Étudier les sociétés civiles dans le contexte du nouveau paradigme de l'aide internationale
- Par Gautier Pirotte
Pages 11 à 28
Citer cet article
- PIROTTE, Gautier,
- Pirotte, Gautier.
- Pirotte, G.
https://doi.org/10.3917/med.159.0011
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- Pirotte, G.
- Pirotte, Gautier.
- PIROTTE, Gautier,
https://doi.org/10.3917/med.159.0011
Notes
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[1]
Institut des Sciences Humaines et Sociales, Université de Liège. Gautier.Pirotte@ulg.ac.be
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Putnam (1993) assure : « pour la stabilité politique autant que pour l’efficacité du gouvernement voire même le progrès économique, le capital social peut être même plus important que le capital physique ou humain. ».
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[3]
On songe au Chili de Pinochet, à la plupart des nouveaux pays industriels d’Asie du Sud-Est, aux États souvent très interventionnistes pour ne pas dire autoritaires, sans oublier l’« éveil » économique chinois tellement vanté aujourd’hui mais dont le régime politique est encore loin d’assurer ses gages démocratiques.
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[4]
Un certain scepticisme demeure quant à l’importance du capital social dans le développement. Edwards souligne que tant la société civile que le capital social sont des variables contingentes, « des produits de politiques, des structures sociales ou des construits étatiques formés par l’histoire ou le contexte qui à leur tour peuvent influencer les résultats économiques et macrosociaux ». Dans cette perspective, les succès économiques et sociaux ne sont jamais les résultats de « plus de capitaux sociaux » ou d’une « société civile plus forte ». Ils sont plutôt le fruit d’un ensemble plus complexe d’interactions dans lesquelles les capitaux sociaux – sous certaines formes – et la société civile – dans certaines circonstances – sont seulement des parties de ces interactions » (Edwards, 2003, 5).
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[5]
Berman (1997) a souligné, en prenant l’exemple de la République de Weimar, combien une floraison associative sans institutions politiques fortes correspondantes pouvait contribuer à saper les fondements d’un régime démocratique et participer à l’avènement d’un régime totalitaire.
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[6]
Il s’agit ici d’éléments de réflexion résumés en quelques lignes. Voir Pirotte, 2005, 2003, 2002 ; Poncelet et al., 2005.
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Concrètement, il s’agissait d’aider les nouveaux leaders de ces organisations non gouvernementales locales à structurer leur organisation, à rendre plus efficace le traitement de leurs projets auprès de leur public bénéficiaire, à mieux rédiger leur projet – au besoin en renforçant leurs capacités linguistiques – à améliorer la gestion des ressources humaines dans leur organisation, etc. Observées dans les années 1990, ces politiques d’empowerment des organisations de la société civile n’ont toujours pas été abandonnées aujourd’hui au moment où la position de ces acteurs dans le paradigme de l’aide internationale est pourtant nettement plus assurée (cf. place des organisations de la société civile dans la définition, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques publiques nées des Documents stratégiques de lutte contre la pauvreté, notamment).
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[8]
En Roumanie, toutes les ONG roumaines ne paraissaient pas égales face à l’accès à ces soutiens étrangers. Fin des années 90, selon une étude conduite par la Fondation pour le développement de la société civile en Roumanie (FDSC, 1999), seulement une ONG sur cinq accédait à ce soutien étranger. Or, dans un contexte de rareté des fonds mobilisables localement – c’était le cas dans la Roumanie des premières années postcommunistes – cet accès révélait une importance considérable. Dès lors, la distribution des revenus à l’intérieur de ce secteur d’activité était pour le moins inégalitaire. Un peu plus de 8% des ONG roumaines contrôlaient à l’époque plus de 80% des revenus en circulation (Ibid.).
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[9]
Certes, ces statuts sont surtout dépendants des cadres légaux locaux. Ceux-ci, tant au Bénin qu’en Roumanie furent dans un premier temps définis par des lois jugées obsolètes (Loi 1901 pour les nouvelles ONG béninoises, Loi de 1922 pour les ONG roumaines) et remplacées à l’entame des années 2000 par un cadre juridique plus spécifique aux nouvelles organisations non gouvernementales.
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[10]
En Roumanie, entraient en concurrence avec des ONG locales soutenues par des partenaires occidentaux des nouvelles structures des pouvoirs publics réformés (petites structures animées par quelques « chargés de programmes » et financées par des partenaires de la coopération) pour « désinstitutionnaliser », autrement dit sortir les enfants abandonnés des structures publiques d’accueil (Pirotte, 2003). L’État béninois, avec le soutien de bailleurs occidentaux, avait, fin des années 1990, doublé ses ministères de petites structures (Agence béninoise de financement des initiatives à la base, avec le soutien de la Banque mondiale ; Agence béninoise de l’environnement, avec le concours de Danida qui, tour à tour, cherchaient à jouer les organes de tutelle ou entraient en concurrence avec les ONG actives dans leur secteur d’activités.
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[11]
Au Bénin, on appelle « crocodiles » les fonctionnaires (de tout niveau hiérarchique) qui, parallèlement à leur fonction publique, se livrent également à des activités de courtier du développement par la création de leur propre ONG. Ces individus, à l’aise sur la terre ferme des pouvoirs publics et dans les eaux troubles du marigot des ONG, se rencontrent aussi bien derrière le comptoir de l’huissier du ministère que dans les bureaux plus cossus de la direction.
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[12]
Cette section et la suivante sont partiellement empruntées à un article de Pirotte (2010).
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[13]
Une étude de 1998 réalisée à la demande du ministère du Plan de la République du Bénin indiquait que l’apparition depuis 1990 de ces nouvelles ONG était à l’origine de la création de 42 000 nouveaux emplois. Notons que ces emplois étaient, pour la plupart, des contrats à durée déterminée faiblement rémunérés (voire pas du tout !).
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[14]
Cette typologie peut paraître grossière et mériterait sans nul doute une approche plus fouillée. À notre connaissance, il existe bien peu de travaux cherchant à approfondir la compréhension des parcours pour ces acteurs des ONG et principalement des nouveaux leaders associatifs. C’est dans cette voie que nous souhaitons à présent orienter nos travaux.
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[15]
Le monde où se déploie l’action des membres d’une société donnée.
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[16]
Depuis les Lumières anglo-écossaises (Gautier, 1993), voire depuis Locke au XVIIe siècle, une tradition de pensée renvoie la notion de société civile à l’activité économique privée. En écho contemporain, ce rôle économique des organisations de la société civile dans la fourniture de services sociaux, particulièrement en faveur des groupes à faibles revenus et surtout dans les situations d’États faibles, est mis en avant. Sous l’influence de l’action d’organisations de la société civile, des pratiques hybrides, à mi-chemin entre des logiques économiques et solidaires, se développent, comme le montre l’exemple du commerce équitable. Certains chercheurs insistent pour bien distinguer la société civile de la sphère économique. Selon Walzer (1995), notamment, la société civile est la sphère de la vie libérée du marché, où l’argent est dévalué. Pour Cohen et Arato (1997), seule une conception de la société civile différenciée de la sphère économique peut devenir le cœur d’une critique sociale et d’une théorie politique.
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[17]
L’enquête publiée en 2008 par Civicus (Finn-Heinrich & Fioramonti, 2008) a introduit en guise de variable explicative de la vitalité des sociétés civiles étudiées les valeurs formulées par les associations. Fidèle aux objectifs de quantification, l’enquête ramène ces valeurs à des indicateurs chiffrés et universalistes. Plus les valeurs exprimées par les organisations de la société civile sont en faveur de la démocratie, d’une société ouverte et libérale et plus l’indicateur est élevé…
La notion de société civile, bien que régulièrement critiquée, occupe aujourd’hui une place importante dans les politiques de développement. L’auteur formule certaines pistes de réflexion quant à l’étude des sociétés civiles non occidentales sous l’angle de projets à la jonction de dynamiques du dedans et de dynamiques du dehors. Il souligne l’importance des processus de co-construction de normes, d’identités, de représentations sociales ou de pratiques sociales au sein de ces nouveaux espaces sociaux.
Mots-clés
- société civile
- coopération au développement
- Roumanie
- Bénin
Mots-clés éditeurs : Bénin, coopération au développement, Roumanie, société civile
To Study Civil Society in the Context of the New Aid Paradigm
The notion of civil society, although regularly criticized, occupies an important place in the politics of development today. The author here aims at formulating certain reflections allowing approaching the study of the non-western civil societies under the angle of projects at the junction of ‘dynamics of inside’ and ‘dynamics from the outside’. He insists on the processes of co-construction of norms, identities, social representations or current social practices in these new social spaces.
Keywords
- civil society
- development cooperation
- Romania
- Benin
Mots-clés éditeurs : Benin, civil society, development cooperation, Romania