Indignation
- Par Pierre d’Huy
Pages 176 à 180
Citer cet article
- D’HUY, Pierre,
- D’Huy, Pierre.
https://doi.org/10.3917/mediu.014.0176
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- D’Huy, Pierre.
- D’HUY, Pierre,
https://doi.org/10.3917/mediu.014.0176
Définition : « Sentiment de colère que soulève une action qui heurte la conscience morale, le sentiment de justice. »
Il s’agit là d’une affaire sérieuse : on s’indigne face à un acte immoral qui met en cause sa propre dignité. Le concept antique d’indignation – aganaktein – fut l’une des pierres de touche de toute la pensée morale grecque.
« L’indignation morale dispense-t-elle de l’analyse ? » fut un sujet de dissertation de philosophie au baccalauréat, il y a quelques années. L’indignation est en effet un des rares modes de prise de position qui puisse se dispenser de contenu. Tout simplement parce qu’elle va de soi pour celui qui la ressent. Ainsi, selon Mme Fadela Amara, secrétaire d’État chargée de la Politique de la ville, l’amendement parlementaire au projet de loi sur l’immigration, « c’est dégueulasse ». On n’en saura pas plus. L’indignation fait disjoncter le principe même de démonstration du discours. Elle l’épuise et s’y substitue.
C’est un fait : l’indignation politique ne s’est jamais aussi bien portée. Le débat contradictoire de la dernière élection présidentielle fut une bataille rangée d’indignations contrapunctiques. Citons pour mémoire le « Ce qui se passe au Darfour est un scandale absolu » de Nicolas Sarkozy, ou le « Je ne m’énerve pas, je me révolte, car j’ai gardé ma capacité de révolte intacte » de Ségolène Royal.
Contraint à la brièveté par les médias, le discours politique prend plaisir à s’indigner. À défaut de disposer du temps pour convaincre, il court-circuite l’argumentation par l’émotion…