L'existence des choses hors de nous comme objet de conaissance : Locke, Essay, IV, XI
- Par Denis Forest
Pages 421 à 433
Citer cet article
- FOREST, Denis,
- Forest, Denis.
- Forest, D.
https://doi.org/10.3917/rphi.034.0421
Citer cet article
- Forest, D.
- Forest, Denis.
- FOREST, Denis,
https://doi.org/10.3917/rphi.034.0421
Notes
-
[1]
An Essay concerning Human Understanding, éd. de Peter H. Nidditch, Oxford, Oxford University Press, 1975 ; rééd. 1987. Traduction de Pierre Coste, Amsterdam, 1700 ; rééd., Paris, Vrin, 1989. Nouvelle traduction de Jean-Michel Vienne, Livres I et II, Paris, Vrin, 2001 ; Livre IV, ibid., 2003.
-
[2]
IV, IV, 1.
-
[3]
IV, XI, 3 : « The information they give us ». Le mot information ne peut représenter pour Locke tout ce qu?il représente pour nous. Mais si on définit la relation d?indication (ou relation informationnelle) comme étant la converse d?une relation causale (Pierre Jacob, Pourquoi les choses ont-elles un sens ?, Paris, Odile Jacob, 1997, p. 63), on retrouve un même noyau de sens : l'idée de sensation informe sur la qualité correspondante de la chose dans la mesure où cette qualité engendre un processus causal dont l'idée est le résultat.
-
[4]
Joëlle Proust, « L?espace, les sens et l'objectivité », in Perception et intermodalité, Paris, PUF, 1997.
-
[5]
IV, III, 21. Cf. aussi IV, IX, 2.
-
[6]
IV, IX.
-
[7]
IV, X.
-
[8]
IV, XI.
-
[9]
IV, X, 12.
-
[10]
IV, III, 5.
-
[11]
IV, II, 14.
-
[12]
IV, I, 2.
-
[13]
II, I, 3, p. 105 : « Nos sens introduisent dans l'esprit diverses perceptions des choses selon les manières dont les objets les affectent. »
-
[14]
François Duchesneau, L?empirisme de Locke, La Haye, Martinus Nijhoff, 1973.
-
[15]
IV, III, 16.
-
[16]
II, II, XXIII, 26-27. Voir Philippe Hamou, La mutation du visible, vol. II, Microscopes et télescopes en Angleterre de Bacon à Hooke, Villeneuve d?Asq, Le Septentrion, 2001, Conclusion.
-
[17]
IV, III, 12-13. On le sait aujourd?hui, certaines molécules existent sous deux formes symétriques, images l'une de l'autre comme la main gauche et la main droite. Le limonène a le goût de l'orange ou le goût du citron suivant qu?il adopte l'une ou l'autre de ces formes. Une chose est bien la dépendance systématique d?une propriété phénoménale à l'égard d?une structure qu?on peut décrire et reproduire, une autre l'explication de cette corrélation. Locke est fondé à ne pas confondre les deux.
-
[18]
John W. Yolton, Locke and the Compass of Human Understanding, Cambridge, Cambridge University Press, 1970, p. 19-20.
-
[19]
Of the Systematical or Cosmical Qualities of Things [1re éd. : 1671], in The Works of Robert Boyle, éd. T. Birch, Hildesheim, Olms Verlag, 1985, vol. III, p. 306-315.
-
[20]
IV, VI, 11.
-
[21]
IV, XVI, 5.
-
[22]
IV, VI, 2.
-
[23]
De ce point de vue, la question se pose de savoir si le corps qui est le nôtre est hors de nous en étant hors de notre esprit. L?acte de sentir, comme l'acte de raisonner, est occasion d?une connaissance de notre existence dans la saisie intuitive de l'idée (IV, IX, 3), et Locke n?exclut pas la possibilité d?une matière pensante (IV, III, 6). Mais la sensation de faim ou de soif est différente du souvenir de cette sensation (IV, XI, 6), ce qui suggère un parallèle entre le cas de l'occurrence et celui de l'absence d?un processus organique interne concomittant, indépendant de notre vouloir, et ceux de l'occurrence et de l'absence de la cause externe de l'idée de sensation. Plus généralement, si la connaissance de notre propre existence est connaissance donnée par la perception de l'idée mienne, par celle par exemple de cette douleur que je sens, on peut affirmer que Locke distingue implicitement la sensation de faim ou de soif, en tant qu?elle enveloppe une connaissance intuitive de notre existence, et cette même sensation, en tant qu?elle fournit une connaissance sensitive, et non intuitive, de l'existence de notre corps. Si la seule connaissance immédiate d?une existence est celle que la présence de l'idée à la conscience constitue à elle seule, la connaissance de l'existence de notre corps est médiate, comme celle de tout corps. C?est seulement la présence constante du corps à l'esprit qui pourrait établir une différence entre l'extériorité des choses que nous rencontrons et l'existence d?un corps qui est nôtre pour nous affecter en permanence. Pour expliquer pourquoi Locke n?envisage pas les choses ainsi en IV, XI, il faut sans doute distinguer entre ce dont nous ne connaissons l'existence, ni immédiatement, ni par démonstration – et le corps, en ce cas, doit être mis au rang des « autres choses », et, plus restrictivement, ce dont l'existence est connue par les sens – auquel cas, la présupposition d?organes récepteurs et la réduction de la sensibilité à la sensibilité externe comme à sa forme, sinon exclusive, du moins canonique, justifient l'inattention de Locke au cas de l'existence du corps que nous avons. Voir aussi, infra, n. 3, p. 427.
-
[24]
IV, XI, 3.
-
[25]
Principes, IV, § 205.
-
[26]
IV, XI, 2, p. 631.
-
[27]
IV, XI, 2.
-
[28]
En II, I, 3-4, Locke distingue entre idées de sensation et idées de réflexion comme entre des idées introduites dans l'esprit par les objets externes et des idées données par la perception des opérations de l'esprit. Selon cette division, il n?y a pas de statut légal pour des idées dont la cause serait une modification interne au corps. Rien ne s?intercale entre l'intériorité qu?inspecte le regard de la réflexion et l'extériorité des objets sensibles ; le sens interne est aveugle au corps. En II, XXI, cependant, l'analyse de l'uneasiness comme moteur de la volonté esquisse un parallèle entre douleur du corps et inquiétude de l'esprit (§ 31), et un tel rôle moteur – celui de la faim, de la soif et autres désirs naturels (§ 34) – n?est pas pensable en l'absence de sensations internes. Dès lors, le domaine d?expérience reconnu par l'Essay déborde la distinction initiale des deux sources de cette expérience. Encore faut-il au sujet du mouvement dissocier deux cas, celui de la sensation de se mouvoir, qui pourrait accompagner un déplacement passif du bras, et celui qu?évoque Locke en IV, XI, 2, l'expérience, non pas simplement d?une modification qui affecte le corps, mais d?un acte qui admet l'intention du sujet comme sa cause.
-
[29]
II, VII, 8.
-
[30]
IV, XI, 5.
-
[31]
Three Dialogues, éd. Ayers des Philosophical Works, p. 201.
-
[32]
Ibid., Troisième dialogue, p. 221-222. Le rapprochement mérite d?être fait avec Locke, Essay, II, XXIII, 33.
-
[33]
Marc Jeannerod, Le cerveau-machine : physiologie de la volonté, Paris, Fayard, 1983 ; rééd. Diderot, 1998, p. 136-139.
-
[34]
IV, XI, 4.
-
[35]
Ibid.
-
[36]
Sur le membre fantôme et le fantôme aplasique, voir Shaun Gallagher et Andrew Meltzoff, « The earliest sense of self and others », Philosophical Psychology, 1996, 9, p. 213-236.
-
[37]
IV, XI, 7, p. 634.
-
[38]
IV, XI, 7.
-
[39]
IV, XI, 8.
-
[40]
Ibid.
-
[41]
II, XXIII, 12.
-
[42]
The Ecological Approach of Visual Perception, Hillsdale, Lawrence Erlbaum Associates, 1986.
-
[43]
Monique Radeau, « Du ventriloque à l'embryon : une réponse à Molyneux », in J. Proust, Perception et intermodalité, op. cit., p. 223-252.
-
[44]
J. Proust, op. cit., p. 154.
L?existence des choses hors de nous chez Locke
Locke distingue : la connaissance intuitive (par exemple celle de mon existence), la connaissance rationnelle (par exemple de Dieu) et la connaissance sensitive. C?est par celle-ci que nous accédons à la connaissance des « autres choses ». Or on peut se demander comment le sens peut être à la fois juge et témoin. En fait, pour Locke, notre connaissance des choses hors de nous a une « fiabilité effective », mais ce n?en est pas une connaissance parfaite, laquelle nous est inaccessible.
Locke and his theory of an existence of things outside ourselves
Locke distinguishes : intuitive knowledge (i.e. that of my existence), rational knowledge (i.e. God?s), and sensitive knowledge. It is through the latter that we reach the knowledge of « other things ». Now, one may wonder how can sense be both at the same time judge and witness. In fact, according to Locke, our knowledge of things outside ourselves bears some « effective reliability » but it is not necessarily a true knowledge, which is indeed unattainable.