Article de revue

Stylistique historique et style des œuvres. À propos de Gilles Philippe : Pourquoi le style change-t-il ?

Pages 114 à 123

Citer cet article


  • Herschberg Pierrot, A.
(2021). Stylistique historique et style des œuvres. À propos de Gilles Philippe : Pourquoi le style change-t-il ? Littérature, 204(4), 114-123. https://doi.org/10.3917/litt.204.0114.

  • Herschberg Pierrot, Anne.
« Stylistique historique et style des œuvres. À propos de Gilles Philippe : Pourquoi le style change-t-il ? ». Littérature, 2021/4 N° 204, 2021. p.114-123. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-litterature-2021-4-page-114?lang=fr.

  • HERSCHBERG PIERROT, Anne,
2021. Stylistique historique et style des œuvres. À propos de Gilles Philippe : Pourquoi le style change-t-il ? Littérature, 2021/4 N° 204, p.114-123. DOI : 10.3917/litt.204.0114. URL : https://shs.cairn.info/revue-litterature-2021-4-page-114?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/litt.204.0114


Notes

  • [1]
    Voir Gilles Philippe, Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française. 1890-1940, Gallimard, 2002 ; Gilles Philippe et Julien Piat, La Langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon, Fayard, 2010, Un compte rendu de Gilles Philippe, French style. L’accent français de la prose anglaise, 2016 par Martin Mégevand est paru dans Littérature, n° 201.
  • [2]
    Les Impressions nouvelles, 2021.
  • [3]
    Voir la Préface à Tendres stocks de Paul Morand (1921) parue d’abord dans la Revue de Paris du 15 novembre 1920 sous le titre « Pour un ami (remarques sur le style) » : « Ce nouvel écrivain est généralement assez fatigant à lire parce qu’il unit les choses par des rapports nouveaux », dans Contre Sainte-Beuve, précédé de Pastiches et Mélanges et suivi d’Essais et articles, Gallimard, « Bibl. de la Pléiade », 1971, p. 615. Voir aussi Le Côté de Guermantes II, dans À la Recherche du temps perdu, t. II, « Bibl. de la Pléiade », 1988, p. 623.
  • [4]
    Voir Pierre Bourdieu, Les Règles de l’art, Minuit, 1992 et Dominique Maingueneau, Contre Saint Proust. Ou la fin de la littérature, Belin, 2006.
  • [5]
    Ainsi : « l’illusion se dissipe dès lors qu’on quitte le niveau de l’auteur », p. 27.
  • [6]
    Jean Starobinski, « Leo Spitzer et la lecture stylistique », dans Leo Spitzer, Études de style, Gallimard, 1970, p. 24-25. Laurent Jenny a de son côté réfuté les caractéristiques proposées par Jean-Marie Schaeffer dans « La stylistique littéraire et son objet », pour le style littéraire (défini notamment comme « lieu de la singularité subjective » et comme « expression », la stylistique littéraire canonique étant « une stylistique des idiocrasies individuelles », Littérature, n° 105, mars 1997, « Questions de style », p. 15) : « De ce que le style soit le lieu de la singularité discursive, il ne découle nullement de façon nécessaire que cette singularité soit subjective ou affective […] », Laurent Jenny, « Sur le style littéraire », Littérature, n° 108, 1997, p. 95.
  • [7]
    Leo Spitzer, « Les études de style et les différents pays », Actes du VIIIe Congrès de la Fédération internationale des Langues et Littératures modernes, Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université de Liège, Fasc. 161, Paris, Les Belles Lettres, 1961, p. 23-29, cité dans « Leo Spitzer et la lecture stylistique », p. 25. L’article (écrit en français) a été repris dans Leo Spitzer, Textes théoriques et méthodologiques, édités par Étienne Karabétian, Genève, Droz, 2019, p. 217-234.
  • [8]
    Leo Spitzer, « Stylistique et critique littéraire » (Critique, n° 98, 1955), ibid., p. 93-94.
  • [9]
    Voir Gilles Philippe, « Traitement stylistique et traitement idiolectal des singularités langagières », Cahiers de praxématique, n° 44, 2005, p. 80.
  • [10]
    Voir Roland Barthes, « Préface », Essais critiques, dans Œuvres complètes, édition d’Éric Marty, Seuil, 2002, t. II : « la matière première de la littérature n’est pas l’innommable mais bien au contraire le nommé ; celui qui veut écrire commence un long concubinage avec un langage qui est toujours antérieur. L’écrivain n’a donc nullement à “arracher” un verbe au silence […], mais à l’inverse […] à détacher une parole seconde de l’engluement des paroles premières que lui fournissent le monde, l’histoire, son existence, bref un intelligible qui lui préexiste […] », p. 278-279. C’est la difficulté que découvre l’employé de mairie Grand dans La Peste, à la relecture de sa première phrase : « Par une belle matinée du mois de mai, une élégante amazone parcourait, sur une superbe jument alezane, les allées fleuries du Bois de Boulogne ». « Car, malgré le contentement qu’elle lui donnait parfois, il se rendait compte […] que, dans une certaine mesure, elle gardait une facilité de ton qui l’apparentait de loin, mais qui l’apparentait tout de même à un cliché. » Albert Camus, La Peste, II, Théâtre, récits, nouvelles, Gallimard, « Bibl. de la Pléiade », 1962, p. 1302 et 1303.
  • [11]
    Gustave Flaubert, Œuvres complètes, t. V, Gallimard, « Bibl. de la Pléiade », 2021, p. 856-920.
  • [12]
    Marcel Proust, « À propos du « style » de Flaubert », op. cit., p. 588.
  • [13]
    Voir Pierre-Marc de Biasi, Gustave Flaubert. Une manière spéciale de vivre, Grasset, 2009, chapitre X : « Nouer et dénouer le “nous” », p. 217-231. L’auteur y montre que la transformation de l’incipit est solidaire de celle de l’explicit qui aggrave la condition de Berthe, (envoyée non plus aux petites écoles mais à la fabrique), et que l’association du « je » dans le « nous » se défait au fil du récit pour aboutir au constat final au « présent référentiel de l’histoire collective ».
  • [14]
    Je souligne. Voir aussi : « il est plus simple d’y voir le témoignage d’une mutation globale des sensibilités » (p. 192).
  • [15]
    Sur le rapport « conflictuel de la littérature à son lectorat » et le rôle déstabilisateur qu’exerce le réalisme à l’égard de l’« imaginaire collectif », voir Philippe Dufour, Le réalisme pense la démocratie, Genève, La Baconnière, 2021, p. 10.
  • [16]
    C’est la conception même de la littérature pour Flaubert. Il écrit à Louise Colet : « Tout ce qu’on invente est vrai, sois-en sûre. La poésie est une chose aussi précise que la géométrie. L’induction vaut la déduction, et puis, arrivé à un certain point, on ne se trompe plus quant à tout ce qui est de l’âme. Ma pauvre Bovary, sans doute, souffre et pleure dans vingt villages de France à la fois, à cette heure même » (14 août 1853).
  • [17]
    Je remercie beaucoup Jean-Claude Coquet et Jacques Neefs pour les discussions engagées avec eux à propos de ce texte.
Français

Cette réflexion critique débat des arguments de l’ouvrage Pourquoi le style change-t-il ? de Gilles Philippe (2020) qui propose d’étudier les transformations stylistiques dans la langue littéraire française d’après 1850, en opposant au modèle auteuriste la prévalence de normes collectives liées à un « moment » donné. En partant des exemples pris chez Flaubert, l’article confronte la lecture de cette stylistique historique avec la valeur différentielle du style des œuvres.


English

Historic stylistics and the style of works. About Gilles Philippe: Pourquoi le style change-t-il ?

This critical reflexion discusses the arguments of Gilles Philippe’s Pourquoi le style change-t-il ? (2020), which proposes to study the stylistic transformations in French literary language after 1850 by contrasting the authorial model with the prevalence of collective norms linked with a given « moment ». From examples in Flaubert, the article confronts the reading of this historic stylistics with the differential value of the style of works.


Date de mise en ligne : 22/12/2021

https://doi.org/10.3917/litt.204.0114