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« La chasse sans prise » : Merleau-ponty et le projet d'une science de l'homme sans l'homme

Pages 239 à 259

Citer cet article


  • Bimbenet, É.
(2001). « La chasse sans prise » : Merleau-ponty et le projet d'une science de l'homme sans l'homme. Les Études philosophiques, 57(2), 239-259. https://doi.org/10.3917/leph.012.0239.

  • Bimbenet, Étienne.
« “La chasse sans prise” : Merleau-ponty et le projet d'une science de l'homme sans l'homme ». Les Études philosophiques, 2001/2 n° 57, 2001. p.239-259. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2001-2-page-239?lang=fr.

  • BIMBENET, Étienne,
2001. « La chasse sans prise » : Merleau-ponty et le projet d'une science de l'homme sans l'homme. Les Études philosophiques, 2001/2 n° 57, p.239-259. DOI : 10.3917/leph.012.0239. URL : https://shs.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2001-2-page-239?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/leph.012.0239


Notes

  • [1]
    Titres et travaux. Projet d?enseignement, Paris, Centre de documentation universitaire (Tournier & Constans), 1951, p. 4.
  • [2]
    Ibid.
  • [3]
    Ibid., p. 3.
  • [4]
    Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, 1945, p. 423.
  • [5]
    Sens et non-sens, Paris, Nagel, 1948, p. 163.
  • [6]
    Phénoménologie de la perception, op. cit., p. 31.
  • [7]
    Signes, op. cit., p. 254-255.
  • [8]
    Cf. Phénoménologie de la perception, op. cit., p. VIII : « Le plus grand enseignement de la réduction est l'impossibilité d?une réduction complète. »
  • [9]
    Ibid.
  • [10]
    Sens et non-sens, op. cit., p. 162.
  • [11]
    Ibid., p. 164.
  • [12]
    Merleau-Ponty à la Sorbonne. Résumé de cours, 1949-1952, Cynara, 1988, p. 398-399.
  • [13]
    Ibid.
  • [14]
    Comme souvent la fidélité de Merleau-Ponty à l'égard de Husserl apparaît ici comme une fidélité à toute épreuve, prêtant beaucoup aux intentions du fondateur de la phénoménologie. Rappelons que dans l'un de ses derniers textes, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, Husserl insistait encore sur l'importance du « changement d?attitude » qui sépare phénoménologie et psychologie empirique : « Mais avec le bris de la naïveté par le changement d?attitude transcendantal-phénoménologique se produit un important changement, important pour la psychologie même (...) Toutes les aperceptions d?un genre nouveau, exclusivement liées à la réduction phénoménologique, avec leur nouvelle langue (...), tout cela qui était auparavant fermé et indicible entre maintenant dans le flux de l'objectivation de soi, dans la vie psychique et est aperçu désormais comme son arrière-fond intentionnel de prestations constitutives, nouvellement délivré » (Paris, Gallimard, 1976, trad. G. Granel, p. 237-238).
  • [15]
    Merleau-Ponty à la Sorbonne, op. cit., p. 406 et 409.
  • [16]
    Esquisse d?une théorie des émotions, Paris, Hermann, 1995, p. 7.
  • [17]
    Cf. L?imaginaire (1940), Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1986, p. 16 : « Toute nouvelle étude consacrée aux images doit donc débuter par une distinction radicale : autre chose est la description de l'image, autre chose sont les inductions touchant sa nature. En passant de l'une à l'autre on va du certain au probable. »
  • [18]
    Ibid., p. 18-19 : « Nous avons montré que si la réalité humaine apparaît au psychologue comme une collection de données hétéroclites, c?est que le psychologue s?est placé volontairement sur le terrain où cette réalité devait lui apparaître comme telle. Mais cela n?implique pas nécessairement que la réalité humaine soit autre chose qu?une collection. Ce que nous avons prouvé c?est seulement qu?elle ne peut pas apparaître autrement au psychologue. »
  • [19]
    Merleau-Ponty à la Sorbonne, op. cit., p. 409.
  • [20]
    Ibid., p. 413.
  • [21]
    Ibid.
  • [22]
    Ibid., p. 399.
  • [23]
    Cf. Phénoménologie de la perception, op. cit., p. 77 : « Mais maintenant que le champ phénoménal a été suffisamment circonscrit, entrons dans ce domaine ambigu et assurons-y nos premiers pas avec le psychologue, en attendant que l'autocritique du psychologue nous mène par une réflexion du deuxième degré au phénomène du phénomène et convertisse décidément le champ phénoménal en champ transcendantal » (nous soulignons).
  • [24]
    Sens et non-sens, op. cit., p. 151.
  • [25]
    Ibid., p. 114.
  • [26]
    Phénoménologie de la perception, op. cit., p. 77.
  • [27]
    Ibid., p. 73.
  • [28]
    Préface à L?œuvre de Freud et son importance pour le monde moderne, par le Dr A. Hesnard, Paris, Payot, 1960, p. 6.
  • [29]
    Ibid., p. 8.
  • [30]
    Journal de psychologie normale et pathologique, 1936 (33), p. 413-471.
  • [31]
    Paris, Éditions Rieder, 1928 ; puis PUF, 1968.
  • [32]
    C?est plus particulièrement le cas dans le passage de La structure du comportement consacré à la psychanalyse freudienne, examinée au plus près de la critique opérée par Politzer dans son ouvrage (chap. 3, p. 191-195).
  • [33]
    Critique des fondements de la psychologie, op. cit., p. 246-247.
  • [34]
    Ibid., p. 7.
  • [35]
    Ibid., p. 16.
  • [36]
    Ibid., p. 17.
  • [37]
    Ibid., p. 19.
  • [38]
    Ibid., p. 25.
  • [39]
    Ibid., p. 143.
  • [40]
    Ibid., p. 142.
  • [41]
    Ibid., p. 143.
  • [42]
    Ibid., p. 157.
  • [43]
    Ibid., p. 158.
  • [44]
    Michel Foucault, Les mots et les choses, op. cit., p. 319.
  • [45]
    Cf. Emmanuel Kant, Logik, in Werke, Éd. Cassirer, t. VIII, p. 344 : « Au fond, on pourra mettre tout ceci au compte de l'anthropologie puisque les trois première questions se rapportent à la quatrième. »
  • [46]
    Cf. Martin Heidegger, Kant et le problème de la métaphysique, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1981, p. 273 : « Ainsi, par ces questions, la raison humaine ne trahit-elle pas seulement sa finitude mais encore manifeste-t-elle que son intérêt le plus intime se concentre sur cette finitude même. Il ne s?agit donc pas pour elle d?éliminer le pouvoir, le devoir et l'espoir, et ainsi d?écarter la finitude mais, au contraire, de s?assurer de cette finitude et de s?y tenir [...] C?est parce que ces trois questions s?enquièrent de cet unique [objet] qu?est la finitude, que peut s?établir leur relation à la quatrième : Qu?est-ce que l'homme ? »
  • [47]
    Ibid., p. 321 : « Les thèmes modernes d?un individu vivant, parlant et travaillant selon les lois d?une économie, d?une philologie et d?une biologie, mais qui, par une sorte de torsion interne et de recouvrement, aurait reçu, par le jeu de ces lois elles-mêmes, le droit de les connaître et de les mettre entièrement au jour, tous ces thèmes pour nous familiers et liés à l'existence des « sciences humaines? sont exclus par la pensée classique : il n?était pas possible en ce temps-là que se dresse, à la limite du monde, cette stature étrange d?un être dont la nature (celle qui le détermine, le détient et le traverse depuis le fond des temps) serait de connaître la nature, et soi-même par conséquent comme être naturel. »
  • [48]
    Ibid., p. 323.
  • [49]
    Ainsi, par exemple, lorsque Foucault met au compte de la phénoménologie husserlienne l'exhibition philosophique du cogito moderne, il est clair que cette présentation d?un projet phénoménologique « qui ne cesse de se dénouer en une description du vécu, qui est empirique malgré elle, et une ontologie de l'impensé qui met hors circuit la primauté du ?je pense? », vaut au premier chef pour Merleau-Ponty, ou à tout le moins pour la lecture particulière que celui-ci proposa de Husserl. C?est du reste ce que remarquent Hubert Dreyfus et Paul Rabinow dans leur ouvrage Michel Foucault. Un parcours philosophique. Au-delà de la subjectivité et de l'objectivité, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des sciences humaines », 1984, p. 59 : « Ce qui apparaît dans Foucault comme une description inexacte de l'interprétation husserlienne du cogito est en fait une description juste de la pensée de Merleau-Ponty. »
  • [50]
    Rappelons la définition que Foucault donne de l'épistémè, dans L?archéologie du savoir, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des sciences de l'homme », 1969, p. 250 : « Par épistémè, on entend, en fait, l'ensemble des relations pouvant unir, à une époque donnée, les pratiques discursives qui donnent lieu à des figures épistémologiques, à des sciences, éventuellement à des systèmes formalisés [...] L?épistémè, ce n?est pas une forme de connaissance ou un type de rationalité qui, traversant les sciences les plus diverses, manifesterait l'unité souveraine d?un sujet, d?un esprit ou d?une époque ; c?est l'ensemble des relations qu?on peut découvrir, pour une époque donnée, entre les sciences quand on les analyse au niveau des régularités discursives. »
  • [51]
    Ibid., p. 354.
  • [52]
    Cf. Lévi-Strauss, dans une fameuse réponse à Sartre qui donna lieu à l'une des formulations les plus polémiques du thème : « Nous croyons que le but dernier des sciences humaines n?est pas de constituer l'homme, mais de le dissoudre », in La pensée sauvage, Paris, Plon, coll. « Presses Pocket », 1962, p. 294.
  • [53]
    L?expression est employée dans ce contexte précis par Denis Hollier, in Panorama des sciences humaines, Paris, Gallimard, coll. « Le Point du jour », 1973, p. 19.
  • [54]
    Blanchot, « L?athéisme et l'écriture. L?humanisme et le cri », in L?entretien infini, Paris, Gallimard, 1969.
  • [55]
    Merleau-Ponty, « De Mauss à Claude Lévi-Strauss » (1959), in Signes, Paris, Gallimard, 1960, p. 150.
  • [56]
    Lévi-Strauss, « Jean-Jacques Rousseau fondateur de sciences de l'homme » (1962), in Anthropologie structurale II, Paris, Plon, 1973, p. 47.
  • [57]
    Ibid.
  • [58]
    Lévi-Strauss, « Introduction à l'œuvre de Marcel Mauss » (1950), in Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 1997, p. XXXI.
  • [59]
    C?est un contresens que Merleau-Ponty, dans son article consacré à Lévi-Strauss, dénonce en ces termes : « Un portrait formel des sociétés ou même des articulations générales de toute société n?est pas une métaphysique. Les modèles purs, les diagrammes que trace une méthode purement objective sont des instruments de connaissance. L?élémentaire que cherche l'anthropologie sociale, ce sont encore des structures élémentaires, c?est-à-dire les nœuds d?une pensée en réseau qui nous reconduit d?elle-même à l'autre face de la structure et à son incarnation » (in Signes, op. cit., p. 149). Sur la même question, et concernant cette fois le formalisme linguistique, cf. Paul Ricœur, « La structure, le mot, l'événement », in Esprit, Paris, mai 1967, no 5.
  • [60]
    Lévi-Strauss, « Jean-Jacques Rousseau, fondateur des sciences humaines », in Anthropologie structurale II, op. cit., p. 49.
  • [61]
    La structure du comportement, op. cit., p. 226.
  • [62]
    « L?homme et l'adversité », in Signes, op. cit., p. 305.
  • [63]
    Michel Foucault, Les mots et les choses, op. cit., p. 343.
Français

L?association systématique des sciences humaines au discours philosophique s?accomplit, dans l'œuvre de Merleau-Ponty, selon un dispositif original. Philosophie et sciences humaines se rencontrent ici autour du caractère problématique de l'humain, tel que Descartes l'avait défini. Le problème de l'union de l'âme et du corps revient alors à la philosophie sous la forme d?une antinomie, opposant le point de vue subjectif de la réflexion et le point de vue objectif du savoir empirique, et y induit un questionnement de type ontologique. Mais ce même problème traverse les sciences humaines, et y prend la forme d?une crise qui les affecte de l'intérieur : parce qu?elles visent un être qui est à la fois l'objet d?un savoir positif, et le sujet fondateur de ce savoir, ces sciences sont vouées à une instabilité et à une critique perpétuelle de leurs propres principes. À l'ontologie interrogative répond ainsi l'autocritique du scientifique, selon une configuration à laquelle l'œuvre de Foucault nous aura rendu familiers. Mais alors que Les mots et les choses décident finalement, sous le chef de la « mort de l'homme », d?en finir avec un dispositif jugé stérile, le même dispositif trouve chez Merleau-Ponty à s?enraciner dans l'être, et à s?attester phénoménologiquement à travers une pensée de l'avènement.


Date de mise en ligne : 01/02/2008

https://doi.org/10.3917/leph.012.0239

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