Un art apophatique
- Par Maria Zoubouli
Pages 183 à 197
Citer cet article
- ZOUBOULI, Maria,
- Zoubouli, Maria.
- Zoubouli, M.
https://doi.org/10.3917/nre.018.0183
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- Zoubouli, Maria.
- ZOUBOULI, Maria,
https://doi.org/10.3917/nre.018.0183
Notes
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[1]
Cet article a été écrit pour rendre hommage à André Guillou, qui a été mon professeur. Mais l’idée que je défends me vient de mon premier maître, Dimos Théos.
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[2]
Maurice de Gandillac, Œuvres complètes de Denis l’Aréopagite, Paris, Aubier, 1943.
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[3]
Ingunn Lunde, « A rhetoric of apophatism », in Hägg Henny Fiskå (dir.), Language and Negativity [Communications présentées au congrès tenu à Bergen en novembre 1997], Oslo, Novus press, 2000, p. 16.
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[4]
Τὸ ὑπὲρ ταῦτα νέφει κρύπτεται, τὴν σὴν διαφεῦγον ἀμβλυωπίαν, Grégoire de Nazianze, Discours XXIX, 8, PG 36, 84 C. Dans l’apophatisme de Grégoire, Christopher A. Beeley (Gregory of Nazianzus on the Trinity and the Knowledge of God, Oxford University Press, Oxford 2008, p. 90-113) voit une promotion de la foi comme unique moyen d’accession à la connaissance de dieu ; l’auteur semble de ce fait associer l’apophatisme de Grégoire à une sorte de passivité croyante, ce qui ne semble pas concorder toutefois avec la doctrine cappadocienne.
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[5]
Denys le pseudo-Aréopagite, Noms divins IV, 4, 697 B et s. Voir Ch. Trottmann, A. Vasiliu, Du visible à l’intelligible : lumière et ténèbres de l’Antiquité à la Renaissance, Paris, Honoré Champion, 2004, notamment les articles de Pascal Blanchard, « La Vie de Moïse et la théognosie selon Grégoire de Nysse », p. 327-343, et, de Ysabel de Andia, « L’entrée dans la ténèbre divine et le feu de l’esprit », p. 357-371.
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[6]
Pour un aperçu analytique de ces questions dans l’Orient chrétien, voir Marios Mpegzos, Διόνυσος και Διονύσιος. Ελληνισμός και Χριστιανισμός στην Συγκριτική Φιλοσοφία της θρησκείας (Dionysos et Dionysos. Hellénisme et christianisme au sein de la philosophie comparée des religions), Ellinika Grammata, Athènes 2000.
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[7]
Cf. Andrew Radde-Gallwitz, Basil of Caesarea, Gregory of Nyssa, and the transformation of divine simplicity, Oxford, Oxford University Press, 2009, p. 229 et note 10.
-
[8]
Grégoire de Nysse, Commentaire Cant. I, PG 776AB.
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[9]
Jacques Derrida, « Comment ne pas parler. Dénégations », Psyché, Inventions de l’autre, Paris, Galilée, 1987, p. 541.
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[10]
Jacques Derrida, Marges – de la philosophie, Paris, Minuit, 1976, p. 6.
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[11]
Voir par exemple son livre classique L’Univers dionysien. Structure hiérarchique du monde selon le Pseudo-Denys, Paris, 1983, p. 207, ainsi que l’article « De l’implication des méthodes théologiques chez le Pseudo-Denys », Revue d’ascétique et de mystique, 30 (1954), p. 268-274.
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[12]
Τraduction de Maurice de Gandillac dans l’édition de La Hiérarchie céleste par Gunther Heil, Sources chrétiennes 58 bis, Paris, Éditions du Cerf, 1958, p. 190-191.
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[13]
Voir Andrew Louth, « Truly visible things are manifest images of invisible things’ : Dionysius the areopagite on knowing the invisible », in Giselle de Nie, Karl F. Morrison, Marco Mostert (dir.), Seeing the Invisible in Late Antiquity and the Early Middle Ages, Brepols, Turnhout 2005, p. 15-24.
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[14]
Τraduction de Maurice de Gandillac dans l’édition de La Hiérarchie céleste par Gunther Heil, Sources Chrétiennes 58 bis, Paris, Éditions du Cerf, 1958, p. 83.
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[15]
Georges Didi-Huberman, Devant l’image. Question posée aux fins d’une histoire de l’art, Paris, Minuit, 1990, p. 220.
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[16]
Voir par exemple, pour ce qui concerne l’œuvre aréopagitique, Ysabel de Andia (dir.), Denys l’Aréopagite et sa postériorité en Orient et en Occident. Actes du Colloque International, Paris, 21-24 septembre 1994, Paris, Institut d’études augustiniennes, 1997.
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[17]
C’est une de nos thèses principales dans Maria Zoubouli, L’Image à Byzance. Une nouvelle lecture des textes anciens, Association Pierre Belon – Paris, De Boccard, 2013. Voir aussi Georges Zographidis, Βυζαντινή φιλοσοφία της εικόνας (Philosophie byzantine de l’image), Ellinika Grammata, Athènes, 1997.
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[18]
Henri Focillon, La Vie des formes, Paris, Puf, 1981.
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[19]
Hubert Damisch, « Un “outil” plastique : le nuage », Revue d’esthétique, 11, fasc. 1 et 2, janvier-juin 1958, p. 105.
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[20]
Nous empruntons ici les formules d’Erwin Panofsky, Essais d’iconologie, Paris, Gallimard, 1967, p. 13.
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[21]
C’est la brillante analyse de Bissera Pentcheva, Icons and Power : The Mother of God in Byzantium, Pennsylvania State University Press, 2006.
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[22]
Daniel Arasse, « Le tableau préféré », Histoires de peintures, Paris, Gallimard, 2007, p. 19-29 ; idem, « L’ange spectateur : La Madone Sixtine et Walter Benjamin », Traverses, 3 (1992), p. 8-19.
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[23]
Pour ce qui concerne les conditions historiques dans lesquelles cette œuvre a vu le jour, voir François-Anatole Gruyer, Les Vierges de Raphaël, vol. III, Paris, Librairie de Vve J. Renouard, 1869, p. 43-52.
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[24]
Giorgio Vasari, Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, traduction et édition critique sous la direction d’André Chastel, Paris, Berger-Levrault, 1981-1989, t. V, p. 224.
-
[25]
Sur la manière dont la nature et l’art interfèrent pendant la Renaissance italienne, voir Mary D. Garrard, Brunelleschi’s Egg : Nature, Art, and Gender in Renaissance Italy, University of California press, Berkeley 2010.
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[26]
Charles H. Carman, « Meanings of Perspective in the Renaissance : Tensions and Resolution », in John Shannon Hendrix and Charles H. Carman (dir.), Renaissance Theories of Vision, Burlington, Ashgate, Farnham, 2010, p. 41. Notons que l’importance de la perspective à l’époque de la Renaissance ne se limite pas à une manière symbolique d’appréhender le monde (Panofsky), mais aussi à un sérieux impact sur la science et la technologie à venir ; voir Samuel Y. Edgerton, The Mirror, the Window, and the Telescope : How Renaissance Linear Perspective Changed our Vision of the Universe, Ithaca (NY), Cornell University Press, 2009.
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[27]
Szakolczai Árpád, Sociology, Religion, and Grace : A Quest for the Renaissance, Londres,
Routledge, 2007, p. 281-282. -
[28]
Walter Mauro, « Le madonne nella nobiltà stilnovista », in C. Gizzi (dir.), Raffaello e Dante, Florence, Charta, 1992, p. 75-80.
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[29]
Kurt Weitzmann et al., Les Icônes, Paris, Nathan, 1982 ; Tania Velmans, « Peinture et mentalité à Byzance dans la seconde moitié du xii e siècle », Cahiers de civilisation médiévale, 22, 1979, p. 217-233 ; David Miller, « Legends of the icon of our lady of Vladimir : a study of the development of muscovite national consciousness », Speculum, 43/4, 1968, p. 657-670.
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[30]
Gilbert Dagron, « Frontières et marges : le jeu du sacré à Byzance », in La Romanité chrétienne en Orient : héritages et mutations, Londres, Variorum Reprints 1984, XII, p. 162.
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[31]
Voir Nicéphore, Antirrhétiques I, PG 100, col. 253 A - 256 A ; Théodore Stoudite, Epistola ad Platonem, PG 99, 501 B.
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[32]
Lorenzo Peña, « Au-delà de la coïncidence des opposés : Remarques sur la théologie copulative chez Nicolas de Cuse », Revue de théologie et de philosophie, 121, 1989, p. 72.
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[33]
Il s’agit d’une assertion typique de l’argumentation iconophile, exprimée catégoriquement sous forme de définition : Εἰκὼν μὲν οὖν ἐστιν ὁμοίωμα χαρακτηρίζον τὸ πρωτότυπον μετὰ τοῦ καί τινα διαφορὰν ἔχειν πρὸς αὐτό· οὐ γὰρ κατὰ πάντα ἡ εἰκὼν ὁμοιοῦται πρὸς τὸ ἀρχέτυπον. Jean Damascène, Logos apologitikos I, Bonifatius Kotter, Die schriften des Johannes von Damaskos III : Contra imaginum calumniatores orationes tres, Berlin, Walter De Gruyter, 19759, p. 83.
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[34]
Jean Daniélou, Platonisme et théologie mystique. Essai sur la doctrine spirituelle de Saint Grégoire de Nysse, Paris, Aubier, 1944, p. 303.
-
[35]
Voir les travaux de Marie-José Baudinet, « La relation iconique à Byzance … », p. 105-106 ; « L’incarnation, l’image, la voix », in Esprit, II, 1982, p. 188-199 ; L’Image naturelle, Paris, Le nouveau commerce, 1995, et surtout Image, icône, économie. Les sources byzantines de l’imaginaire contemporain, Paris, Seuil, 1996. Les thèses de l’auteur sont certainement les plus intéressantes parmi un nombre important d’options d’approche (d’ailleurs très inégales) de cet itinéraire de pensée. Voir aussi Ioannis Ziogas, Ο βυζαντινός Μάλεβιτς (Malévich byzantin), Athènes, Stachy, 2000.
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[36]
Georges Didi-Huberman, La Ressemblance informe ou le Gai-Savoir visuel selon Georges Bataille, Paris, Macula, 1995, p. 378.
-
[37]
Goetz Benoît, Colléony Jacques, « La question de la trace : extase, mémoire, vestige », Le Cahier du Collège international de philosophie 6 (octobre 1988), p. 174.
-
[38]
Jean Daniélou, Platonisme et théologie mystique. Essai sur la doctrine spirituelle de Saint Grégoire de Nysse, Paris, Aubier, 1944, p. 224.
-
[39]
Voir Jean-Claude Bonne, « Entre l’image et la matière : la choséité du sacré en Occident », in Jean-Marie Sansterre, Jean-Claude Schmitt, Les Images dans les sociétés médiévales : Pour une histoire comparée. Actes du colloque international organisé par l’Institut historique belge de Rome en collaboration avec l’École française de Rome et l’Université libre de Bruxelles, Rome, 19-20 juin 1998 (= Bulletin de l’Institut historique belge de Rome, 69, 1999), p. 77-111.
-
[40]
Henri-Charles Puech, « La ténèbre mystique chez le Pseudo-Denys l’Aréopagite et dans la tradition patristique », Études carmélitaines, 1938, p. 38.
-
[41]
Jeffrey Fisher, « The theology of dis/similarity : negation in Pseudo-Dionysius », The Journal of Religion, 81/4, 2001, p. 548.
-
[42]
Christian Guérard, « La théologie négative dans l’apophatisme grec », Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques, 68/2, 1984, p. 183-200.
-
[43]
Henri-Charles Puech, « La ténèbre mystique … », op. cit., p. 40.
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[44]
Théologie Mystique II, 1025AB, traduction par l’abbé Darboy (Œuvres de Saint Denys l’Aréopagite, Sagnier et Bray, Paris 1845, p. 465-477).
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[45]
John Jones, « Sculpting god : the logic of dionysian negative theology », Harvard Theological Review, 89/4, 1996, p. 361.
L’oxymore d’« art apophatique » nous sert ici pour envisager la spécificité de l’icône au-delà des mystifications dont elle fait souvent l’objet. L’art byzantin pourrait être entendu « en négations » par rapport à ce qui fut instauré comme principe esthétique à l’Occident depuis le temps de la Renaissance. En essayant de l’illustrer à travers cette juxtaposition, on constate toutefois que l’attitude « apophatique » loge au cœur de l’esthétique byzantine, conditionnant la vie des formes, ainsi que son socle théorique. On pourrait donc y reconnaître un aspect fondamental de l’icône, qui permet de mieux appréhender la civilisation qui l’engendre.
Apophatic art
Apophatic art
The oxymoron of “apophatic art” serves to make us consider the specificity of the icon beyond the mystification of which it is often the object. Byzantine art could be understood “in negations” compared to what was established as an aesthetic principle in the West since the Renaissance. By trying to illustrate it through this juxtaposition, we realize, however, that the “apophatic” attitude is found in the heart of Byzantine aesthetics, and defines the life of the forms, as well as its theoretical base. So it could be seen as a fundamental aspect of the icon, leading to a better understanding of the Byzantine culture.
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Date de mise en ligne : 21/06/2017
https://doi.org/10.3917/nre.018.0183