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Compte rendu

François Roman-Sorroche, Je suis né à Fontainebleau en Espagne. Récit photographique d’un petit-fils de républicains espagnols

Toulouse, Az’art atelier éditions, 2025, 134 pages, 30 €

Pages 208 à 209

Citer cet article


  • Poinsot, M.
(2026). François Roman-Sorroche, Je suis né à Fontainebleau en Espagne. Récit photographique d’un petit-fils de républicains espagnols Toulouse, Az’art atelier éditions, 2025, 134 pages, 30 € Mondes & Migrations, 208-209. https://shs.cairn.info/revue-mondes-migrations-2026-1-page-208?lang=fr.

  • Poinsot, Marie.
« François Roman-Sorroche, Je suis né à Fontainebleau en Espagne. Récit photographique d’un petit-fils de républicains espagnols : Toulouse, Az’art atelier éditions, 2025, 134 pages, 30 € ». Mondes & Migrations, 2026/1, 2026. p.208-209. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-mondes-migrations-2026-1-page-208?lang=fr.

  • POINSOT, Marie,
2026. François Roman-Sorroche, Je suis né à Fontainebleau en Espagne. Récit photographique d’un petit-fils de républicains espagnols Toulouse, Az’art atelier éditions, 2025, 134 pages, 30 € Mondes & Migrations, 2026/1, p.208-209. URL : https://shs.cairn.info/revue-mondes-migrations-2026-1-page-208?lang=fr.

1 Depuis plus de trente ans, François Roman-Sorroche développe un travail de création visuelle à la croisée de la photographie, de la vidéo et de l’édition. Cet ouvrage est le résultat de sa démarche pour cerner « les tremblements de la mémoire, les silences des familles, les traces effacées des vies en mouvement ». Il est à l’image d’une recherche personnelle nourrie de questionnements, de tentatives multiformes pour inventer des formes narratives sensibles qui interrogent les traces de l’exil dans la nature, dans les lieux et dans les âmes.

2 Reprenant dans les premières pages le titre d’un film bien connu d’Almodovar, ce livre original nous invite à suivre les chemins tortueux que l’auteur emprunte, ici et là, pour reconstituer les trajectoires de sa famille à la suite de la déflagration provoquée par la guerre d’Espagne, marquées par des d’allers-retours, des frontières franchies et des lieux provisoires devenus, malgré eux, déterminants :

3

« REVENIR (VOLVER)

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La guerre d’Espagne, l’exil, c’est l’histoire de ma famille.

5

Le traumatisme était présent, partout. Mes parents en parlaient peu,

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par bribes. Ce que je sais de cette période n’a rien d’officiel.

7

Une mémoire contre l’Histoire.

8

On y trouve des secrets, des fragments dissimulés, des pudeurs.

9

Que j’en parle avec ma sœur, mes frères, mes cousins,

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le récit n’est jamais le même, nous ne vivons pas la même histoire. »

11 Sans bruit et sans fracas, il tente de saisir, au-delà de l’indifférence, ce que l’Histoire a laissé de côté, ce qu’elle dissimule dans « les angles morts », ces fragments devenus presque invisibles d’histoires familiales. Des mémoires, il ne reste que la guerre. L’ouvrage recompose la trajectoire de grands-parents exilés, faite de départ forcé, d’arrivée en France, d’installation marquée par la précarité, puis de retour partiel ou contrarié en Espagne, sans possibilité d’une situation stable. Il raconte aussi les souvenirs hésitants, les récits divergents, les silences auprès des descendants qui disent la douleur, le besoin d’oublier ou la peur de transmettre. Au fil des pages, l’exil se révèle comme une succession de bifurcations, de choix contraints, de tentatives de se réinscrire quelque part, de (re)faire famille malgré l’incertitude.

12 En mêlant images et récits, l’ouvrage choisit une esthétique photographique volontairement retenue, presque suggérée, pour faire cohabiter images et récit personnel. Ni reconstitution des lieux, ni illustration des évènements, l’auteur nous propose ainsi une exploration des paysages traversés par l’œil du photographe. Les images parfois quadrillées comme un relevé géographique ou un terrain d’enquête sont autant de matrices pour identifier les empreintes à peine perceptibles du passage des frontières, des camps d’internements, des maisons, des usines, des écoles, des rues, etc. Le photographe privilégie les angles, la lumière oblique, les textures râpeuses, les couleurs vives ou floutées des paysages et des personnes pour évoquer au plus près l’ombre de ceux et de celles qui y ont vécu ou travaillé. La mise en page qui alterne différents formats d’images et de narrations rythme ce cheminement d’un passé familial avec justesse. « Car le récit qui accompagne ces images avance lui aussi par fragments. L’histoire de ma famille comme son patrimoine se sont perdus dans les dénonciations, les spoliations et les conflits familiaux. » À travers cette double narration, le livre montre que la mémoire perdure et persiste autrement dans les postures corporelles, dans les objets ou les anecdotes transmis, dans les archives conservées, dans les événements collectifs vécus ou racontés. En croisant regard artistique et enquête intime, il propose une réflexion profonde sur ce que signifie hériter d’un exil et sur la façon dont il devient matériel pour (re)construire son identité. « J’étais habité d’expériences qui n’étaient pas les miennes, la puissance de cette transmission inconsciente me surprenait. » Les migrations ne se résument pas à des mobilités humaines mais sédimentent aussi des strates d’expériences familiales ou collectives souvent enfouies. Le retour sur les lieux et la recherche dans les paysages de ce qui a disparu manifestent une certaine fidélité aux vies antérieures qui, rassemblées dans l’espace du livre, continuent de nous façonner.


Mots-clés éditeurs : France, roman, immigration, photo, Espagne

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Date de mise en ligne : 30/01/2026