Scène de crime
- Par Paul Soriano
Pages 133 à 140
Citer cet article
- SORIANO, Paul,
- Soriano, Paul.
https://doi.org/10.3917/mediu.057.0133
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- Soriano, Paul.
- SORIANO, Paul,
https://doi.org/10.3917/mediu.057.0133
Certaines séries télévisées, qui ne sont pas les moins palpitantes, portent principalement sur le travail de la « police scientifique » et multiplient en conséquence les scènes de crimes ou, plus exactement, les scènes de scènes de crime. Le public se trouve ainsi convié à un spectacle dont il est normalement exclu et qui montre des choses qui ne sont pas montrables. Curieusement, la police scientifique et ses travaux sont désignés en anglais par le mot « forensic » qui vient du latin forum et évoque ce qui s’expose publiquement (cf. en français : « médecine légale »).
Le meurtre est par nature spectaculaire, mais son auteur fait tout pour éviter les spectateurs, au point qu’il est parfois conduit à éliminer l’un après l’autre les témoins, puis les témoins du meurtre du témoin et ainsi de suite… Le tueur en série est une bénédiction pour le feuilletoniste.
L’acte accompli, s’ouvre alors la « scène de crime ». C’est un étrange spectacle. L’infortuné héros, bien que mort, fait l’objet de toutes les attentions. Le héros ou plutôt son corps, son cadavre… La séparation est rigoureuse : comme au théâtre (selon les puristes) mais pour d’autres raisons, il faut éviter que le réel extérieur « contamine » la scène. La mise en scène est délibérément figée. Autour du mort, les seuls acteurs autorisés sont des techniciens, enquêteurs et police scientifique, avec leurs instruments et leurs méthodes, tous sémiologues et médiologues aguerris : les premiers comptent sur leur flair, les autres savent que ce sont les appareils qui font l’indice …