Article de revue

Florian Michel, Yann Raison du Cleuziou (dir.), À la droite du Père. Les catholiques et les droites de 1945 à nos jours, Paris, Seuil, 2022, 775 p.

Pages 329 à 332

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  • El Gammal, J.
(2024). Florian Michel, Yann Raison du Cleuziou (dir.), À la droite du Père. Les catholiques et les droites de 1945 à nos jours, Paris, Seuil, 2022, 775 p. Parlement[s], Revue d'histoire politique, 40(3), 329-332. https://doi.org/10.3917/parl2.040.0329.

  • El Gammal, Jean.
« Florian Michel, Yann Raison du Cleuziou (dir.), À la droite du Père. Les catholiques et les droites de 1945 à nos jours, Paris, Seuil, 2022, 775 p. ». Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2024/3 n° 40, 2024. p.329-332. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-parlements-2024-3-page-329?lang=fr.

  • EL GAMMAL, Jean,
2024. Florian Michel, Yann Raison du Cleuziou (dir.), À la droite du Père. Les catholiques et les droites de 1945 à nos jours, Paris, Seuil, 2022, 775 p. Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2024/3 n° 40, p.329-332. DOI : 10.3917/parl2.040.0329. URL : https://shs.cairn.info/revue-parlements-2024-3-page-329?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/parl2.040.0329


1 Depuis le début du siècle, paraissent de nouvelles études et synthèses axées sur les relations entre religions et politique.

2 En 2012, Denis Pelletier et Jean-Louis Schlegel ont dirigé À la gauche du Christ. Les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours. Symétriquement, même si les protestants ne sont pas pris en compte dans l’ouvrage dont il est ici question, le même éditeur consacre, dix ans plus tard, un volume à la composante opposée du champ politique. Dirigé par un historien, Florian Michel, et un politiste, Yann Raison du Cleuziou, ce livre comporte deux parties de longueur inégale, la plus longue reposant sur un plan chronologique, associé à des césures politiques classiques (1958, 1974, 1997), une autre, assez novatrice dans ce type d’ouvrage et nettement plus brève, correspondant à un dictionnaire thématique aux nombreuses entrées, relevant des « cultures des droites catholiques ».

3 Respectivement introduit et conclu par ses deux maîtres d’œuvre, l’ouvrage rassemble les contributions d’une trentaine d’auteurs appartenant à différentes générations et le plus souvent spécialistes d’histoire religieuse, même si, par exemple, le premier chapitre est dû à Olivier Dard, surtout connu pour ses travaux d’histoire politique, qui se penche sur « l’héritage de la guerre dans le catholicisme de droite », la première partie, intitulée « La Libération et la revanche des démocrates-chrétiens », étant centrée sur les forces politiques qui en relèvent (dû à Isabelle Clavel) et les débuts de la guerre froide (Corinne Bonafoux, Florian Michel). Sous le titre « La Ve : une république moderne et catholique ? » – un peu paradoxal, même avec un point d’interrogation – il est question de la guerre d’Algérie – traitée par le même auteur, Jérôme Bocquet, – Vatican II (Charles Mercier), les courants traditionalistes (Paul Airiau) et la crise ouverte en 1968 (Yves Chiron). Le troisième volet, « Entre modernisation et restauration » (le second terme est discutable), s’interroge sur les enjeux liés à la nouvelle société (Mathias Bernard), à la « génération Jean-Paul II » (Claire Toupin-Guyot) et à la « réaffirmation catholique » en rapport avec les manifestations de 1981-1984 en faveur de l’enseignement privé (Frédéric Le Moigne), et à la « contre-révolution sexuelle » (Constance Cheynel). La quatrième partie est intitulée « L’âge minoritaire ». Elle aborde les « Catho Pride » (Romain Carnac) incluant La Manif pour tous, les tentatives de « restauration » ou de renouveau (Yann Raison du Cleuziou). Alexandre de Vitry, dans le chapitre 15, évoque le champ littéraire et philosophique. Blandine Chélini-Pont présente enfin le « glissement populiste et la réaction politique à la visibilité de l’islam ».

4 On ne peut donner ici qu’un bref aperçu du dictionnaire thématique. Les paramètres analysés, entre « confiance dans les promesses de l’avenir » et « confiance dans l’héritage du passé », ont trait aux attitudes de huit courants de pensée relevant du « concordisme », du « conservatisme » et de la « réaction », synthétisées dans le schéma de la p. 652. Les quatre composantes du dictionnaire concernent la foi, les mentalités, les institutions (au sens très large, cette section étant hétérogène) et les autorités. Certaines des notices, qui, dans l’ensemble, ne se bornent pas à l’après 1945, mais inscrivent la réflexion dans une perspective de plus longue durée, retiennent particulièrement l’attention, comme « Abbayes et sanctuaires » (Yvon Tranvouez), « Charités et œuvres » (Matthieu Brejon de Lavergnée), « Disciplines et normes », « Tombes » et « Famille nombreuse » de Guillaume Cuchet, « Parlementaires » (Vincent Petit), « Vote » (Vincent Tiberj, depuis 1974), « Écrivains » (Alexandre de Vitry). En général, les notices comportent une brève bibliographie, mais ce n’est pas toujours le cas.

5 Incontestablement, cet ouvrage est très riche et croise de multiples données. Néanmoins, un certain nombre de remarques peuvent être formulées. L’héritage dans le domaine de l’essayisme ou des sciences politiques depuis André Siegfried ou Albert Thibaudet est bien présent, notamment sous la plume de Yann Raison du Cleuziou, dont la conclusion générale, « Les droites, le changement et le sacré », apparaît substantielle. Si de nombreuses références sont données dans le domaine historique, il semble que des travaux dirigés par Gérard Cholvy et Yves-Marie Hilaire, notamment le tome III de leur Histoire religieuse de la France contemporaine, (1988) et Le fait religieux aujourd’hui en France- Les trente dernières années (1974-2004), (2004), soient peu utilisés. Les deux index sont bien commodes, mais on aurait souhaité aussi une bibliographie d’ensemble.

6 De plus, l’introduction générale de Florian Michel repose en partie sur une critique de René Rémond, centrée principalement sur La droite en France et sur le thème d’une minimisation de la part de l’historien disparu des liens entre les catholiques et les droites après 1945. Il aurait été intéressant d’aborder aussi l’un des derniers livres de René Rémond, Les droites aujourd’hui (2005). De fait, l’histoire de la démocratie chrétienne et des difficultés de ce courant en France est complexe, l’héritage à partir des années 1960-1970 ne relevant pas seulement de l’histoire des droites, mais aussi du centre (le MoDem est peu évoqué, en dehors du portrait de Véronique Fayet par Yann Raison du Cleuziou), voire de certains adhérents ou élus du parti socialiste. On aurait pu, du reste, consacrer des développements spécifiques aux catholiques de droite vus par la gauche. Il semble d’ailleurs, selon plusieurs passages, que les catholiques de gauche soient présentés comme presque en disparition, ce qui, si minoritaires qu’ils soient, peut être nuancé.

7 L’une des principales questions abordées dans cet ouvrage, au-delà de tentatives récentes circonscrites ou de portée limitée, concerne l’influence globalement décroissante du catholicisme de droite (ou des droites) et de la place de l’indifférence religieuse, notamment à compter des années 1970. Cette interrogation vient d’autant plus à l’esprit que – est-ce aussi un effet de la sélection effectuée, de caractère un peu aléatoire ? – nombre de personnalités, du reste le plus souvent non ecclésiastiques, qui font l’objet des portraits figurant à la fin des chapitres de la première partie, ont connu une fin de carrière marginale (Georges Bidault), eu un rôle ponctuel ou limité, voire une faible notoriété en dehors de cercles restreints. Plus connu, Maurice Clavel ne se rattache pas principalement aux droites. On aurait d’ailleurs pu s’interroger davantage sur la présence plus restreinte depuis plusieurs décennies des intellectuels catholiques, encore qu’il en soit question assez brièvement, sous la plume d’Alexandre de Vitry et dans des notices de la dernière section du dictionnaire thématique, dues à Claire Toupin-Guyot (« Académies et universités ») et à Florian Michel (« Philosophes et intellectuels »). On pourrait aussi se pencher sur différents aspects de la crise de la transmission des cultures religieuses. Par ailleurs, les relations avec le protestantisme auraient pu être analysées.

8 Quoi qu’il en soit, cet ouvrage apparaît très utile et permet d’aborder certains caractères souvent méconnus de l’histoire religieuse et politique depuis 1945, notamment en termes de militantisme, dans divers sens du terme y compris sous des formes nouvelles, parfois confidentielles, dans le cas de « l’écologie intégrale ». Il atteste aussi un certain regain de l’histoire et de la sociologie politique très contemporaine des religions ou du « fait religieux ».


Date de mise en ligne : 26/11/2024

https://doi.org/10.3917/parl2.040.0329