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Article de revue

L'ergonomie prospective : quelques leçons pour son développement

Pages 205 à 206

Citer cet article


  • Robert, J.-M.
  • et Brangier, É.
(2014). L'ergonomie prospective : quelques leçons pour son développement. Le travail humain, . 77(3), 205-206. https://doi.org/10.3917/th.773.0205.

  • Robert, Jean-Marc.
  • et al.
« L'ergonomie prospective : quelques leçons pour son développement ». Le travail humain, 2014/3 Vol. 77, 2014. p.205-206. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-travail-humain-2014-3-page-205?lang=fr.

  • ROBERT, Jean-Marc
  • et BRANGIER, Éric,
2014. L'ergonomie prospective : quelques leçons pour son développement. Le travail humain, 2014/3 Vol. 77, p.205-206. DOI : 10.3917/th.773.0205. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-travail-humain-2014-3-page-205?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/th.773.0205


1 Avec l’ajout d’un volet prospectif, l’ergonomie découvre de nouveaux horizons qui l’amènent à aller plus loin, à élargir sa mission et ses champs d’intérêt, à développer de nouvelles compétences afin de pouvoir relever de nouveaux défis, et à accroître ainsi son utilité et son impact sur son milieu et la société. Elle a de vastes ambitions en voulant imaginer et construire le futur des humains à travers la création de futurs produits, systèmes et services qui sont censés améliorer nos vies. Mais cela comporte des obligations si elle veut avoir les moyens de ses ambitions. Ainsi, il faudra que les ergonomes prennent des initiatives, prospectent sur les futurs besoins et usages, définissent des projets créatifs et innovants, tout en faisant évoluer la formation, la recherche et la pratique professionnelle dans leur discipline. Les articles présentés dans ce second numéro spécial nous permettent de tirer plusieurs leçons pour le développement de l’ergonomie prospective, notamment en regardant le passé, la façon de travailler avec les utilisateurs et les approches suivies en création, invention, conception.

2 L’ergonomie prospective « nouvelle » que nous avons définie et dont nous faisons la promotion doit garder une grande part de modestie face à l’ergonomie des débuts. Parce qu’il y a plus de 50 ans, l’ergonomie et l’ingénierie industrielle dont elle fait partie faisaient déjà de la prospection sur les caractéristiques, besoins et activités futures des opérateurs dans le but de concevoir de nouveaux systèmes humain-machine (ex., avions, navettes, métros, salles de commande et de contrôle) que l’on projetait pouvoir utiliser pendant 30, 40, 50 ans ou plus, ou encore dans des milieux nouveaux et en partie inconnus comme l’espace (voir l’article de Boy & Doule dans ce numéro). Il est très pertinent de réaliser des études rétrospectives sur les études prospectives du passé afin de voir les données et les scénarios sur lesquels on s’appuyait et les choix technologiques qui ont été faits, de connaître ce qu’on avait bien ou mal anticipé et comment on s’y était pris, et d’en tirer des leçons pour le développement actuel de la discipline. Le texte de Ruault, Gardinetti, Kolski et Vanderhaegen (dans ce numéro) lève en bonne partie le voile sur cette réalité.

3 Avec l’ergonomie prospective, le travail avec les utilisateurs des futurs produits et services à créer pose des défis pour diverses raisons : les utilisateurs ont beaucoup de difficulté à se projeter dans l’avenir ; ils ne connaissent pas leurs besoins, et encore moins leurs besoins futurs ; ils peuvent difficilement imaginer ce que sera la technologie de demain, ce qu’elle pourra faire pour eux et de quoi sera composé l’écosystème technologique dont elle fera partie ; ils sont aussi fortement marqués par les produits et les systèmes qu’ils utilisent actuellement de sorte qu’il leur est difficile d’apprécier à leur juste valeur des artefacts radicalement différents. Pire, dans le cas des systèmes à longue durée de vie s’étirant sur des périodes de 30, 40, 50 ans et plus, les futurs utilisateurs peuvent ne pas être encore nés, ou n’être que de jeunes enfants, ou être très différents de ceux qu’on peut imaginer. Alors il faut en prendre acte et s’adapter. À l’instar de Prévost et Spooner (dans ce numéro) qui présentent une étude d’ergonomie prospective dans le domaine des aides posturales, il faut travailler avec les experts du domaine, des professionnels, des concepteurs, des techniciens qui travaillent avec et pour l’utilisateur, et qui connaissent très bien la réalité du terrain. Ces personnes sont bien placées pour nous aider à voir les problèmes importants, à prospecter sur les futurs besoins et à générer des idées inédites. De plus, ces mêmes auteurs montrent qu’on a tout intérêt à identifier les types de tempérament des personnes avec lesquelles on travaille en ergonomie prospective afin de pouvoir miser sur leurs points forts, notamment les créatifs ou conceptualisateurs, ceux qui ont déjà beaucoup réfléchi à la tâche, qui ont une vue globale, qui connaissent bien les problèmes,… parce qu’ils pourront nous aider à trouver des idées intéressantes pour le futur. Dans le même ordre d’idée, la recherche de Moget, Bonnardel et Galy-Marie (dans ce numéro) souligne l’importance de fournir une aide adaptée aux personnes mobilisées dans des projets d’ergonomie prospective afin qu’elles puissent bien évaluer les nouveaux artéfacts qu’on désire leur faire tester.

4 Enfin, l’ergonomie prospective privilégie naturellement l’approche centrée utilisateur qui est étroitement associée à la conception des systèmes humain-machine. C’est une approche de conception qui consiste pour l’essentiel à impliquer activement l’utilisateur tout au long du processus de conception. Mais compte tenu des défis que pose le travail de l’ergonome avec les futurs utilisateurs des futurs artefacts, et surtout du fait qu’en ergonomie prospective, on se situe en amont de la conception, dans une démarche de recherche d’idées inédites et de création, l’approche de conception centrée utilisateur « classique » s’avère insuffisante pour la phase de création. L’ergonome doit inventer de nouvelles façons de faire en intégrant à sa pratique des méthodes prospectives qui s’appuient souvent sur la créativité, la participation, l’analyse des tendances, le recueil de données sur les inventions et dépôts de brevets, des études démographiques ou plus largement des études statistiques longitudinales sur de grandes populations. Aujourd’hui ces méthodes se développent à vive allure. Il s’agit des personas, des staffs d’experts, des immersions culturelles, des entrevues d’élicitation photographique, d’ateliers de rencontres improbables, de simulation en trois dimensions, d’idéation immersive, de remue-méninge verbal ou écrit, etc. Un tout nouvel espace de recherche basé sur des méthodes d’exploration du futur est en train de prendre forme. Ces dernières viennent enrichir nos méthodes d’analyse, de conception et d’évaluation du travail, des situations et des usages par des perspectives stimulantes pour la recherche et la pratique.


Date de mise en ligne : 20/10/2014

https://doi.org/10.3917/th.773.0205