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Identité partisane et revendication occitane

Pour en finir avec une absence en Midi rouge : le partit occitan

Pages 83 à 96

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  • Nicolas, F.
(2004). Identité partisane et revendication occitane Pour en finir avec une absence en Midi rouge : le partit occitan. Pôle Sud, 20(1), 83-96. https://doi.org/10.3917/psud.020.0083.

  • Nicolas, Fabien.
« Identité partisane et revendication occitane : Pour en finir avec une absence en Midi rouge : le partit occitan ». Pôle Sud, 2004/1 n° 20, 2004. p.83-96. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-pole-sud-2004-1-page-83?lang=fr.

  • NICOLAS, Fabien,
2004. Identité partisane et revendication occitane Pour en finir avec une absence en Midi rouge : le partit occitan. Pôle Sud, 2004/1 n° 20, p.83-96. DOI : 10.3917/psud.020.0083. URL : https://shs.cairn.info/revue-pole-sud-2004-1-page-83?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/psud.020.0083


Notes

  • [1]
    Le Partit occitan doit-il se situer à gauche ?", La Letra del-au Partit Occitan, n° 19, février 1990.
  • [2]
    Bulletin intern, n° 1, août 1987, Article premier : "’Le Partit Occitan’a pour tâche de rassembler pour une action démocratique les femmes et les hommes qui reconnaissent le fait occitan dans toutes ses dimensions et entendent prendre part aux débats politiques ainsi qu’aux enjeux sociaux et économiques actuels. Il œuvre à l’épanouissement d’une société occitane maîtresse d’elle-même, en particulier au sein de l’Europe des peuples et des Régions, à l’avenir de la justice sociale et économique, au respect des droits de l’homme individuels et collectifs".
  • [3]
    Entretien du 12 août 2003 avec Claude Molinier, adhérent-fondateur du Poc, conseiller municipal de Béziers 1989-1995 d’une liste de Gauche (PS, PC, Ecologiste et Radicaux), professeur d’anglais au Lycée Henri IV de Béziers et collaborateur de la revue Occitania.
    "La place du Poc dans l’occitanisme se confirme : nous sommes devenus le pôle de référence", La Letra delau Partit Occitan, op. cit., n° 32, novembre 1991, p. 6.
  • [4]
    "Le Midi du politique", Pôle Sud, n° 2, printemps 1995.
  • [5]
    D.-L. Seiler, 1982, p. 25. Le politologue n’intègre toutefois que les partis autonomistes disposant d’une représentation parlementaire au niveau central ou régional, ce qui n’est pas le cas du Poc.
  • [6]
    Entretien du 12 août 2003 et dépouillement du Bulletin intern du Poc du n° 1 au n° 79 (juin 2003).
  • [7]
    Entretien du 12 août 2003.
  • [8]
    "Ne pas laisser l’extrême-droite dévoyer l’idée occitane", Occitania, n° 129, mai-juin 2003, p. 9.
  • [9]
    Occitinia, n° 20, 7 octobre 1935.
  • [10]
    Entretien du 12 août 2003. Ces publications étaient le fait de jeunes universitaires ne connaissant pas la langue d’oc à la différence de leurs aînés.
  • [11]
    Philippe Gabas, "La Fin du politique ? Sûrement pas…", Occitania, n° 128, mars-avril 2003, p. 12.
  • [12]
    Robert Lafont, "Pour changer de Pied", L’Occitanisme en débat, 1, Occitania, n° 102, septembre-décembre 1998, p. 11.
  • [13]
    Gérard Tautil, "Pour un Occitanisme moderne", L’Occitanisme en débat, 2, Occitania, n° 103, janvier-février 1999, p. 4.
  • [14]
    "Robert Lafont adhère au parti Occitan", La Letra del-au Partit Occitan, op. cit., n° 74, octobre 2001, p. 4.
  • [15]
    1 candidat dans l’Aude (3), 2 dans le Gard (5) et 3 dans l’Hérault (7), Bulletin intern, n° 76, novembre 2002.
  • [16]
    "Le Poc s’est présenté aux municipales : listes de Gauche (Carcassonne, Aix, Toulouse, Bergerac, Saint-Sulpice), liste de droite modérée (Puylaurens)", La Letra del-au Partit Occitan, op, cit., n° 70, mai 2001, p. 1.
  • [17]
    "Le Partit occitan doit-il se situer à gauche ?", La Letra del-au Partit Occitan, op. cit.
  • [18]
    Id.
  • [19]
    Gustave Alirol, "Persévérance et transparence font mieux que promesses et apparences", Occitania, n° 128, juillet-août 2002, p. 3.
  • [20]
    "Décentralisation et régionalisation", Contribution du Conseil fédéral du Partit Occitan, 29 septembre 2002.
  • [21]
    Sixième engagement de la Charte du Partit Occitan.
  • [22]
    "Le Partit occitan doit-il se situer à gauche ?", La Letra del-au Partit Occitan, op. cit.
  • [23]
    La Letra del-au Partit Occitan, op. cit., n° 35, avril 1993.
  • [24]
    "L’Aboutissement d’une démarche unitaire", Bulletin intern, Partit Occitan, n° 1, août 1987, p. 3.
  • [25]
    La Letra del-au Partit Occitan, op. cit., n° 32, avril 1991.
  • [26]
    Entretien du 12 août 2003.
  • [27]
    Bulletin intern, n° 1, août 1987, Article 5
  • [28]
    La Letra del-au Partit Occitan, op. cit., n° 32, avril 1991.
  • [29]
    Non adhérente au Poc, elle a été élue dès 1977 comme conseillère municipale à Béziers sur une liste d’Union de la Gauche en tant que personnalité du mouvement occitan.
  • [30]
    "Organisation du Parti", Bulletin intern, n° 46, avril 1994.
  • [31]
    Gérard Tautil (1997). Cet ouvrage présente 27 trajectoires toutes marquées par un militantisme dans les domaines de la culture.
  • [32]
    Entretien du 12 août 2003.
  • [33]
    Philippe Gabas, "Les Questions de l’organisation politique", Occitania, n° 127, janvier-février 2003, p. 10.
  • [34]
    La Letra del-au Partit Occitan, op. cit., n° 32, avril 1991.
  • [35]
    Entretien du 12 août 2003.
  • [36]
    Ibid.
  • [37]
    Philippe Gabas, "La Fin du politique" ?, op. cit.
  • [38]
    G. Alirol, "Persévérance et transparence…", Occitania, n° 128, op. cit.
  • [39]
    Entretien du 12 août 2003.
  • [40]
    Id.
  • [41]
    Yves Rouquette, "Vivre Vivants", Occitania, n° 95, juillet-août 1995, p. 7.
  • [42]
    Entretien du 12 août 2003.
  • [43]
    Michel Garicoix, "Les Partis autonomistes veulent présenter des listes régionales en 2004 et s’allier avec les Verts", Le Monde, 24-25 août 2003.
  • [44]
    Entretien du 24 novembre 2003 avec Georges Labouysse, trésorier du Comité toulousain du Parti occitan.
  • [45]
    "Christian Lacour nouveau candidat", Midi Libre, 12 novembre 2003 et "Les Régionalistes entrent en piste", Midi Libre, 22 novembre 2003
  • [46]
    En Languedoc-Roussillon, la liste Occitanie et Régionaliste obtient 1,27 % des suffrages et en Midi-Pyrénées, la liste des Alternatifs de gauche, Verts et régionalistes obtient, elle, 8,3 % mais ne fusionne pas au second tour avec celle du PS.-PCF. et PRG.
  • [47]
    Gérard Tautil, "Le Partit occitan aux municipales", Occitania, n° 116, mars-avril 2001, p. 4.
  • [48]
    Philippe Sanmartin, "De la Présence électorale â la survie politique", Occitania, n° 115, jan.-fév. 2001, p. 6.
  • [49]
    Philippe Gabas, "La Fin du politique ?", op. cit.
  • [50]
    Id.
  • [51]
    Partit Occitan, orientations. S.l., 1994, 14 p.
"Le problème du militant occitaniste, c’est que son engagement politique s’exerce dans une société qui est d’une autre nature que celle pour laquelle il milite (une société occitane autonome) et au sein de laquelle il se détermine en tant que citoyen français [1]"

1L’absence d’une société autonome occitane n’est pas la seule difficulté à laquelle le mouvement politique occitan est confronté. L’Occitanie, elle-même, n’est pas une entité territoriale distincte. Ainsi à la question : "qu’est-ce que l’Occitanie ?", l’écrivain Yves Rouquette répond de façon laconique : "l’Occitanie, c’est le pays des deux mers, Atlantique et Méditerranée, s’ignorant l’une l’autre. Il se compose de trois montagnes avec quelques plaines entre. Toute autre définition relève de la rêverie poétique ou politique" (Rouquette, 1984, p. 9). Ces difficultés n’expliquent en rien pourquoi à la différence d’autres régions françaises, la revendication occitane n’a pas pu créer une identité politique partisane établie et durable. L’absence d’un parti ethno-régionaliste, parti qui vise à une "réorganisation politique de la structure nationale du pouvoir allant vers une forme de self-governement, c’est-à-dire d’autonomie, pour la région" (De Winter et Türsan, 1998, p. 152) peut apparaître surprenante au regard des caractéristiques politiques de cet espace. Celui-ci est identifié au "Midi Rouge", défini par l’ethnotype suivant "représentation protestataire et résistante (...) décidément inassimilable à quelque nationalisation politique que ce soit" (Alliés, 1995, p. 3). La création du Partit occitan (Poc) en 1987, parti de la revendication autonomiste [2] répond bien à ce manque. Toutefois, celui-ci n’est pas l’unique composante du mouvement politique occitaniste, pas forcément séparatiste (Seiler, 1997) qui comprend des organisations plus "ethnicistes" comme le Parti Nationaliste occitan ou plus localisée comme Pais nostre dans l’Aude, en tout cas c’est "la plus importante [3]". Comment, dès lors, appréhender la revendication occitane dans l’ancien Midi Rouge [4] en terme de structure partisane ? La grille de lecture fournie par Daniel-Louis Seiler pour l’étude des partis "périphéristes" peut être mobilisée [5] afin de fournir une approche d’un phénomène particulier. Mais une approche plus généraliste sous l’angle de "petit parti" peut-être également conduite (Laurent, Villalba, 1997). Une analyse diachronique permettra d’identifier les ressorts et les lacunes qui expliquent la situation de l’organisation politique autonomiste occitane par rapport à celles d’autres périphéries. Le modèle revendiqué par le Poc repose sur plusieurs temps : émergence d’un mouvement social revendicatif, création d’un parti politique, recherche de la sanction positive que sont les élections [6]. L’anonymat relatif des partis autonomistes conduit à les étudier au travers des sources propres (Pasquier, 2003), en l’occurrence pour le Poc, ses publications et les témoignages de ses adhérents. Au regard des caractéristiques particulières de la région, périphérie revendicative et contestataire, l’absence d’un parti autonomiste "historique" peut surprendre en comparaison d’autres zones. Le Poc parvient-il à remplir ce vide en affirmant son identité dans le système politique dans lequel il s’inscrit ?

La socio-génèse de l’occitanisme politique

2La naissance tardive du Poc souligne-t-elle l’absence de prise de conscience de la périphérie occitane ? Le fait périphériste (Touraine, 1981) repose, selon des modèles préétablis, soit sur une réaction légitimiste, soit sur un nationalisme populiste ou sur un régionalisme nationalitaire (Seiler, 1982, pp. 22-23). Incontestablement, le Poc ne s’inscrit pas dans une continuité. La création du Poc suit la dynamique des élections régionales de 1986 où les "militants politiques occitans étaient inorganisés, soit parce qu’ils ne l’avaient jamais été, soit parce qu’ils avaient décroché quelques années auparavant lors de l’arrivée de la gauche au pouvoir" (Viaule, 2003, p. 40). Dès ce moment, un trait caractéristique du mouvement occitan est perceptible, tout au long de son histoire, il peine à s’exprimer en dehors du clivage traditionnel gauche/droite de la vie politique française (Crapez, 1998). En effet, lors des grandes crises viticoles de 1907 ou des années 1970 (Pech, 2003), les mobilisations ne parviennent pas à structurer une organisation revendicative autonomiste.

La réaction légitimiste

3Devant la mise en place de l’État jacobin qui renforce la centralisation héritée de la Monarchie absolue, les périphéries peuvent résister en marquant leur attachement à l’"Ordre ancien". "Lorsque le processus de mobilisation populaire autour de l’Étatnation présente des ratés, on assiste à l’émergence de partis de défense territoriale, autonomistes, fédéralistes ou séparatistes" (Seiler, 1982, p. 6). Le rôle des partis nationaux peut-être atténué ou concurrencé par l’émergence de formations politiques autonomistes ou bien par certaines factions qui portent les revendications de la périphérie. Structurée depuis 1854, avec le Félibrige, la revendication occitane ne sort pas de la sphère culturelle. Les statuts de l’association publiés en 1876 interdisent toutes discussions à caractère politique (Martel, 1992). Le problème de l’intégration du politique dans la revendication occitane est alors posé face à son incapacité à se structurer dans le clivage partisan. De fait, les Félibres s’intègrent parfaitement dans le clivage centralisateur (Martel, 1992). La publication du Manifeste de 1892, signé par Charles Maurras et Frédéric Amouretti, "véritable auberge espagnole idéologique" est sans doute une des premières tentatives d’établir un véritable creuset de l’occitanisme politique (Martel, 1990, b). Son échec repousse l’émergence politique d’une revendication occitane au profit unique d’aspirations culturelles, encore portées aujourd’hui par le Poc[7]. L’utilisation politique de ce registre d’action est évidente dans le cas des Royalistes dans l’Hérault à la fin du xixe siècle (Secondy, 2003). Toutefois, l’émergence d’un "occitanisme politique" autour de Charles Maurras ou de Léon Daudet ne réduit pas cette revendication au seul courant de pensée monarchiste (Calamel et Javel, 2002). Au tournant du xxe siècle, l’occitan a intégré le débat politique. Les candidats radicaux n’hésitaient pas à diffuser des tracts électoraux en occitan (Gardy, 1979). De fait, la position du Parti radical et radical-socialiste sur la question du régionalisme n’est pas aussi tranchée que pourrait le faire croire le point de vue doctrinal des héritiers de la Révolution française" (Berstein, 1977, p. 225). Chez les Socialistes, les prises de position de Jean Jaurès démontrent également une tentative de conciliation (Blanc, 1999). Il ne semble pas toutefois que pour ces partis politiques, la revendication occitane, comme toute autre revendication "périphérique", ne soit considérée autrement que comme une argumentation : "la revendication régionaliste ne représente-t-elle que l’utilisation politique contre un régime en place de traits régionaux spécifiques dont l’expression n’est pas nécessairement politique ?" (Berstein, 1977, p. 239). La conscience autonomiste occitane ne s’appuie pas sur une réaction légitimiste. Celle-ci peut sembler réactualisée par le Manifeste des Nouveaux régionalistes, conduit par "quelques survivants du MNR, siégeant au Conseil Régional de Montpellier, tentant une percée régionaliste", face auquel le Poc rejette toutes les tentatives de récupération [8].

La nationalisme populiste

4L’adhésion des partis représentatifs du "Midi rouge" au fait occitan peut s’expliquer par le phénomène des "petites nations", du nationalisme populiste. Appréhender la revendication politique occitane nécessite avant tout un renversement du paradigme centre-périphérie. Il faut interroger d’une part les partis nationaux, les "grands partis" de gauche dans le cas qui nous intéresse, sur la relation centre-périphérie et d’autre part intégrer le mouvement occitan dans le clivage politique national gauche-droite. La cause occitane a longtemps été portée indifféremment par les gauches et les droites françaises et notamment par leurs composantes les plus extrêmes (Abrate, 2001). Les grandes crises politiques du xxe siècle, locale ou nationale, n’épargnent pas le milieu occitan, que ce soit la crise de 1907 ou le régime de Vichy (Guillon, 2003). Celui-ci doit toujours choisir à l’intérieur du clivage politique national ou international. Dans les années 30, l’expérience d’Occitania, journal du Parti Occitaniste s’inscrit dans le camp antifasciste (Abrate, 2001, p. 263). Toutefois, cette dichotomie politique n’est pas uniquement le fait d’une nationalisation du politique, en effet "les partis politiques ne sont pas spécialement français, leurs diverses idées sont de tous les territoires, elles sont "humaines", ce qui peut-être français dans ces partis, c’est seulement l’esprit centralisateur et mathématicien, joint à l’esprit nationaliste [9] ". En Midi Rouge, les candidats des partis de gauche n’ont jamais dépassé dans leurs revendications le stade de la reconnaissance culturelle d’une "langue érudite". Ils se sont partagés entre "compagnons de route, chantres de la "petite patrie" et jacobins d’oc" et minoritairement en "fédéralistes rouges" (Martel, 1990a). Durant cette période, celle des années 1900-1940, il est d’ailleurs intéressant de noter pour le Parti radical et radical-socialiste que les engagements en faveur de la revendication occitane (Martel, 1991) et ceux en faveur d’un parti plus libre localement face aux injonctions de l’appareil centralisateur (Berstein, 1977) se rejoignaient. L’explication d’une telle fusion est simple. Ce sont avant tout les mêmes notables "méridionaux" qui dirigent localement le Parti radical et qui animent les escolo félibréennes, principales structures porteuses de la revendication. Il s’agit là de la double appartenance notabiliaire (Alliés, 1991). L’engagement d’Albert Sarraut, plusieurs fois ministre sous la iiie république, en fournit à Carcassonne un des meilleurs exemples comme celui d’ailleurs de son contemporain Gaston Doumergue, Président de la République, félibres à leurs heures mais ardents défenseurs de la langue française et du centralisme républicain. Moins notabiliaire mais tout autant centralisateur, le journal bihebdomadaire Rouge-Midi, défend dans des chroniques en langue vernaculaire la ligne nationale du Parti Communiste dans les années 30 (Martel, 1989). Cette stratégie politique se retrouve dans les années 70 avec les Cahiers de l’Occitanie rouge, mais eux sont publiés en langue nationale [10]. De fait, ce nationalisme populiste ne structure pas, lui non plus, la revendication occitane mais s’inscrit dans son histoire car "chaque génération trouve les réponses adaptées à son temps, et incontestablement, avec les moyens qui sont les siens, l’occitanisme a su se doter d’outils efficaces [11]". L’universitaire Robert Lafont note, lui, que "les structures héritées, félibréenne et occitaniste, sont en fait des cadavres de l’histoire [12]". Il souligne l’absence d’une véritable organisation politique porteuse de la revendication occitane.

Le régionalisme-nationalitaire

5Parmi les formes de prise conscience autonomiste, celle du régionalisme-nationalitaire incarne le mieux la revendication occitane soutenue par le Poc. Idéologiquement à gauche, il se traduit par des mots d’ordre comme Volem viure al Pais (Seiler, 1982, p. 23). "La revendication occitane n’a pas échappé aux schémas stato-nationaux [13]". En effet lorsque Georges Marchais, premier secrétaire du PCF déclare à Montpellier "Volem viure al pais" il semble que la revendication occitane soit entendue par les partis centralisateurs, toutefois au même moment il ajoute "Buvez du vin français" (Pech, 2003). Le rapprochement à l’occasion des élections européennes de 1979 entre PCF et revendication occitane se fait par rapport à une fonction tribunicienne, présente dans les deux entités (Nicolas, 2003). Dès lors, ce n’est plus la revendication politique, autonomiste qui est mise en avant mais le slogan économique fédérateur et une revendication culturelle. Cette prise de position pose à nouveau le problème de la position de la revendication occitane devant l’État-Nation. Car si le premier slogan souligne une réelle volonté d’autonomie, certainement dans un cadre fédéral vaste (l’Europe des Régions), le second insiste avant tout sur l’intégration économique d’une région de monoculture dans un espace national dont il est dépendant de fait (Mann, 1998). De plus, "la période 1965-1985 voit, en même temps, la disparition du mouvement militant et le positionnement sur ce terrain régionaliste des élus locaux" (Ferret, 1997, p. 109). Dès lors le constat d’absence est sans appel : la revendication occitane peine à se retrouver dans une structure partisane identitaire. L’adhésion au Poc, de Robert Lafont, qui dans les années 70 a symbolisé l’engagement politique occitan à gauche est significative d’une volonté d’apporter une réponse à "sa préoccupation pour les mouvements sociaux en Occitanie [qui] est toujours allée de pair avec la recherche d’une voie démocratique pour le mouvement politique occitan [14]". Le positionnement politique du Poc dans le système français n’échappe pas lui non plus aux clivages gauche/droite. Bien que celui-ci présente des candidats aux différents scrutins législatifs sous sa propre étiquette [15], il n’hésite pas non plus à conclure des alliances électorales transclivages [16] lors des scrutins municipaux et parfois régionaux. Le régionalisme-nationalitaire doit lui permettre de sortir du clivage français car si "le Poc se positionne comme parti de gauche, il va forcément rejeter un certain nombre d’occitans : d’abord ceux qui ne sont pas de gauche, ensuite ceux qui ne se sentent pas concernés par le clivage gauche/droite ou qui le considèrent comme dépassé, cela commence à faire beaucoup de monde [17]!". En dépit de nombreuses tentatives, il faut noter la particularité de l’occitanisme politique : une incapacité à former une organisation partisane identitaire durable et reconnue. "C’est là au demeurant un trait de longue durée, à l’échelle de la trajectoire de l’occitanisme sur deux siècles : au contraire de ce qui s’est passé en Bretagne, l’occitanisme n’a jamais sécrété un vrai mouvement politique, qu’il soit de gauche ou de droite d’ailleurs" (Martel, 1999, p. 28).

Un parti jaune et typé dans le système politique

6Toute la difficulté pour saisir la revendication politique occitane vient du fait qu’elle exprime avant tout une revendication culturelle (Seiler, 1982, p. 12). Le Poc revendique un statut différent, une identité partisane originale, un sentiment catégoriel : "nous ne sommes pas un Parti comme les autres, nous sommes un Parti Occitan et ce qui fait le ciment entre ses divers membres, c’est le fait, qu’avant toute chose, nous nous sentons occitans, notre sensibilité de classe – pour ceux qui en ressentent une – ne venant qu’en seconde position. On peut aussi l’exprimer différemment en disant que c’est l’identité occitane qui est le dénominateur commun des membres du Poc [18]". Toutefois cette analyse partisane n’est pas un réfèrent commun aux élites méridionales. "Le militantisme régionaliste apparaît comme désuet au même titre que les partis occitans ne constituent désormais qu’un élément secondaire de la représentation politique locale" (Ferret, 1997, p. 101). Il y a une perte de l’entité occitane dans le discours politique local. C’est pourquoi il semble qu’il faille mobiliser d’autres critères que ceux réservés aux seuls partis des périphéries pour étudier le Poc en tant que parti politique. En effet, celui-ci peut alors être appréhendé en tant qu’un "petit parti", terme par lequel d’ailleurs ses responsables le définissent [19]. Ce concept, selon l’approche électoraliste (Laurent, 1997), est une "pluralité, liée à chaque étape du processus électoral".

L’adaptation aux nouvelles échelles territoriales : la région et l’Europe

7Né dans la continuité des élections régionales de 1986, "mouvement disparate dont les militants de Volem viure al Pais et du P.N.O. étaient le moteur de cet élan mais étaient obligés de tenir compte du fait que la grande majorité des gens engagés n’étaient pas prêts à intégrer ces partis" (Viaule, 2003, p. 40), le Poc est bien une formation politique à vocation électorale. À l’occasion des différents scrutins, il revendique une "réorganisation institutionnelle de la République qui doit être impérativement conçue dans l’optique de l’Union Européenne, laquelle représente aujourd’hui le seul cadre apte à assurer notre avenir individuel et collectif dans un Monde de plus en plus globalisé [20]". La question de l’Europe se trouve au centre de son argumentation : "Europe qui doit être celle des peuples et des régions [21]". Ainsi pour rompre l’enclavement politique dans lequel il est confiné l’occitanisme politique souhaite un élargissement du cadre de jeu. Le territoire européen peut, après le territoire régional, celui de sa naissance, permettre au Poc d’intégrer le système politique. De fait, "les partis ethno-régionalistes sont devenus partisans de l’intégration européenne. Premièrement parce que l’Europe a massivement investi dans les politiques régionales et deuxièmement car la plupart des acteurs ethno-régionalistes sont convaincus qu’une Europe économiquement et politiquement unie permettra à leur région d’atteindre une plus grande autonomie" (De Winter et Türsan, 1998, p. 155). Conscient de ces difficultés, en dépit même des lois de décentralisation initiées par les gouvernements de gauche depuis 1982, puis de droite à partir de 2003, le Poc cherche à s’affirmer au travers d’un nouveau type d’alliance. Celui-ci est structuré depuis 1995 à l’intérieur de Régions et Peuples Solidaires, formant ainsi un "groupe des partis d’union des périphéries les rapprochant des partis catch-all et a-idéologiques"(Seiler, 1986, p. 162). En effet, cette spécificité catch-all est revendiquée : "le Poc doit se positionner en dehors du clivage conventionnel, afin d’apparaître comme un parti de rassemblement [22]". Cette nouvelle organisation, R.P.S., doit permettre de contourner les "partis nationaux" afin de répondre à une lacune propre aux partis périphéristes : "le déficit de crédibilité d’un parti identitaire, régional peut venir du fait que son approche des problèmes actuels ne s’inscrit pas dans une logique hexagonale. Dès lors, une fédération de partis régionalistes, voire un parti régionaliste français ne poserait-il pas mieux que chacune de ses composantes la problématique des communautés périphériques [23] ?". Le fait que la présidence du R.P.S, qui comprend le Parti de la nation corse, le Partit occitan, le Bloc catalan et l’ERC pour la Catalogne Nord, EA et PNB en Pays Basque, l’UDB et Frankiz Breizh pour les Bretons, le Mouvement région Savoie et l’Union du peuple alsacien soit détenue par Gustave Alirol, président du Poc est un indicateur de la volonté de ce parti d’intégrer les nouvelles échelles territoriales. Depuis 1987, s’est "révélée la nécessité de l’existence et du renforcement d’une organisation politique occitane [24]".

Les difficultés de l’implantation

8"Il faut d’abord l’esprit de parti car si nous voulons être fédérateurs de l’occitanisme politique, il faut en premier lieu renforcer notre organisation et ses capacités d’intervention. Le besoin d’unité du mouvement occitan peut être conjoncturel et servir à court terme, lors des échéances électorales par exemple [25]". L’approche organisationnelle est importante dans le cas de la construction d’un parti politique, le Poc ne déroge pas à la règle. Lors des dernières échéances électorales, les élections législatives de 2002, il a présenté dans les trois départements du Gard, de l’Hérault et de l’Aude, six candidats, attestant d’une réelle implantation. Ceux-ci sont soutenus dans leurs campagnes par l’action des comités locaux [26], "instance de base du Parti [27]". Au-delà de ce modèle général, le Poc a décidé au moment de sa création de mener une stratégie d’implantation à partir de la tactique dite des "circonscriptions ciblées". Il s’agit de "choisir deux ou trois circonscriptions, travailler à l’avance sur ces secteurs et présenter des candidats, non plus dans l’optique d’un témoignage, mais celle de faire des voix, de compter dans le jeu politique : regrouper nos efforts au lieu de les disperser [28]". Les ressorts de l’implantation de ce parti apparaissent : figure emblématique du candidat, importance d’un tissu associatif porteur de la revendication culturelle occitane aussi bien que ses carences, difficultés à mettre en avant des thématiques intégrant le champ de la compétition politique. Cette stratégie traduit également les faibles ressources partisanes de l’organisation. "Une circonscription ciblée était avant tout désignée parce qu’il y avait quelqu’un, un point d’ancrage" souligne Claude Molinier. Conseiller municipal de 1989 à 1995, son mandat comme celui de Marie Rouanet, femme de lettres occitane [29], sont à l’origine du choix de Béziers comme circonscription ciblée. Celle-ci est d’ailleurs présentée comme un modèle dès 1994 : "en concentrant nos forces sur un point névralgique (CIDO-Béziers) : ce qui est rendu possible parce que nos camarades de la région Languedoc-Roussillon mobilisent, comme ils peuvent à quelques-uns, un nombre important de sympathisants (environ 200 personnes) et réussissent un rassemblement populaire auquel le maire de Béziers et ses adjoints s’associent (...). On pourrait réfléchir avec profit au travail productif que pourrait réaliser un élu local, s’il était soutenu par un groupe plus important de militants actifs et organisés par secteur [30]". L’importance de l’élu est mise en avant tout comme celle des militants, le Poc s’inscrit alors dans le modèle du parti de militants. Qui sont les militants du Poc ? Au travers des trajectoires de vie [31] de Robert Lafont ou de Claude Molinier, ces militants apparaissent plus comme "culturels", par leurs écrits ils participent à la diffusion de la langue d’oc que "politiques". Ils incarnent parfaitement cette "nouvelle revendication occitane", celle de la culture particulière d’un territoire qui se retrouve même à la télévision lors des décrochages locaux des antennes de France 3. La stratégie d’implantation du Poc, basée sur des circonscriptions ciblées retient la présence d’une institution culturelle de la revendication occitane, CIDO à Béziers ou IEO à Pau, véritables points d’ancrage. Cette tactique risque d’amener à long terme des disproportions sur l’ensemble du territoire. Les calandretas, écoles primaires privées, fournissent au Poc un autre maillage. À Béziers, siège du comité local et calandrete sont à la même adresse. Inscrit dans la lignée d’un "mouvement social" des années 70 (Touraine, 1981), le Poc profite des implantations antérieures de Volem viure al pais[32]. Toutefois, la rupture entre élites politiques et revendication occitane des années 80 met bien en évidence toute la difficulté que rencontre le Poc dans sa stratégie d’implantation (Ferret, 1997). Au regard de ces caractéristiques, il peut apparaître comme un petit parti, "s’il n’est pas capable de présenter, régulièrement et dans un grand nombre de lieux, des candidats", modélisable sous forme d’un flash parti (Boy, 1997).

9Le Poc présente des candidats aux élections depuis sa création, démontrant ainsi sa volonté d’investir le champ politique. Le tableau n° 1 indique bien une progression du nombre de candidats participant à l’institutionnalisation de l’organisation. En février 2003, l’occitanisme politique est toujours partagé en "organisations ’unitaires’ – centralistes, diront les détracteurs – comme le Partit occitan, et quelques groupes et organisations que l’on appellera par pure convention et sans connotation péjorative localistes’ [33]". Mais le Poc s’avère être le véritable creuset de l’occitanisme politique depuis sa création. Toutefois avec sa structuration verticale, comité local, section régionale et conseil national, il s’organise à l’image des partis centralisateurs. Un seul échelon, tout de même significatif, manque, il s’agit du cadre fédéral (l’organisation départementale). Cela provient sans doute tout autant d’une volonté politique que d’un manque d’effectifs. Il est difficile, même au travers de la lecture du Bulletin intern de se faire une idée précise du nombre d’adhérents effectif du Poc. Entre les échos encourageants des publications, "le nombre d’adhérents est en hausse sensible, cependant les objectifs fixés lors du congrès constitutif n’ont pas été atteints [34]" ou les témoignages militants plus alarmistes, "il n’y a pas beaucoup de militants au Poc[35]". Sur le plan des adhérents, c’est donc un petit parti. Ainsi le comité local de Béziers revendique un fichier de sympathisants de plusieurs centaines de personnes sans pour autant donner un nombre précis de militants politiques [36]. Petit parti, parti autonomiste, le Poc ne revendique pas une égale implantation sur tout le territoire. C’est pourquoi pour l’électoraliste, "l’ampleur des écarts entre l’implantation nationale et l’implantation locale de certaines forces politiques laisse perplexe, et questionne sur la pertinence d’une définition selon le nombre d’élus" (Laurent, 1997). Il contribue toutefois par sa présence sur la scène électorale à ce que "l’idée occitane séculairement condamnée à la sphère privée commence à s’imposer dans la sphère publique [37]".

Tableau 1

Les candidates du Poc aux élections depuis 1997

Description de l'image par IA : Tableau électoral avec dates et candidats.

Les candidates du Poc aux élections depuis 1997

Le manque de résultat électoraux est-il significatif ?

10Dans la typologie d’institutionnalisation d’un parti politique, la phase de reconnaissance électorale est l’aboutissement. Toutefois, les résultats peuvent se faire attendre : "Ni mirobolants ni déshonorants ; avec 0,5 % de moyenne (10 400 voix sur un peu plus de 2 millions de suffrages exprimés), les résultats occitanistes aux dernières élections sont tout simplement comparables à ceux des autres petites formations politiques. (…) Avec 45 candidatures, un tiers des circonscriptions occitanes, le mouvement politique occitan a été pour la première fois présent de manière conséquente à une consultation électorale [38]". La progression du nombre de candidats entre 1997 et 2002 ne s’accompagne pas aux élections législatives par celles des suffrages qui passe de 1,5 % à 0,5 %. La phase d’institutionnalisation est incomplète. Dès lors le Poc recrute plus des candidats que d’électeurs. La sociologie des adhérents est difficile à réaliser, les responsables citent davantage leurs sympathisants que leurs militants [39]. Le développement des candidatures autour de personnes se sentant impliquées à titre individuel explique peut-être le manque de pénétration dans la société politique de l’occitanisme jugé avant tout comme un phénomène culturel. Incontestablement le Poc est un petit parti sur le plan électoral si on le considère "à partir du nombre de voix obtenues aux élections ou à partir du nombre de sièges détenus, notamment à l’Assemblée nationale" (Laurent, 1997). L’absence d’élu à l’Assemblée Nationale, comme dans les Conseils régionaux est-elle de nature à remettre en cause l’intégration du Poc dans le système politique local ? En effet, faut-il considérer cette absence comme indicative d’un rejet ? En France, "l’absence d’élus à des scrutins nationaux définit non des petits partis mais des partis marginaux ou éphémères" (Boy, 1997). Le cas du Front National illustre les limites d’une telle analyse au regard du nombre d’élus locaux de ce parti. Présent depuis 1987, le Poc n’est pas une structure éphémère, mais apparaît bien comme un "parti catégoriel" avec lequel "on entre dans l’univers des ’micro-partis’se situant normalement hors de la politique traditionnelle et en particulier à l’écart de la dimension droite-gauche" (Laurent, 1997). Ce positionnement, en dehors du clivage gauche-droite, est la principale difficulté rencontrée par l’occitanisme politique revendiqué par le Poc. Lors des élections cantonales de 1998 sur le canton de Béziers IV, le candidat du Poc se rallie au candidat Divers-Droite contre l’avis de son comité de campagne préférant, lui soutenir le candidat du Parti Socialiste [40]. Ce dernier a reçu dès le premier tour le soutien de l’écrivain occitaniste Yves Rouquette, non adhérent au Poc[41]. Cette campagne électorale situe le problème de la revendication politique occitane tiraillée entre les canons de la vie politique nationale et les ambitions électoralistes de certains de ses candidats [42]. Pour autant, le Poc est une structure pérenne, organisée, participant régulièrement aux élections soit directement soit par le jeu d’accords électoraux. Ceux-ci peuvent alors permettre de caractériser davantage ce jeune parti (De Winter, Türsan, 1998).

11La stratégie d’alliance électorale du Poc est plus tournée dans le cadre d’accords avec des forces politiques comme les Verts. Actuellement dans le cadre de la préparation des élections régionales de 2004, le Poc mais aussi tous les partis adhérents des RPS veulent présenter des listes d’alliances [43]. Toutefois, il y a une différence de stratégies entre les régions. En Midi-Pyrénées, une alliance, comprenant le Poc et la mouvance occitane d’une part, les Verts et les alter-mondialistes, d’autre part, autour des Motivés, dans la continuité de leur engagement de mars 2001 se présente tant au scrutin régional que cantonal [44]. En Languedoc-Roussillon, le Poc semble se présenter au scrutin régional avec une liste identitaire "Languedoc-Catalogne 2004", regroupant " Unitat catalana, Pais nostre, le PNO, le Centre radical nîmois et gardois ainsi que des associations comme le Comité de défense des contribuables nîmois et gardois, l’Union nîmoise pour l’indépendance et le renouveau et ainsi que des personnalités comme le recteur de la mosquée du quartier nîmois de Valde-gour [45]". Dans ces deux cas, le Poc n’obtient pas d’élus [46]. Cette capacité à réaliser des accords électoraux avec d’autres formations ne l’isole pas dans le carcan des "partis catégoriels" et l’intègre dans le domaine politique. La différence des accords conclus selon les régions tempère toutefois cette analyse théorique. Celle-ci doit "être lue au regard de la position qu’occupent les différentes forces sur l’échiquier électoral, position par définition variable dans l’espace et dans le temps" (Boy, 1997). À l’occasion des élections municipales de 2001, le Poc revendique bien son statut de petit parti, allié potentiel aux "grands" partis politiques sans pour autant une "soumission à un groupe affilié à un parti national [47]". La permanence électorale se traduit par la présence constante à tous les scrutins de candidats du Parti. Pour le Poc, il s’agit de "tester l’implantation occitane face aux partis hexagonaux" mais aussi et surtout d’exister car "plus qu’un échec en termes de résultats, une absence massive de candidats investis par le Parti à ces élections devra nous conduire à mener une sérieuse introspection sur notre vocation politique et sur le devenir de notre mouvement [48]". L’enjeu des scrutins est très clair : apparaître ou disparaître. Ainsi il est significatif que pour un parti politique, ayant les caractéristiques du Poc, les élections ne soient pas considérées à travers la sanction des résultats propres mais à travers la capacité à mobiliser des candidats. Dès lors le Poc peut-il être assimilé à un parti, sans aucune ambition électorale, un parti témoin. Assurément pas comme l’atteste Philippe Gabas : "il n’y a aucune raison de principe pour que, dans le prolongement de l’occitanisme social, le Partit Occitan ne réussisse pas ce que d’autres, y compris les hystériques, ont réussi avant lui. Lorsqu’une offre socio-politique ciblée et clairement identifiée parvient à créer une demande d’environ 3 à 5 % de l’électorat, un créneau nouveau apparaît, que le pouvoir est contraint, d’une façon ou d’une autre, de prendre en compte [49]". De fait, il ne semble pas effectivement que le Poc ait achevé son processus d’institutionnalisation. Cela est certainement dû aux difficultés rencontrées lors des tentatives de transformation du mouvement social en parti politique ou même de la métamorphose d’une demande d’un occitanisme culturel à la revendication d’un occitanisme politique. Toutefois, le processus de transformation ne doit pas faire "grandir" le Poc car l’occitanisme n’a pas vocation à concurrencer les grands partis. Son rôle est de chercher à créer ce créneau socio-politique de l’identité occitane sous toutes ses formes [50]". Ce jeune parti revendique une place particulière située entre le "parti catégoriel" et les "grands partis" dans le système politique.

12Incontestablement le Poc n’est toujours pas un parti politique qui compte sur l’échiquier politique national. Place que d’ailleurs, il ne revendique nullement. Il incarne pour autant parfaitement le parti autonomiste "qui accepte le partage du pouvoir entre gouvernement central existant et région" (De Winter et Türsan, 1998, p. 153). Face à certains partis ethno-régionalistes, il paraît même quelque peu en retrait sur le plan de la mobilisation politique. En comparaison, la revendication culturelle est bien établie autour de nombreuses institutions qui reçoivent le plus souvent des subsides des assemblées locales, dirigées par d’autres formations politiques. De plus cette revendication est véritablement inscrite dans un passé enraciné et on aurait donc pu s’attendre à ce qu’elle fournisse la base d’un développement autonomiste. Dans ce processus historique, une revendication politique a eu plus de mal à se mettre en avant dans un contexte national particulier (primauté aux partis centralisateurs), celle-ci a longtemps été portée par des partis marginaux. La difficile émergence d’une formation périphérique dans la continuité du mouvement social amorcé au début des années 70 met en relief le processus d’institutionnalisation d’un parti autonomiste. La particularité du territoire, où l’espace politique revendicatif, tribunicien et "occitaniste" a toujours été occupé, ajoute à la complexité du système politique. Toutefois, le créneau volontairement choisi par le Poc est celui du petit parti qui par sa capacité à mobiliser d’une part et à conclure des alliances d’autre part pourra atteindre les objectifs qu’il revendique, "l’autonomie, c’est moderne [51]". Il s’inscrit de fait dans un système politique local mais aussi régional et même national à l’occasion des consultations européennes et selon les types de scrutins. Il partage tout de même avec les élites politiques en situation la volonté de développement du territoire. Ainsi la revendication culturelle peut-être portée dans le cadre de politique publique sectorielle attachée à l’identité locale comme l’éducation ou le développement économique à l’exemple du programme "Pays Cathare" financé par des fonds européens (Genieys, 1997). Petit parti, parti périphériste, parti autonomiste, le Poc se veut le parti des militants pour l’occitanisme politique.

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Mots-clés éditeurs : Europe, Midi, Occitanie, parti politique, périphérie, système politique

Date de mise en ligne : 01/01/2009

https://doi.org/10.3917/psud.020.0083