Tant de sommeil arqué sous nos sourcils
et lui
lèvre troussée sur un rare défi
à tracer dans la pénombre des arabesques d’argent
de cette théière que de trois doigts déliés
il tient
brûlante comme un calame maudit
Sous son coude haut qui officie
mat le son du thé
– il poisse le plateau ancien
monte et mousse au fond des verres
Et puis un pan de mur lépreux
couvert
de cent calendes épinglées de guingois
Les fils de la musique brisés
combien de temps giserons-nous molles marottes
là où l’ultime note nous aura pêle-mêle jetés…
Poivre vert et menthe – leurs vaines volutes
viennent allécher nos visages de bois
et brandillent les sarments de nos bras !
Nos yeux sont peints et n’y voient goutte
Minuit sonné
douze sucres flanqués
dans la pansue qui chantonne
couvercle rabattu d’une détente du poignet
Sitôt le réchaud éteint sitôt que s’embrase la pupille de notre hôte
jambes chanceuses nous demandons la grâce de la route
sans goût pour ces trois tours et leur meilleur parfum
L’énigme des trois villes
Un fanal sur la berge suffit-il
que tu quittes la tiédeur d’une parfaite entente…
Tête la première rué
tes cris – peur coupée de joie –
font déluger la pluie
Voilà la ville aux voies ténues
et sa lumière qui navre ton iris
et sa clameur qui emballe ton cœur novice
Apprends à t’y lover
Des caravansérails là-bas montent l’huile
de l’encens et l’aigre arôme du lait
Ne te crois pas rendu
à dater de ce jour chacun suivra sa pente
Galop fou pas plombé
ni l’un ni l’autre ne te seront remis
Regarde plutôt la palme ombrer
le plat des perspectives
car cette ville n’est pas pour durer
Tu désires et désires encore
broyant le ventre qui t’agrée
le fruit tu gâtes ou bien dévores
Traversée des corps et du temps
ta besace se vide à mesure qu’elle s’emplit
Célèbre le retour du même
et célèbre la redondance
Danse si la musique te prend
La troisième tremble mirage mou
du sable surgie et d’affres griffée
Trois fois en feras le tour
Va cette bouche ardente tarde de s’ensaoûler
– ton âme à portée de lèvres
Entre sur l’heure bras noués sur la tête
balancé à l’épaule ton linceul
Il n’est plus temps de compter
chaque épine à ton talon
les fautes du vieil orgueil
ces baisers serrés au creux de tes clavicules
Oublie tes fièvres et ton besoin
armes et bagages laisse-les au seuil
Un homme passe tandis que tu feins
le sommeil ou une foi sans nombre