Le réel à l’époque de la reproductivité technique
Notes en marge de Walter Benjamin
- Par Sergio Benvenuto,
- Traduction de l’italien par Lise Belperron
- et Marie Fabre
Pages 35 à 44
Citer cet article
- BENVENUTO, Sergio,
- Traduction de l’italien par BELPERRON, Lise
- et FABRE, Marie,
- Benvenuto, Sergio.,
- et al.
- Benvenuto, S.,
- Traduction de l’italien par Belperron, L.
- et Fabre, M.
https://doi.org/10.3917/lige.101.0035
Citer cet article
- Benvenuto, S.,
- Traduction de l’italien par Belperron, L.
- et Fabre, M.
- Benvenuto, Sergio.,
- et al.
- BENVENUTO, Sergio,
- Traduction de l’italien par BELPERRON, Lise
- et FABRE, Marie,
https://doi.org/10.3917/lige.101.0035
Notes
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[1]
Première publication dans la revue « Zeitschrift für Sozialforschung », éditée à Paris par Adorno, Horkheimer, Marcuse et Benjamin lui-même. Cette version fut violemment attaquée par la suite, notamment par Rosemarie Heise (1969) : les manipulations de Horkheimer sur le texte, et en particulier l’élimination de la « Préface » à l’essai, en feraient, aux dires de certains, une version « censurée ». La dernière version du texte remonte à 1939. L’essai paraît en français dès 1936, dans une édition de Pierre Klossowski.
-
[2]
Scholem (1978).
-
[3]
Je poursuis ici une réflexion que j’avais engagée dans cette même revue (voir Sergio Benvenuto, « Réflexions de la modernité », Ligeia, dossiers sur l’art, n° 34, octobre 1988 mars 1989, pp. 89-105).
-
[4]
L’aura latine – qui était littéralement le souffle d’air – signifiait parfum, murmure, espoir, mais aussi célébrité, faveur populaire.
-
[5]
Cesare Cases (1966), en Italie, trouve cet essai (ainsi que d’autres essais de Benjamin) plus brechtien que marxiste.
-
[6]
Comme dans la lettre de Benjamin à Horkheimer (datée du 16 octobre 1935), in Correspondance II : 1929-1940, Aubier, Paris, 1979, p. 186).
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[7]
J’ai analysé le concept de fétichisme dans l’art, à travers R. Barthes, voir Benvenuto (2008).
-
[8]
Benjamin, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité, 1936, paragraphe 12.
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[9]
Cfr. Perniola (1994, pp. 67-81).
-
[10]
Marx, K. (1867) Le Capital L. I, section 1a, chap. 1, IV. « Le caractère fétiche de la marchandise et son secret »
-
[11]
Freud, S., 1927, « Fétichisme », in Œuvres complètes : psychanalyse. Volume XVIII, 1926-1930, Presses Universitaires de France, Paris, 1994. Pour Freud, le fétichiste est attiré par le fétiche (par exemple, la chaussure féminine) parce qu’il représente pour lui un pénis de la femme. Le fétichiste vit une scission (Spaltung) : d’un côté il sait que les femmes sont dépourvues de pénis, de l’autre, pour désirer une femme, il exige qu’elles aient un pénis. On ne compte plus les essais qui relient cette thèse de Freud à la théorie marxienne du fétichisme de la marchandise : ce lien est presque devenu un lieu commun de la pensée marxo-freudienne moderne. Le vingtième siècle – à commencer par Benjamin – a parié sur la convergence essentielle entre Marx et Freud. Voir à ce sujet Paul-Laurent Assoun, Le fétichisme, 3ème éd. PUF, Paris, 2006.
-
[12]
Walter Benjamin, « Petite histoire de la photographie », trad. Maurice de Gandillac, in Œuvres II, Folio Gallimard, 2000, p. 308.
-
[13]
op. cit., p. 308.
-
[14]
op.cit., p. 310.
-
[15]
Daniel Arasse, “L’ange spectateur. La Madone Sixtine et Walter Benjamin” in Les visions de Raphaël, Liana Levi, Paris, 2003.
-
[16]
Daniel Arasse, op.cit., p. 127.
-
[17]
Ortega y Gasset, J. (1925) La déshumanisation de l’art suivi de Idées sur le roman, Éditions Sulliver, Cabris, 2008.
-
[18]
Walter Benjamin, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, 1936, par. 12.
-
[19]
Alain Badiou, Le Siècle, Éditions du Seuil, Paris, 2005.
-
[20]
Hannah Arendt (1958) Condition de l’homme moderne, Calmann-Lévy, Paris, 1983.
-
[21]
« La praxis n’est pas une production, et la production n’est pas une praxis » (Aristote, Éth. Nic, 1140a, 6-7).
-
[22]
Eugenio Montale, « Quand on parvient au bourg », in Satura, Poésies IV, Gallimard, Paris, 1976.
-
[23]
Walter Benjamin, op. cit., par.14.
-
[24]
Alain Badiou, op. cit.
-
[25]
Badiou (2005), p. 186.
-
[26]
Pullega (1991), p. 178.
-
[27]
Scholem (1995), p. 87.
-
[28]
Tackels (2001).
Depuis longtemps, L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique de Walter Benjamin (1936) est un texte canonique de la pensée esthétique du vingtième siècle. Le terme « canonique » surprendra peut-être ceux qui voient en Benjamin un éternel outsider, mais son ami Scholem avait raison quand il affirmait que ses écrits avaient une « énorme propension à la canonisation » – un jugement qu’on peut tout à fait appliquer à cet essai.
Nous ne nous attarderons pas ici sur l’essai en lui-même, dont nous pensons qu’il est déjà connu du lecteur. Nous nous interrogerons plutôt sur le sens de sa « canonicité », sur son rapport à l’art et à l’esthétique du vingtième siècle. Nous nous demanderons dans un premier temps dans quelle mesure l’art et l’esthétique du vingtième siècle, jusqu’à aujourd’hui, s’auto-interprète en termes benjaminiens, avant de nous interroger sur ce qui manque d’essentiel à cette interprétation benjaminienne pour comprendre cette même esthétique. En résumé : dans quelle mesure la théorie de Benjamin est-elle une représentation pertinente de ce qu’a été l’art moderne, au-delà de cette autoréflexivité ? Nous prendrons appui sur l’essai de Benjamin pour nous demander ce que nous devons considérer comme essentiel dans l’art moderne.
Pour Benjamin, le fait essentiel de l’art moderne réside dans la condamnation à mort de l’aura artistique par les nouvelles technologies de reproduction – la photographie et le cinéma, à l’époque. Le terme d’« aura » n’est pas allemand, il vient du latin : il appartient donc lui-même à une langue auréolée…
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