Compte rendu

Christian Delporte, Images et politique en France au XXe siècle, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2006, 490 p.

Pages 149d à 162d

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  • Borrell, A.
(2007). Christian Delporte, Images et politique en France au XXe siècle, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2006, 490 p. Parlement[s], Revue d'histoire politique, 8(2), 149d-162d. https://doi.org/10.3917/parl.008.0149d.

  • Borrell, Alexandre.
« Christian Delporte, Images et politique en France au XXe siècle, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2006, 490 p. ». Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2007/2 n° 8, 2007. p.149d-162d. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-parlements1-2007-2-page-149d?lang=fr.

  • BORRELL, Alexandre,
2007. Christian Delporte, Images et politique en France au XXe siècle, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2006, 490 p. Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2007/2 n° 8, p.149d-162d. DOI : 10.3917/parl.008.0149d. URL : https://shs.cairn.info/revue-parlements1-2007-2-page-149d?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/parl.008.0149d


1 Ce récent ouvrage de Christian Delporte contribue à entériner le statut de source qu’a progressivement acquis l’image en histoire contemporaine ces dernières années, sous l’impulsion particulière de l’histoire culturelle. Au travers de vingt études consacrées au rôle de l’image dans l’histoire politique du XXe siècle en France, l’auteur nous propose diverses pistes d’approche du visuel. Parus pour l’essentiel entre 1993 et 2004, sous forme d’articles ou de chapitres d’ouvrages collectifs, remaniés pour l’occasion, ces vingt textes interrogent une grande diversité d’images (dessins de presse, d’illustration, d’animation, prises de vue réelles – fixes ou animées) et de supports (journaux, affiches, tracts, cartes postales, dessins animés, films d’actualité, émissions télévisées, sites Internet).

2 En introduction, l’auteur rappelle les principales étapes et les enjeux épistémologiques de l’étude du visuel en histoire. Puis il regroupe ses travaux autour de trois thèmes. Les six premiers chapitres sont consacrés à ce que Christian Delporte présente comme des contributions du visuel à « la construction d’un imaginaire collectif de la République » (p. 17), portant pour l’essentiel sur la longue IIIe République, de sa naissance à son effondrement. Mise en scène publicitaire de la République ou de l’Empire, caricatures de Dreyfus ou de Blum, il est surtout ici question de dessins de presse et d’affiches, dont les auteurs font l’objet d’un portrait de groupe (chapitre 3).

3 La deuxième partie est consacrée aux deux conflits mondiaux, et, par extension, aux imaginaires qui les précèdent et leur survivent parfois, tels ceux de la « cinquième colonne » et de l’« homme nouveau ». Deux approches plus monographiques se penchent pour l’une sur les mises en image du général De Gaulle à Paris le 26 août 1944, de l’Arc de Triomphe à l’Hôtel de Ville, pour l’autre sur un film d’animation de propagande destiné au public des salles françaises au printemps 1944. Surtout, il est question ici d’altérité, et donc de l’image qu’on donne de soi presque autant que de celle qu’on construit de l’autre. Cela vaut pour les temps de guerre (le « boche » ; l’ennemi de l’intérieur dans ses différentes déclinaisons, paranoïaques, antisémites et/ou racistes) comme en temps de paix (l’URSS et ses complices français aux yeux du groupe Paix et Liberté ; la caricature du voisin allemand depuis 1945).

4 Enfin, l’auteur entend montrer l’importance des images dans une propagande politique indifférenciée puis dans la communication politique plus ciblée qui lui succède. Deux chapitres sont consacrés à la personnalisation autour du leader politique avant 1958 et à la façon dont il se familiarise avec la jeune télévision des années 1950. Puis l’analyse se concentre sur le scrutin des scrutins, l’élection présidentielle, et sur les luttes partisanes, personnelles et symboliques qu’il ne manque pas d’attiser tout au long de la Ve République. Si l’affiche est évoquée, c’est bien la télévision qui occupe une place centrale, dès 1965, par l’audience qu’elle concentre et l’attrait qu’elle exerce sur les candidats et leurs conseillers en communication.

5 Qu’il étudie un genre particulier ou les mises en image d’un événement ou d’un thème, l’auteur présente toujours un corpus raisonné, sans préciser systématiquement son volume ou la façon dont il l’a rassemblé. Puis l’analyse, typologique ou chronologique, se nourrit de la description de nombreux documents, dont 62 sont reproduits, et de la connaissance des techniques de production, des auteurs et du contexte culturel, politique et social. C’est que les images sont filles de leur temps, et que l’étude des représentations n’a de réelle portée sans une bonne connaissance de l’objet représenté. Et si la réception du public, autrement dit l’impact des images, reste souvent le point obscur de l’étude des médias ou du visuel, faute de sources, ici, l’auteur ne se dérobe pas à la difficulté : il présente et analyse tous les indices disponibles pour étayer les hypothèses qu’il soumet au lecteur.

6 Ce livre présente l’avantage pratique de rassembler pour un coût modique vingt études illustrées, initialement dispersées, au prix de quelques coquilles et de la disparition du texte auquel renvoient les six appels de note de l’introduction. Surtout, il met en évidence la cohérence de l’approche mise en œuvre par l’auteur. Des caricatures de presse du capitaine Dreyfus en 1894 aux visuels consacrés à Jean-Marie Le Pen au lendemain du 21 avril 2002 sur Internet, celui-ci compose par touches successives à la fois une histoire visuelle du politique et une histoire des médias et des supports visuels au XXe siècle.

7 L’ouvrage comporte une bibliographie thématique de 120 références et un index détaillé des illustrations.

8 Alexandre Borrell


Date de mise en ligne : 15/01/2008

https://doi.org/10.3917/parl.008.0149d