Le rat d’Amérique
- Par Jacques Lanzmann
Pages 3 à 30
Citer cet article
- LANZMANN, Jacques,
- Lanzmann, Jacques.
- Lanzmann, J.
https://doi.org/10.3917/ltm.640.0003
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- Lanzmann, Jacques.
- LANZMANN, Jacques,
https://doi.org/10.3917/ltm.640.0003
La ville pansa bien vite ses plaies, on enterra les morts convenablement, puis on brûla les chats et les chiens que le soleil avait gonflés.
Déjà on parle d’une autre catastrophe, qui vient non pas de la nature mais de l’homme : l’élection du nouveau président. La ville s’énerve, chacun donne un conseil, prend des avis, prépare des matraques ou des paquets d’affiches.
Blafard, contrairement à tous les autres matins, le jour n’avance pas. Le long de l’Alameda des automitrailleuses précédées et suivies de carabiniers à cheval ouvrent le feu contre le ciel. Il s’agit d’empêcher les concentrations d’ouvriers prévues pour aujourd’hui.
De toutes les rues de la capitale, des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants débouchent sur l’Alameda. Ils sont tous vêtus de haillons, avec le visage creusé et le corps squelettique. Silencieux, ils se groupent. Les enfants ne sont pas turbulents.
« Le président Baniez promet le pain et le minimum vital, l’organisation des syndicats et l’arrêt immédiat de la famine. »
Vers midi, alors que l’Alameda est noire de pauvres gens pacifiques, la police attaque. D’abord avec les matraques, la crosse des fusils, puis à coups de bombes lacrymogènes. On est là des milliers en cette journée d’automne, les yeux rouges et la tête comme folle, battant en retraite devant la force policière. Des manifestants ! C’est rudement beau à voir, c’est comme les pages d’un livre d’histoire, ils sont éternels et courageux et ils se battent depuis des siècles pou…
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