Phonevilay Khent, Paris-Vientiane
Paris, JC Lattès, 2025, 252 p., 20 €
- Par Théo Brocarel
Pages 230 à 231
Citer cet article
- BROCAREL, Théo,
- Brocarel, Théo.
- Brocarel, T.
https://doi.org/10.4000/14bcd
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1 Une rupture, est-elle forcément triste ? Hortense a 30 ans et se trouve en instance de divorce suite au départ soudain de son mari alors qu’elle finalisait sa PMA. Elle doit ainsi retourner vivre chez Savanh, sa tante, à Paris. Elle porte sur ses épaules une forte pression sociale liée au fait de se retrouver seule et également avec un profond mal être dans son travail. Mais ce passage compliqué de sa vie va lui permettre de redécouvrir Savanh, ainsi que ses propres origines laotiennes. Avec Paris-Vientiane, Phonevilay Khent évoque l’expérience et le parcours personnel que vivent des milliers de descendants laotiens encore très peu représentés en littérature.
2 La tante d’Hortense a fui le Laos, pays enclavé entre le Cambodge, le Vietnam et la Thaïlande, avec sa famille dans les années 1970. Parmi les derniers régimes socialistes, vestige du XXe siècle, le Laos porte les stigmates de la guerre froide. Il resterait encore dans le pays près de 80 millions de bombes (bombies) non explosées semées par l’armée américaine. Aujourd’hui encore, elles tuent des dizaines de Laotiens chaque année.
3 La reconstruction va d’abord s’avérer difficile pour Hortense, prise dans le tumulte de sa vie. Seuls quelques rares moments passés avec Savanh en cuisine et à table lui permettent de se reconnecter avec elle-même et d’évoquer l’histoire familiale. « Quand on a quitté le Laos, on n’est pas arrivés directement en France. Grand-mère avait payé les services d’un passeur, qui s’est trompé de ville. […] On était des clandestins. Du coup, ils nous ont emmenés en prison. »
4 Ces moments de transmission culturelle et de récits familiaux lui font redécouvrir la culture laotienne. À travers certains mots, comme « moyas » (« médecin traditionnel »), « phan » (sorte de rouleau de printemps), « laap » (tartare laotien), Phonevilay Khent distille tout au long de ce premier roman des images d’un pays lointain, d’une culture et d’une gastronomie raffinée trop souvent éclipsée dans la société française.
5 Hortense décide de partir en voyage au Laos afin d’échapper à sa dépression. Elle devient bénévole et donne des cours d’anglais aux enfants dans un village en forêt. Par la même occasion, elle découvre ce pays qu’elle ne connaît qu’à travers des récits familiaux.
6 « Je prends conscience qu’en France, j’ai une origine, et qu’au Laos, j’en ai deux, le droit du sol et les racines du cœur. Le poids de l’histoire me rattrape de nouveau et je n’ai d’autre choix que de me construire une nouvelle identité pour me présenter. Je ne suis pas d’ici, je ne suis pas d’ailleurs. Ici, je suis des deux. Un trait d’union. » Cette période passée au Laos lui fait comprendre qu’elle peut désormais s’y sentir aussi chez elle malgré les tumultes de l’histoire.
7 Mais Paris-Vientiane n’offre pas seulement le récit d’une histoire familiale. Hortense a toujours voulu planifier sa vie et a décidé qu’elle devrait être maman à 30 ans. Entre l’attente et l’angoisse des résultats médicaux, elle retrace également son parcours médical pour faire conserver ses ovocytes – acte devenu pleinement légal en dehors de tout motif médical en France seulement en 2021 – et la bagarre juridique au cours de son divorce pour en conserver la propriété.
8 Finalement, ce récit suscite l’admiration devant tant d’abnégation et de résilience face aux difficultés de la vie. Tout comme Hortense, on a envie de se dire « Bo pen yang », « ce n’est rien, tout ira bien ».
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Date de mise en ligne : 15/07/2025
https://doi.org/10.4000/14bcd