Compte rendu

Pascal Clément, Persigny. L’homme qui a inventé Napoléon III, Paris, Perrin, 2006, 250 p.

Pages 149c à 162c

Citer cet article


  • Anceau, É.
(2007). Pascal Clément, Persigny. L’homme qui a inventé Napoléon III, Paris, Perrin, 2006, 250 p. Parlement[s], Revue d'histoire politique, 8(2), 149c-162c. https://doi.org/10.3917/parl.008.0149c.

  • Anceau, Éric.
« Pascal Clément, Persigny. L’homme qui a inventé Napoléon III, Paris, Perrin, 2006, 250 p. ». Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2007/2 n° 8, 2007. p.149c-162c. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-parlements1-2007-2-page-149c?lang=fr.

  • ANCEAU, Éric,
2007. Pascal Clément, Persigny. L’homme qui a inventé Napoléon III, Paris, Perrin, 2006, 250 p. Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2007/2 n° 8, p.149c-162c. DOI : 10.3917/parl.008.0149c. URL : https://shs.cairn.info/revue-parlements1-2007-2-page-149c?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/parl.008.0149c


1 Comme nombre de nos hommes politiques actuels, le ministre de la Justice et garde des Sceaux, Pascal Clément se pique d’histoire et nous livre « sa » biographie. Il a choisi son prédécesseur à la tête du conseil général de la Loire, Victor Fialin duc de Persigny (1808-1872), biographie d’autant plus opportune que les précédentes, dues à Joseph Delaroa, Paul Chrétien et Honoré Farat – curieusement absente de la bibliographie de cet ouvrage – sont lacunaires, anciennes – elles ont été publiées respectivement en 1896, 1943 et 1957 – et inaccessibles au grand public.

2 L’auteur nous rappelle le parcours proprement exceptionnel de cet homme que rien ne prédestinait à jouer un rôle historique aussi important, puis qui a connu l’opprobre, a été donné pour fou, puis est tombé dans un oubli quasiment complet. Issu d’une famille de la petite noblesse du Forez appauvrie par la Révolution, Persigny se lance dans le métier des armes comme son père, mort lors de la guerre d’Espagne, tout en s’intéressant de près à la politique. D’abord hésitant dans ses choix (son milieu familial est royaliste et ses premières fréquentations républicaines), il devient napoléonien après avoir lu le Mémorial de Sainte-Hélène et après avoir rencontré, de façon romanesque, le jeune neveu de l’Empereur, Louis-Napoléon Bonaparte. Dès lors, il lie sa vie à celle de ce dernier et s’efforce de lui forger un destin national. Il contribue à élaborer la doctrine bonapartiste, puis, comploteur dans l’âme, organise pour son compte les coups d’État de Strasbourg (1836) et de Boulogne (1840), contre le roi Louis-Philippe. Nullement découragé par ces deux échecs qu’il paie d’un long emprisonnement, Persigny profite de l’avènement de la IIe République pour placer son héros sur l’avant-scène. Son intense propagande contribue aux élections triomphales de Louis-Napoléon Bonaparte à l’Assemblée nationale constituante d’abord, à la présidence de la République ensuite. Lorsque le prince-président entre en conflit avec la majorité parlementaire, il prône le coup de force, participe activement au coup d’État du 2 décembre 1851 et à la redéfinition des pouvoirs au profit du vainqueur. Il joue surtout un rôle déterminant dans le passage à l’Empire, en organisant de main de maître le voyage présidentiel de septembre-octobre 1852 dans les départements du Centre et du Midi qui achève de convaincre Louis-Napoléon que le peuple français aspire au changement de régime. En cela, il peut être considéré comme l’homme qui a fait Napoléon III. Dès lors, les responsabilités et les honneurs s’accumulent : il devient ministre de l’Intérieur à deux reprises, ambassadeur à Londres, sénateur… Les mauvais résultats des élections législatives de 1863 lui valent une disgrâce que la libéralisation du régime, ses mauvaises relations avec l’Impératrice Eugénie et son propre caractère rendent irréversible. La guerre de 1870 au cours de laquelle il a vainement proposé ses services à Napoléon III, la défaite, l’effondrement du régime qu’il considérait un peu comme son enfant et ses déboires familiaux assombrissent ses dernières années. Il survit à peine un an à la débâcle.

3 Cette biographie relate parfaitement ce parcours en onze chapitres vifs et bien tournés. Même s’il a tendance à surévaluer en certaines occurrences le rôle de Persigny, en s’appuyant trop sur les Mémoires du duc, l’auteur ne commet aucune erreur historique importante, point qui mérite d’être souligné car peu fréquent dans ce type d’ouvrages. Pascal Clément nous livre même des pages plutôt rares sur l’œuvre du ministre et du président du conseil général : décentralisation administrative, adoucissement du régime carcéral, en particulier pour les femmes et les jeunes enfants, développement économique du Forez, création de la Diana… On déplorera cependant que le très riche fonds Persigny des Archives Nationales soit mentionné sans avoir été exploité comme il aurait dû l’être. Il y aurait eu beaucoup à y puiser sur les relations de Persigny avec les autres ministres ou avec les tenants du bonapartisme de gauche ainsi que sur la vision économique de cet inspirateur de la théorie des dépenses productives.

4 Éric Anceau


Date de mise en ligne : 15/01/2008

https://doi.org/10.3917/parl.008.0149c