Initiation et post-modernité
- Par Joël Molinario
Pages 125 à 126
Citer cet article
- MOLINARIO, Joël,
- Molinario, Joël.
- Molinario, J.
https://doi.org/10.3917/lv.662.0125
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- Molinario, Joël.
- MOLINARIO, Joël,
https://doi.org/10.3917/lv.662.0125
1 La notion d’initiation traverse les recherches et questionne les pratiques catéchétiques contemporaines. L’initiation se rencontre aussi dans des textes officiels de Conférences épiscopales sur la catéchèse. La notion certes est large et peut être entendue sous divers registres et en divers sens. Mais son utilisation témoigne d’une période nouvelle pour la catéchèse dans l’Église. Avant d’être un concept bien défini, l’initiation est un marqueur d’une façon très contemporaine d’appréhender la question catéchétique. Et pourtant les paradoxes sont de tailles et les consensus restent à trouver.
2 En effet, « On a souvent affirmé qu’une des caractéristiques du monde moderne est la disparition de l’initiation. D’une importance capitale dans les sociétés traditionnelles, l’initiation est de nos jours pratiquement inexistante dans la société occidentale. Certes, les différentes confessions chrétiennes conservent, dans une mesure variable, des traces d’un mystère initiatique. Le baptême est essentiellement un rite initiatique ; le sacerdoce comporte une initiation. Mais il ne faut pas oublier que le christianisme n’a justement triomphé et n’est devenu une religion universelle que parce qu’il s’est détaché du climat des Mystères gréco-orientaux et s’est proclamé une religion de salut ouvert à tous ». Ainsi s’exprimait l’anthropologue Mircea Eliade dans l’introduction de son livre, important pour notre propos : Initiation, rite, sociétés secrètes. Par là même, Mircea Eliade nous introduit à l’ensemble de notre propos à partir d’une apparente contradiction. Mais ce que dit Mircea Eliade du rapport entre initiation et modernité, peut être reporté et de façon plus radicale encore sur la période post-moderne.
3 Rien n’est plus étranger a priori que l’initiation et la post-modernité. L’initiation vient des sociétés stables, uniformes où l’avenir et les rôles sont déterminés et les hiérarchies établies, les héritages reconnus et les communautés humaines fondatrices et structurantes.
4 Or, notre période post-moderne privilégie l’individu, rompt avec l’héritage, conteste les hiérarchies, vit un temps rapide, un pluralisme des cultures, un flou des identités et un rapport ambigu entre génération. Si l’initiation a pour objectif de forger des identités, de socialiser l’individu et faire accéder l’enfant à l’âge adulte dans une société traditionnelle, ce cadre supposé de l’initiation traditionnelle, dans nos sociétés occidentales est irrémédiablement perdu.
5 Or, c’est dans ce contexte de mutation sociale, qui peut aller jusqu’à la désocialisation et la crise d’identité radicale, c’est dans ce contexte de crise de la traditionnalité que l’Église se met à repenser la transmission à l’aune d’une initiation. Paradoxe !
6 Notre dossier particulièrement dense, traitera une part de cette immense question en commençant par être attentif aux mutations sociales et culturelles qui caractérisent notre époque et qui fait dire cependant que notre période dite post-moderne n’est pas plus étrangère à la foi que d’autres. L’initiation peut s’apparenter à une expérience d’éducation et de socialisation, une expérience pleine et entière pour devenir adultes et ceci dans des contextes particulièrement difficiles de désocialisation et de crise d’identité adolescente.
7 Peut-on être initié dans une société post-moderne, quelle forme peut prendre une initiation dans et à la foi dans ce contexte alors que l’initiation provient des sociétés traditionnelles comme nous le rappelait Abel Pasquier ? Quel sens ce terme recouvre-t-il dans les documents des Églises en Europe et notamment en Espagne et en France ? Alors le catéchuménat, lieu par essence de l’entrée dans la foi, peut-il être pensé comme une initiation, une socialisation dans l’Église à l’heure de l’individu ? Le catéchuménat n’est-il pas le signe que devenir croyant passe par une conversion et donc une initiation ?