Article de revue

Apprendre à souffrir en silence. L’incorporation du genre à l’adolescence à travers la socialisation familiale et médicale aux douleurs menstruelles

Pages 86 à 103

Citer cet article


  • Laudren, L.
(2026). Apprendre à souffrir en silence. L’incorporation du genre à l’adolescence à travers la socialisation familiale et médicale aux douleurs menstruelles. Nouvelles Questions Féministes, . 45(1), 86-103. https://doi.org/10.3917/nqf.451.0087.

  • Laudren, Lise.
« Apprendre à souffrir en silence. L’incorporation du genre à l’adolescence à travers la socialisation familiale et médicale aux douleurs menstruelles ». Nouvelles Questions Féministes, 2026/1 Vol. 45, 2026. p.86-103. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2026-1-page-86?lang=fr.

  • LAUDREN, Lise,
2026. Apprendre à souffrir en silence. L’incorporation du genre à l’adolescence à travers la socialisation familiale et médicale aux douleurs menstruelles. Nouvelles Questions Féministes, 2026/1 Vol. 45, p.86-103. DOI : 10.3917/nqf.451.0087. URL : https://shs.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2026-1-page-86?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/nqf.451.0087


Notes

  • [1]
    INSERM, 2022, « Endométriose. Les projets de recherche en cours à l’Inserm » et 2019, « Fertilité, endométriose : l’Inserm fait le point sur les recherches », en ligne.
  • [2]
    Aurélia Mardon a pris pour objet les expériences adolescentes des menstruations, sans analyser plus précisément la confrontation aux douleurs (2009 ; 2011). Plus récemment, les objets menstruels mobilisés pour atténuer les douleurs menstruelles ont été évoqués dans la thèse d’Alexandra Mérienne, mais à nouveau sans que ces expériences douloureuses n’y occupent une place centrale (2024). La thèse d’Anne-Charlotte Millepied (2024) qui a porté sur l’endométriose fait donc figure d’exception dans le contexte français.
  • [3]
    À la suite de Lucile Ruault, nous mobilisons cette notion dans une « approche relationnelle des catégories de “médecins” et de “profanes”, qui sont socialement construit·es dans un rapport d’opposition, dont l’institution médicale est au fondement » (2021 : 259). L’usage de ce concept permet notamment de mettre en lumière les rapports de pouvoirs qui structurent les relations entre les médecins (jugé·es comme expert·es) et les individus sans qualification officielle (considéré·es comme profanes).
  • [4]
    C’est-à-dire l’ensemble des activités concourant à assurer le bien-être, la bonne santé physique et mentale ou la guérison de proches et qui ne sont pas effectuées par des professionnel·les de santé (Cresson, 2005).
  • [5]
    Cela rejoint les résultats d’Anne-Charlotte Millepied puisque toutes les femmes qu’elle a interrogées se sont tournées très tôt vers la profession médicale, sans que cette démarche soit enclenchée par une réelle inquiétude maternelle vis-à-vis de l’état de santé de leur fille (2024).
  • [6]
    Le Spasfon fait partie des dix médicaments les plus prescrits en France, tout particulièrement aux femmes pour soulager les douleurs menstruelles. Juliette Ferry-Danini, philosophe de la médecine, a montré qu’aucun essai clinique ne soutient l’efficacité de ce médicament pour cette indication et suggère que son développement et son succès témoignent d’une « fabrique de l’ignorance médicale » (2023).
  • [7]
    Anti-inflammatoire notamment prescrit en cas de règles douloureuses.
  • [8]
    En septembre 2021, Émile Daraï, gynécologue spécialiste de l’endométriose, est accusé de violences gynécologiques par plusieurs patientes. Des témoignages anonymes de femmes affluent par dizaines sur le compte Instagram du collectif Stop aux violences obstétricales et gynécologiques.
  • [9]
    Les deux examens utilisés pour diagnostiquer l’endométriose sont l’échographie endovaginale, impliquant l’introduction d’une sonde dans le vagin, ou une IRM.
  • [10]
    Je ne cherche pas ici à avancer que seule l’instance médicale socialise les jeunes filles à l’endurance physique par l’administration de douleurs. Ma thèse en cours explore notamment comment les familles, en produisant des violences physiques, peuvent aussi participer à l’habituation sociale des adolescentes aux douleurs, par la confrontation répétée à celles-ci. Néanmoins, comme les violences corporelles familiales et leurs effets sur la résistance aux douleurs n’étaient pas investiguées et ne sont pas ressorties lors des entretiens menés dans le cadre du master, je ne développe pas cette réflexion ici.
  • [11]
    Il ne s’agit pas pour autant d’avancer que les femmes atteintes d’endométriose ne s’opposent pas ou jamais au pouvoir médical, d’autant plus que beaucoup m’ont raconté avoir dû s’imposer pour obtenir un diagnostic. Une analyse des conditions sociales de possibilité d’une remise en cause de ces savoirs experts et des modalités de cette opposition prolongerait utilement cet article.
Français

À partir d’entretiens menés auprès de 20 femmes diagnostiquées d’une endométriose, cet article s’intéresse aux expériences des douleurs menstruelles à l’adolescence et au début de la vie adulte. Il analyse comment, dans les sphères familiales et médicales, les jeunes filles incorporent des dispositions à endurer la douleur, ainsi que les rapports au monde genrés construits par cette confrontation régulière aux souffrances. Cet article montre que ces deux instances socialisatrices sont façonnées par des normes genrées de la puberté et de la douleur qui sont proches, et qui poussent les jeunes filles à apprendre à dissimuler leurs douleurs. Cette congruence des socialisations familiales et médicales fabrique alors des « corps silenciés » et participe ainsi à l’incorporation du genre.


English

Learning to suffer in silence. Incorporating gender norms during adolescence through family and medical socialization around menstrual pain

Based on interviews with twenty women diagnosed with endometriosis, this article examines experiences of menstrual pain during adolescence and early adulthood. It analyzes how, in family and medical settings, young girls incorporate dispositions to endure pain, as well as the gendered relationships with the world constructed by this regular confrontation with suffering. This article shows that these two socializing instances are shaped by closely related gendered norms of puberty and pain, which push young girls to learn to hide their pain. This congruence of family and medical socialization then creates “silenced bodies” and thus contributes to the incorporation of gender.


Logo Souscrire pour ouvrir

Cet article est accessible en accès ouvert dans le cadre de notre modèle Souscrire Pour Ouvrir.

Date de mise en ligne : 29/04/2026

https://doi.org/10.3917/nqf.451.0087

Cet article est en accès conditionnel

S'abonner à Cairn Pro

À partir de 18€ par mois

170 revues en texte intégral au cœur de votre métier
Déjà abonné(e) à Cairn Pro ? Membre d'une institution cliente ?