Comment faire évoluer les procédures décisionnelles en Église d’une manière authentiquement synodale ?
- Par Alphonse Borras
Pages 390 à 408
Citer cet article
- BORRAS, Alphonse,
- Borras, Alphonse.
- Borras, A.
https://doi.org/10.3917/nrt.463.0390
Citer cet article
- Borras, A.
- Borras, Alphonse.
- BORRAS, Alphonse,
https://doi.org/10.3917/nrt.463.0390
Notes
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[1]
xvie Assemblée générale ordinaire du synode des évêques, Pour une Église synodale : communion, participation, mission. Instrumentum laboris pour la première séance d’octobre 2023, 20 juin 2023. Cf. <https://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2023/06/20/0456/01015.html>.
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[2]
Je renvoie ici à mon étude : « Délibérer en Église : communion ecclésiale et fidélité évangélique », NRT 132 (2010), p. 177-196.
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[3]
<https://Église.catholique.fr/synode-des-eveques-2024-sur-la-synodalite/546279-rapport-de-synthese-une-Église-synodale-en-mission/> ; on se reportera au texte italien qui est la référence pour les autres traductions : <https://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2023/10/28/0751/01653.html>.
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[4]
Les rédacteurs du RS chargés à cet effet par le Secrétariat général du Synode (désormais SGS) ne sont pas parvenus à offrir à l’Assemblée synodale d’octobre une version authentique en anglais alors qu’au départ c’était bien leur intention. Autrement dit, en rigueur de termes, seul fait foi le texte italien. On se souviendra que, précédemment, pour éviter les écueils d’une traduction successive d’une seule et unique version initiale, on parvint à rédiger conjointement en italien et en anglais le Document de travail pour l’étape continentale (désormais DEC), Élargis l’espace de ta tente, daté du 22 octobre 2022. Cette prouesse rédactionnelle résultait du dépouillement par une trentaine de personnes de la consultation à l’échelle planétaire et de leur contribution collective à la rédaction italienne et anglaise. Les documents du SGS et a fortiori du processus synodal en cours ne sont certes pas des documents magistériels. Il n’empêche que leur interprétation, en particulier sur des points sensibles, peut être problématique vu l’absence de traduction authentique au moins en anglais (c’est-à-dire avec la caution et la garantie de l’auteur, en l’occurrence l’Assemblée synodale qui approuve les textes soumis par les rédacteurs).
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[5]
Cf. Jean-Paul ii, Exhortation apostolique post-synodale sur la vocation et la mission des fidèles laïcs dans l’Église et dans le monde Christifideles laici, 30 déc. 1988. Cf. A. Borras, « La coresponsabilité : enjeux théologiques et institutionnels », dans O. Bobineau et J. Guyon, La coresponsabilité dans l’Église, utopie ou réalisme ?, coll. Religion et Politique, Paris, DDB, 2010, p. 69-89.
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[6]
G. Routhier, Le défi de la communion. Une relecture de Vatican ii, Montréal - Paris, Médiaspaul, 1994, p. 189.
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[7]
Dans l’IL, le concept de coresponsabilité apparaissait déjà fréquemment (19 occurrences), et l’adjectif encore plus (44 fois). La coresponsabilité est celle de tous les membres du peuple de Dieu (IL 20), dans la mission de l’Église (IL 21, B.2.1 suggestion 6 ; B.2.2 [4 fois] ; B.3.3 a.c) et dans les processus de décision (IL, B.2.3, suggestion 3e [2 fois]) ; c’est un esprit (IL 42 ; B.1.4 in fine), mais se retrouve dans le mode de gouvernance de l’évêque (B.2.5, cf. question de discernement) et caractérise une Église missionnaire « entièrement ministérielle » (B.2.2 suggestions 1.4 et 5) et dans la relation entre les ministères (B.2.4). Le concept est lié à la transparence dans la vie et la mission de l’Église (B.3.3, suggestion 1).
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[8]
Cf. A. Borras, « La synodalité du Peuple de Dieu », Prêtres diocésains 1337-1338 (mars-avril 1996), p. 263-280 ; « La coresponsabilité » (cité n. 5), p. 69-89 ; « Trois expressions de la synodalité depuis Vatican ii », ETL 94 (2014), p. 643-666 ; « La synodalité ecclésiale : diversité de lieux et interactions mutuelles », RSR 107 (2019), p. 275-299.
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[9]
Pape François, Discours à l’occasion de la commémoration du 50e anniversaire de la création du Synode des évêques, 17 oct. 2015, <https://www.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2015/october/documents/papa-francesco_20151017_50-anniversario-sinodo.html>.
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[10]
Les événements synodaux présupposent un habitus, un « style » et leur formalisation institutionnelle ; ils ne sont rien d’autre que la mise en œuvre concrète des institutions synodales aux niveaux local, régional et universel, impliquant le peuple de Dieu et ses pasteurs (CTI, La synodalité dans la vie et la mission de l’Église, 2 mars 2018, 70c).
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[11]
CTI 114, citant le pape François dans son Discours du 17 oct. 2015 (voir n. 9).
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[12]
Secrétariat général du Synode, « Élargis l’espace de ta tente » (Is 54,2). Document de travail pour l’étape continentale, 78-80 ; <https://www.synod.va/content/dam/synod/common/phases/continental-stage/dcs/Documento-Tappa-Continentale-FR.pdf>.
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[13]
Les évêques ont le suffrage délibératif dans les conciles particuliers et les Conférences épiscopales, mais dans celles-ci les décisions qu’ils approuvent doivent se fonder sur une majorité qualifiée et sont soumises à la recognitio du Siège apostolique (c. 445 et 455 § 2). Enfin, au niveau de l’Église universelle, les évêques d’un concile œcuménique ont voix délibérative, mais les décrets conciliaires doivent être approuvés par le Pape en union avec les pères conciliaires, confirmés et approuvés par lui (cf. c. 341 § 1) ; en dehors d’un concile, les décrets du collège des évêques ont besoin de cette confirmation pontificale et de la promulgation (cf. c. 341 § 2). Quant au Synode des Évêques, il n’a de pouvoir délibératif que par concession du Pape (cf. c. 343 ; Const. ap. Episcopalis communio 3c, art. 18 § 2).
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[14]
Songeons en particulier au consentement du Conseil qui entoure ou assiste le supérieur ou le modérateur dans la vie consacrée (c. 638 § 3, 647, 665 § 1, 684 § 1, 686 § 1 et 3, 688 § 2, 690, 703, 726 § 2, 743, 744 § 1, 745, 1018 § 1,2). Dans les instituts de vie consacrée (c. 573-720) ainsi que dans les sociétés de vie apostolique (c. 731-755), et dans les associations de fidèles, privées et publiques (c. 298-339), l’assentiment des membres est généralement requis pour les principales questions de la vie et du gouvernement de ces instituts, conformément à leurs propres statuts et constitutions.
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[15]
Cf. ce passage du DEC, fruit du dépouillement de la consultation planétaire en 2022, en est bien un indice : « De nombreux rapports [des Conférences épiscopales] montrent la nécessité que ces organes ne soient pas simplement consultatifs, mais des lieux où les décisions sont prises sur la base de processus de discernement communautaire et non du principe de majorité tel qu’utilisé dans les régimes démocratiques » (78).
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[16]
Cf. C. Theobald, « La première session de la xvie Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques. Point d’étape sur un chantier ouvert », RSR 112 (2024), p. 15-31.
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[17]
F. Coccopalmerio, De paroecia, Rome, éd. Pontificia Università Gregoriana, 1991, 172-174. Voir aussi son étude : « La “consultività” del Consiglio pastorale parrocchiale e del Consiglio per gli affari economici della parrocchia », Quaderni di Diritto ecclesiale 1 (1988), p. 60-65.
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[18]
Bon nombre des réflexions qui suivent ont déjà été exposées dans d’autres de mes écrits, notamment très récemment A. Borras, « La sinodalità come elaborazione congiunta delle decisioni », dans V. Di Pilato (éd.), Sinodalità e partecipazione. Il soggetto ecclesiale della missione, Roma, Città Nuova, 2023, p. 49-63, en particulier p. 57-63.
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[19]
Dans ce cas, pour que l’acte de consultation soit valide, le supérieur doit solliciter l’avis de tous (c. 127 § 1). En d’autres termes, il ne peut procéder de manière éclectique ou sélective ; c’est le groupe ou le collège en tant que tel qu’il doit solliciter. Lorsque, pour accomplir un acte, le supérieur doit demander l’avis d’individus, l’acte n’est pas valide s’il ne les entend pas (c. 127 § 2).
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[20]
L’Instruction rappelle que le synode diocésain n’est pas un collège doté d’une capacité de décision, c’est-à-dire d’un vote délibératif : ses votes ne sont pas destinés à atteindre un accord majoritaire contraignant, mais à vérifier le degré d’accord des membres du synode sur les propositions faites. Comme Presbyteri sacra ordinatione de 1970, l’Instruction explique le caractère « consultatif » par la liberté de l’évêque diocésain d’accepter ou non les opinions exprimées.
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[21]
<http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cbishops/documents/rc_con_cbishops_doc_20040222_apostolorum-successores_sp.html>. Le même 171 a ajouté à cet égard : « S’il en était besoin, l’évêque devra tout de suite montrer clairement que l’on ne peut jamais opposer le Synode à l’évêque en raison d’une prétendue représentation du peuple de Dieu ». Ceci est parfaitement compréhensible dans une perspective symbolique de la relation entre fidèles et pasteurs.
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[22]
Cf. M. Rondet, « Le discernement dans la vie de l’Église », Christus 179 (1998), p. 275-283, ici p. 280-283, sur les discernements que doit opérer la communauté comme telle, dans sa vie institutionnelle. L’auteur distingue le discernement des signes des temps, l’écoute de la foi des fidèles, l’attention aux prophètes, l’acceptation de la légitimité et de la diversité dans la reconnaissance d’un même Esprit au milieu de nos différences.
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[23]
Puisque le Code ne le prévoit pas encore, le droit particulier d’une Église locale devrait prévoir que, dans ses Conseils pastoraux, à l’écoute de tous, la communauté concernée et son pasteur élaborent la décision qu’il reviendra à ce dernier de prendre. L’établir déjà dans le droit particulier serait un premier rempart contre les dérives individualistes et autoritaires. Une assemblée « mixte » comme la Conférence ecclésiale amazonienne pourrait traduire dans son fonctionnement cette articulation entre les évêques et les autres membres, non évêques, pour le traitement conjoint, coniunctim, des questions qui doivent conduire à une décision : tout le processus d’élaboration inclut chacun avec une voix égale, et sur la base d’un avis concordant les évêques prennent la décision appropriée et en assumant la responsabilité de la mettre en œuvre, c’est-à-dire de l’insérer dans la communion ecclésiale. Cf. A. Borras, « La Conférence ecclésiale pour l’Amazonie, une institution synodale inédite », ETL 97 (2021), 223-292.
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[24]
Église et synode sont synonymes, comme l’a commenté Jean Chrysostome (Gr. ekklêsía synódou estìn ónôma, Exp. In Psalm, 149, 1 ; cf. PG 55, col. 493). Voir l’étude de S. Pié i Ninot, La sinodalitat eclesial. Ekklèsía suvódou estìn honoma (St Joan Crisòstom). Lliçó inaugural del curs acadèmic 1993-1994, Barcelone, éd. Facultat de Teologia de Catalunya, 1993 ; et son traité, Eclesiología. La sacramentalidad de la comunidad cristiana, coll. Lux mundi 86, Salamanque, Sígueme, 2007, p. 565-566.
La question de départ de cette étude reprend en substance la question posée en des termes similaires par l’Instrumentum laboris de juin 2023 rédigé en vue de l’Assemblée synodale d’octobre 2023. Curieusement le Rapport de synthèse de celle-ci n’y a pas apporté de réponse explicite. Pourtant sur le terrain, cette question est au cœur des préoccupations, sinon des difficultés qui tourmentent les pasteurs en même temps qu’elle reflète les attentes, sinon les revendications de fidèles exaspérés par la fonction consultative des Conseils d’Église. L’A. met en avant une compréhension symbolique et pneumatologique du corps ecclésial pour montrer le caractère problématique du « seulement consultatif », tantum consultivum. Les procédures décisionnelles doivent en effet articuler l’autorité pastorale et la communauté ecclésiale qui lui est confiée, la liberté de la première ne pouvant jamais faire fi de la synodalité intrinsèque de la seconde. L’exégèse du canon 127 § 2, 2° peut cependant ouvrir des perspectives d’évolution ecclésiologiquement plus cohérentes en assumant la distinction entre l’élaboration et la prise de décision, entre le decision-making et le decision-taking.
Mots-clés
- Synodalité
- Participation
- Décision
- Délibération
- Voix consultative
Mots-clés éditeurs : Décision, Délibération, Participation, Synodalité, Voix consultative
How can decision-making and procedures in the Church evolve in an authentically synodal way?
The initial question of this study is essentially the same as that posed in similar terms by the Instrumentum laboris in June 2023, drawn up in preparation for the Synodal Assembly of October 2023. Curiously, the Synodal Assembly’s Summary Report did not provide an explicit response to this question. Yet on the ground, this question is at the heart of the concerns, if not the difficulties, that torment pastors at the same time as it reflects the expectations, if not the demands, of the faithful exasperated by the consultative function of Church Councils. The A. puts forward a symbolic and pneumatological understanding of the ecclesial body to show the problematic nature of the « consultative only », tantum consultivum. Decision-making procedures must articulate the pastoral authority and the ecclesial community entrusted to it, since the freedom of the former can never disregard the intrinsic synodality of the latter. The exegesis of canon 127 § 2, 2° can, however, open up perspectives for development that is ecclesiologically more coherent by assuming the distinction between decision-making and decision-taking.
Keywords
- Synodality
- Participation
- Decision
- Deliberation
- Consultative voice
Mots-clés éditeurs : Consultative voice, Decision, Deliberation, Participation, Synodality