnoles, tandis que l’odds ratio des femmes originaires d’Afrique sub-saharienne et d’Amérique latine ne diffère pas significativement de celui des Espagnoles. On peut donc en conclure que les écarts de fécondité observés entre les immigrées venues de ces régions et les Espagnoles sont en grande partie imputables à leurs caractéristiques socio-démographiques différentes. Ces résultats incitent également à penser que les écarts de fécondité vont probablement diminuer au fur et à mesure que les caractéristiques démographiques et socio-économiques des immigrés vont se rapprocher de celles de la population espagnole.
L’impact de la durée de séjour
35L’une des raisons de la relative infériorité de la fécondité des Latino-Américaines par rapport à celle des Nord-Africaines pourrait être que les premières sont proportionnellement plus nombreuses à être arrivées récemment en Espagne, et que leur vie génésique peut avoir été perturbée par la migration. Le tableau 6 montre que, si près des deux tiers de l’ensemble des étrangères ont immigré au cours des sept années qui ont précédé le recensement (1995-2001), il y a, à cet égard, de grandes différences selon la région de provenance : 40 % des Latino-Américaines sont arrivées en 2000-2001 – et vivaient donc en Espagne depuis moins de deux ans au moment du recensement – tandis que 20 % seulement des Nord-Africaines sont dans ce cas.
Répartition des étrangères de 15-49 ans selon l’année d’arrivée en Espagne et la région d’origine (en %)
Répartition des étrangères de 15-49 ans selon l’année d’arrivée en Espagne et la région d’origine (en %)
36Plusieurs études ont montré que la durée de séjour des immigrées dans le pays d’accueil a une influence sur leur fécondité (Andersson, 2004 ; Frank et Heuveline, 2005). Malgré les problèmes que pose l’utilisation de données du moment pour étudier des processus qui se déroulent au fil du temps, on a souvent testé les hypothèses de l’adaptation et de la rupture en analysant des cohortes successives d’immigrantes.
37Bien que l’adaptation soit un processus progressif – qui peut se dérouler sur plus d’une génération – et que la plupart des immigrées soient arrivées en Espagne depuis la fin des années 1990, on peut essayer d’examiner si leur fécondité varie en fonction de leur durée de séjour. Le tableau 7 permet de comparer la fécondité récente des cohortes successives d’immigrantes en provenance de diverses régions. Pour tous les principaux groupes d’immigrées, l’odds ratio non ajusté diminue quand la durée de séjour en Espagne s’allonge. Par exemple, pour les Latino-Américaines arrivées avant 1990, il est nettement inférieur à celui de leurs homologues arrivées en 1995-1999 (OR = 0,48). Si on contrôle l’âge, la situation matrimoniale, le nombre d’enfants vivant avec leur mère et le niveau d’instruction, le schéma général de diminution de la fécondité récente avec l’allongement de la durée de séjour subsiste, mais, pour certains groupes, comme les Européennes, les écarts ne sont plus statistiquement significatifs. Les femmes arrivées récemment (2000-2001) font exception, car leur fécondité récente est plus faible que celle des immigrées arrivées en 1995-1999. Cela pourrait témoigner d’une perturbation temporaire de leur vie génésique, due au coût économique de la migration internationale et au climat d’incertitude qui lui est associé. Ce résultat concorde aussi avec le schéma d’une « migration en chaîne » axée sur la recherche d’un emploi, qui implique une séparation temporaire des couples.
Fécondité récente des étrangères de 15-49 ans selon la région d’origine et l’année d’arrivée en Espagne (régressions logistiques)
Fécondité récente des étrangères de 15-49 ans selon la région d’origine et l’année d’arrivée en Espagne (régressions logistiques)
38Si on combine dans un seul modèle les effets respectifs de la région d’origine et de la cohorte d’arrivée (tableau 8), on obtient des résultats équivalents. Après la prise en compte des différentes variables socio-démographiques, la fécondité récente des Africaines et des Latino-Américaines arrivées avant 1995 ne diffère pas significativement de celle des Espagnoles. Seules les immigrées arrivées entre 1995 et 1999 ont une fécondité supérieure à celle des Espagnoles. De fait, l’odds ratio chez les Latino-Américaines arrivées avant 1990, ainsi que celui des cohortes d’arrivée les plus récentes (2000-2001), sont même inférieurs à celui des Espagnoles. Nos résultats rejoignent ceux d’Andersson (2004), qui a montré qu’en Suède, au-delà d’une durée de séjour d’environ cinq ans, la fécondité des immigrées ne diffère guère de celle des Suédoises de naissance.
Fécondité récente des Espagnoles et des étrangères selon la cohorte d’immigration et la région d’origine (régressions logistiques)
Fécondité récente des Espagnoles et des étrangères selon la cohorte d’immigration et la région d’origine (régressions logistiques)
Discussion
39Si l’immigration est souvent présentée comme une solution possible au problème du vieillissement démographique dans le monde développé, l’opinion majoritaire des démographes est que l’efficacité potentielle de l’immigration comme moyen de stopper l’inéluctable processus de vieillissement est limitée, parce que les immigrés eux-mêmes subissent ce vieillissement et que la cause première du vieillissement est la baisse de la fécondité (Grant et al., 2004). De nombreux travaux ont examiné l’effet démographique direct de l’arrivée de flux continus d’immigrants, mais ceux qui ont porté sur l’impact secondaire de l’immigration à travers la fécondité différentielle des immigrés sont plus rares (Swicegood et al., 2006). Cependant, on ne peut écarter a priori, dans une société à fécondité extrêmement basse comme l’Espagne, l’éventualité d’un rajeunissement dû conjointement à l’afflux croissant d’immigrants et à la fécondité comparativement élevée des immigrées.
40L’impact de la fécondité des immigrées dépend en grande partie du volume et de la structure de la population étrangère – particulièrement en termes d’âge, de région de provenance et de niveau d’instruction –, de l’écart de fécondité entre les femmes immigrées et espagnoles, et du maintien de cet écart à travers le temps. Cet article a envisagé toutes ces questions. Nos résultats montrent que, malgré une variabilité considérable, les taux de fécondité des immigrées sont supérieurs à ceux des Espagnoles. Néanmoins, bien que la part des immigrées parmi les femmes en âge d’avoir des enfants ait fortement augmenté ces dernières années (de 1,8 % en 1998 à 8,9 % en 2004), leur impact sur le niveau de la fécondité nationale est modeste. En 2004, en l’absence d’immigration, l’indice synthétique de fécondité aurait été de 1,25 enfant par femme au lieu de 1,33 ; en d’autres termes, l’immigration a contribué à hauteur de 0,08 enfant par femme à la fécondité nationale. Si le nombre des immigrants continue d’augmenter à l’avenir, leur contribution à la fécondité globale augmentera aussi, mais il ne faut pas perdre de vue qu’on prévoit une poursuite de la baisse de la fécondité dans les pays d’origine des futures cohortes d’immigrants. Nos résultats indiquent également que l’écart de fécondité entre les étrangères et les Espagnoles, mesuré à partir de leurs taux de fécondité respectifs, a diminué ces dernières années, mais cette tendance doit être interprétée avec précaution. On ne sait pas si cette diminution doit être attribuée à des changements de comportement intervenus dans la courte période de temps que nous avons examinée, à une amélioration du taux de couverture du registre de population, ou à une modification de la structure de la population immigrée.
41Pour tenir compte de divers facteurs socio-démographiques qui influencent les choix en matière de fécondité, nous avons analysé, au niveau individuel, un échantillon à 5 % du recensement de 2001. Nos résultats montrent que quand on contrôle l’âge, la situation matrimoniale, le nombre d’enfants vivant avec leur mère et le niveau d’instruction, l’écart de fécondité entre les étrangères et les Espagnoles diminue considérablement. Seules les Nord-Africaines ont des chances d’avoir mis au monde un enfant au cours des douze mois précédant le recensement significativement supérieures à celles des Espagnoles. Cela peut tenir au fait que, contrairement aux autres immigrantes, les femmes Nord-Africaines ont plus tendance à migrer vers l’Espagne pour se marier ou pour opérer un regroupement familial que pour chercher du travail – comme le montre leur faible présence sur le marché de l’emploi.
42Comme l’immigration à grande échelle est un phénomène relativement récent en Espagne, il est peut-être trop tôt pour déterminer si on assiste à un processus de convergence du comportement de fécondité des étrangères vers celui des Espagnoles, mais il est important d’être attentif aux évolutions en cours (Bledsoe et al., 2005). D’un côté, sous plusieurs aspects, les modèles de fécondité des immigrées s’apparentent à ceux de leurs pays d’origine. Par exemple, leur calendrier de fécondité est beaucoup plus précoce que celui des Espagnoles, et, chez les Latino-Américaines, les naissances surviennent le plus souvent en dehors du mariage. D’un autre côté, l’effet de la durée de séjour en Espagne se rattache à l’hypothèse de l’adaptation : la probabilité d’avoir eu un enfant récemment diminue au fur et à mesure que la durée de séjour s’allonge. Seule la vague d’immigration la plus récente (2000-2001) s’écarte de ce modèle, ce qui renvoie alors à l’hypothèse de la rupture, mais indique aussi que l’effet de rupture n’est que temporaire.
43Étant donné que nous avons procédé à des comparaisons transversales, toutes nos conclusions sur les évolutions au cours du temps, fondées sur les différences entre cohortes, doivent être considérées avec prudence. Pour déterminer si les différences entre vagues migratoires successives sont dues à un phénomène d’interruption temporaire – et éventuellement à un « rattrapage » ultérieur – ou à un processus d’adaptation, dans le sens d’une convergence des normes culturelles relatives aux choix de fécondité [17], il faut axer notre approche, plus qu’on ne le fait habituellement dans les études traitant des différences de fécondité, sur une perspective biographique. Il n’est peut-être pas possible de comparer les femmes des différentes vagues d’immigration et les natives du pays, même en tenant compte de leurs différences de structure par âge, situation matrimoniale, parité et niveau d’instruction. Au-delà du fait que les migrants appartenant à des vagues d’immigration différentes peuvent avoir des motivations et des attentes variées, certains éléments relatifs au statut officiel et au capital social peuvent ne pas être correctement mesurés par le recensement. De plus, les possibilités d’accès au logement et à l’emploi n’ont pas été les mêmes pour les différentes cohortes d’immigrants. Une autre question qui mérite d’être approfondie est de déterminer si les immigrants adaptent progressivement leur fécondité au modèle local parce qu’ils adoptent des normes de fécondité réduite, ou parce que la charge matérielle des enfants et le coût d’opportunité de la procréation s’alourdissent. Des emplois informels et temporaires, de longues journées de travail, des horaires atypiques et l’absence, dans bien des cas, d’un réseau familial de soutien, sont autant de facteurs susceptibles de dissuader les immigrées d’avoir des enfants, même si leurs aspirations en matière de fécondité n’ont pas changé [18].
44Un autre effet de l’immigration sur la fécondité, que nous n’avons pas encore examiné, mérite d’être évoqué. En Espagne, comme dans d’autres pays développés, les femmes immigrées comblent un manque de main-d’œuvre dans le secteur de l’assistance domestique auprès des enfants, des handicapés et des personnes âgées. Si leur apport direct à la fécondité en Espagne est relativement modeste, leur contribution indirecte est probablement importante. Étant donné la pénurie de services peu coûteux de prise en charge des enfants et la faible implication des hommes dans les responsabilités familiales, la conciliation entre le travail des femmes hors de leur foyer et les soins aux enfants passe par le recours aux services des grands-parents et des immigrés (Tobío, 2001). Donc, si le niveau de la fécondité espagnole est aujourd’hui parmi les plus bas du monde, il serait certainement encore plus bas sans l’apport des immigrées à la prise en charge des enfants.
45Le revers de la médaille, c’est que beaucoup de femmes migrantes doivent laisser leurs propres enfants aux soins de leur famille dans leur pays d’origine, pour s’occuper des enfants des autres. Comme les sources de données disponibles ne prennent en considération que les enfants nés ou résidant en Espagne, les niveaux de fécondité relativement bas observés dans certains groupes d’immigrées – à savoir les Latino-Américaines – doivent probablement être mis en relation avec leur histoire génésique antérieure à la migration. Dès lors, on ne doit pas nécessairement interpréter leur faible fécondité comme un signe d’intégration dans la société d’accueil, mais peut-être plutôt comme le reflet de leurs difficultés à s’y faire une place, et en particulier des obstacles qui les empêchent d’obtenir le statut de résident et de trouver un emploi stable, conditions indispensables pour qu’elles puissent faire venir les enfants qu’elles ont laissés dans leur pays d’origine et pour en avoir d’autres en Espagne.
46D’autres recherches sont manifestement nécessaires. Non seulement le comportement de fécondité des immigrés est devenu un sujet de recherche pertinent en lui-même – offrant la possibilité d’examiner comment un changement soudain de contexte socio-économique et culturel affecte la fécondité –, mais son analyse peut aussi contribuer à élargir notre compréhension des tendances récentes de la fécondité et à nous faire réfléchir sur l’avenir démographique et social de bien des sociétés à fécondité très basse. Cependant, les données transversales, comme celles que nous avons utilisées ici, se prêtent mal à une appréciation correcte de la dynamique de fécondité et à la compréhension des multiples mécanismes à travers lesquels la migration influe sur la fécondité. Des données longitudinales, comprenant des histoires migratoires et génésiques complètes, permettraient une meilleure appréhension des interactions complexes entre migration et fécondité. L’?enquête nationale sur les immigrés de 2006-2007, conçue par l’Institut national espagnol de statistique, devrait pouvoir combler ces lacunes.
Remerciements
Une version antérieure de cet article a été présentée au XXVe Congrès international de la population de l’UIESP (Tours, 18-23 juillet 2005). Cette recherche a été financée par la Fondation BBVA, dans le cadre du projet Private lives, public co-responsibility. Nous remercions Joaquín Recaño-Valverde pour ses précieuses suggestions et son aide dans le traitement des données. Les opinions exprimées dans ce texte sont propres aux auteurs et n’engagent pas les Nations unies.Références
- Abbasi-Shavazi M., Mcdonald P., 2002, « A comparison of fertility patterns of European immigrants in Australia with those in the countries of origin », Genus, vol. 58, n° 1, p. 53-76.
- Alders M., 2000, « Cohort fertility of migrant women in the Netherlands: Developments in fertility of women born in Turkey, Morocco, Suriname, and the Netherlands Antilles and Aruba », communication à la BSPS-NVD-URU Conference on New Paths in Exploring and Analysing Demographic Data, Utrecht.
- Andersson G., 2004, « Childbearing after migration: Fertility patterns of foreign-born women in Sweden », International Migration Review, vol. 38, n° 3, p. 747-774.
- Arango J., 2000, « Becoming a country of immigration at the end of the twentieth century: The case of Spain », in R. King, G. Lazaridis, C. Tsardanidis (éd.), Eldorado or Fortress? Migration in Southern Europe, Londres, Macmillan, p. 253-276.
- Arango J., Martin P., 2005, « Best practices to manage migration: Morocco-Spain », International Migration Review, 39(1), p. 258-269.
- Baldwin-Edwards M., Arango J. (éd.), 1999, Immigrants and the Informal Economy in Southern Europe, Londres, Frank Cass, 265 p.
- Billari F., Kohler H.P., 2002, « Patterns of low and lowest-low fertility in Europe », Population Studies, vol. 58, n° 2, p. 161-176.
- Bledsoe C., 2004, « Reproduction at the margins: Migration and legitimacy in the new Europe », Demographic Research, Special Collection 3, Article 4 (disponible en ligne : http:// www. demographic-research. org).
- Bledsoe C., Houle R., Sow P.,, 2005, « High fertility Gambians in low fertility Spain: Mutually entailed lives across international space », communication au European Association of Population Studies Workshop on Anthropological Demography of Europe, Max Planck Institute for Demographic Research, Rostock.
- Carter M., 2000, « Fertility of Mexican immigrant women in the U.S: A closer look », Social Science Quarterly, vol. 81, n° 4, p. 1073-1086.
- Castro Martín T., 2002, « Consensual unions in Latin America: Persistence of a dual nuptiality system », Journal of Comparative Family Studies, vol. 33, n° 1, p. 35-55.
- Colectivo Ioé, 2002, Inmigración, escuela y mercado de trabajo. Una radiografía actualizada, Barcelone, Fundación La Caixa, Colección Estudios Sociales n° 11, 153 p. (disponible en ligne : http:// www. pdf. obrasocial. comunicacions. com/ es/ esp/ es11_esp. pdf).
- Conley D., Bennet N.G., 2000, « Is biology destiny? Birth weight and life chances », American Sociological Review, vol. 65, n° 3, p. 458-467.
- Devolder D., Domingo A., García J., 2003, « Fecundidad diferencial y potencial de reagrupación familiar de la población extranjera de la Comunidad de Madrid a partir del Padrón continuo a 1/1/1999 », Papers de Demografía, n° 224, Bellaterra, Centre d’Estudis Demogràfics.
- Eurostat, 2006, « First demographic estimates for 2005 », Statistics in Focus, Population and Social Conditions 1/2006.
- Feliciano C., 2005, « Educational selectivity in U.S. immigration », Demography, vol. 42, n° 1, p. 131-152.
- Frank R., Heuveline P., 2005, « A cross-over in Mexican and Mexican-American fertility rates: Evidence and explanations for an emerging paradox », Demographic Research, vol. 12, article 4 (disponible en ligne : http:// www. demographic-research. org).
- Grant J. et al., 2004, Low Fertility and Population Aging: Causes, Consequences and Policy Options, Santa Monica, Rand, 178 p. (disponible en ligne : http:// www. rand. org/ pubs/ monographs/ 2004/ RAND_MG206. pdf).
- Haug W., Compton P., Courbage Y. (éd.), 2002, The Demography of Immigrant Populations in Europe, European Population Papers Series 8, Strasbourg, Conseil de l’Europe, Comité européen sur la Population, 600 p. (disponible en ligne : http:// www. coe. int/ t/ e/ social_cohesion/ population/ N%B038_Demo_immig_pop. pdf).
- Instituto Nacional de Estadística (Ine), 2005, Movimiento Natural de la Población. Datos provisionales 2004, dossier de presse, 22 juin 2005 (disponible en ligne : http:// www. ine. es/ prensa/ np376. pdf).
- Izquierdo A., López de Lera D., 2003, « La huella demográfica de la población extranjera en España », Sistema, n° 175/176, p. 181-200.
- Izquierdo A., D. López de Lera D., R. Martínez Buján R., 2003, « The favorites of the twenty-first century: Latin American immigration in Spain », International Journal of Migration Studies, n° 149, p. 98-125.
- Kulu H., 2005, « Migration and fertility: Competing hypotheses re-examined », European Journal of Population, vol. 21, n° 1, p. 51-87.
- Lutz W., Scherbov S., 2002, « Can immigration compensate for Europe’s low fertility? », Interim Report IR-02-052, Laxenburg, International Institute for Applied Systems Analysis.
- Muñoz-Pérez F., Izquierdo A., 1989, « L’Espagne, pays d’immigration », Population, vol. 44, n° 2, p. 257-289.
- Nations unies, 2001, Replacement Migration: Is it a Solution to Declining and Ageing Populations?, New York, United Nations Population Division, Sales No. E.01.XIII.19.
- Nations unies, 2003, World Population Prospects: The 2002 Revision. Volume III: Analytical Report, New York, United Nations Population Division, Sales No. E.03.XIII.10.
- Nations unies, 2004, World Fertility Report 2003, New York, United Nations Population Division, ST/ESA/SER.A/234.
- Nations unies, 2005a, World Population Monitoring 2003: Population, Education and Development, New York, United Nations Population Division, Sales No. E.03.XIII.12.
- Nations unies, 2005b, World Population Prospects: The 2004 Revision, Volume I: Comprehensive Tables, New York, United Nations Population Division, Sales No. E.05.XIII.5 (base de données en ligne : http:// esa. un. org/ unpp).
- Oso Casas L., 1998, La migración hacia España de mujeres jefas de hogar, Madrid, Instituto de la Mujer, 438 p.
- Pérez Díaz V., Álvarez-Miranda B., González-Enríquez C., 2001, España ante la Inmigración, Barcelone, Fundación La Caixa, Colección Estudios Sociales n° 8 (disponible en ligne : http:// www. pdf. obrasocial. comunicacions. com/ es/ esp/ es08_esp. pdf).
- Recaño J., Roig, M., 2004, « The socioeconomic situation of immigrants in Spain: Progress or cohort effects? », communication à la conférence de l’EAPS International Migration in Europe: New Trends, New Methods of Analysis, Rome.
- Rosero-Bixby L., 2004, « La fecundidad en áreas metropolitanas de América Latina: la fecundidad de reemplazo y más allá », Notas de Población, vol. 31, n° 78, p. 35-63.
- Sandell R., 2006, « Spain’s immigration experience: Lessons to be learned from looking at the statistics », Madrid, Real Instituto Elcano, Working Paper 30/2006 (disponible en ligne : http:// www. realinstitutoelcano. org/ documentos/ 277. asp).
- Swicegood G., Sobczak, M., Ishizawa, H., 2006, « A new look at the recent fertility of American immigrants: Results for 21st century », communication au congrès annuel de la Population Association of America, Los Angeles.
- Teitelbaum M.S., 2004, « Western experiences with international migration in the context of population decline », The Japanese Journal of Population, vol. 2, n° 21, p. 29-40.
- Tobío Soler C., 2001, « Working and mothering: Women’s strategies in Spain », European Societies, vol. 3, n° 3, p. 339-371.
- Toulemon L., 2004, « La fécondité des immigrées : nouvelles données, nouvelle approche », Population & Sociétés, n° 400, 4 p.
- Toulemon L., Mazuy M., 2004, « Comment prendre en compte l’âge à l’arrivée et la durée de séjour en France dans la mesure de la fécondité des immigrants ? », Document de Travail, n° 120, Paris, Ined.
Cet article est accessible en accès ouvert dans le cadre de notre modèle Souscrire Pour Ouvrir.
Date de mise en ligne : 25/02/2008
https://doi.org/10.3917/popu.703.0419