Article de revue

Le bourlingueur métaphysique

Pages 31 à 33

Citer cet article


  • Labro, P.
(2006). Le bourlingueur métaphysique. Les Temps Modernes, 640(6), 31-33. https://doi.org/10.3917/ltm.640.0031.

  • Labro, Philippe.
« Le bourlingueur métaphysique ». Les Temps Modernes, 2006/6 n° 640, 2006. p.31-33. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-les-temps-modernes-2006-6-page-31?lang=fr.

  • LABRO, Philippe,
2006. Le bourlingueur métaphysique. Les Temps Modernes, 2006/6 n° 640, p.31-33. DOI : 10.3917/ltm.640.0031. URL : https://shs.cairn.info/revue-les-temps-modernes-2006-6-page-31?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/ltm.640.0031


Puisqu’il est écrit, sur le faire-part, que nous sommes invités « à partager le souvenir », partageons-le, en effet, le souvenir du Têtard, du Rat d’Amérique, du Jacquiot, de La Baleine blanche, du Lama bleu. Car tous ces titres de livres, c’était sa manière à lui de multiplier ses identités, ses identifications, de se raconter, d’essayer de se définir en échappant ainsi à toutes définitions.
De Jacques, ou Jacquot (qui ne l’a pas appelé « mon Jacquot » ?), souvenons-nous tout simplement de cette force qui allait, une force tout embarrassée d’inquiétudes, d’interrogations, d’anxiété autant que d’humour, d’énergie, de volonté acharnée, d’amour du travail, d’amour de la vie, d’amour de l’amour. Cette force dans un regard pénétrant, réfléchi, avec aussi une carrure, une allure. Quand il débarquait dans nos vies, le mariage de sa fragilité avec sa force, c’était cela qui impressionnait, la force d’un homme, la dynamique vitale, la dimension du survivant. Car il avait survécu à tout, à la faim, l’enfance difficile (dont a si bien parlé Claude), la menace nazie, les années de vaches enragées, les misères, les chutes, les trous noirs dont il s’était toujours relevé.
Avec ces yeux dont on ne pouvait se détacher, cette moustache batailleuse et presque arrogante dont il vous expliquait la présence, car, disait-il, avec son irrésistible autodérision permanente, il n’avait jamais aimé « sa bouche en cul de poule » — cette moustache à la gauloise, lui qui était tout sauf gaulois, puisqu’il appartenait bien plutôt à l’inclassable tribu internationale des aventuriers, des routards, des voyageurs, des chercheurs de spiritualité, avec ce rire si particulier, ce ton dans la voix (vous venez de l’entendre)…


Date de mise en ligne : 19/11/2015

https://doi.org/10.3917/ltm.640.0031

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