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Compte rendu

Paul Max Morin, Les Jeunes et la guerre d'Algérie, Paris, Presses universitaires de France, 2022, 430 pages.

Pages 222 à 224

Citer cet article


  • Michelis, L.
(2021). Paul Max Morin, Les Jeunes et la guerre d'Algérie, Paris, Presses universitaires de France, 2022, 430 pages. Les Champs de Mars, 36(1), 222-224. https://doi.org/10.3917/lcdm.036.0222.

  • Michelis, Léa.
« Paul Max Morin, Les Jeunes et la guerre d'Algérie, Paris, Presses universitaires de France, 2022, 430 pages. ». Les Champs de Mars, 2021/1 N° 36, 2021. p.222-224. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-les-champs-de-mars-2021-1-page-222?lang=fr.

  • MICHELIS, Léa,
2021. Paul Max Morin, Les Jeunes et la guerre d'Algérie, Paris, Presses universitaires de France, 2022, 430 pages. Les Champs de Mars, 2021/1 N° 36, p.222-224. DOI : 10.3917/lcdm.036.0222. URL : https://shs.cairn.info/revue-les-champs-de-mars-2021-1-page-222?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lcdm.036.0222


Ouvrage

Les jeunes et la guerre d'Algérie

Une nouvelle génération face à son histoire

1 L'ouvrage Les Jeunes et la guerre d'Algérie de Paul Max Morin, issu de la thèse de l'auteur, prend pour objet les jeunes et leurs questionnements sur la colonisation et la guerre d'Algérie. L'auteur interroge la façon dont les mémoires collectives de cette histoire jouent un rôle dans la construction identitaire et la socialisation politique de la jeunesse. À partir d'une enquête auprès de 3 000 jeunes âgés de 18 à 25 ans et d'une centaine d'entretiens avec des jeunes descendants de personnes qui ont un lien avec la colonie et la guerre (appelés, pieds-noirs, harkis...), l'auteur a pour ambition de questionner trois idées reçues : d'abord, que la guerre d'Algérie serait un objet oublié, une histoire passée sous silence, qui alimenterait les tensions dans la société française ; ensuite, que la production de discours mémoriels par des groupes d'obédience politique différente entretiendrait une guerre des mémoires ; enfin, que ces mémoires seraient transmises de génération en génération dans leur aspect politique. Elles seraient donc politisées.

2 Le livre commence par un premier chapitre qui porte sur l'histoire de la colonisation de l'Algérie jusqu'à la fin de la guerre en 1962. S'ancrant dans les travaux d'histoire, il détaille la façon dont « l'Algérie fait la France » (p. 31). Il s'intéresse au rapport collectif à l'Autre, à la construction des mémoires du conflit et à la façon dont elles sont instrumentalisées pour défendre des objectifs politiques.

3 Le deuxième chapitre interroge les représentations mentales de ce passé construites par les jeunes. Il révèle qu'ils connaissent mal cette histoire. Ce manque de connaissance, malgré l'enseignement du conflit à l'école, s'explique par une absence de cadres sociaux pour échanger sur ce passé. Les jeunes qui en savent le plus et qui formulent une opinion sur la colonisation et la guerre sont des descendants politisés de personnes qui ont participé au conflit. L'auteur souligne que leur opinion sur le passé est avant tout déterminée par leur orientation politique. Les représentations ne proviennent pas uniquement d'une transmission familiale de la mémoire : d'autres vecteurs entrent en jeu, comme l'école et la culture populaire. Pour ces jeunes, la guerre est « un espace de reconquête et de transmission des récits sur le passé » (p. 206).

4 Ensuite, l'ouvrage retrace les dessous de la transmission familiale. C'est d'abord parce que les conséquences de cette guerre sont visibles dans l'intimité de la famille que cette jeunesse prend conscience de l'importance de ces événements. La guerre est alors « une source de curiosité et de questionnements mais rarement d'animosité » (p. 26). Elle se raconte à travers des emprunts à la mémoire collective, des anecdotes et des silences qui « ne sont jamais des vides » (p. 22). Les jeunes évoluent dans des territoires de mémoire aux frontières floues régies par des règles implicites et explicites. Grâce à leurs questions, ils participent aussi à la recomposition de ces mémoires. Dans un quatrième chapitre, l'auteur raconte la quête d'identité de ces jeunes, selon les engagements de leur famille dans la guerre. Le fait que l'histoire collective soit méconnue provoque chez eux un inconfort, une incompréhension. Ils ont besoin de reconnecter le passé et le présent pour se penser, eux, et construire leur identité actuelle.

5 Le chapitre final présente le croisement entre les héritages familiaux et le comportement politique de ces jeunes : leur héritage tend à les rendre plus politisés. Mais cette politisation ne se construit pas à partir de ces mémoires ; celles-ci sont simplement « une porte d'entrée sur la politique » (p. 339). Leur politisation s'accompagne d'un questionnement sur le rapport à l'altérité. Ils s'intéressent à la mémoire pour dépasser l'histoire. Pour 83 % d'entre eux, la mémoire doit tout inclure, l'ombre comme la lumière. Il n'y a ainsi pas de guerre des mémoires mais des usages politiques pluriels de la mémoire. Finalement, ces jeunes sont dans une quête de sens et demandent un travail d'histoire. Ils livrent leur besoin de cadres sociaux pour dépasser le passé par eux-mêmes.

6 Cet ouvrage articule les prismes de la mémoire, de l'histoire et de la socialisation tout en donnant une voix à celles et ceux pour qui cette mémoire joue un rôle dans la construction de leur identité. Il offre un regard des sciences politiques sur un débat dominé par les historiens et ce faisant, il enrichit la discipline historique. L'ouvrage expose une dynamique de construction des identités nationales, entre passé et présent. La mémoire, sans cesse recomposée, transformée, participe ainsi de la construction d'un vivre ensemble.


Date de mise en ligne : 22/11/2022

https://doi.org/10.3917/lcdm.036.0222