We need Jacques Derrida ou L'Amérique derridienne : politiques de la déconstruction
- Par François Cusset
Pages 136 à 140
Citer cet article
- CUSSET, François,
- Cusset, François.
- Cusset, F.
https://doi.org/10.3917/mouv.041.0136
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- CUSSET, François,
https://doi.org/10.3917/mouv.041.0136
Notes
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[*]
Écrivain, historien des idées.
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[1]
J. Derrida, « La structure, le signe et le jeu dans le discours des sciences humaines », repris in L’écriture et la différence, Points Seuil, 1979 [1967], pp. 427-428.
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[2]
G. C. Spivak, « Translator’s Preface », in J. Derrida, Of Grammatology, The Johns Hopkins University Press, Baltimore, 1976.
-
[3]
Cf. H. Bloom, P. de Man, J. Derrida, G. Hartmann et J. H. Miller, Deconstruction and Criticism, Seabury Press, New York, 1979.
-
[4]
Comme dans l’essai de H. Bhabha, Nation and Narration, Routledge, New York, 1990.
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[5]
Cf. J. Derrida, L’Université sans condition, Galilée, 2001.
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[6]
Notamment dans le recueil de M. Sprinker (dir.), Ghostly Demarcations. A Symposium on Jacques Derrida, Verso, Londres, 1999.
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[7]
J. Derrida, Marx & Sons, Actuel Marx/Presses universitaires de France/Galilée, 2002.
-
[8]
G. Deleuze, « La honte et la gloire : T. E. Lawrence », in Critique et clinique, Minuit, 1993.
-
[9]
V. Descombes, Le Même et l’autre. Quarante-cinq ans de philosophie française (1933-1978), Minuit, 1979, p. 177.
1 C’est aux États-Unis que l’œuvre profuse de Jacques Derrida a rencontré, non sans conflit, l’héritage marxiste et les politiques post-marxistes, identitaires ou multiculturelles. Le détour par le chaudron universitaire et les discours contestataires nord-américains a ainsi fait de la déconstruction, et de son ontologie négative, une démarche pratique et politique.
2 La destinée américaine de Jacques Derrida relève elle-même d’un paradoxe derridien – si bien qu’à force de surprises, il avait fini par faire du phénomène de son succès aux États-Unis une question théorique à part entière. Qu’une œuvre aussi difficile puisse se trouver empaquetée en bande-dessinées ou en manuels de premier cycle universitaire, qu’une exploration aussi exigeante des apories et des ambiguïtés du discours philosophique ait pu y devenir une méthode d’interprétation de tous les produits culturels, que ses spéculations les plus minutieuses sur tel sous-texte littéraire ou telle clausule philosophique aient inspiré directement militants ethniques ou féministes, démontre en effet, par le menu, quelques-unes des hypothèses majeures de la déconstruction : un auteur n’est en rien propriétaire de son œuvre, le sens d’un texte n’est jamais fixé, et l’un comme l’autre n’accomplissent pleinement que les disséminations du texte, les circulations aléatoires de ses signifiants. L’objet est son transport, en quelque sorte, qui en garantit la puissance métamorphique. Car dans son inventivité pratique, sa logique de l’usage et du marché, l’Amérique des grands campus et de l’édition de sciences humaines a produit en trois décennies un Derrida que ne reconnaîtraient pas (et ne reconnaissent toujours pas) ses exégètes français : des sites web d’étudiants consacrés à son obscur Glas (le double commentaire hermétique par Derrida de Hegel et Jean Genet), des introductions ludiques « en quatre-vingt-dix minutes » ou, « dans une coquille » (in a nutshell) à cette œuvre de plus de cent livres, les aventures en feuilletons d’un super-héros maléfique nommé Doctor Deconstructo, et surtout l’application directe, transitive jusqu’à la naïveté, de la démarche déconstructive aux objets culturels les plus canoniques comme aux plus anodins – déconstruire le repas à trois plats pour son sacrifice des saveurs sur l’autel des rituels bourgeois, déconstruire le prêt-à-porter en proposant un costume sport « emphatique » et sa veste « déconstruite », déconstruire l’opéra wagnérien en y décelant une autodérision involontaire du romantisme, déconstruire l’écologie et sa conception figée du paysage pour lui préférer les joies de Las Vegas ou du chaos urbain, déconstruire le dénommé Harry et ses névroses new-yorkaises comme l’a fait Woody Allen en 1997 (avec un film éponyme dont le titre français fut Harry dans tous ses états), et déconstruire le Temps ou la Vie eux-mêmes au fil de petits recueils d’aphorismes assez courus pour être alignés près des caisses des grandes librairies du pays. Sans compter qu’un usage aussi large, et aussi volontaire (là où l’intéressé n’a cessé de répéter qu’on ne choisit jamais de déconstruire), de ce concept originellement heideggerien de « déconstruction » a déchaîné les foudres des humanistes classiques et des néo-conservateurs des années quatre-vingt (ceux dont s’inspire la Maison-Blanche d’aujourd’hui), qui ont vu en Derrida les périls de la décadence morale et du relativisme culturel terminal. En un sens, ni les militants de la minorité radicale ni les maîtres-penseurs des faucons de Washington ne seraient ce qu’ils sont sans la folie Derrida qui s’est emparée des États-Unis au tournant des années quatre-vingt – aubaine pour ceux-là, repoussoir idéal pour ceux-ci, mais incontournable pour tous.
3 Le paradoxe fonctionne ici à tous les étages. Celui qui a su inquiéter à ce point la langue philosophique, défamiliariser jusqu’au français de nos classiques en se jouant de chaque mot, se trouve traduit, cité et disséqué comme si rien n’était plus facilement communicable, de tous les jargons de spécialistes, que la lingua derridiana. Celui qui a voué toute sa vie une passion au secret, comme thème et comme éthique, à ce reste illisible toujours présent à même le signe (et non derrière lui) est devenu sur le marché si concurrentiel de l’innovation théorique universitaire le produit le plus rentable, le plus opératoire, doté du taux de profit symbolique le plus élevé. Et celui qu’une vigilance sans faille avait prémuni contre les illusions de l’héritage et les lourdeurs, naturalistes ou notariales, de la transmission a fait plus d’émules aux États-Unis qu’aucun autre penseur majeur depuis un demi-siècle – Drucilla Cornell, Peggy Kamuf, Judith Butler, Gayatri Spivak, Soshana Felman, Christopher Norris, Ashock Kam, Geoffrey Bennington, Tom Cohen, J. Hillis Miller et bien sûr son aîné Paul de Man, pour ne citer que les plus féconds, ceux qu’une « fidélité infidèle » a permis de prolonger sur leur terrain propre l’entreprise derridienne, au lieu comme d’autres de la mimer servilement. La présence sur place de Derrida, chaleureuse et régulière, chaque année depuis sa bourse à Harvard en 1958 (l’année de son mariage et de son travail sur L’origine de la géométrie de Husserl) n’a pas peu contribué à cette aura américaine, par les réseaux de textes et d’amis, les coïncidences et les convergences qu’elle a permis d’y entretenir, saison après saison. Mais c’est bien sûr l’importation des textes eux-mêmes qui présida à ce phénomène de transfert intellectuel sans précédent, dont on peut rappeler à grands traits les principales étapes chronologiques.
• Convergence plus qu’influence
4 En octobre 1966, invité avec dix autres penseurs français par l’université Johns Hopkins pour y présenter aux Américains le structuralisme qui triomphe alors en Europe, il livre à 35 ans une communication qui fera date (et de l’ombre aux interventions des invités de marque, de Barthes à Lacan) : sa critique des pensées de la structure et de leurs résidus humanistes (ou de leur « nostalgie de la présence »), et son appel au contraire à l’affirmation d’un « jeu, [d’un] monde de signes sans faute, sans vérité, sans origine [1] » convainquent les plus lucides des auditeurs américains qu’ils viennent d’assister en direct à la naissance du « post-structuralisme » – plus labile, plus ludique, plus sceptique, plus politique aussi, moins scientifique en tout cas que son prédécesseur structuraliste, mieux adapté en un mot à cette foire d’empoigne intellectuelle que va devenir quelques années plus tard, au cœur de l’université américaine, le champ dit des « humanités ». En 1976, c’est la sortie en anglais de De la grammatologie, traduit et longuement préfacé par une jeune enseignante indienne immigrée, Gayatri Spivak [2], laquelle, non contente de révéler aux premiers lecteurs de Derrida outre-Atlantique les enjeux formidables de cette pensée de « l’impossible coïncidence de soi à soi », fera bientôt le pont entre la déconstruction et deux champs de bataille théorico-politiques majeurs des années quatre-vingt, le débat féministe et l’arène post-colonialiste. Mais en attendant, les séminaires sur Hegel ou Rousseau que Derrida tient à Cornell et surtout à Yale y révolutionnent la théorie littéraire, généralisant la micro-lecture (close reading) des glissements de sens et des textes à strates multiples et inspirant le travail de quatre critiques prestigieux réunis sous le label de « l’école de Yale » – le dixneuviémiste J. Hillis Miller, le phénoménologue Geoffrey Hartmann, le shakespearien (bientôt grand détracteur des nouveaux « barbares » des campus) Harold Bloom et ce penseur majeur de l’allégorie et de l’abîme textuel que fut l’austère Paul de Man [3]. Mais parce que ces quatre œuvres s’élaborent dès avant l’importation américaine de Derrida et parce que celle-ci est facilitée par la prégnance de la tradition théorique déjà ancienne dite du « New Criticism » (démarche anti-psychologique et anti-référentielle en critique littéraire développée dans les années quarante), c’est moins à une influence à sens unique de Derrida sur le champ littéraire qu’on a alors affaire qu’à une véritable convergence de courants complémentaires sur les deux rives de l’Atlantique. La théorisation de l’écriture comme différance, l’érosion des bases herméneutiques de la discipline littéraire, l’affirmation d’un continuum du texte littéraire à son commentaire (et de la fiction à la théorie) et, contre les logiques de l’intention et de la représentation, le principe d’une autonomie de fonctionnement du système textuel, telles sont les grandes hypothèses que ces passeurs américains empruntent à Derrida pour les brancher sur des traditions critiques plus américaines et développer ainsi, sous le nom de « déconstructionnisme », une version locale du projet derridien, moins philosophique que littéraire, et moins attachée à la question elle-même de l’écriture qu’à l’obsession en aval pour l’énigme de la lecture, ses horizons d’attente, sa polysémie en acte, ses enjeux politiques et identitaires.
5 De fait, parallèlement à son impact sur la théorie littéraire et l’exégèse des grands canons, la déconstruction derridienne se trouve cooptée, au fil des années quatre-vingt, dans les grandes institutions du champ littéraire (comme la toute-puissante MLA), ou les nouveaux centres d’études interdisciplinaires, par les tenants du discours identitaire et des études minoritaires. Les féministes y puisent les arguments d’une lutte à mort contre le « phallogocentrisme ». Les critiques gay puis queer y cueillent de quoi invalider les normes de genre et les dualismes sexuels. Les théoriciens post-coloniaux y trouvent les ingrédients d’une théorie de l’identité diasporique et de la « dissémi-Nation » culturelle [4]. Et les chantres des littératures afro-américaines ou hispano-frontalières y débusquent, de leur côté, l’antidote contre l’impérialisme occidental « blanc » mais aussi contre la fixation identitaire. Si bien qu’au cours des années quatre-vingt-dix, associée désormais à une critique de l’identité (ou à tous les courants post-identitaires) et à une pensée de l’étrangeté du/au langage, l’œuvre derridienne étend encore son emprise sur la vie intellectuelle américaine, où elle figure un germe infectieux empêchant tout savoir constitué ou toute lutte irréfléchie de « penser en rond ». C’est la décennie où les critiques radicaux du droit dénoncent l’universalisme abstrait et la violence « phonocentrique » des procédures juridiques (qui se fondent sur une parole souvent soutirée et un sujet cohérent postulé), en s’inspirant de la déconstruction proposée par Derrida de la Déclaration d’indépendance ou de ses thèses sur Kafka et la violence performative du droit dans Force de loi ; la décennie aussi où des architectes en vogue d’un genre nouveau (plus théoriciens que praticiens, de Peter Eisenmann à Bernard Tschumi) promeuvent le bâtiment « intotalisable » et le plan « déconstruit » ; la décennie même où de jeunes théologiens avides de contrer l’objectivisme scientifique et le rationalisme des Lumières (sources selon eux du déclin de la foi) appuient sur la référence à Derrida leur doctrine de « l’errance nécessaire » et leur appel au « postmodernisme évangélique » ; la décennie enfin où, après les polémiques acerbes des années quatre-vingt, l’œuvre derridienne vient alimenter en profondeur un méta-discours profus de l’université américaine sur ses pratiques et sa pédagogie, éloge de « l’université sans condition [5] » ou critique du « logocentrisme professoral ». C’est enfin la décennie où, aux confins de l’université et d’une nouvelle contre-culture, les pionniers de l’Internet ou même de la musique électronique piochent chez Derrida les jalons d’une pensée modulaire, d’une théorie de l’hypertexte et de la dissémination, de la citation et de sa combinatoire qui font ainsi du philosophe français le génial précurseur, à son corps défendant, des mutations technologiques de cette fin de siècle. Par-delà la diversité des discours et des savoirs concernés, le fil rouge qui court au long de trois décennies de « déconstruction américaine » est celui d’un usage militant, offensif, d’autant plus politique qu’il sera fragmentaire, de textes et de concepts qui relevaient pourtant à l’origine d’une contre-ontologie textuelle fort peu maniable politiquement.
• Un dialogue souterrain avec tous les marxismes
6 Ainsi, c’est en deux points névralgiques de son programme théorique que la déconstruction, depuis ses premières armes américaines, n’a cessé de s’expliquer souterrainement avec Marx et les divers marxismes – même si un tel débat, sous la forme d’un affrontement sévère, a attendu l’événement Spectres de Marx (1993), et la réflexion de Derrida sur une « spectralité » de la promesse émancipatoire, pour se manifester au grand jour. D’un côté, en effet, le rôle dévolu à la pensée derridienne de fécondation théorique des discours identitaires et minoritaires lui a valu les reproches de la gauche radicale et de la vieille critique sociale américaines, qui lui reprochent d’avoir contribué à l’atomisation des luttes, à la territorialisation des agendas, à l’égoïsme des revendications particulières – quand bien même on ne saurait imputer à un corps de textes ses effets sur ses lointains lecteurs. D’autre part, l’hyper-constructionnisme tiré des grands traités du premier Derrida, pour analyser chaque être (texte ou communauté, sujet politique ou sujet grammatical) comme l’effet d’un glissement, d’un événement continu, d’une fixation impossible de ses composantes, et non comme une essence ou une identité historiquement assignable, se heurte frontalement au matérialisme dialectique en venant éroder les contours ininterrogés des grandes rubriques de l’analyse marxiste – classes, groupes sociaux, sujets historiques, nations ou dominants. C’est ce dont témoignèrent, derrière leurs aspects de règlement de compte intra-universitaire, les débats suscités par Spectres de Marx, auquel les marxistes anglo-saxons (même les plus indulgents envers Derrida, de Fredric Jameson à Stanley Aronowitz) réagirent en reprochant à l’auteur et à son « hantologie » de dématérialiser Marx [6] – avant que l’intéressé ne rétorque à son tour, avec Marx & Sons, en brocardant les réflexes de propriétaires conceptuels et de famille sectaire des intellectuels marxistes officiels [7]. Reste qu’à rebours du champ universitaire anglo-saxon, organisé depuis plusieurs décennies autour d’une polarisation entre marxistes et « postmodernistes », c’est bien une alliance de la déconstruction et d’un marxisme hétérodoxe, un alliage inédit d’éthique constructionniste et de critique sociale, qui est venu renouveler la pensée politique hors d’Occident – de l’Inde, où sont nées les « subaltern studies », au Japon où s’est déployée toute une critique du « capitalisme infantile », et bien sûr à l’Amérique latine, où déconstruction et micropolitiques ont permis d’affiner le dogme marxiste-léniniste longtemps dominant dans les universités andines. Tout se passe comme si la vigilance derridienne contre les « signifiants régulateurs » et « l’impérialisme discursif » de la philosophie politique occidentale, de Rousseau à Marx, avait permis (aux côtés d’autres influences, de Foucault à Gramsci) de développer dans ces pays des formes de réflexion originales en partie libérées de l’hégémonie conceptuelle occidentale. Et tout se passe comme si les perspectives mêmes que dénoncent chez Derrida les preux chevaliers du marxisme occidental logiques de la promesse, de la rémanence spectrale, ou de l’hospitalité inconditionnelle – parce qu’elles éloigneraient du hic et nunc des luttes politiques – se trouvaient soudain autrement opératoires dans le monde en développement, où la démocratie ne saurait être que promesse, où le caractère spectral du projet émancipatoire (de Toussaint-Louverture aux théologies de la libération) n’est pas une vaine métaphore, et où les tensions Nord-Sud issues du contexte post-colonial sont des facteurs politiques autrement déterminants.
7 En fin de compte, la différence qui seule compte dans le rapport étranger à Derrida et à ses possibles politiques, à New York comme à Mexico, à Yale comme à Calcutta, est celle qui continue de séparer déconstruction du politique et politique de la déconstruction : celle-là, d’essence textualiste, désamorce les énergies protestataires en interrogeant la validité même du lexique mobilisateur sans autre fin que l’ivresse du méta-commentaire tandis que celle-ci, empruntant à Derrida pour l’emmener ailleurs, le scindant de son contexte propre au risque d’une lecture partielle (et partiale), tire les plus fortes hypothèses derridiennes vers la pragmatique des usages et à l’éthique des luttes sociales. Si, au vu des plus fidèles exégètes de Derrida, politiser ainsi reviendrait à trahir, reste à rappeler, comme avait su le faire Gilles Deleuze à propos de T. E. Lawrence [8], les vertus de la traîtrise, de la trahison, du malentendu créateur. « La déconstruction est-elle un tyrannicide, […] ou est-elle un jeu ? », demandait Vincent Descombes en 1979, avant de conclure que c’est la réponse à cette question-là qui est proprement « indécidable [9] «. Au-delà des simplifications mimétiques et des logiques du marché des discours, le génie américain aura été de montrer, comme le font aujourd’hui des derridiens des antipodes, que cette question elle-même ne relève pas de l’interprétation – mais des choix éthiques et des pratiques théoriques qui sont ceux de chaque lecteur, qu’il soit exégète ou militant, collectif ou solitaire, marxiste ou post-marxiste. Faire usage des textes – ici et maintenant. •