Article de revue

Ceci n'est pas une place

Visite du rond-point de la Patte-d'Oie

Pages 42 à 63

Citer cet article


  • Alonzo, É.
(2000). Ceci n'est pas une place Visite du rond-point de la Patte-d'Oie. Le Visiteur, 5(1), 42-63. https://doi.org/10.3917/visit.005.0043.

  • Alonzo, Éric.
« Ceci n'est pas une place : Visite du rond-point de la Patte-d'Oie ». Le Visiteur, 2000/1 N° 5, 2000. p.42-63. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-visiteur-2000-1-page-42?lang=fr.

  • ALONZO, Éric,
2000. Ceci n'est pas une place Visite du rond-point de la Patte-d'Oie. Le Visiteur, 2000/1 N° 5, p.42-63. DOI : 10.3917/visit.005.0043. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-visiteur-2000-1-page-42?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/visit.005.0043


Notes

  • [1]
    Francis Nordemann, « Quels espaces publics pour la banlieue ? », in Les Cahiers de la recherche architecturale, n° 38/39, éditions Parenthèses, 1996, pp. 158-161.
  • [2]
    Camillo Sitte, L'Art de bâtir les villes. L'urbanisme selon ses fondements artistiques, trad. fr. Éd. du Seuil, Paris, 1996.
  • [3]
    « [L'urbaniste] n'est même pas en mesure de disposer de l'espace vide qui sépare les blocs bâtis à des fins esthétiques, car même cet espace apparemment libre appartient déjà à quelqu'un d'autre, à l'ingénieur des Ponts, à l'hygiéniste », ibid., p. 59.
  • [4]
    Ibid., p. 103.
  • [5]
    Ibid., pp. 102-103.
  • [6]
    Joseph Stübben, Der Stadtebau, Darmstadt, 1890.
  • [7]
    Pour Sitte, réduire les conflits aux carrefours consiste à réduire le nombre des voies qui se raccordent en un même point, la configuration idéale étant alors le croisement en « T ». La grande place-carrefour, qui fait converger un grand nombre de voies, est donc une erreur fondamentale qu'il faut éradiquer par la construction en son centre d'un îlot bâti. Cf. op. cit., p. 151.
  • [8]
    Bruno Fortier, L'Amour des villes, Institut français d'architecture, Pierre Mardaga, Liège, 1994, p.21.
  • [9]
    Eugène Hénard, Études sur les transformations de Paris, L'Équerre, Paris, 1982, chap. VII : « Les voitures et les passants. Carrefours libres et carrefours à giration. » (réédition du fascicule du 31 mai 1906), pp. 236-296.
  • [10]
    « Les places publiques anciennes sont de véritables documents historiques et philosophiques, et comme les raisons qui les ont fait naître ont aujourd'hui disparu, il faut à tout prix les conserver et ne modifier en quoi que se soit leur caractère. Tantôt, par suite du développement économique de la ville, elles se trouveront placées en dehors des courants de circulation, et rien alors ne sera plus facile que d'y installer un jardin, comme à la place Royale, sous la réserve que les arbres en petit nombre, ou traités comme des quinconces à la française, ne masqueront pas les architectures ; tantôt ces places resteront des carrefours fréquentés, et il sera nécessaire de traiter les questions de voirie et d'éclairage relatives à leur aménagement moderne avec prudence et sobriété, afin de leur laisser le plus possible leur aspect primitif » (ibid., chap. VIII : « Les places publiques. La place de l'Opéra. Les trois colonnes. » (réédition du fascicule du 9 mai 1909), pp. 312-313.
  • [11]
    Ibid., p. 302.
  • [12]
    Ibid., pp. 309-310. Hénard préconise ici l'aménagement d'un carrefour à giration, invention validée depuis son fascicule de 1906 par des essais place de l'Étoile à Paris.
  • [13]
    Ibid., p. 313.
  • [14]
    Gustavo Giovannoni, L'Urbanisme face aux villes anciennes (Vecchie città ed edilizia, 1re éd. 1931), trad. fr. Jean-Marc Mandosio, Amélie Petita et Claire Tandille, Éd. du Seuil, 1998, pp. 135 et 137.
  • [15]
    Edmond Joyant, Traité d'urbanisme, éd. Eyrolles, Paris, 1923.
  • [16]
    Ibid., chap. III : « Les carrefours », pp. 34-42.
  • [17]
    Ibid., chap. IV : « Les places », pp. 43-49.
  • [18]
    Ibid., p. 43.
  • [19]
    Ibid., p. 48.
  • [20]
    « Le centre de [Paris] n'a presque point changé depuis trois cents ans : on y voit toujours le même nombre de petites rues étroites, tortueuses, qui ne respirent que la mal-propreté et l'ordure, et où la rencontre des voitures cause à tout instant des embarras » (Marc-Antoine Laugier, Essai, observations sur l'architecture, 1753, rééd. Mardaga, 1979, p. 209). « On y est exposé à une multitude d'embarras que l'affluence des voitures et l'insolence des cochers rendent de jour en jour plus périlleuse », ibid., p. 313.
  • [21]
    Ibid., p. 313.
  • [22]
    Ibid., p. 165.
  • [23]
    Bruno Fortier, « Déconstruction d'une place classique », Barret-Kriegel, Béguin, Fortier, Friedmann, Monchalbon, in La Politique de l'espace parisien à la fin de l'Ancien Régime, CORDA, Paris, 1975, p. 249.
  • [24]
    Thierry Mariage, L'Univers de Le Nostre, Mardaga, 1990.
  • [25]
    Laugier, op. cit., p. 222.
  • [26]
    Louis de Mondran, Projet pour le commerce et les embellissements de Toulouse lu dans une séance de l'Académie Royale de Peinture, Sculpture & Architecture, par des membres de cette Académie, Toulouse, J.-H. Guillemette, 1754, chap. II : « Des chemins qui aboutissent à la ville ».
  • [27]
    « Du côté du faubourg (St-Cyprien) on continueroit la Rue qui va du Pont Neuf à la Porte St Cyprien de la même largeur et en droite ligne ; il n'en coûteroit pas beaucoup, parce qu'il ne faudrait presque ouvrir cette rue que dans des jardins : ainsi du milieu du Pont on verroit d'un côté la Porte du Faubourg, & de l'autre celle de l'Eglise de St Étienne. Il est aisé de juger de la beauté de ce coup d'œil », Plan Général pour l'embellissement de la ville de Toulouse mis en dialogue entre un Parisien et un Toulousain, pp. 9-10. Ce document anonyme et non daté semble avoir été écrit entre 1724 et 1745 (d'après Georges Costa, les Plans d'urbanisme pour Toulouse au milieu du xviiie siècle, Toulouse, 1953, p. 14). « Suivre l'alignement du Pont Neuf et de la rue du Chayredon jusqu'au mur de la Ville du côté de St Cyprien et placer une barrière à l'extrémité de cet alignement qui serviroit d'avenue à la Ville de Toulouse pour tout ce qui vient de la Gascogne », François Philippe Antoine Garipuy, directeur des travaux publics de la province du Languedoc, le Projet des embellissements à faire à la ville de Toulouse, 1749, article 4.
  • [28]
    Ibid., pp. 8-9.
  • [29]
    Paul Mesplé, Joseph-Marie de Saget, ingénieur des travaux publics de la province du Languedoc, éditions de l'Auta, Toulouse, 1946, p. 21.
  • [30]
    Plan de la ville de Toulouse. Dédié et présenté à monsieur Frère du roi le 21 juin 1777. Saget ingénieur en chef et ingénieur des travaux publics du Languedoc. Gravé par P.G. Berthault, eau-forte 0,61-0,89, musée Paul-Dupuy, Toulouse.
  • [31]
    Ibid., p. 9.
  • [32]
    Devis adjudication et toisé des ouvrages de la construction de la place et des chemins extérieurs de la nouvelle porte de Saint Cyprien, 1778, cote C345, Archives départementales de la Haute-Garonne. On y parle d'avenues (terme qui n'avait pas au xviiie siècle de connotation urbaine), de chemins, de routes, de carrefours, d'embranchements.
  • [33]
    Le terme « rond-point », relevant initialement de l'art des jardins puis transféré à celui des aménagements urbains, nous sera fort utile pour désigner de façon permanente cet espace circulaire, qui changera d'appellation : du carrefour à la place, et de situation : de la campagne à la ville.
  • [34]
    Actuellement avenues de Grande-Bretagne, de Lombez et allée Maunce-Sarrault.
  • [35]
    Dantigny, Annuaire administratif et statistique du département de la Haute-Garonne pour l'an 1811 ou Précis de ce qui s'est passé à Toulouse et dans le département depuis l'année 1806, Douladoure, Toulouse, 1810, pp. 110-111.
  • [36]
    Robert Mesurer, Évocation du vieux Toulouse, Les Éditions de Minuit, Paris, 1960, pp. 156-157.
  • [37]
    Abbé H. Aragon, Histoire de Toulouse et des Toulousains célèbres depuis les temps reculés jusqu'à nos jours, Louis Sistac, Toulouse, 1899.
  • [38]
    Pierre Lavedan explique en partie l'émergence moderne des tracés rayonnants par des raisons militaires, comme en témoignerait la conception des villes idéales aménagée d'une place centrale de laquelle le canon puisse tirer dans toutes les directions : Pierre Lavedan, Histoire de l'urbanisme : Renaissance et Temps Modernes, Henri Laurens, Paris, 1959, première partie, chap. 2 : « L'art militaire », pp. 14-21.
  • [39]
    Jean-Paul Escalettes, 10 avril 1814, la bataille de Toulouse, Loubatières, 1999, pp. 51-53.
  • [40]
    Jean Coppolani, Toulouse. Études de géographie urbaine, éd. Privat-Didier, Toulouse, 1951, p. 315.
  • [41]
    Sitte, op. cit., pp. 62 à 63. « Considérons enfin l'effet produit par la combinaison habile de plusieurs places sur l'observateur qui passe de l'une à l'autre. À chaque instant, le tableau varie, en même temps que les impressions ressenties », ibid., p. 68.
  • [42]
    Plan Jaussely, 1928, cote : 7s 146H, Archives municipales de Toulouse.
  • [43]
    C. Lacombre, P. Malterre, Omnibus, tramways et autobus de Toulouse, Les Éditions du Cabri, Breil-sur-Roya, 1946.
  • [44]
    Ibid., p. 68.
  • [45]
    Le système giratoire à priorité à l'anneau (priorité à gauche) tel que nous le connaissons aujourd'hui n'existe pas encore puisqu'il commence tout juste à être expérimenté en Angleterre. P. de Arago, « Rond-point et giratoires : un aperçu historique », in Giratoire 92, actes du séminaire des 14, 15 et 16 octobre 1992 à Nantes, document provisoire, ministère de l'Équipement, CETE Ouest, CETUR, SETRA.
  • [46]
    Le Flâneur, « Çà et là », in l'Auta, n° 380, mai-juin 1971, p. 169.
  • [47]
    À la veille des élections municipales, attaqués sur ces aménagements, les élus tenteront de justifier le bien-fondé de leur réalisation : « Avant de nous décider pour les viaducs démontables, nous a confié M. Deplech, adjoint au maire, nous avons soigneusement étudié toutes les solutions envisageables pour rendre au trafic une “honnête” fluidité [...]. En préconisant des passages situés à des niveaux séparés, nous voulons créer des axes de circulation continue, desservant plusieurs quartiers, voire un quart ou la moitié de la ville. Le problème financier était donc pour nous, un obstacle à peu près insurmontable lorsqu'on nous proposa les viaducs démontables. Certes, ils sont laids, mais ils doivent nous permettre d'atteindre notre objectif en quelques mois. Nous avons estimé que nous n'avions pas le droit de laisser passer cette chance pour un simple question d'esthétique », La Dépêche du 23 février 1971.
  • [48]
    Syndicat mixte des transports de l'agglomération toulousaine.
  • [49]
    Suite au concours d'architecture, un second concours fut organisé par le SMTC pour sélectionner le projet d'un artiste.
  • [50]
    À ce propos, on peut se demander si, depuis près d'un siècle qu'existent ces ronds-points aménagés en giratoires en sens unique, les automobilistes n'ont pas suffisamment intégré le fait que le plateau central se contourne par la droite. La présence de ces panneaux en vis-à-vis de chaque entrée parasite systématiquement le point de vue de l'automobiliste qui s'engage dans le carrefour. À défaut de supprimer complètement toute signalisation, on pourrait par exemple reporter le dessin des flèches sur la chaussée. À moins, au contraire, de considérer ce panneau comme un motif décoratif répétitif à l'instar de projet de giratoire de Patrick Raynaud pour Villeurbanne (Patrick Raynaud. Sculpture, textes d'Alain Charre, Jacques Damase, Paris, 1989, p. 96).
  • [51]
    Au centre de la salle des billets, l'artiste Noël Cuin s'est livré à un exercice d'évocation un peu littéral sur le concept de « Patte-d'Oie ». Ainsi, deux vitrines rectangulaires sont incrustées dans le sol, telles des soustractions archéologiques. La première contient un morceau de brique partiellement réduit en poudre et couché sur un tapis de plumes d'oie blanche. Dans la deuxième, deux amas de pigments bleu et jaune s'opposent aux angles d'un sol en terre cuite marqué par l'empreinte du fameux volatile. L'installation ramène donc la figure du tracé perspectif à son origine métaphorique, induisant la possibilité d'une mythologie parallèle. L'invitation est amusante, quoique prévisible.
  • [52]
    Eugène Hénard, op. cit., pp. 314-327. Déjà en 1906, dans son fascicule présentant l'invention du carrefour à giration, l'architecte évoque la compatibilité de l'aménagement de ces places souterraines au centre des carrefours avec la présence de stations de métros. (Ibid., chap. VII : « Les voitures et les passants. Carrefours libres et carrefours à giration. » pp. 236-296, rééd. du fascicule du 31 mai 1906, p. 295).
  • [53]
    On retrouve cette même appréciation dans une plaquette promotionnelle diffusée par la ville de Toulouse pour vanter les mérites du réaménagement des quartiers de la rive gauche. On peut y lire : « Le carrefour, dit de la Patte-d'Oie [...], mérite son appellation de place, surtout depuis sa requalification » (Saint-Cyprien, Roguet, Étienne-Billières, Patte-d'Oie. Requalification d'un axe historique de Toulouse, direction de l'urbanisme, mairie de Toulouse). On l'aura compris : le carrefour va de soi, la place se mérite !
  • [54]
    Décret 83-797 du 6 septembre 1983 : – Article 1er : L'article R1 du code de la route est complété par l'alinéa : « Le terme carrefour à sens giratoire désigne une place ou un carrefour comportant un terre-plein central matériellement infranchissable, ceinturé par une chaussée mise à sens unique par la droite sur laquelle débouchent différentes routes, et annoncé par une signalisation spécifique ». – Article 4 : L'article R 26 du code de la route est complété par un 4° : « 4° Par dérogation à la règle prévue au précédent article, tout conducteur abordant un carrefour à sens giratoire est tenu, quel que soit le classement de la route qu'il s'apprête à quitter, de céder le passage aux usagers circulant sur la chaussée qui ceinture le carrefour à sens giratoire. »
  • [55]
    Lorsqu'à la fin des années cinquante, un carrefour giratoire à priorité à droite et géré par des feux est aménagé, il occupe un disque global de 60 mètres de diamètre (contre 42 mètres actuellement) et ne peut longtemps gérer l'ensemble du trafic puisqu'une douzaine d'années après un auto-pont est construit par dessus.

Blagnac, périphérie nord de Toulouse. À proximité de l'aéroport international et des ateliers d'assemblage d'Airbus, la ville diffuse se répand, jalonnée de ronds-points : « place de la Révolution Française », « place Marcel-Dassault », « place Georges-Brassens »... Derrière ces appellations qui fleurent bon la ville historique se cachent autant de carrefours giratoires qui, encombrés de constructions symboliques (pyramides, portiques, labyrinthes), prétendent dépasser leur fonction circulatoire et constituer les espaces urbains structurants de la ville nouvelle.
Usurpation ? Sacrilège ? Un carrefour n'est pas une place ? Dans le milieu des maîtres d'œuvre, les invectives vont bon train contre ce qui passe pour un abus de langage caractérisé. L'appellation-alibi de « place » dénoterait une absence de culture urbaine, elle trahirait la démission du pouvoir politique face à la logique toute puissante des réseaux, elle tenterait vainement d'invoquer l'urbanité que ne veulent ni ne peuvent générer les giratoires. Ainsi l'architecte Françis Nordemann déclare-t-il, dans un article où il observe ailleurs en France des situations analogues : « Un carrefour s'appelle soudain place des Droits-de-l'Homme. Peut-être la référence aux droits de l'homme y est-elle ; la place, en tous cas, n'y est pas », et d'ajouter : « Les déclarations ne font pas la ville. » À l'appui du coup de gueule, les photographies des places de Lucques, de Mompazier et de Sienne font contrepoint à celle d'un vaste carrefour giratoire orné de drapeaux, situé au débouché d'une technopole contemporaine…


Date de mise en ligne : 13/05/2026

https://doi.org/10.3917/visit.005.0043

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