Article de revue

La traduction philosophique

Pages 467 à 468

Citer cet article


  • Guéry, F.
(2005). La traduction philosophique. Revue philosophique de la France et de l'étranger, Tome 130(4), 467-468. https://doi.org/10.3917/rphi.054.0467.

  • Guéry, François.
« La traduction philosophique ». Revue philosophique de la France et de l'étranger, 2005/4 Tome 130, 2005. p.467-468. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-philosophique-2005-4-page-467?lang=fr.

  • GUÉRY, François,
2005. La traduction philosophique. Revue philosophique de la France et de l'étranger, 2005/4 Tome 130, p.467-468. DOI : 10.3917/rphi.054.0467. URL : https://shs.cairn.info/revue-philosophique-2005-4-page-467?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rphi.054.0467


1Ce fascicule consacré à « la traduction philosophique » a pour origine une semaine de travail à l’Université de Lyon III, à la fin du siècle dernier. Je remercie Bruno Pinchard, qui y dirige le Centre de circulation des idées, de m’avoir encouragé à le publier.

2Cette semaine de novembre 1999 était consacrée à la réception de Nietzsche et regroupait l’Institut Goethe, la Villa Gillet et notre Faculté de philosophie. Réception et traduction vont de conserve, ainsi que l’échange culturel. Toute traduction d’un texte écrit dans une des langues de l’Europe et vers une autre de ces langues est, de ce fait, un événement européen. La réception des auteurs et des œuvres constitue proprement la vie de l’esprit, puisque celui-ci est en soi échange, mouvement, appropriation.

3La réception est traduction, et la traduction, réception. Bernard Bourgeois, dont la vie se consacre à traduire et ainsi à faire comprendre Hegel, en est l’introducteur ; il le reçoit en France, lui assure une digne réception. L’événement de l’œuvre de pensée n’acquiert sa dimension spirituelle que par ce mouvement, qui est la constitution d’un sujet collectif multilingue, européen. François Vezin nous a donné en traduction française un être et temps qui fait parler, mais, aussi et heureusement, penser, à travers et par-delà les passions tristes que la pensée n’efface pas mais qu’elle peut, tout de même, finalement doubler. Heidegger a ainsi accompli son destin européen, aujourd’hui plus que jamais contesté, précisément parce qu’accompli. Une France philosophique pensant Heidegger, avec et contre lui, c’est le fait des traductions, auxquelles François Fédier se consacre méthodiquement et opiniâtrement, ce qui a ouvert la voie à une certaine manière française d’être un philosophe et un universitaire.

4La traduction est une passion joyeuse, entreprenante, et qui peut unir les esprits, puisque la juste traduction est affaire d’émulation, de coopération. Les pathologies de ce phénomène n’ont pas à occulter la véritable fascination exercée par cet art, car c’en est un, là où le modèle de la science obnubile trop les esprits. Tous les articles qui suivent témoignent de cet attrait, qui entre dans tout intérêt philosophique sans en masquer le goût. C’est un sel, qui rend aux choses leur propre saveur. Je souhaiterais pour ma part – c’est un espoir et aussi un effort – que ce numéro contribue à une ou plusieurs réparations en ces temps où la haine destructrice ne rencontre pas encore assez d’obstacles et de remèdes.


Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/rphi.054.0467