S'abonner
Compte rendu

Collectifs, Tenir la ligne. 40 dessins pour Charlie (2015-2025)

Paris, Gallimard, coll. « Tracts », n° 63, 2025, 64 p., 3,49 €

Pages 228 à 229

Citer cet article


  • Harzoune, M.
(2025). Collectifs, Tenir la ligne. 40 dessins pour Charlie (2015-2025) Paris, Gallimard, coll. « Tracts », n° 63, 2025, 64 p., 3,49 € Mondes & Migrations, 1350(3), 228-229. https://doi.org/10.4000/14bca.

  • Harzoune, Mustapha.
« Collectifs, Tenir la ligne. 40 dessins pour Charlie (2015-2025) : Paris, Gallimard, coll. “Tracts”, n° 63, 2025, 64 p., 3,49 € ». Mondes & Migrations, 2025/3 n° 1350, 2025. p.228-229. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-mondes-migrations-2025-3-page-228?lang=fr.

  • HARZOUNE, Mustapha,
2025. Collectifs, Tenir la ligne. 40 dessins pour Charlie (2015-2025) Paris, Gallimard, coll. « Tracts », n° 63, 2025, 64 p., 3,49 € Mondes & Migrations, 2025/3 n° 1350, p.228-229. DOI : 10.4000/14bca. URL : https://shs.cairn.info/revue-mondes-migrations-2025-3-page-228?lang=fr.

https://doi.org/10.4000/14bca


1 Ce sont 40 dessins, publiés entre 2015 et 2025 par des dessinateurs européens, algériens, mexicains, cubains, iraniens ou burkinabè, qui sont ici rassemblés sous l’égide de l’association Cartooning for Peace. Dans sa préface, l’historien Jean-Noël Jeanneney écrit qu’« il revient à la seule démocratie de défendre inflexiblement la liberté de penser, de parler, d’écrire et de dessiner, tout simplement parce que celle-ci touche à l’intimité de sa raison d’être ». Et ce combat est « voué à ne jamais s’achever, ni dans le triomphe de l’ignoble ni dans le confort d’un idéal acquis pour toujours ». Célébrant la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, il poursuit : « Ses défenseurs, inspirés par l’héritage des Lumières, avaient compris qu’il n’exista à peu près jamais sur notre Terre de religion qui ne se trouve pas tentée, lorsque la latitude lui en est laissée, d’imposer ses convictions par le glaive. C’est dans cette certitude que fut proclamée, en ce temps-là, intangible, la liberté d’expression – que limitait seulement un devoir de protection de la dignité des individus. Avec, au cœur du propos, l’affirmation radicale du droit au blasphème. » C’est dit !

2 À l’heure où Daniel Schneidermann se fend d’un essai contre le « charlisme », Kak, président de Cartooning for Peace, n’a sans doute pas tort de se demander si, dix ans après les massacres de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, nous sommes encore Charlie et ce dans un texte titré « Les derniers debout ». Sans trop y croire, il remarque déjà « qu’ailleurs dans le monde, la tendance n’est pas très Charlie ». Partant, il considère comme un « devoir », « parce que nous sommes quasiment les derniers debout, de brandir ostensiblement la bannière du droit à la satire et à la liberté de la presse », pour « se forger une opinion libre », condition d’une expression libre et, ajoute-t-il, pour « être en capacité de contredire le pouvoir et l’ordre établi : c’est la vocation première des dessinatrices et dessinateurs de presse, celle d’entretenir la flamme de l’impertinence, de l’esprit critique et de l’anticonformisme. Ils le font pour eux, mais aussi, et surtout, pour vous. S’ils ne sont plus libres, vous ne le serez plus non plus ». À bons entendeurs…

3 Les caricatures sont proposées en cinq chapitres : « Hommage aux disparus », « Esprit Charlie », « Le dessin au défi des religions », « Un métier à risque » et « Combat pour la liberté de la presse ». Petit et subjectif florilège : dans « Hommage aux disparus », le dessinateur danois Refn croque trois représentants des cultes monothéistes se recueillant à la mémoire des victimes de l’attentat… Landschulz (Allemagne) montre un John Lennon au piano, passablement irrité qui, jouant son fameux « Imagine », s’égosille : « Vous m’entendez ? oui ou merde ! »

4 À propos de l’« Esprit Charlie », l’Algérien Dilem, vachard et polysémique, représente un « muslim » en même temps « pas Charlie et juste pas Kouachi ». Puisqu’il faut désormais faire gaffe, et ne pas trop donner dans la figure de Mahomet, Glez (Burkina Faso) propose de recourir au rébus (« Mao » + « met ») quand Mykaïa (France) évoque une séance chez le psy : où quand dessiner Mahomet équivaut à une tentative de suicide !

5 Le crayon revient régulièrement dans ces dessins, présenté comme la seule arme dont disposent les caricaturistes : chez Zehra Ömeroğlu (Turquie), des crayons servent de bouclier face à des kalachnikovs, et ce bouclier est tenu par une femme. Lectrr (Belgique), en signe de résistance, représente un islamiste sabre à la main qui, devant un crayon particulièrement taillé et pointu, s’interroge : « Tiens plus je lui coupe la tête… plus il devient pointu. » Boligán (Mexique) représente un Don Quichotte armé d’un crayon face aux trois énormes moulins des monothéismes. Nardi (Italie) se sert de crayons pour poser un sourire sur le visage revêche d’un ayatollah. L’Iranien Behrang Jeddi représente, lui, un porte-plume à l’énergique doigt d’honneur après qu’une balle soit passée par l’orifice de sa plume-tête.

6 Comme l’esprit Charlie, c’est aussi du festif et de la déconnade (et beaucoup d’impertinence), le Belge Cost fait sortir d’un gros gâteau trois belles femmes, Marianne, la statue de la Liberté et Themis aux cuisses avenantes, à renverser quatre barbus un brin désorientés ! Plantu, lui, représente la laïcité à la française où les trois religions y sont protégées par un parapluie républicain de la liberté, de l’égalité et de la fraternité porté pas une Marianne débordante d’amour !


Logo Souscrire pour ouvrir

Cet article est accessible en accès ouvert dans le cadre de notre modèle Souscrire Pour Ouvrir.

Date de mise en ligne : 15/07/2025

https://doi.org/10.4000/14bca