Le Grand Livre du temps ou la Transmission
- Par Régis Debray
Pages 163 à 164
Citer cet article
- DEBRAY, Régis,
- Debray, Régis.
- Debray, R.
https://doi.org/10.3917/mediu.002.0163
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- Debray, R.
- Debray, Régis.
- DEBRAY, Régis,
https://doi.org/10.3917/mediu.002.0163
Voici la procession des spectres et des silhouettes, le menu, permanent, infatigable engendrement de revenants par la Mémoire. Voici l’inlassable métamorphose des stèles d’écritures en figures vivantes. Telle une Légende des siècles dans l’espace, un in-folio s’ouvre, et laisse s’échapper ses générations successives.
Toute l’aventure humaine dévalant par pans échelonnés des profondeurs vulvaires de la Page … L’artiste est femme ? Rien de mièvre ici. Agrandissez ces spectres et ces loqueteux à l’échelle d’un parc ou d’un jardin, et vous aurez un monument à la fécondité de l’humaine mémoire. Le symbole libre d’accès, lisible par tous, d’une célèbre formule : « La culture est le culte des grands morts. » Les morts se dressent, en grappes. Perpétuelle résurrection. Sortis de l’anfractuosité des signes, d’âge en âge, viennent à nous les foules inventives.
À l’orée d’un campus universitaire, on imagine ces propylées, à hauteur d’homme, ouvrant l’Université sur la Ville, le Livre sur la Vie. Quelle plus belle entrée en matière, pour les étudiants, qu’un pareil monument à la continuité cumulative de notre espèce …