Article de revue

La droite en campagne contre la seule librairie ouvertement lesbienne de Paris

Pages 116 à 119

Citer cet article


  • L’équipe de la librairie-café Violette and Co et l’équipe de l’association Violette and Co,
(2026). La droite en campagne contre la seule librairie ouvertement lesbienne de Paris. Nouvelles Questions Féministes, . 45(1), 116-119. https://doi.org/10.3917/nqf.451.0117.

  • L’équipe de la librairie-café Violette and Co et l’équipe de l’association Violette and Co, .
« La droite en campagne contre la seule librairie ouvertement lesbienne de Paris ». Nouvelles Questions Féministes, 2026/1 Vol. 45, 2026. p.116-119. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2026-1-page-116?lang=fr.

  • L’ÉQUIPE DE LA LIBRAIRIE-CAFÉ VIOLETTE AND CO ET L’ÉQUIPE DE L’ASSOCIATION VIOLETTE AND CO, ,
2026. La droite en campagne contre la seule librairie ouvertement lesbienne de Paris. Nouvelles Questions Féministes, 2026/1 Vol. 45, p.116-119. DOI : 10.3917/nqf.451.0117. URL : https://shs.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2026-1-page-116?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/nqf.451.0117


Notes

  • [1]
    Par exemple, la Ville de Paris a annulé une conférence de Judith Butler – chercheuse féministe et membre de l’association Jewish Voices for Peace – pour la paix au Proche-Orient. Voir : « Conflit au Proche-Orient : Annulation d’une conférence pour la paix de Judith Butler », Libération, 4 décembre 2023, en ligne. En décembre 2025, la préfecture de Paris et le Ministère de l’enseignement supérieur ont annulé un colloque organisé au Collège de France sur les rapports entre la Palestine et l’Europe. Voir : https://blogs.mediapart.fr/pascal-maillard/blog/101125/silencier-toute-recherche-sur-la-palestine.
  • [1]
    Tribune « Vitrines brisées, démocratie fissurée » : les libraires et le monde du livre lancent l’alerte, Collectif composé de nombreuses librairies, de maisons d’éditions, d’auteurs et autrices, ainsi que par des syndicats des métiers du livre. Publié le 2 décembre 2025 à 17h00, mis à jour le 3 décembre 2025 à 16h00.
À l’heure où la revue Nouvelles Questions Féministes a décidé de publier ci-dessous l’appel à solidarité qu’a lancé la librairie lesbienne et féministe Violette and Co, située à Paris, une première victoire a été remportée sous la pression des mobilisations répondant à cet appel : la subvention du Conseil municipal de la Ville de Paris a été rétablie. Mais d’une part, la subvention du Conseil régional de l’Île-de-France reste suspendue à ce jour. D’autre part, la situation de harcèlement et d’intimidation à laquelle est confrontée Violette and Co est intolérable. C’est pourquoi NQF tient à relayer son appel.
Les attaques contre Violette and Co s’inscrivent dans un contexte où les entorses à la liberté d’expression et à la liberté académique commises par la Ville de Paris et l’Île-de-France se multiplient [1]. Nous dénonçons de telles manœuvres discriminatoires qui visent à silencier les femmes, les minorités sexuelles, les voix anticapitalistes et les soutiens à la cause palestinienne. Rappelons-nous que la droite et l’extrême droite s’opposent systématiquement aux avancées juridiques en faveur des femmes et des personnes minorisées. Ces pratiques constituent de fortes atteintes à la démocratie et à l’égalité de traitement. NQF encourage ses lecteur·ices à les rendre visibles et à les condamner, en suivant l’actualité de Violette and Co et en soutenant les librairies indépendantes, visées par ce type d’attaques.
Le 23 décembre 2025
Le comité de rédaction

1 Violette and Co fait face depuis plusieurs mois à des violences ciblées. À la campagne de harcèlement déclenchée par une vitrine sur la Palestine et attisée par une partie de la droite parisienne s’ajoute désormais le retrait de deux subventions publiques par la Ville de Paris et la Région Île-de-France. Une nouvelle étape, institutionnelle et politique, est franchie et vise de façon de plus en plus décomplexée la librairie-café et l’association avec laquelle elle partage ses locaux.

Contexte

2 En août dernier, la librairie-café Violette and Co faisait face à du harcèlement, des menaces, des insultes et des dégradations. Ces violences et appels à la violence ont été relayés par des élu·e·s de droite sur les réseaux sociaux, élu·e·s qui poursuivent aujourd’hui leur campagne contre Violette and Co sur les bancs du Conseil de Paris et de la Région Île-de-France.

Suppression brutale du projet de Violette and Co Association

3 Début novembre, le projet déposé par l’association Violette and Co au budget participatif handicap de la Région Île-de-France, qui devait lui permettre de rendre accessible aux personnes à mobilité réduite (PMR) son espace, situé en sous-sol, a été supprimé du site de la Région sans préavis, puis écarté du vote en commission, alors qu’il était arrivé très largement en tête des suffrages des Francilien·ne·s, avec 2174 votes.

4 Aucune raison officielle du retrait de ce projet ne nous a été adressée à ce jour, malgré nos courriers.

Une subvention municipale sabotée pour cibler la librairie-café Violette and Co

5 Lors du Conseil de Paris du 20 novembre, la droite parisienne a obtenu le blocage d’une subvention de près de 480000 € destinée à 40 librairies indépendantes parisiennes au seul motif que la librairie Violette and Co en faisait partie. Cette subvention devait permettre de sécuriser la librairie-café en finançant l’installation d’un rideau de fer et de rendre accessible PMR son rayon beaux-arts, situé en sous-sol, en installant une rampe d’accès.

6 La raison invoquée par la droite parisienne est la vente par Violette and Co du livre de coloriage From the river to the sea, qui documente la vie des Palestinien·ne·s en territoire occupé, mais aussi d’autres livres sur la Palestine, l’anticapitalisme et la montée de l’extrême droite, présentés en vitrine.

Deux structures, un même ciblage

Les locaux de Violette and Co abritent deux structures distinctes : d’une part la SCOP-SARL librairie-café « Violette and Co », et d’autre part l’association loi 1901 « Violette and Co Association ». Chacune mène ses propres activités : la SCOP gère l’activité commerciale de l’établissement, notamment la sélection des livres mis en avant, tandis que l’association développe des actions de médiation culturelle et d’événementiel dans un espace dédié, appelé « espace associatif » situé au sous-sol. Cette dernière y organise et coorganise près d’une centaine d’événements chaque année, de manière indépendante de la librairie-café.

Ce qui dérange vraiment : une librairie lesbienne, féministe, LGBTQIA + et engagée

7 Un examen un peu plus attentif des manœuvres de la droite contre la seule librairie ouvertement lesbienne de Paris laisse peu de place au doute.

8 Déjà, en juillet 2023, le groupe Changer Paris s’était opposé à une subvention destinée à Violette and Co Association au titre que la librairie recommandait des livres jeunesse dans lesquels il était question de transidentité.

9 Le 7 octobre 2025, au Conseil de Paris, le groupe Changer Paris a porté un vœu contre la subvention de la Ville de Paris obtenue en juillet par Violette and Co Association invoquant que « [la] librairie s’est éloignée de sa nature principale, à savoir une “librairie féministe, lesbienne et LGBTQIA+ » pour devenir une spécialiste de la convergence des luttes”. Le vœu avait, à l’époque, été rejeté.

10 Ces attaques s’inscrivent dans un contexte plus global d’offensives contre les librairies indépendantes qui mettent en avant des livres portant un message de soutien envers le peuple palestinien et une critique de la politique israélienne. Ces derniers mois, cinq librairies franciliennes, dont la nôtre, ont été victimes de méthodes similaires d’intimidation, de harcèlement, de menaces et de dégradation de leur vitrine à la peinture à l’acide : Les Jours heureux à Rosny-sous-Bois (93110), La tête ailleurs (75011), La Petite Égypte (75002) et La Libre pensée (75005) à Paris.

11 Nous ne sommes pas dupes des manœuvres de la droite, dérangée tantôt par des livres LGBTQIA +, tantôt par des livres « anticapitalistes » ou encore par des livres sur la Palestine, systématiquement qualifiés d’antisémites par ces élu·e·s. À propos de l’accusation frauduleuse d’antisémitisme du Groupe Changer Paris à notre encontre, nous rappelons qu’il s’agit de diffamation et nous renvoyons à la tribune « Vitrines brisées, démocratie fissurée » parue le 2 décembre dans Le Nouvel’Obs[1], signée par 500 acteurices du livre, qui revient sur ces accusations et sur les origines du slogan « From the river to the sea ». Nous continuerons à lutter contre toutes les formes de racisme, y compris l’antisémitisme, et à sensibiliser notre public à l’histoire de la Palestine, aux questions décoloniales et à dénoncer les génocides en cours en Palestine, au Congo, au Soudan, au Yémen, et le génocide des Ouïghours en Chine.

12 Ce qui dérange réellement la droite semble être qu’une librairie comme Violette and Co, lesbienne, féministe, LGBTQIA + et engagée contre toutes les formes de discriminations et d’oppressions systémiques, continue à mettre en avant et à proposer des livres engagés, importants, et dont cette affaire démontre une fois de plus la nécessité.

13 Nous continuerons à faire notre métier de libraires, en solidarité avec les autres librairies et maisons d’édition indépendantes, de nous battre pour notre survie financière malgré la suppression de subventions essentielles, et de déranger la droite, et l’extrême droite tant qu’il le faudra.


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Date de mise en ligne : 29/04/2026

https://doi.org/10.3917/nqf.451.0117