Compte rendu

ENWISE, Enlarge Women in Science to East

Résumé du rapport 2003. Un gaspillage de talents : la situation des femmes scientifiques dans les pays d’Europe centrale et orientale

Pages 122 à 126

Citer cet article


  • Zvinkliene, A.
(2004). ENWISE, Enlarge Women in Science to East Résumé du rapport 2003. Un gaspillage de talents : la situation des femmes scientifiques dans les pays d’Europe centrale et orientale. Nouvelles Questions Féministes, . 23(2), 122-126. https://doi.org/10.3917/nqf.232.0122.

  • Zvinkliene, Alina.
« ENWISE, Enlarge Women in Science to East : Résumé du rapport 2003. Un gaspillage de talents : la situation des femmes scientifiques dans les pays d’Europe centrale et orientale ». Nouvelles Questions Féministes, 2004/2 Vol. 23, 2004. p.122-126. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2004-2-page-122?lang=fr.

  • ZVINKLIENE, Alina,
2004. ENWISE, Enlarge Women in Science to East Résumé du rapport 2003. Un gaspillage de talents : la situation des femmes scientifiques dans les pays d’Europe centrale et orientale. Nouvelles Questions Féministes, 2004/2 Vol. 23, p.122-126. DOI : 10.3917/nqf.232.0122. URL : https://shs.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2004-2-page-122?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/nqf.232.0122


Notes

  • [1]
    « Executive Summary » du Rapport Enwise. Traduit de l’anglais pour NQF par Brigitte Degen, Commission européenne de la Recherche. Le Rapport complet et la version anglaise de ce résumé (pp. 5-7) sont disponibles à l’adresse suivante : http://europa.eu.int./comm/research/science-society/pdf/enwise_report.pdf
  • [2]
    Blagojevic Marina, Bundule Maija, Burkhardt Anke, Calloni Marina, Ergma Ene, Glover Judith, Groo Dora, Havelkova Hana, Mladenic Dunja, Oleksy Elzbieta, Sretenova Nikolina, Tripsa Mioara Florica, Velichova Daniela, Zvinkliene Alina (2003). Waste of talents : turning private struggles into a public issue. Women and Science in the Enwise countries. Direction générale de la Commission européenne de la Recherche. Unité Science et Société – Femmes et Sciences.
  • [3]
    Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lituanie, Pologne, République tchèque, République slovaque, Roumanie, Slovénie.
  • [4]
    N.d.l.r. : Groupe d’expertes ETAN (European Technology Assessment Network) sur Femmes et Science (1999-2000). Science policies in the European Union : Promoting excellence through mainstreaming gender equality. Direction générale de la Commission européenne de la Recherche. Pour plus d’informations sur ce Rapport, se référer à http://www.cordis.lu/improving/women/home.htm
  • [5]
    N.d.l.r. : Alina Zvinkliene fait partie de l’équipe qui a mené la recherche Enwise, et c’est en cette qualité qu’elle nous livre ici quelques remarques sur le Rapport (ses propos ont été traduits de l’anglais par Maria Rosaria Spano). Chercheuse avancée à l’Institut de Recherche sociale de Vilnius, la thèse de doctorat d’Alina Zvinkliene, défendue en 1988, avait pour titre « A young family : expectation and reality ». Son premier article féministe, en 1990, portait sur l’avortement en Lituanie et en URSS. Depuis, elle a publié plus de quarante articles dans la presse nationale et internationale et a coédité plusieurs livres.
    Contact : zvinkliene@skynet.lt

1La Direction générale de la Recherche a sollicité ce rapport afin d’évaluer les conditions de travail des femmes scientifiques et leur statut dans les pays d’Europe centrale et orientale et dans les pays baltes [3]. Faisant suite au rapport du réseau ETAN, Intégrer la dimension du genre, un facteur d’excellence[4], qui traitait essentiellement de la situation des femmes scientifiques dans les États actuellement membres de l’Union européenne (UE), le rapport Enwise est le résultat de l’une des actions du Plan d’action Science et société : promouvoir l’égalité des sexes dans les sciences dans une Europe élargie.

2Le groupe d’expertes Enwise, présidé par la professeure Ene Ergma, était composé de scientifiques de haut niveau, issues de disciplines différentes, représentant des académies des sciences, des universités, des centres et administrations de recherche, ainsi que des entreprises.

3Ce rapport analyse la situation des femmes scientifiques dans les pays Enwise, dans une perspective à la fois historique et contemporaine. Il énonce des recommandations à l’intention des différentes parties prenantes : la Commission, le Parlement européen, les pays Enwise, ainsi que les États membres de l’UE et les organisations qui forment, financent et emploient des scientifiques.

4Durant la période pré-communiste, l’évolution de la position des femmes dans ces pays a été similaire à celle que l’on pouvait observer dans les pays occidentaux. Cependant, les événements politiques ont accéléré le processus et ont permis d’aboutir plus tôt qu’en Europe occidentale à la reconnaissance du droit de vote des femmes et de leur droit à être représentées dans l’administration publique, ainsi qu’à la mixité de l’enseignement.

5Le rapport met en lumière les effets de la politique spécifique en matière d’égalité des sexes qui a été appliquée dans ces pays sous le régime communiste, et qui a été caractérisée notamment par le droit et l’obligation pour toutes et tous de travailler à plein-temps, ainsi que par l’accès à l’enseignement sans distinction de sexe. En outre, cette politique était complétée par la mise à disposition d’infrastructures de garde d’enfants, par la protection juridique des mères qui travaillaient et par le soutien de l’État à leur égard. Toutefois, cette égalité formelle entre hommes et femmes a été établie et maintenue dans un système caractérisé par la censure politique, par l’interdiction des mouvements de femmes et par la suppression de la liberté d’expression. Qui plus est, ce système a perpétué une ségrégation à la fois horizontale et verticale dans tous les emplois (y compris ceux de l’enseignement supérieur et de la recherche).

6Le rapport reconnaît l’héritage de la politique communiste en matière d’égalité des sexes. L’importance de l’éducation, et l’accès à celle-ci, ont permis à un nombre considérable de femmes hautement qualifiées d’être actives dans toutes les sphères publiques, et notamment dans les sciences.

7La période de transition a conduit à une restructuration des activités de recherche dans les pays Enwise et s’est généralement caractérisée par une baisse brutale des financements alloués à la science, par la diminution des effectifs de la recherche et par la disparition des industries militaires et des secteurs d’activité connexes. Même si ces changements ont affecté de manière égale hommes et femmes scientifiques, ces dernières se sont retrouvées dans une situation plus précaire que leurs collègues masculins.

8Les perspectives des jeunes femmes scientifiques sont très peu encourageantes en raison du manque de financements, des systèmes rigides de promotion et de reconnaissance, et de l’absence de politiques sociales appropriées, toutes ces insuffisances influant potentiellement sur la fuite des cerveaux.

9Bien que la proportion de femmes dans la recherche soit plus élevée dans les pays Enwise que dans les quinze États membres de l’UE, une analyse plus approfondie de la situation économique révèle que les femmes tendent à être mieux représentées dans les pays où il y a moins de chercheur·e·s (…).

10Cependant, la démographie n’explique pas tout. Ce rapport montre que même dans les pays où il existe globalement un bon équilibre entre hommes et femmes dans la recherche, on trouve des différences du point de vue du genre suivant les secteurs de Recherche & Développement (R&D) et les domaines scientifiques ; en effet, les femmes sont « éjectées » des systèmes de R&D compétitifs et fortement financés, et elles se retrouvent, en tant que ressources humaines d’appoint, dans des systèmes faiblement financés et qui luttent pour survivre.

11Le rapport fournit également de très intéressantes indications sur la situation concrète des femmes scientifiques dans les pays Enwise. Elles demeurent sous-représentées dans les postes à responsabilités des académies des sciences et des universités. Elles sont majoritaires dans le corps enseignant, mais ont tendance à se concentrer dans les postes universitaires les moins élevés. En outre, bien que la participation des femmes parmi le personnel universitaire soit comparable à leur représentation dans la recherche, les hommes ont trois fois plus de chances que les femmes d’obtenir les postes les plus élevés.

12Les scientifiques des pays Enwise sont associé·e·s aux Programmes-cadres communautaires de recherche depuis le début des années 90. Depuis le lancement du 5e programme-cadre, et davantage encore depuis le 6e, ces personnes sont considérées comme des partenaires au même titre que leurs homologues de l’UE à quinze. Toutefois, malgré le grand intérêt que les femmes scientifiques portent à ces activités, leurs compétences sont utilisées essentiellement dans des activités de soutien plutôt que dans les activités de suivi du programme-cadre ou de conseil.

13Le manque de financements, l’insuffisance des infrastructures et la vétusté des équipements dans les pays Enwise sont autant de facteurs qui freinent la constitution de communautés de chercheur·e·s, en particulier dans les domaines où les investissements en R&D sont faibles. Ces secteurs étant ceux où les femmes sont nombreuses, les femmes scientifiques risquent davantage de passer à côté des opportunités de recherche. Il conviendrait donc de faciliter l’accès à de meilleures infrastructures, offrant des informations fiables et à jour.

14Le manque de données solides concernant la répartition entre hommes et femmes dans les sciences à tous les niveaux de hiérarchie est un obstacle majeur à la prise en compte de la dimension du genre dans les sciences. Pour promouvoir l’égalité entre hommes et femmes dans tous les centres de recherche publics et privés des pays Enwise, il conviendrait de disposer, de façon systématique, de données ventilées par sexe et d’assurer un suivi, au niveau national, de la situation des femmes dans les sciences.

15Enfin, il est nécessaire de bâtir un consensus sur les actions à mener pour faire avancer le dossier Femmes et Science dans les pays Enwise. Cela nécessite l’implication de la Commission, du Parlement européen (en particulier, une fois que des membres issus des pays Enwise l’auront rejoint) et du Conseil, ainsi que des décideurs politiques et des organisations des pays Enwise. Un partenariat solide avec les États membres de l’UE est également requis. Dernière condition, qui est loin d’être la moins importante : les femmes scientifiques des pays Enwise doivent y jouer un rôle actif, si elles veulent prendre leur place et assumer pleinement la mission qui leur revient au sein de l’Espace européen de la recherche.

Regard pessimiste sur un avenir radieux, par Alina Zvinkliene [5]

16L’un des mérites du Rapport est de montrer, avec une grande rigueur scientifique, que la carrière des femmes dans l’Académie des pays Enwise est affectée au plus haut degré par l’avènement d’un néo-patriarcat. Il s’agit d’un phénomène complexe comprenant l’ensemble des discriminations directes et indirectes contre les femmes, en tant que classe, émergeant dans le nouveau cadre légal « européaniste » de l’égalité des droits et des chances. Dans cette phase historique cruciale de la transition postcommuniste, le néo-patriarcat se manifeste à travers de nouvelles tentatives d’exclure les femmes de la sphère publique et des lieux de pouvoir.

17Ainsi, toutes les parties du Rapport, élaborées dans une perspective interdisciplinaire à partir de différentes approches et méthodologies de la recherche, mettent en évidence que les femmes scientifiques demeurent des citoyennes de seconde zone, en tant que femmes dans la société en général, et en tant que scientifiques expérimentant la misogynie spécifique à leur entourage professionnel. Quoique de plus en plus nombreuses, elles demeurent une sorte d’élite intellectuelle sans pouvoir, de simples ressources humaines auxiliaires, une main-d’œuvre intellectuelle dans une institution universitaire éminemment masculine. Cependant, la question dépasse les limites nationales, puisque, à une autre échelle, dans une perspective globale, le répertoire des discriminations endurées par les femmes universitaires s’élargit et se complexifie. En effet, leur marginalité au sein de l’institution nationale s’inscrit à son tour dans un ordre du monde déjà discriminatoire, où la « Science de la périphérie » a toujours du mal à se faire reconnaître par la « Science du Centre ».

18Le tableau qui ressort du Rapport est donc bien triste. Cependant, « un avenir radieux » est promis aux femmes scientifiques et nous pouvons nous attendre à ce que Bruxelles tienne parole ! Quant à elles, que feront-elles pour leur propre compte, au-delà de l’appui international ? Comment poursuivront-elles la lutte nécessaire pour la légitimité scientifique ? S’agira-t-il de persévérer dans l’effort individuel usuel ou, finalement, les femmes scientifiques s’uniront-elles dans des revendications communes ? Seront-elles capables de transformer la lutte privée en un engagement politique ? Nous l’espérons ! Mais une chose est certaine : le milieu académique des pays Enwise reste très conservateur et une scientifique a plus de chances d’avancer dans sa carrière si elle prend officiellement ses distances par rapport aux revendications féministes. Incontestablement, le pouvoir académique repose dans les mains d’un « club de vieux garçons ».


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Date de mise en ligne : 26/07/2015

https://doi.org/10.3917/nqf.232.0122