Article de revue

Le « remarquable » marché français du vin de Porto

Pages 37 à 58

Citer cet article


  • Baumert, P.
(2020). Le « remarquable » marché français du vin de Porto. Norois, 254(1), 37-58. https://doi.org/10.4000/norois.9608.

  • Baumert, Philippe.
« Le “remarquable” marché français du vin de Porto ». Norois, 2020/1 n° 254, 2020. p.37-58. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-norois-2020-1-page-37?lang=fr.

  • BAUMERT, Philippe,
2020. Le « remarquable » marché français du vin de Porto. Norois, 2020/1 n° 254, p.37-58. DOI : 10.4000/norois.9608. URL : https://shs.cairn.info/revue-norois-2020-1-page-37?lang=fr.

https://doi.org/10.4000/norois.9608


Notes

  • [1]
    Annuaire statistique 2017 de l’Institut des Vins de Porto et du Douro (IVDP).
  • [2]
    Annuaire statistique 2017 de l’IVDP.
  • [3]
    Nous avons fait le choix de ne pas redresser nos données statistiques en fonction des catégories socio-professionnelles. En effet, comme nous l’avons démontré dans nos travaux de recherche, « il apparaît bien que la classe sociale n’est plus, au milieu des années 2010, la variable explicative majeure susceptible de fournir les éléments nécessaires à la compréhension de pratiques de consommation de plus en plus diverses et que c’est bien plutôt l’analyse de la structure par âge [ainsi que le genre] qui permet[tent] d’identifier des différences significatives entre les consommateurs […] de vin de Porto » (Baumert, 2019).
  • [4]
    Annuaire statistique 2017 de l’IVDP.
  • [5]
    En 2016, d’après les données statistiques de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV), la France se situe en deuxième position dans le classement des pays consommateurs de vin (51,4 litres/habitant/an), juste derrière le Portugal (51,8 litres/habitant/an).
  • [6]
    Les catégories spéciales regroupent les vins de Porto suivants : Vintage, Late bottled vintage, vins de Porto avec indication d’âge, Colheita, Reserve et Crusted (Règlement no 36/2005, Journal de la République Portugaise no 95, 17 mai 2005). Elles ont pour la première fois été réglementées en 1973. Le choix sémantique de la dénomination s’explique par la volonté de ne pas discriminer les vins de Porto sans mention particulière, dont certains peuvent se révéler de bonne facture et être donc fort appréciés par le consommateur en raison d’un bon rapport qualité/prix. Par souci de clarté, nous retiendrons que ces catégories spéciales renvoient à des vins de Porto de grande qualité.
  • [7]
    Plus de la moitié des individus s’étant exprimés sur la question affirment avoir acheté leur Porto en supermarché (54 %) et y avoir consacré un budget compris entre 10 et 20 euros (60 %). Parmi les autres modes d’acquisition, on relève la forte part des achats chez les cavistes (34 %), des cadeaux (31 %) et des achats directement au Portugal (19 %).
  • [8]
    Cocktail à base de vin de Porto, de Cognac, de sirop de canne, d’œuf, de cannelle et de noix de muscade.
  • [9]
    Apéritif à base de vin doux naturel, d’épices et de quinquina, initialement commercialisé par la maison Violet (Thuir, Roussillon). À la fin des années 1930, les ventes de Byrrh atteignirent près de 40 millions de bouteilles.
  • [10]
    Annuaires statistiques de l’IVP, Institut National de la Statistique Portugaise (INE).
  • [11]
    Annuaires statistiques 1925 / 1935 de l’Institut du Vin de Porto (IVP).
  • [12]
    Archives de l’IVP.
  • [13]
    Dans les années 1930, la moyenne des volumes de Porto ayant été commercialisés sur le marché britannique avoisinait les 200 000 hectolitres. Alors que plus de 100 000 hectolitres étaient commercialisés sur ce marché au tout début des années 1950, c’est à peine plus de 60 000 hectolitres qui le sont à la fin des années 1960, soit une diminution des volumes commercialisés de l’ordre de 40 % au cours de la décennie considérée dont la caractéristique est d’avoir enregistré de très grandes fluctuations en termes de commercialisation. On est alors très loin des volumes commercialisés au début de la Seconde Guerre mondiale (dépassant les 240 000 hectolitres en 1938 et 1939).
  • [14]
    En 1963, 85 222 hectolitres furent commercialisés sur le marché français.
  • [15]
    La promotion d’un produit alimentaire renvoie non seulement aux actions d’information mais aussi aux actions d’éducation menées sur le produit considéré. Envisagée à l’échelle internationale, une telle promotion a pour objectif l’acquisition d’un ou plusieurs marché(s) et/ou la sécurisation des ventes au sein du ou des marché(s) considéré(s). Elle permet également de valoriser le terroir de production et, plus généralement, l’image du pays dont le produit alimentaire est issu.
  • [16]
    Les campagnes à caractère strictement publicitaire ont pour unique objectif de faire connaître un produit afin de stimuler les ventes, quel que soit le niveau de connaissance du consommateur sur le produit en question.
  • [17]
    Cette même agence avait en effet aussi été choisie par le groupe portugais Intermarco pour organiser les actions de promotion des produits portugais en France.
  • [18]
    L’actuel Institut des Vins du Douro et de Porto (IVDP), institut public ayant succédé en 2003 à l’Institut des Vins de Porto (IVP, créé en 1933), est l’institution qui assure le contrôle, la certification, la régulation, la défense, la protection et la promotion des dénominations d’origines contrôlées (DOC) Douro et Porto ainsi que des indications d’origines protégées (IGP) duriense de la Région Délimitée du Douro.
  • [19]
    Ces deux catégories d’acteurs ont notamment permis de consolider le marché français du Porto en diversifiant l’offre sur celui-ci par l’insertion de ce vin généreux portugais dans leurs circuits de distribution respectifs.
  • [20]
    Cette hypothèse est renforcée, d’une part, par le fait que près du tiers des individus français ayant répondu à notre enquête indiquent avoir reçu en cadeau le vin de Porto possédé et, d’autre part, par le fait que l’analyse des questions ouvertes de notre enquête révèle que plusieurs Français déclarent s’être fait offrir du Porto (fort probablement, la plupart du temps, des tawnys étant donné le profil du consommateur portugais de cette époque) par des amis portugais mais aussi avoir été conseillés par des Portugais pour l’achat de ce vin (nous n’indiquons ici aucune statistique, car elle ne serait pas représentative étant donné le caractère non obligatoire des questions ouvertes de notre questionnaire, ceci ne nous empêchant pas pour autant de constater une tendance).
  • [21]
    Avec la crise du phylloxéra et l’essor des vignobles méridionaux du Portugal dans le dernier tiers du xixe siècle, les vins produits dans le sud du pays (à un coût moindre) détrônèrent les vins du Douro dans la métropole portuense et, de manière générale, dans le nord du Portugal. D’où le choix des producteurs de se concentrer de plus en plus sur la production massive de Porto qui, lui, pouvait trouver des débouchés à l’international. En ce sens, les exportations de Porto de qualité moyenne (voire médiocre) vers le marché français, nécessaires afin d’éviter les crises de surproduction, trouvent leurs origines dès la fin du xixe siècle.
  • [22]
    Nous retenons ici notamment : [1] la campagne de l’IVP de 1994-1996 en faveur des catégories spéciales ciblant la sensibilisation / formation d’une dizaine de grands chefs français et d’une centaine de cavistes ; [2] le partenariat signé en 2003 par l’IVDP avec le Ministère de l’Éducation Nationale (partenariat toujours en vigueur en 2020) afin de former les élèves des lycées hôteliers français à ce vin généreux.
  • [23]
    Profil du consommateur : homme de 28 ans habitant La Rochelle (Charente-Maritime, Nouvelle-Aquitaine) appartenant à la catégorie des cadres et professions intellectuelles supérieures, consommant du Porto en famille, avec des amis et/ou des collègues dans le cadre de l’espace domestique (consommation rare, essentiellement en apéritif ou en sauce). Période de la réponse : janvier 2015.
  • [24]
    Profil du consommateur : homme de 25 ans habitant en Bretagne appartenant à la catégorie des cadres et professions intellectuelles supérieures, consommant essentiellement du Porto en famille dans le cadre de l’espace domestique lors des fêtes religieuses (consommation peu fréquente, en apéritif). Période de la réponse : janvier 2015.
  • [25]
    Profil du consommateur : homme de 55 ans habitant Les Lilas (Seine-Saint-Denis, Île-de-France) appartenant à la catégorie des cadres et professions intellectuelles supérieures, consommant essentiellement du Porto en famille dans le cadre de l’espace domestique (consommation peu fréquente). Période de la réponse : mai 2015.
  • [26]
    Profil du consommateur : femme de 27 ans habitant et étudiant à Bordeaux (Gironde, Nouvelle-Aquitaine), consommant essentiellement du Porto dans le cadre de l’espace domestique (consommation rare, en apéritif ou en entrée). Période de la réponse : janvier 2015.
  • [27]
    Le caractère relativement peu informé des consommateurs français vis-à-vis du vin de Porto avait déjà été montré par François Guichard en 1992 lors de la publication de sa thèse consacrée à la ville de Porto. Un quart de siècle plus tard, le constat est identique.
  • [28]
    Même si le négoce produit bien évidemment des vins de terroirs d’une fort belle complexité et qu’il ne faut ainsi, en aucun cas, associer exclusivement la qualité aux petits producteurs-embouteilleurs. L’évolution juridique de 1986 apporte toutefois assurément une réelle plus-value en matière d’image pour le vin de Porto.
Français

En 2017, la France est le premier marché d’exportation du vin de Porto. Si ce marché peut être considéré comme exceptionnel du point de vue des volumes commercialisés – près de 190 000 hectolitres, soit très loin devant les marchés néerlandais (≈ 110 000 hectolitres) et britannique (≈ 90 000 hectolitres) –, les deux principales caractéristiques qui en font véritablement un marché à part – donc remarquable au sens strict – tiennent surtout aux modalités de sa croissance et à sa structure. En effet, ce marché a connu une très forte croissance au xxe siècle qui lui a permis de détrôner en un temps record l’historique client du vin de Porto, l’Angleterre, dès 1963. Pour autant, et paradoxalement pour un grand pays viti-vinicole comme la France, ne circulent sur ce marché que de très rares bouteilles de vins de Porto de grande qualité. Cet article cherche à comprendre l’émergence et le caractère original du marché français tout en s’interrogeant sur son avenir dans le cadre d’une « nouvelle planète des vins » (Pitte, 2000) « en mouvement » (Velasco-Graciet, 2009).

  • géographie
  • mondialisation
  • vignoble
  • consommation
  • marché français
  • vin de Porto

Mots-clés éditeurs : consommation, géographie, marché français, mondialisation, vignoble, vin de Porto


English

The “remarkable” French Port wine market

In 2017, France is the leading export market for Port wine. Though it is exceptional in terms of traded volumes – nearly 190,000 hectoliters, far ahead of the Dutch (≈ 110,000 hectoliters) and British (≈ 90,000 hectoliters) markets –, this market distinguishes itself – and, therefore, is remarkable – by its growth pattern and by its structure. Indeed, the French Port market has shown very steep growth in the 20th century, unseating England, Portugal’s main historic customer, in 1963. However, although France is known for its great wine production, very few bottles of high quality Port wine circulate in this market. This article seeks to understand the emergence and originality of the French market while questioning its future in the framework of a « new planet of wines » (Pitte, 2000) « in motion » (Velasco-Graciet, 2009).

  • geography
  • globalization
  • vineyard
  • consumption
  • French market
  • port wine

Mots-clés éditeurs : consumption, French market, geography, globalization, port wine, vineyard


Date de mise en ligne : 16/07/2020

https://doi.org/10.4000/norois.9608

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