Thomas Mergel, Parlamentarische Kultur in der Weimarer Republik. Politische Kommunikation, symbolische Politik und öffentlichkeit im Reichstag, Düsseldorf, Droste Verlag, 2005, 531 p.
- Par Nicolas Patin
Pages 168c à 181c
Citer cet article
- PATIN, Nicolas,
- Patin, Nicolas.
- Patin, N.
https://doi.org/10.3917/parl.010.0168c
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- Patin, Nicolas.
- PATIN, Nicolas,
https://doi.org/10.3917/parl.010.0168c
1 L’histoire du parlementarisme allemand s’écrit depuis 1952 en grande partie grâce à la Commission pour l’histoire du parlementarisme et des partis politiques (Kommission für Geschichte des Parlamentarismus und der politischen Parteien), initiée par le Bundestag. Des dizaines de volumes ont émaillé ces décennies de recherches, que ce soit dans une perspective prosopographique, ou partisane ; mais on s’avance peu en disant que le travail de Thomas Mergel est la première tentative d’analyse d’ensemble concernant le Reichstag sous la République de Weimar.
2 La démarche de l’auteur pour ce travail, sa thèse d’habilitation à l’université de Bochum, ajoute à une analyse purement historique du champ politique, une utilisation très maîtrisée d’outils aussi variés que la sociologie, l’analyse discursive ou l’ethnologie. L’ouvrage s’articule autour de cinq grandes parties : le Reichstag avant même d’être un bâtiment réel, est un espace social, où les députés tissent des réseaux ; c’est le lieu d’une pratique parlementaire qui semble bien fonctionner entre 1920 et 1930, organisée autour des débats ; l’analyse de la communication politique dans les sessions plénières occupe donc logiquement le centre de l’ouvrage ; pour autant, l’institution n’est pas isolée du reste du monde, et l’auteur interroge donc son rapport à l’espace public ; à partir de 1928, la communication se désagrège au sein du Reichstag, signifiant clairement la crise puis la fin du système parlementaire.
3 L’auteur se défend de faire de la micro-histoire, mais c’est bien au centre de la vie quotidienne de l’institution qu’il nous invite : pour lui, c’est une méthode pour éviter toute téléologie, et tenter de faire une « histoire normale » de cette assemblée, qui a fonctionné pendant dix ans, avant de se gripper. Si la société de la IIIe République était bloquée, celle de Weimar est, pour Mergel, déchirée : comment représenter une telle société ? Les premières années de pratique sont paradoxales : les questions concrètes et essentielles ne créent que peu de conflits, tandis que les questions symboliques, comme la question des couleurs du drapeau allemand, catalysent toutes les oppositions. Dès le départ, le Reichstag n’arrive pas à ancrer une image positive dans la population, il est perçu comme un théâtre. Pourtant les parlementaires ne sont pas des novices : 30 % ont déjà une expérience parlementaire. Malgré des identités très différentes, notamment en ce qui concerne la provenance régionale, les députés semblent s’être intégrés peu à peu au sein d’un même mode de vie. L’appartenance partisane dessinait tout de même des oppositions fortes et plusieurs discours se surimposent, selon les profils des députés : discours de l’exécutif, discours des hommes d’État, discours de la morale, et très peu, finalement de discours de l’expérience personnelle. Le fonctionnement semblait pourtant assez positif, même si la difficulté à trouver une entente au sein des fractions, et une ancienne culture d’opposition envers le Gouvernement laissait souvent l’initiative des lois à ce dernier.
4 Mais la crise du parlementarisme est patente : on dénonce le Parla-Parla-Parlament, et le système des partis. Le Reichstag est pris dans une contradiction : les députés doivent être et représenter le peuple, mais aussi tenir le rang de leur fonction. La figure du Führer vient s’opposer pieds à pieds aux manquements de l’Assemblée. Le Reichstag entre en crise après 1928 : les fonctionnaires se politisent, les nazis adoptent une position profondément anti-parlementaire et le DNVP (Deutschnationale Volkspartei, parti de droite conservateur, nationaliste, monarchiste et antisémite) emboîte le pas aux nazis dans sa stratégie de communication.
5 La thèse apporte trois conclusions : ce qui permettait au Reichstag de fonctionner en interne le minait à l’extérieur, il ne s’affirmait pas en tant qu’institution ; le DNVP a porté une responsabilité très importante dans l’échec du parlementarisme ; les années 1920 ont été des années de bon fonctionnement. La déception était de fait structurelle, vu la force des attentes. Par la suite, le Bundestag n’a pas profondément réformé les mécanismes, mais beaucoup plus la perception qu’il avait de lui-même en tant qu’institution.
6 La faiblesse du livre se trouve aussi dans sa force : s’il apporte des perspectives très originales sur l’étude des discours et l’analyse interactionniste, la chronologie semble parfois s’effacer au profit d’une forme de romantisme éthérée, qui ferait passer les années 1919-1923 pour des années de fonctionnement démocratique finalement assez normal. Mais l’ouvrage pointe du doigt le manque d’étude sur la place du DNVP, et a le grand mérite, enfin, après des décennies de recherche fragmentée, de s’attaquer au Reichstag sous la République de Weimar comme un tout.
7 Nicolas Patin