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Article de revue

Multitudes Icônes versus Documenta Magazine

Pages 129 à 132

Citer cet article


  • Alliez, É.
  • et Zapperi, G.
(2007). Multitudes Icônes versus Documenta Magazine. Multitudes, 30(3), 129-132. https://doi.org/10.3917/mult.030.0129.

  • Alliez, Éric.
  • et al.
« Multitudes Icônes versus Documenta Magazine ». Multitudes, 2007/3 n° 30, 2007. p.129-132. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-multitudes-2007-3-page-129?lang=fr.

  • ALLIEZ, Éric
  • et ZAPPERI, Giovanna,
2007. Multitudes Icônes versus Documenta Magazine. Multitudes, 2007/3 n° 30, p.129-132. DOI : 10.3917/mult.030.0129. URL : https://shs.cairn.info/revue-multitudes-2007-3-page-129?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/mult.030.0129


Notes

  • [1]
    Célébration ô combien justifiée par l’intégration de la D12 dans le « Grand Tour » esthétique de l’été 2007. Supposé conduire le jet-visiteur de l’ouverture de la Biennale de Venise à la Foire de Bâle, puis à Münster et Kassel, le « Grand Tour » est surtout destiné à orienter le visiteur-touriste dans la nouvelle économie culturelle du « glob’art » dont la Documenta est désormais une pièce essentielle.
  • [2]
    Ainsi que nous le confiait Peter Osborne, directeur de publication de Radical Philosophy, de retour de l’ouverture de D12.
  • [3]
    Sans autre commentaire, on reproduira ici les lignes d’ouverture, signées par R. M. Buergel, de l’Éditorial du volume Education : « What is to be done ? Artists educate themselves by working through form and subject matter ; audiences educate themselves by experiencing things aesthetically »…

1Le site Multitudes-Icônes (http://multitudes-icones.samizdat.net) a été présenté à la Documenta 12 et lancé à l’occasion du workshop organisé par la revue (Kassel, Documenta Halle, 25-28 juin 2007), avec des interventions de Benoît Durandin, Marika Dermineur, Maurizio Lazzarato, Yann Moulier Boutang, Éric Alliez, Giovanna Zapperi, Brian Holmes, Renée Green et Société Réaliste.

2Multitudes-Icônes comprend à ce jour trois volets formés par le contre-projet imaginé en réponse à l’invitation de Documenta Magazine ; un projet de résidences d’artistes, conviant des artistes à produire un travail spécifique ; les archives des textes et dossiers Icônes (projets d’artistes ou sur des artistes, que ceux-ci sont invités à réactualiser ou à « réanimer ») publiés par la revue depuis sa création en mars 2000 et axés sur la remise en jeu des rapports entre esthétique et politique, auxquels on a ajouté un certain nombre d’articles pouvant servir à la problématisation du champ esthétique comme tel.

3Avec une centaine d’autres revues, Multitudes avait été invitée par les organisateurs de la Documenta 12 à répondre aux trois questions / leitmotive officiels de l’exposition (« Is modernity our antiquity ? », « What is Bare Life ? » et « What is to be done ? ») — et à publier (dans Multitudes) un dossier ainsi constitué à en-tête de la Documenta. C’est en réponse à cette invitation que nous avons lancé sur un site Web autonome le contre-projet intitulé « Critique et clinique de la Documenta » (voir Multitudes n° 29, juin 2007). Les trois questions y sont reformulées (c’est-à-dire déformées et forcées dans leur aspect « cliché ») pour être ré-adressées, ainsi détournées, à près de trois cents artistes auxquels il était demandé d’intégrer dans leurs réponses l’incidence éventuelle de leur position quant à leur participation ou non-participation à l’exposition. L’ensemble des réponses (dont on présente dans ce Dossier une sélection largement tributaire des contraintes techniques de la revue papier) compose une multiplicité de points de vue alternatifs, humoristiques ou ironiques, qui se donnent à lire et à voir comme autant de perspectives critiques et cliniques sur les thèmes de la Documenta — mais aussi, comment non, eu égard à la Documenta elle-même.

4Fondé sur le principe d’une « éthique de la coexistence » entre des œuvres réduites à la « migration de la forme » (Roger M. Buergel, directeur artistique de la Documenta 12), le dispositif de décontextualisation muséographique adopté au profit de la célébration d’un plaisir esthétique pur[1] allait en effet faire fonctionner les trois leitmotive affichés comme des leurres participant d’une esthétique relationnelle au second degré. En ce remix planétaire de l’« univers des formes » converti en libre circulation des « formes de vie », les années 60 et 70 font office d’inévitable paravent pour un néo-modernisme à ambition multiculturelle qui a appris à internaliser la critique de la tradition (mâle-blanche) héritée du modernisme autant que la « critique » tout court. Par appropriation des externalités positives (les revues) et intégration de facto de leurs productions (les documents) dans un syntagme essentiellement formaliste, celui de l’exposition, Documenta Magazine peut ainsi offrir à la Documenta 12, et aux moindres coûts, un triple simulacre de catalogue en N° 1 Modernity ? N° 2 Life ! N° 3 Education : (Éd. Taschen). L’omniprésence de la « femme artiste » (Ruth Vollmer, Mira Schendel, Mária Bartuszová, Nasreen Mohamedi, Lee Lozano, Zoe Leonard, Valie Export, Charlotte Posenenske, Alejandra Riera…) y éclipse totalement la critique féministe du monde-de-l’art, tandis qu’in situ la valeur d’exposition de l’art non occidental renoue avec l’anthropologisation auratique des années 40.

5Parodie de l’exposition comme medium universel où le commissaire joue à l’artiste global et le critique au médiateur culturel, l’agencement des réponses dans l’espace du site se présente comme un dispositif ouvert qui permet de réticuler chaque réponse à d’autres, de façon à composer des interventions hybrides, transformant chaque usager en curator-artiste d’une autre Documenta, moins imaginaire que virtuelle-réelle. Si le projet « Critique et clinique de la Documenta » parasite de la sorte les « tableaux curatoriaux » de l’exposition de Kassel (selon l’expression de Georg Schöllhammer, maître d’œuvre de Documenta Magazine) et la fonction globalitaire du commissaire-scénographe qui lui est associé, il s’attaque aussi à la séparation entre « théorie » et « pratique » imposée par D12 avec l’absence de toute espèce de rapport des magazines à l’exposition. Dans ce contexte (où Documenta Magazine s’annonçait dès l’origine comme un leurre relationnel — ou un simple wash-out[2] — plus que comme une zone d’autonomie temporaire…) et pour son ouverture, l’espace Résidence du site se devait de relayer à la fois le contre-projet de Multitudes et le workshop de la revue, qui s’est essayé à produire un agencement collectif mêlant interventions politiques, analyses théoriques et pratiques artistiques. Trois expositions virtuelles y sont présentées en réponse aux trois leitmotive de la Documenta, qu’elles contre-documentent en toute autonomie… Les travaux de John Beech, Birgit Jürgenssen et de Société Réaliste investissent ainsi respectivement les notions de Modernité, de Vie nue et d’Éducation [3].


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Date de mise en ligne : 19/10/2007

https://doi.org/10.3917/mult.030.0129