Article de revue

Trop bien jouer les traîtres au théâtre dans la Guinée de Sékou Touré, de 1958 à 1984 (un article dont vous êtes le héros)

Pages 109 à 126

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  • Bertho, E.
(2025). Trop bien jouer les traîtres au théâtre dans la Guinée de Sékou Touré, de 1958 à 1984 (un article dont vous êtes le héros) Politique africaine, 178-179(2-3), 109-126. https://doi.org/10.3917/polaf.178.0109.

  • Bertho, Elara.
« Trop bien jouer les traîtres au théâtre dans la Guinée de Sékou Touré, de 1958 à 1984 (un article dont vous êtes le héros) ». Politique africaine, 2025/2-3 n° 178-179, 2025. p.109-126. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-politique-africaine-2025-2-3-page-109?lang=fr.

  • BERTHO, Elara,
2025. Trop bien jouer les traîtres au théâtre dans la Guinée de Sékou Touré, de 1958 à 1984 (un article dont vous êtes le héros) Politique africaine, 2025/2-3 n° 178-179, p.109-126. DOI : 10.3917/polaf.178.0109. URL : https://shs.cairn.info/revue-politique-africaine-2025-2-3-page-109?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/polaf.178.0109


Notes

  • [1]
    Les réactions du « lecteur » sont issues de plusieurs séries d’entretiens avec d’anciens spectateurs, d’anciens auteurs ou d’anciens acteurs. L’entretien pivot pour cet article est celui mené avec Daouda Damaro Camara, réalisé à Conakry en 2020. La construction du « lecteur » s’appuie également sur les entretiens menés avec Said Lakiss, ancien acteur d’une autre pièce historique, Thiaroye ou Aube sanglante, jouée plusieurs fois au niveau national et international. Enfin, le « lecteur » doit aussi beaucoup à mon compagnonnage avec la famille Niane : Djibril Tamsir Niane qui a lui-même participé à la co-écriture de manière non signée de plusieurs pièces, et ses deux fils en particulier, Daouda Tamsir Niane et Bachir Tamsir Niane. D’autres entretiens ont nourri plus partiellement les réceptions contrastées des politiques théâtrales, comme Aguibou Sow pour le Fouta Djallon, et je renvoie à la liste complète des entretiens dans E. Bertho, Conakry, une utopie panafricaine. Récits et contre-récits, 1958-1984, Paris, CNRS éditions, 2025, p. 299 et suivantes.
    Les réactions du lecteur sont par ailleurs issues d’un recoupement de ces sources orales avec des archives de presse, notamment du journal d’État Horoya et Horoya Hebdo dans sa version magazine, ainsi que du dépouillement de plusieurs fonds d’archives, dont les Annales de l’Institut polytechnique Gamal Abdel Nasser. Pour celles et ceux qui souhaiteraient en savoir davantage sur les problé-matiques des sources relatives au théâtre socialiste guinéen, je renvoie à l’article co-écrit avec la directrice actuelle du journal d’État Horoya. E. Bertho et H. M. F. Diallo, « Fortune et disparition du théâtre révolutionnaire en Guinée (1958-1984) : documenter un corpus (largement) perdu » [en ligne], Sources, n° 7, 2024, <https://journals.openedition.org/sources/1271>, consulté le 28 juin 2024, ainsi qu’au site Internet encore en cours de montage avec Camille Desiles documentant les sources artistiques de la période, « Écrire avec et contre le pouvoir sous Sékou Touré (Guinée, 1958-1984) », Lam, <https://lam.huma-num.fr/ecrire_sous_sekou_toure/s/accueil/page/welcome>, consulté le 3 février 2025. Je souhaite remercier Laurent Fourchard et Guillaume Blanc pour leur œil aiguisé et leurs commentaires sur ce texte expérimental.
  • [2]
    En l’occurrence, cette situation est tirée d’un entretien avec Daouda Damaro Camara, spectateur de la séance du 12 mars 1970, réalisé à Conakry en 2020. Concernant la biographie de Daouda Damaro Camara, je renvoie à une série de travaux déjà publiés sur sa propre trajectoire d’historien, ayant fui le régime de Sékou Touré après les répressions de 1971 pour protéger les textes de son père, avec une attention toute particulière portée à l’histoire de Samori Touré, puisque son grand-père avait été membre de son conseil restreint. Voir en particulier l’épisode de la fuite de Daouda Damaro Camara vers la Côte d’Ivoire avec ses textes sur Samori Touré cachés dans ses effets personnels et enroulés dans un sac plastique, dans E. Bertho, « Quand l’enquêté mène l’enquête. Récits d’un vol de textes (Damaro, Haute-Guinée, 1955-2019) » [en ligne], Continents manuscrits, n° 12, 2019, <https://journals.openedition.org/coma/4017>, consulté le 8 octobre 2025. Voir également la publication de ce texte familial remanié au fil des années sur Samori Touré, reprenant et réécrivant les travaux de son père, Djiguiba Camara, historien comme lui, dans E. Bertho et M. Rodet (dir.), Essai d’histoire locale by Djiguiba Camara. L’œuvre d’un historien guinéen à l’époque coloniale / The Work of a Guinean Historian during the Colonial Period, Leyde, Brill, 2020. Et voir enfin une présentation générale du rapport de cette famille Camara à l’écriture de l’histoire et à son rôle social dans E. Bertho et M. Rodet, « Mise en scène familiale, usages du savoir et campagnes politiques : Djiguiba Camara (Guinée) », Cahiers d’études africaines, n° 234, 2019, p. 543-570. La figure de Samori Touré est centrale pour Daouda Damaro Camara, tout comme pour son père Djiguiba Camara : c’est en tant qu’historien (« amateur », sans ce que ce terme a de péjoratif, dans le sens où il n’est pas recruté à l’université comme historien mais œuvre néanmoins à la pratique de l’écriture de l’histoire) qu’il se souvient de cette pièce historique, ce qui explique très certainement sa verve et l’acuité de son souvenir.
  • [3]
    Horoya Hebdo, 14-20 mars 1970, p. 41 et suivantes. Sur la politique culturelle sous Sékou Touré et le rôle de la culture comme vecteur de cohésion nationale, voir C. Pauthier, L’indépendance ambiguë. Construction nationale, anticolonialisme et pluralisme culturel en Guinée (1945-2010), Thèse de doctorat, Paris, Université Paris-Diderot, 2014 ; C. Pauthier, « La musique guinéenne, vecteur du patrimoine national (des années 1950 à 1984) », in D. Gary-Tounkara et D. Nativel (dir.), L’Afrique des savoirs au sud du Sahara (xvie-xxie siècle). Acteurs, supports, pratiques, Paris, Karthala, 2012, p. 129-154 ; O. Goerg, entretien avec C. Pauthier, « La Guinée et les nœuds de l’histoire », Politique africaine, n° 169, 2023, p. 121-144. ; O. Goerg, C. Pauthier et A. Diallo (dir.), Le Non de la Guinée (1958). Entre mythe, relecture historique et résonances contemporaines, Paris, L’Harmattan, 2010 ; J. Straker, Youth, Nationalism, and the Guinean Revolution, Bloomington, Indiana University Press, 2009 ; J. Straker, « Stories of “Militant Theatre” in the Guinean Forest: “Demystifyin” the Motives and Moralities of a Revolutionary Nation-State », Journal of African Cultural Studies, vol. 19, n° 2, 2007, p. 207-233 ; M. McGovern, Unmasking the State: Making Guinea Modern, Chicago, The University of Chicago Press, 2013 ; G. Counsel, Mande Popular Music and Cultural Policies in West Africa: Griots and Government Policy since Independence, Sarrebruck, VDM Verlag, 2009.
  • [4]
    D. T. Niane, Soundjata ou L’épopée mandingue, Paris, Présence africaine, 1960.
  • [5]
    D. T. Niane et J. Suret-Canale, Histoire de l’Afrique occidentale, Paris, Présence africaine, 1961.
  • [6]
    Entretien avec Said Lakiss, ancien acteur de la pièce historique Thiaroye ou Aube sanglante, jouée au Festac à Lagos en 1977, réalisé à Conakry, 2020. La programmation des festivals est le résultat d’une sélection à chaque échelon. Les fédérations opèrent une première sélection à partir des pièces proposées au niveau local. Les lauréats de chaque discipline, dans chaque fédération, sont présentés au concours national qui se tient chaque année à Conakry et qui est examiné par un jury constitué de proches de Sékou Touré qui a varié au fil des éditions – en 1968, par exemple, sont présents dans le jury Mamouna Touré, ministre du Domaine social, Mamadi Keita, secrétaire du Bureau politique national, Alpha Diallo, secrétaire d’État à l’information, Traoré Idrissa, secrétaire du comité de la JRDA (Jeunesse révolutionnaire démocratique africaine), Fatou Aribot du Comité national des femmes, Mamadou Condé, chef de service des arts et de la culture, Amadou Cissoko, administrateur général du Palais du Peuple. La programmation est donc la résultante d’un croisement entre les propositions des troupes locales et des jurys de sélection à chaque échelon. Les choix du public interfèrent néanmoins, puisque les pièces largement acclamées disposaient d’une certaine aura à Conakry.
  • [7]
    F. Lemaire, Un Africain à Paris : le voyage du prince Diaoulé Karamoko en France (août-septembre 1886), Mémoire de master, Toulouse, Université de Toulouse, 2017.
  • [8]
    En m’inspirant très librement, et à la petite échelle d’un article, des possibles proposés dans Q. Deluermoz et P. Singaravélou, Pour une histoire des possibles. Analyses contrefactuelles et futurs non advenus, Paris, Seuil, 2016. Mais nous pourrions très bien, également, faire référence au roman rendant compte de l’agentivité (agency) des acteurs, avec l’uchronie de S. Pattieu, Une vie qui se cabre, Paris, Flammarion, 2024, à propos de la loi Lamine Gueye de 1946. Je fournis un commentaire de ce roman, et du rôle de l’uchronie dans notre manière de concevoir les sciences sociales dans E. Bertho « Murmurations littéraires de Sylvain Pattieu. À propos de Une vie qui se cabre », Études littéraires africaines, n° 58, 2024, p. 133-139.
  • [9]
    Entretien avec Daouda Damaro Camara, Conakry, 2020.
  • [10]
    Bibliothèque nationale de Guinée, Annales de linguistique de l’Institut polytechnique Gamal Abdel Nasser. M. Kourouma, Analyse littéraire de la pièce de théâtre « Samory ou La Révolution est exigence », version de mars 1970 de la Fédération de Kankan, 1er Prix du 9e Festival Culturel National Guinéen, Faculté́ des Sciences sociales, Langues – Littératures, 1977-1978.
  • [11]
    Cette conception du théâtre comme forme mixte est commune à la sous-région, et l’un de ses théoriciens est le Malien M. Kanoute, Notes sur le théâtre total, Bamako, Éditions Jamana, 1989. Ce théâtre total, ici d’inspiration socialiste, n’est pas sans rappeler les expérimentations européennes à la même époque, également en recherche d’innovation et d’ambition « totale » ; je pense notamment à la revue Théâtre populaire, des mêmes années 1950-1970, dans le sillage de Brecht, où le théâtre internationaliste est pensé comme une critique de la société bourgeoise. M. Consolini, « Les réseaux de Théâtre populaire et de L’Arche », in F. Baillet et N. Colin (dir.), L’Arche Éditeur. Le théâtre à une échelle transnationale, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2021, p. 17-27. Toutes ces conceptions de l’« art total » sont des reprises et des réinterprétations du concept, élaboré par Wagner à Bayreuth, de Gesammtkunsktwerk : que la filiation ait été directe ou pas, le terme même d’art total a une longue histoire, qui n’est pas uniquement « africaniste ».
  • [12]
    Dès 1959, l’opération « Persil » est menée par la France pour déstabiliser financièrement la Guinée. Par la suite, plusieurs « complots », plus ou moins fondés sur des bases réelles, jalonnent la vie politique guinéenne : le « complot des enseignants » de 1961 ; le complot des « officiers félons et politiciens véreux » en 1969 mène à la chute de Fodéba Keita et du colonel Kaman Diaby ; le 22 novembre 1970, l’« Opération Mar Verde » est une attaque des Portugais sur Conakry qui génère, en retour, une intense répression politique en 1971 ; en 1976, le « complot peul » vise principalement le Fouta Djallon ; en 1977, c’est au tour des femmes marchandes d’être ciblées par le régime avec le « complot des femmes ».
  • [13]
    La construction de la tour Eiffel ne débute qu’en janvier 1887, ce qui signale une construction rétrospective du récit, en portant la focale sur les emblèmes de la nation française.
  • [14]
    Souvenir de Daouda Damaro Camara, entretien à Conakry, 2020.
  • [15]
    Ibid.
  • [16]
    Concernant la mémoire du Camp Boiro, ses mises en récits et leurs mémoires familiales, voir F. Geel et L. Correau (dir.), Mémoire collective. Une histoire plurielle des violences politiques en Guinée [en ligne], Ligue des droits de l’homme/RFI, 2018, <https://www.memoire-collective-guinee.org/book.html?page=8>, consulté le 19 mai 2023 ; N. Bari, Grain de sable. Les combats d’une femme de disparu, Paris, Centurion, 1983 ; F. Paravy, « Récits du camp Boiro : du témoignage à l’écriture de l’Histoire », Études littéraires africaines, n° 26, 2008, p. 34-41. ; C. Pauthier, « Familles dans la tourmente de la répression politique en Guinée (1958-1984) », 20 & 21. Revue d’histoire, n° 151, 2021, p. 65-78.
  • [17]
    Entretien avec Daouda Damaro Camara, Conakry, 2020.
  • [18]
    M. Kourouma, Mémoire IPGAN, op. cit., p. 71-72.
  • [19]
    Ibid., p. 61.
  • [20]
    C. Pauthier, L’indépendance ambiguë…, op. cit., p. 388 et suivantes. Sur les complots en Guinée et leurs genèses dans la longue durée, voir le projet de recherches en cours de Joschka Philipps, <https://www.africamultiple.uni-bayreuth.de/en/news/2021/2021-03-26_Joschka-Philipps/index.html>, consulté le 5 février 2025.
  • [21]
    Ahmed Sékou Touré, « Discours de clôture du chef de l’État », Horoya Hebdo, n° 2948, 12-18 décembre 1982. La casse est respectée.
  • [22]
    Ahmed Sékou Touré, « Le théâtre militant est le seul que nous connaissons », Horoya, n° 1977, 9 mars 1973, p. 1-3.
  • [23]
    Dès les années 1950, les contestations de l’ordre colonial puis le mouvement de décolonisation de la Guinée se sont fondés sur des mobilisations syndicales de jeunes. E. Schmidt, Mobilizing the Masses: Gender, Ethnicity, and Class in the Nationalist Movement in Guinea, 1939-1958, Portsmouth, Heinemann, 2005 ; E. Schmidt, « Anticolonial Nationalism in French West Africa: What Made Guinea Unique? », African Studies Review, vol. 52, n° 2, 2009, p. 1-34 ; E. Schmidt, Cold War and Decolonization in Guinea, 1946-1958, Athens, Ohio University Press, 2007. Ces structurations des mouvements de jeunesse dans et par la décolonisation ne sont pas incompatibles avec un ressentiment de génération, dans le sillage d’un mai 68 global qui a pourtant été étouffé en Guinée. F. Blum, P. Guidi et O. Rillon (dir.), Étudiants africains en mouvements. Contribution à une histoire des années 1968, Paris, Publications de la Sorbonne, 2017.
  • [24]
    I. Barry, Mémoire(s) du camp Boiro : prisons politiques, mobilisations, et conflits mémoriels en Guinée Conakry depuis 1984, Mémoire de master 2, Paris, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2018.
  • [25]
    Le voyage de Karamoko se déroule d’août à septembre, il ne semble pas avoir participé aux festivités du 14 juillet. F. Lemaire, Un Africain à Paris…, op. cit. Comme pour la mention de la tour Eiffel plus haut, les symboles de la nation colonisatrice parsèment le récit, en distordant quelque peu les faits.
  • [26]
    Horoya Hebdo, 14-20 mars 1970, p. 41-42.
  • [27]
    Voir l’entretien de Petit Barry en deux parties mené avec Valérie Nivelon dans « La marche du monde » sur RFI, « Petit Barry. Grand témoin de la Guinée de Sékou Touré (Ép. 1) » [en ligne], RFI, 19 novembre 2023, <https://www.rfi.fr/fr/podcasts/la-marche-du-monde/20231119-petit-barry-grand-t%C3%A9moin-de-la-guin%C3%A9e-de-s%C3%A9kou-tour%C3%A9-%C3%A9p-1> ; « Petit Barry. Grand témoin de la Guinée de Sékou Touré (Ép. 2) » [en ligne], RFI, 24 mars 2024, <https://www.rfi.fr/fr/podcasts/la-marche-du-monde/20240324-petit-barry-grand-t%C3%A9moin-de-la-guin%C3%A9e-de-s%C3%A9kou-tour%C3%A9-%C3%A9p-2>, consultés le 4 février 2025. Il est lui-même interné au Camp Boiro de 1971 à 1978.
  • [28]
    Horoya Hebdo, 14-20 mars 1970, p. 41-42.
  • [29]
    Sur ce complot en particulier, voir C. Pauthier, L’indépendance ambiguë…, op. cit., p. 429 et suivantes.
  • [30]
    J. Cohen, « Stages in Transition: Les Ballets Africains and Independence, 1959 to 1960 », Journal of Black Studies, vol. 43, n° 1, 2012, p. 11-48. Voir également A. J. Cohen, « Inalienable Performances, Mutable Heirlooms: Dance, Cultural Inheritance, and Political Transformation in the Republic of Guinea », American Ethnologist, vol. 43, n° 4, 2016, p. 650-662.
  • [31]
    A. Lewin, Ahmed Sékou Touré, 1922-1984. Président de la Guinée de 1958 à 1984, 8 volumes, Paris, L’Harmattan, 2009-2011.
  • [32]
    Sur la mémoire contemporaine de ces discours de Sékou Touré dans la région de Kankan, voir la thèse de F. Koulibaly, Les lieux de mémoire de la région de Kankan en République de Guinée, Thèse de doctorat, Paris, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2025. Voir également E. B. Somparé et A. W. Somparé, « Politisation de l’université sous Alpha Condé. Expériences et analyses depuis Kankan », Politique africaine, n° 169, 2023, p. 53-78.
  • [33]
    M. Bertrand, « Kankan, entre mobilités et ancrages », in M. Bertrand et A. Dubresson (dir.), Petites et moyennes villes d’Afrique noire, Paris, Karthala, 1997, p. 241-277.
  • [34]
    E. B. Somparé et A. W. Somparé, « Politisation de l’université sous Alpha Condé… », art. cité.
  • [35]
    F. Koulibaly, Les lieux de mémoire de la région de Kankan…, op. cit. Kankan est qualifiée par plusieurs commerçants de « ville martyre » (p. 273). Sur l’inflation du prix des marchandises à Kankan malgré les appels de la Commission fédérale des prix fondée en 1968, voir ibid., p. 343.
  • [36]
    R. Koselleck, Le futur passé. Contribution à la sémantique des temps historiques, nouvelle édition revue et complétée, Paris, Éditions de l’EHESS, 2016.
  • [37]
    L. Fourchard, « Historicités en dispute. Généalogies et usages au prisme des études africaines », Politique africaine, n° 161-162, 2021, p. 119-137.
  • [38]
    Sur Samori Touré et sa mémoire, je renvoie à E. Bertho, Mémoires postcoloniales et figures de résistants africains dans la littérature et dans les arts. Nehanda, Samori, Sarraounia comme héros culturels, Thèse de doctorat, Paris, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, 2016. Sur l’usage de l’histoire par la Première République, je me réfère à C. Pauthier, « Forger l’imaginaire national : les enjeux de l’enseignement en histoire en République de Guinée au lendemain de l’indépendance », in C. Labrune-Badiane, M.-A. de Suremain et P. Bianchini (dir.), L’école en situation postcoloniale, Paris, L’Harmattan, 2012, p. 57-80.
  • [39]
    Pour des exemples de pièces signées, voir É. Cissé, « Et la nuit s’illumine », Révolution démocratique africaine. Revue mensuelle du PDG, Spécial Culture, n° 18, juin 1967, p. 113-132 ; N.-C. Camara, « Chaka Amazoulou », Révolution démocratique africaine. Revue mensuelle du PDG, Spécial Culture, n° 18, juin 1967, p. 3-54.
  • [40]
    L’encadrement de l’écriture n’est pas le sujet de cet article mais je renvoie à l’article consacré aux pièces de théâtre socialiste. E. Bertho et H. M. F. Diallo, « Fortune et disparition du théâtre révolutionnaire… », art. cité, et au chapitre sur l’écriture de Sékou Touré dans E. Bertho, Conakry, une utopie panafricaine…, op. cit. Tout un conseil informel de fonctionnaires co-écrivait les discours signés du nom de « Sékou Touré » et servait également d’inspiration et de matière pour les productions du régime, y compris en suggérant certaines trames de pièces de théâtre ensuite non signées. Djibril Tamsir Niane a co-écrit des pièces avant son arrestation en 1961 sans qu’elles ne soient signées de son nom (entretiens avec Bachir Tamsir Niane et Daouda Tamsir Niane, 2021-2023). Dans les deux dernières années (1982-1984), Mohamed Saliou Camara a participé à cet « atelier » dont il livre la liste des membres : des rédacteurs du Bureau de la presse, des secrétaires du PDG, des inspecteurs nationaux, comme Sékou « El Varez » Kaba, Bonata Dieng, Dorank Assifat Diassény, Souleymane Baldé, des universitaires comme Baïlo Téliwel Diallo, Siradio Bah, Alpha Ibrahima Sow, et des journalistes comme Hadiatou Sow, Mody Sorry Barry, Mohamed Mounir Camara, Mamadou Barry (« Petit Barry »), Ansoumane Bangoura, Morou Baldé, Ibrahima Khalil Diarré, Amara Kaba ou Bouba Camara. M. S. Camara, His Master’s Voice: Mass Communication and Single Party Politics in Guinea under Sékou Touré, Trenton, Africa World Press, 2005, p. 121-122.
  • [41]
    Concernant les mises en scène du passé et des luttes mémorielles pour le cas du Fouta Djallon, voir la thèse de G. André, Pratiques historiographiques de soi. Historicités de l’esclavage, prestige politique et légitimité islamique au Fouta-Djallon (Guinée), Thèse de doctorat, Paris, Sciences Po, 2025.
  • [42]
    Archives privées de Djibril Tamsir Niane, Conakry, Carton 171. Djibril Tamsir Niane, « Décoloniser l’histoire ou la défalsifier », daté de 1978.
  • [43]
    D. T. Niane et J. Suret-Canale, Histoire de l’Afrique occidentale, op. cit.
  • [44]
    C. Lefebvre et M. Oualdi, « Remettre le colonial à sa place », Annales. Histoire, sciences sociales, vol. 72, n° 4, 2017, p. 937-943.
  • [45]
    H. Memel-Fotê, « Des ancêtres fondateurs aux Pères de la nation. Introduction à une anthropologie de la démocratie », Cahiers d’études africaines, n° 123, 1991, p. 263-285. ; H. Charton et M.-A. Fouéré (dir.), « Héros nationaux et pères de la nation en Afrique », Vingtième siècle, n° 118, 2013.
  • [46]
    F. Fanon, Les damnés de la terre, Paris, Gallimard, [1961] 1991.
  • [47]
    O. Goerg, « Couper la Guinée en quatre ou comment la colonisation a imaginé l’Afrique », Vingtième siècle, n° 111, 2011, p. 73-88.
  • [48]
    Sur la mise en récit du destin national à travers l’histoire et les politiques culturelles, voir C. Pauthier, L’indépendance ambiguë…, op. cit. ; C. Pauthier, « Forger l’imaginaire national… », art. cité.
  • [49]
    Voir les pièces de théâtre relatives à ces trois figures historiques, dont les comptes-rendus parus dans Horoya sont disponibles en accès libre : « Nzebela Togba » [en ligne], Nakala, <https://nakala.fr/10.34847/nkl.6c02ms6y>, consulté le 8 octobre 2025 ; « Alpha Yaya Diallo (Dalaba) » [en ligne], Nakala, <https://nakala.fr/10.34847/nkl.7a6dwm74>, consulté le 8 octobre 2025 ; « Bocar Biro » [en ligne], Nakala, <https://nakala.fr/10.34847/nkl.d35af266>, consulté le 8 octobre 2025.
  • [50]
    G. Balandier, « La situation coloniale : approche théorique », Cahiers internationaux de sociologie, n° 11, 1951, p. 44-79.
  • [51]
    Voir par exemple, dans ce même numéro, l’entretien avec Ibrahima Thioub qui raconte la fermeture des horizons d’attente et la sensation d’un futur volé.
Français

Cet article prend la forme d’un « récit dont vous êtes le héros » : le lecteur peut procéder à trois choix pour réagir à une représentation théâtrale de mars 1970 d’une pièce intitulée La trahison de Daoulén Karamoko, à Conakry, en Guinée, pendant le régime de Sékou Touré (1958-1984). Ces trois choix correspondent à des possibles qui sont tous trois documentés par des sources, il ne s’agit donc pas d’uchronies mais de trois manières de réagir, en contexte autoritaire, face à une mise en scène de l’histoire. Ces trois historicités sont « en dispute » : co-existent, dans un même temps historique, différentes manières de se représenter l’histoire, et conséquemment de réagir dans le présent. La forme expérimentale entend rendre compte de ces choix des acteurs sociaux.


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Playing Traitors too Well in the Theatre in Sékou Touré’s Guinea, from 1958 to 1984 (an Article in which you are the Hero)

This article takes the form of a “choose your own adventure” story: readers can choose between three options in response to a March 1970 theatrical performance of a play entitled La trahison de Daoulén Karamoko (The Betrayal of Daoulén Karamoko) in Conakry, Guinea, during the regime of Sékou Touré (1958–1984). These three choices correspond to possibilities that are all documented by sources, so they are not alternate histories but three ways of reacting, in an authoritarian context, to a staging of history. These three historicities are “in dispute”: different ways of representing history, and consequently of reacting in the present, co-exist in the same historical moment. The experimental form aims to reflect these choices made by social actors.


Date de mise en ligne : 02/04/2026

https://doi.org/10.3917/polaf.178.0109

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