Article de revue

Penser à l’épreuve des conflits

Georges Sorel ingénieur hydraulique à Perpignan

Pages 11 à 52

Citer cet article


  • Ingold, A.
(2014). Penser à l’épreuve des conflits Georges Sorel ingénieur hydraulique à Perpignan. Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle, 32(1), 11-52. https://doi.org/10.3917/mnc.032.0011.

  • Ingold, Alice.
« Penser à l’épreuve des conflits : Georges Sorel ingénieur hydraulique à Perpignan ». Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle, 2014/1 n° 32, 2014. p.11-52. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-mil-neuf-cent-2014-1-page-11?lang=fr.

  • INGOLD, Alice,
2014. Penser à l’épreuve des conflits Georges Sorel ingénieur hydraulique à Perpignan. Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle, 2014/1 n° 32, p.11-52. DOI : 10.3917/mnc.032.0011. URL : https://shs.cairn.info/revue-mil-neuf-cent-2014-1-page-11?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/mnc.032.0011


Notes

  • [*]
    Abréviations des œuvres citées de Georges Sorel : N = « Notes sur les bases des règlements d’arrosage », Bulletin de la Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales, 1891, p. 103-188 ; EM = Introduction à l’économie moderne (1903), Paris, M. Rivière, 1922 ; R = Réflexions sur la violence (1908), Michel Prat (ed.), Paris, Éd. du Seuil, 1990 ; I = Les illusions du progrès (1908), Paris, M. Rivière, 1921 ; M = Matériaux d’une théorie du prolétariat (1919), Paris, M. Rivière, 1921 ; Ma = « L’avenir socialiste des syndicats » (1898, 1901), ibid., p. 77-133 ; Mg = « Préface pour Gatti » (à Le socialisme et l’agriculture) (1901), ibid., p. 201-237.
  • [1]
    Saluons le travail d’Étienne Frenay qui a restitué la vie de Sorel à Perpignan : « Georges Sorel à Perpignan (1879-1892) », Bulletin de la Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales (dorénavant BSASL), 2001, p. 246-271. Larry Portis affirmait que le métier d’ingénieur de Sorel, loin d’être « une sorte d’anomalie dans la vie et l’évolution du penseur marxiste », constitue à son sens un des fondements de l’approche originale de Sorel (L. Portis, « La cinématique marxiste de Georges Sorel », in Jacques Julliard, Shlomo Sand (eds.), Georges Sorel en son temps, Paris, Éd. du Seuil, 1985, p. 173). Cependant, faute de sources sur l’« expérience technique » (p. 184) de Sorel, Portis s’en tient à sa formation à l’École Polytechnique et aux Ponts et chaussées. Nous verrons que le travail d’ingénieur hydraulique consiste justement en tout autre chose qu’une expérience technique. Je remercie Alain Mahé, qui m’a montré comment une autre histoire des sciences sociales se dessine quand on s’attache à des auteurs dont les enquêtes ne sont pas seulement ordonnées autour d’un projet de connaissance mais autour de la résolution pratique de conflits réels et impérieux.
  • [2]
    Larry Portis parle d’une « marginalisation sociale et intellectuelle de Sorel » durant sa vie d’ingénieur (L. Portis, Georges Sorel. Présentation et textes choisis, Paris, Maspero, 1980, p. 11).
  • [3]
    Avant la contribution de Frenay, on connaissait de la période d’ingénieur de Sorel quelques écrits et quelques-unes de ses lectures au travers de la liste de ses emprunts à la bibliothèque de Perpignan entre 1884 et 1891 communiquée par le bibliothécaire à Pierre Andreu (Notre maître, M. Sorel, Paris, Grasset, 1953, p. 320-323).
  • [4]
    Patrice Rolland, « Sorel et le “moment syndical” de la pensée du droit », in Carlos Miguel Herrera (ed.), Georges Sorel et le droit, Paris, Kimé, 2005, p. 55 ; Patrice Rolland, « L’enjeu du droit », in Georges Sorel, Paris, L’Herne, 1986, p. 28-44.
  • [5]
    Carlos Miguel Herrera, « Constellations juridiques du sorélisme », in Id. (ed.), Georges Sorel et le droit, op. cit., p. 132.
  • [6]
    Patrice Rolland, « La référence proudhonienne chez Georges Sorel », Mil neuf cent, 7, 1998, p. 127-161. Proudhon « juriste » a été revisité grâce au travail de Anne-Sophie Chambost sur ses manuscrits : Proudhon et la norme. Pensée juridique d’un anarchiste, Rennes, PUR, 2004.
  • [7]
    P. Rolland, « La référence proudhonienne chez Georges Sorel », art. cit., p. 157.
  • [8]
    « Il n’est pas du tout exact […] que toute organisation pacifique du règlement des intérêts soit juridique ; l’arbitraire administratif s’oppose très nettement au droit, et cependant il constitue un système éminemment pacifique, le plus pacifique même de tous les systèmes » (G. Sorel, « Qu’est-ce qu’un syndicat ? », Pages libres, 21 mars 1903, p. 250).
  • [9]
    Les archives permettant de retracer le travail d’ingénieur de Sorel n’ont pas été détruites par l’inondation de la Seine en 1910 comme l’a affirmé Pierre Andreu. Loin d’être manquantes, ces sources sont nombreuses, mais il convenait de savoir où les chercher. Pour la partie perpignanaise de la carrière de Sorel, il fallait se tourner vers les archives du ministère de l’Agriculture (F10). Seul le dossier individuel de carrière de Sorel aurait pu se trouver dans la série des Travaux publics (F14), mais on sait bien que ce n’est pas ce type de document qui permet de restituer le travail d’un ingénieur. Un travail à partir des Archives départementales aurait permis de lever cette hypothèque des sources, puisque nombre des rapports de Sorel sont dans la Série S (Travaux publics).
  • [10]
    Alice Ingold, « Gouverner les eaux courantes en France au xixe siècle. Administration, droits et savoirs », Annales HSS, 1, 2011, p. 69-104.
  • [11]
    Voir aussi G. Sorel, « Les divers types de sociétés coopératives », la Science sociale, septembre 1899, p. 172-201.
  • [12]
    G. Sorel, La décomposition du marxisme, Paris, Rivière, 1908, p. 14.
  • [13]
    G. Sorel, « Superstition socialiste ? », le Devenir social, novembre 1895, p. 749.
  • [14]
    G. Sorel, « Les grèves. Les théories contrariées par les faits », la Science sociale, novembre 1900, p. 433 et 435-436 ; Id., « Grèves et droit au travail », in M : 408-409 ; Id., « Le prétendu “socialisme juridique” », le Mouvement socialiste, avril 1907, p. 345-346 ; Id., « Les aspects juridiques du socialisme », la Revue socialiste, novembre 1900, p. 559-560.
  • [15]
    « Les auteurs contemporains paraissent avoir accepté [les règles de l’art] sans trop de peine parce qu’ils désirent plaire à un public pressé […] désireux avant tout de s’éviter toute recherche personnelle » (R : 4).
  • [16]
    La nomination de Sorel, d’abord temporaire, est confirmée en février 1880. Archives départementales des Pyrénées-Orientales (dorénavant AD PO) : 1 S 9.
  • [17]
    G. Sorel, « Superstition socialiste ? », art. cit., p. 749.
  • [18]
    Louis Assier-Andrieu, Le peuple et la loi. Anthropologie historique des droits paysans en Catalogne française, Paris, LGDJ, 1986, p. 97-114.
  • [19]
    Cass. req. 10 avril 1838. Voir Alice Ingold, « Expertise naturaliste, droit et histoire. Les savoirs du partage de l’eau dans la France postrévolutionnaire », Revue d’histoire du XIXe siècle, 48, 2014, p. 29-45.
  • [20]
    Luca Mannori, Bernardo Sordi, Storia del diritto amministrativo, Rome-Bari, Laterza, 2001, p. 250-257.
  • [21]
    Les terres consacrées au vignoble passent de 25 000 hectares en 1840 à 60 000 en 1870 et 80 000 en 1879. « Note complémentaire sur l’état de l’agriculture dans les Pyrénées-Orientales en 1889 », BSASL, 1889, p. 452-476.
  • [22]
    Pour l’ensemble des pièces : Archives nationales (dorénavant AN), F10 3530.
  • [23]
    À partir de 1881, le Service hydraulique change de tutelle et passe du ministère des Travaux publics à celui de l’Agriculture, mais Sorel reste détaché de son ministère d’origine (AD PO, 14 SP 2).
  • [24]
    AN, F10 3566 ; AD PO : 14 SP 3, 14 SP 219, 135 W 433.
  • [25]
    Avis de l’ingénieur en chef Parlier sur le rapport de l’ingénieur Sorel, 10 et 13 juillet 1882 (F10 3530).
  • [26]
    Numa Broc, « La maîtrise de l’eau dans les Pyrénées-Orientales aux xixe et xxe siècles », in Id. et al. (eds.), De l’eau et des hommes en terre catalane, Perpignan, Trabucaire, 1992, p. 219-266.
  • [27]
    Sorel évalue un projet de barrage porté par des particuliers, il montre qu’il s’agit en réalité d’une copie du dernier projet de barrage élaboré par Denamiel : « Toutes les pièces sans aucune exception sont des copies textuelles prises au bureau du Service hydraulique. » (Rapport de l’ingénieur Sorel, 7 juillet 1880 – AN F10 3547.)
  • [28]
    Avis de la Commission permanente d’aménagement des eaux, 16 juillet 1880 (AN F10 3566).
  • [29]
    Rapport de l’ingénieur Sorel, 2 juillet 1883 (AN F10 3530).
  • [30]
    Rapport de l’ingénieur Sorel, 6 mai 1881 (AN F10 3530).
  • [31]
    Rapport de l’ingénieur Sorel, 10 juillet 1882 (AN F10 3530).
  • [32]
    Séance du Conseil général des Pyrénées-Orientales du 4 avril 1883.
  • [33]
    Sur Bartissol, voir Jean-Louis Escudier, Edmond Bartissol, 1841-1916. Du canal de Suez à la bouteille d’apéritif, Paris, CNRS, 2000 ; sur Élie Alavaill, notice de G. Bonet dans Nouveau dictionnaire de biographies roussillonnaises, 1789-2011, vol. I, t. I, Perpignan, Publications de l’Olivier, 2011, p. 27-28 ; sur Justin Alavaill, notice de G. Bonet et D. Corratger, ibid., p. 28-31.
  • [34]
    Justin Alavaill, « Les irrigations dans le Roussillon », Société languedocienne de géographie. Bulletin, VIII, 1885, p. 416.
  • [35]
    Voir notamment le Rapport de l’ingénieur Sorel, 20 février 1886, en réponse à un vœu du Conseil général en 1885 (E. Alavaill rapporteur), AN F10 3529.
  • [36]
    Lettre-préface de Charles Cotard à Justin Alavaill, Réservoirs et canaux d’arrosage à construire dans les vallées de l’Agly, de la Têt et du Tech, Perpignan, Imprim. Rondony, 1883, p. 5-6.
  • [37]
    Lettre d’E. Bartissol, dans J. Alavaill, Réservoirs… op. cit., p. 21 (repris dans divers écrits de J. Alavaill, dont « Les irrigations dans le Roussillon », art. cit., p. 413).
  • [38]
    Rapport d’E. Alavaill au Conseil général des Pyrénées-Orientales, cité dans J. Alavaill, Réservoirs… op. cit., p. 118.
  • [39]
    Lettre d’E. Bartissol, dans J. Alavaill, Réservoirs… op. cit., p. 22.
  • [40]
    Rapports de l’ingénieur Sorel 11 et 28 mai 1887 (AN, F10 3530).
  • [41]
    Numa Broc (loc. cit., p. 226) se trompe en datant ce rachat de 1877.
  • [42]
    Rapport de l’ingénieur Vigan, 5 novembre 1860 (AN F10 3536).
  • [43]
    « Il est de notoriété publique que Tastu, ingénieur en chef, est personnellement hostile à la plupart des projets [de barrages], qu’il déclare a priori irréalisables, et que l’on attribue à l’action personnelle de M. l’ingénieur en chef la décision qui a réuni entre les mains de M. Sorel tout le service [hydraulique] et dont la conséquence a été l’abandon des études hydrauliques. » (Lettre du préfet des Pyrénées-Orientales au ministère des Travaux publics, 18 mai 1880 – AD PO, 12 SP 3.)
  • [44]
    Avis du Conseil général des Ponts et chaussées, 14 octobre 1880 (AN F10 3542).
  • [45]
    Rapport de l’ingénieur Sorel, 14 juin 1887 (AN F10 3566).
  • [46]
    Rapport de l’ingénieur Sorel, 4 juin 1891 (AN, F10 3542).
  • [47]
    AD PO 14SP 108. Sur le rôle de Sorel dans les questions d’assainissement urbain, voir E. Frenay, art. cit.
  • [48]
    Rapport de l’ingénieur Sorel, 4 juin 1891 (AN, F10 3542).
  • [49]
    AN F10 3547.
  • [50]
    « Nous trouvons ici exposés sans le moindre fard les arguments communistes si généralement adoptés par les nouveaux arrosants » (Rapport de l’ingénieur Sorel, 14 juin 1887 – AN F10 3566).
  • [51]
    Rapport de l’ingénieur Sorel, 14 juin 1887 (AN F10 3566).
  • [52]
    Des extraits de la carte et du mémoire inédits de cette théorie trouvés à l’Académie des sciences sont publiés dans A. Ingold, « Gouverner les eaux courantes en France au xixe siècle », art. cit.
  • [53]
    Avis de l’ingénieur en chef Tastu, 24 juin 1880 (AN F10 3542).
  • [54]
    Avis du Conseil général des Ponts et chaussées, 14 octobre 1880 (AN F10 3542).
  • [55]
    Rapport de l’ingénieur Sorel, 14 juin 1887 (AN F10 3566).
  • [56]
    Sur Jaubert de Passa : Alice Ingold, « To historicize or naturalize nature : Hydraulic communities and administrative States in nineteenth century Europe », French Historical Studies, XXXII, 3, 2009, p. 385-417 ; et Id., « Les sociétés d’irrigation. Bien commun et action collective », Entreprises & histoire, L, 1, 2008, p. 19-35.
  • [57]
    Jean-Auguste Brutails, Notes sur l’économie rurale du Roussillon à la fin de l’Ancien Régime, Perpignan, Imprim. Charles Latrobe, 1889.
  • [58]
    Jean-Auguste Brutails, Archéologie du Moyen Âge, Paris, Picard, 1900, p. XII.
  • [59]
    Voir la série de lettres de G. Sorel à J.-A. Brutails (Fonds Brutails à Bordeaux, sur Gallica). Michel Prat prépare actuellement une édition de ces lettres.
  • [60]
    Jean-Auguste Brutails, « Note sur la valeur du sou de tern en 1298 », Bulletin hispanique, III, 3, 1901, p. 234 et 238.
  • [61]
    « Un ingénieur des ponts et chaussées qui a parfois appliqué son puissant esprit à l’étude des problèmes archéologiques Georges Sorel » (Bibliothèque de l’école des Chartes, LXXXI, 1, 1920, p. 382).
  • [62]
    Philippe Torreilles, Le mouvement historique en Roussillon, Montpellier, Imprim. Firmin et Montane, 1895, p. 10. L’expression est reprise textuellement par Philippe Rosset, « Aux origines de la Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales », Le Roussillon dans la première moitié du XIXe siècle : BSASL, 1985, p. 25-34.
  • [63]
    En 1892 Sorel est archiviste de la Société ; après son départ de Perpignan, il reste membre correspondant de la Société jusqu’au moment où celle-ci doit suspendre ses travaux en 1913.
  • [64]
    L’abbé Philippe Torreilles est professeur de dogme au Grand séminaire de 1887 à 1907. Sa démission en 1907 aurait été « imposée » car on le soupçonnait d’être « moderniste » (Mathias Delcor, « Les prêtres érudits du Roussillon aux xixe et xxe siècles », Revue d’histoire de l’Église de France, LXXI, 186, 1985, p. 39).
  • [65]
    Émile Desplanque est mieux connu des soréliens, puisqu’il participe (sous le pseudonyme de Florent Serrurier) au Devenir social en 1895-1896 avec deux contributions sur les corporations au Moyen Âge à Perpignan.
  • [66]
    Ph. Torreilles, Le mouvement historique en Roussillon, op. cit., p. 9, 15, 9 et 16.
  • [67]
    Ibid. p. 17-19.
  • [68]
    « Note sur la meule d’eau », adjointe au rapport de l’ingénieur Sorel, 14 juin 1887 (AN F10 3566).
  • [69]
    [G. Sorel], « J.-A. Brutails, Étude sur la condition des populations rurales du Roussillon au Moyen-Âge », le Roussillon, 24 septembre 1891, p. 3. Voir Jean-Auguste Brutails, Étude sur la condition des populations rurales du Roussillon au Moyen Âge, Paris, Imprim. nationale, 1891, p. X-XI.
  • [70]
    Rapport de l’ingénieur Sorel, 14 juin 1887 (AN F10 3566).
  • [71]
    Rapport de l’ingénieur Sorel, 17 mai 1886, repris dans Réglementation générale du Tech, entre la prise d’eau du canal de Céret, et la prise d’eau du canal d’Elne. Rapport de l’ingénieur ordinaire, Perpignan, Rondony, s.d. (AD PO, 135 W 433).
  • [72]
    Enquête dans la commune de Saint-Génis, citée par Sorel dans son rapport du 14 juin 1887 (AN, F10 3566).
  • [73]
    Requête des syndics des Albères au ministère de l’Agriculture, 11 octobre 1882 (AN F10 3566).
  • [74]
    Rapport de l’ingénieur Sorel, 14 juin 1887 (AN F10 3566).
  • [75]
    Rapport de l’ingénieur Sorel, 17 mai 1886, loc. cit.
  • [76]
    Avis de l’ingénieur en chef Parlier 13 juillet 1882, sur le rapport de l’ingénieur Sorel 10 juillet 1882 (AN, F10 3530).
  • [77]
    Rapport de l’ingénieur Sorel, 17 mai 1886, loc. cit., p. 2.
  • [78]
    Jean-Auguste Brutails, « Étude sur l’article 72 des Usages de Barcelone connu sous le nom de Loi Stratæ », Nouvelle Revue historique de droit français et étranger, 1888, p. 59-79.
  • [79]
    Exposé de l’arrêt du Conseil d’État, 31 décembre 1844, ibid., p. 78.
  • [80]
    J.-A. Brutails, Étude sur la condition des populations rurales du Roussillon au Moyen Âge, op. cit., p. 87.
  • [81]
    A. Ingold, « Expertise naturaliste, droit et histoire », art. cit.
  • [82]
    G. Sorel, « Les théories de M. Durkheim », le Devenir social, avril 1895, p. 4.
  • [83]
    G. Sorel, « Les aspects juridiques du socialisme », art. cit., octobre 1900, p. 407 ; Id., « F. Lassalle, Théorie systématique des droits acquis », Revue générale de bibliographie française, 1904, p. 313-317 ; et Id., « Les droits acquis de Lassalle », le Mouvement socialiste, 15 avril 1906, p. 476-485.
  • [84]
    G. Sorel, « Idées socialistes et faits économiques au xixe siècle », la Revue socialiste, mai 1902, p. 310.
  • [85]
    Ibidem.
  • [86]
    Rapport de l’ingénieur Sorel « transmis à titre personnel et confidentiel », 20 août 1890 (AN, F10 3539).
  • [87]
    Lettre de l’ingénieur en chef Reynès, 23 août 1890 (AN, F10 3539).
  • [88]
    P. Rolland, « L’enjeu du droit », loc. cit., p. 33.
  • [89]
    « À Prades les luttes sont très vives : la crise municipale y existe en permanence et il faut tenir compte du danger que courent les agents en ne pliant pas suffisamment aux invitations verbales » (Rapport de l’ingénieur Sorel, 20 août 1890 – AN, F10 3539).
  • [90]
    G. Sorel, De l’utilité du pragmatisme, Paris, Rivière, 1921, p. 186, 184, 186 et 185.
  • [91]
    G. Sorel, « Les théories de M. Durkheim », art. cit., p. 168.
Français

Cet article apporte des éléments inédits d’archives sur les années d’ingénieur de Sorel, lorsqu’il est la tête du Service hydraulique des Pyrénées-Orientales (1880-1892). C’est précisément à ce poste, qui le place au cœur de conflits de compétences entre administration et justice, que Sorel articule une série de questions cruciales sur le droit : sa place à côté d’autres formes de régulation sociale, la pluralité de ses sources et la vocation politique du droit privé. Sorel mêle une critique de la politique hydraulique à une analyse des nouvelles formes d’intervention – administrative et réglementaire – de l’État. Il dénonce les idéologies qui soutiennent cette politique : le scientisme et la « fraternité » née de l’idéalisme de 1848. Sa défense de la mission du droit privé comme rempart à « l’arbitraire administratif » repose sur une analyse économique. On ne prend pleinement la mesure de son œuvre écrite qu’en la rapportant à cette expérience de vie durant laquelle Sorel a été un acteur de premier plan dans des conflits aux enjeux économiques et politiques énormes.


English

Thinking through conflicts

Georges Sorel’s work as a hydraulic engineer in Perpignan

Thinking through conflicts

This article draws on recently uncovered archives documenting the years when Sorel worked as an engineer, namely as head of the Hydraulic Service for the East-Pyrenees (1880-1892). Occupying that position enabled him to witness conflicts between the domains of administration and justice, which led him to articulate a series of crucial law-oriented questions: how does law relate to other forms of social regulation, what were the types of sources one could draw from, and what were the political implications of resorting to private law? Criticizing French hydraulics policy allowed him to analyze the new forms of state intervention – administrative and regulatory. He denounced ideologies which supported that type of policing – scientism and the “fraternity” born of the idealism of 1848. According to him, the mission of private law was to work against “arbitrary administrative action”, an idea he defended using an economics-based outlook. Sorel was a primary stakeholder in some of the major economic and political conflicts of his time. It is only after considering his life experience that one can really appreciate his written work.


Date de mise en ligne : 24/03/2015

https://doi.org/10.3917/mnc.032.0011

Cet article est aussi disponible en version papier