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Article de revue

Les comportements pro- et antisociaux au travail : une recherche exploratoire testant deux échelles de mesure et leurs liens avec des inducteurs organisationnels et individuels

Pro- and antisocial behaviours in the workplace: validation of two scales of measurement and their links with organizational and individual inductors

Pages 55 à 87

Citer cet article


  • Desrumaux, P.,
  • Léoni, V.,
  • Bernaud, J.-L.
  • et Defrancq, C.
(2012). Les comportements pro- et antisociaux au travail : une recherche exploratoire testant deux échelles de mesure et leurs liens avec des inducteurs organisationnels et individuels Pro- and antisocial behaviours in the workplace: validation of two scales of measurement and their links with organizational and individual inductors. Le travail humain, . 75(1), 55-87. https://doi.org/10.3917/th.751.0055.

  • Desrumaux, Pascale.,
  • et al.
« Les comportements pro- et antisociaux au travail : une recherche exploratoire testant deux échelles de mesure et leurs liens avec des inducteurs organisationnels et individuels : Pro- and antisocial behaviours in the workplace: validation of two scales of measurement and their links with organizational and individual inductors ». Le travail humain, 2012/1 Vol. 75, 2012. p.55-87. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-travail-humain-2012-1-page-55?lang=fr.

  • DESRUMAUX, Pascale,
  • LÉONI, Véronique,
  • BERNAUD, Jean-Luc
  • et DEFRANCQ, C.,
2012. Les comportements pro- et antisociaux au travail : une recherche exploratoire testant deux échelles de mesure et leurs liens avec des inducteurs organisationnels et individuels Pro- and antisocial behaviours in the workplace: validation of two scales of measurement and their links with organizational and individual inductors. Le travail humain, 2012/1 Vol. 75, p.55-87. DOI : 10.3917/th.751.0055. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-travail-humain-2012-1-page-55?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/th.751.0055


Notes

  • [*]
    ufr de psychologie, Université de Lille 3, bp 60149, F?59645 Villeneuve-d’Ascq Cedex, France. pascale.desrumaux@univ-lille3.fr lpa?Précis Amiens, veronique.leoni@univ-lille3.fr
  • [**]
    Université de Rouen, Laboratoire psy?nca. Les auteurs remercient C. Defrancq, M. Nsanguene, J. Museke, T. Kotsiumakha pour leur contribution à la recherche et au recueil des données.
  • [1]
    « Generalized compliance is an impersonal form of conscientiousness that indirectly helps others within the organization; this includes behaviors that define what a good employee ought to do, such as attendance, punctuality, working overtime, and not spending time on personal telephone calls » (Smith, Organ & Near, 1983, p. 657).

I – Introduction

1L’augmentation de la violence, des conflits et des comportements antisociaux dans le monde du travail interpelle les médias, et suscite un questionnement des chercheurs et des institutions. Parallèlement à des comportements antisociaux identifiés et classifiés de longue date (Baron & Neumann, 1996 ; Mangione & Quinn, 1974 ; Robinson & Bennett, 1995) tels que les déviances de propriété relatives au vol (Hollinger & Clark, 1983) ou au sabotage (Taylor & Walton, 1971) et les déviances de production (freinage) émergent d’autres formes de déviances organisationnelles et interindividuelles (Chappell & Di Martino, 2000), telles que le harcèlement moral au travail (Desrumaux, 2007 a b, 2011 ; Desrumaux & De Chacus 2007 ; Einarsen, Hoel, Zapf, & Cooper, 2003), les agressions physiques et à main armée (Baron & Neuman, 1996 ; Tragno, Duveau, Tarquinio, 2007). Ces nouvelles formes d’anti‑socialité, émanant des changements profonds de l’organisation du travail et des modes de communication impulsés par les nouvelles technologies de l’information et de la communication et des changements de valeurs, doivent maintenant être prises en compte dans une typologie des comportements au travail.

2Au Canada et aux États-Unis, les recherches sur les comportements déviants en milieu de travail (Robinson & Bennett, 1995), également appelés comportements antisociaux au travail (caat), se sont considérablement développées (Baron, Neuman, & Geddes, 1999 ; Courcy et al., 2004 ; Giacalone & Greenberg, 1997 ; Glendinning, 2001 ; Peterson, 2002 ; Robinson & Bennett, 1995, 1997 ; Robinson & Greenberg, 1998). Ces comportements déviants recouvrent un large éventail de conduites englobant plus spécifiquement des actes tels que le vol, le sabotage ou le harcèlement, ces comportements pouvant être manifestes ou moins visibles. Outre les termes « déviance au travail », « comportements antisociaux au travail » ou « antisocialité », certaines recherches emploient les termes « agression » au sens générique ou encore « vengeance au travail ». Depuis la typologie proposée par Bennett & Robinson (1995, 1997), les caat sont classiquement répartis en deux catégories selon qu’ils nuisent directement à l’organisation, ou qu’ils portent atteinte aux salariés c’est?à?dire à leur santé physique et psychologique, à leurs besoins et à leurs biens. Une méta?analyse (Berry et al., 2007) explorant l’intérêt de cette dichotomie organisation/individu (o/i) a finalement montré, qu’en dépit des corrélations élevées (Dalal, 2005) entre ces deux types de déviances constitutives d’une déviance globale, cette distinction (o/i) gardait toute sa pertinence au regard des variables de personnalité et organisationnelles potentiellement prédictrices des uns et des autres. Dorénavant, cette méta?analyse introduit la prise en compte simultanée de déviances et de certains comportements positifs. À l’opposé des caat, les comportements prosociaux (Bierhoff, 2002 ; Brief & Motowidlo ; 1986 ; Podsakoff, Mac Kenzie, Moorman & Fetter, 1990) ont été étudiés sous l’angle de la citoyenneté. Nous verrons au travers de cette littérature tout d’abord que le comportement citoyen est davantage étudié, dans la lignée d’Organ, dans une perspective de développement de l’efficacité et de la rentabilité et omet la personne dans une perspective complémentaire du bien?être et de la santé au travail. Ensuite, l’examen des structures factorielles a rarement tenté de s’interroger sur l’orientation individu/organisation. De la même manière que les caat, nous montrerons qu’ils ont pour cible potentielle les personnes ou l’organisation et que les sous-catégories peuvent se départager en fonction de cette dimension. Si de nombreuses études sur les comportements citoyens s’intéressent à ses liens avec l’engagement (cf., Paillé, 2009), l’étude des liens entre ces comportements citoyens et d’autres variables associées est importante puisque leur développement dans l’entreprise peut avoir des incidences à la fois sur le bien?être au travail des personnes et sur la pérennité de l’entreprise.

3Les objectifs de la recherche sont donc d’une part, en s’appuyant sur la littérature et des outils validés en Amérique du Nord, de mener un travail exploratoire de construction et de validation de deux échelles actualisées permettant d’identifier des comportements pro- et antisociaux et, simultanément d’appréhender les relations entre ces différents construits et différentes variables organisationnelles et individuelles classiquement reliées avec ces types de construits.

4La contribution de l’article tente au travers d’une revue de questions et d’une démarche de type nomologique (définitions des concepts, choix des dimensions, structuration des échelles, mise en correspondance, liens entretenus entre les échelles et des variables potentiellement explicatives) de discuter le choix des dimensions à prendre en compte et de présenter les limites des outils existants. L’examen de la littérature sur les comportements citoyens met en évidence une certaine confusion entre de véritables échelles comportementales (comme nous en trouvons dans les échelles de caat) et des échelles dites de comportements mesurant plutôt des variables de personnalité telles que la conscience ou la courtoisie. Un objectif est de remédier à ces problèmes en concevant une échelle de comportements prosociaux. L’ambition inédite de cette recherche exploratoire est de concevoir un outil mesurant à la fois la pro- et l’antisocialité, de mettre en correspondance les deux facettes de cet outil avec différentes variables explicatives des comportements au travail.

II – Cadre théorique

II.1 – Comportements pro- et antisociaux

5Initialement, Robinson et Bennett (1995, p. 536) définissent la déviance au travail comme « tout comportement volontaire qui viole les normes organisationnelles significatives et ce faisant menace le bien?être de l’organisation, de ces membres ou des deux ». Dans cette veine, des chercheurs canadiens (Rioux, Savoie et Brunet, 2003, p. 92) vont employer le terme « anti?socialité au travail » pour définir en tant que caat « tout comportement d’un membre de l’organisation qui dévie des normes socialement admises et ce faisant, porte atteinte à l’organisation ou à l’un de ses membres ». À l’instar de Kaplan (1975), les auteurs rappellent qu’il peut s’agir de comportements explicites motivés (à aller clairement à l’encontre des normes organisationnelles) ou justement d’absence de comportements (manque de motivation à se conformer aux expectations normatives attendues). Les typologies déclinées inspirées de celle de Robinson et Bennett ont distingué deux catégories de comportements selon qu’ils s’orientent vers l’organisation ou vers les individus. Les comportements anti?organisationnels sont des comportements nuisibles à l’organisation, parce qu’ils ont des incidences organisationnelles et individuelles graves (diminution de production, faillites, dégradations des conditions de travail et de la santé, accidents…). Très tôt, deux formes de déviances furent distinguées par Mangione et Quinn (1974) et définies par Hollinger et Clark (1982), la déviance de propriété (impliquant un abus relatif aux biens de l’organisation) relevant de comportements visant l’appropriation de biens ou la dégradation de biens (vol, dommages, abus de privilèges) et la déviance de production consistant à usurper les normes organisationnelles au regard de la qualité ou de la quantité de travail. Dans un système à quatre cadrans se répartissant en fonction de deux axes (la cible organisation versus individu et la gravité des actes) élaborés par Robinson & Bennett (1995, 1997), ces deux types de déviances furent classés dans la catégorie des comportements ciblant l’organisation, et distingués sur la base de la gravité, la déviance de propriété étant considérée comme grave et la déviance de production étant jugée peu grave. De manière complémentaire, les deux autres cadrans caractérisant les déviances envers les individus intégrèrent l’agression considérée comme grave et à l’opposé la déviance politique. La classification de la déviance politique (comportements visant à contourner les règles et les procédures de l’organisation), en tant que déviance individuelle, pouvait cependant prêter à discussion, comme nous l’avons vu. Par exemple, Roberge, Rioux, Brunet et Savoie (2004, in Simard et al., 2004, p. 78) considèrent que la déviance politique est une troisième sous?dimension anti?organisationnelle. Un autre point de divergence possible, d’un point de vue organisationnel, est de classer la déviance de production comme peu grave. De manière distincte, les comportements anti?individuels seraient des actes qui visent à porter atteinte à d’autres membres de l’organisation et qui entraînent une souffrance des salariés victimes. Trois catégories issues de la classification canadienne (Roberge, et al., 2004) ont été définies. La première regroupe tous les comportements liés à la provocation qui portent atteinte à l’intégrité psychique de la personne. La deuxième catégorie concerne les agressions physiques. La troisième comprend les comportements de harcèlement moral (au sens canadien), c’est?à?dire portant notamment atteinte à l’intégrité psychique et à la dignité de la personne (et non au physique). Il faut rappeler qu’à la différence de la définition canadienne du harcèlement le restreignant à une atteinte au psychisme, les définitions européennes (Hirigoyen, 1998 ; Leymann, 1996) du harcèlement moral au travail intègrent ces trois catégories de conduites (agression physique, atteinte à l’intégrité morale et psychique et provocation).

Pourquoi une nouvelle échelle de comportements antisociaux ?

6Comme le soulignent Bennett et Robinson (2000), le classement des comportements peut suivre plusieurs modalités, la première étant la cible en l’occurrence ici soit l’organisation, soit le salarié. Bien que largement plébiscitée, la classification de certains comportements comme ciblant l’organisation ou l’individu ne va pas toujours de soi et peut parfois être difficile ou équivoque. C’est le cas par exemple du vol : voler l’organisation est tout à fait différent de voler dans le portefeuille du collègue. La déviance de type sabotage pourrait aussi être classée dans les deux catégories : saboter le matériel se classe différemment et relève d’intentions différentes si un salarié cherche à se venger d’une injustice contre l’organisation (déviance de propriété) ou à empêcher un collègue de travailler (harcèlement…). Ce dernier exemple introduit de facto un autre critère important de classification, la motivation. Être considéré comme déviant parce que l’on a pris la défense d’autrui ou parce que l’on a voulu défendre son équipe ne relève pas de la même motivation et des mêmes valeurs que d’être déviant pour défendre ses intérêts personnels ou par profit personnel. Dans cette voie motivationnelle, on peut aussi inclure, les conduites relevant de la vengeance au travail (Bies & Tripp, 2005 ; Hung, Chi & Lu, 2009 ; Skarlicki & Folger, 1997), le vice organisationnel (Moberg, 1997). Ces conduites motivées pouvant par conséquent comporter des agissements déjà évoqués plus haut selon que la vengeance vise l’organisation ou un individu, la motivation ne semble pas pouvoir être retenue comme une dimension de classification susceptible d’être indépendante. Outre ces classements selon la cible (o/i) et la motivation, certains auteurs ont avancé l’idée que les comportements peuvent être classés en fonction de la gravité (Bennett & Robinson, 2003) évoquant des formes mineures et majeures de déviances. Les recherches portant sur les déviances interindividuelles en matière de harcèlement moral tiennent d’ailleurs souvent compte de ce critère. Nuire ou porter physiquement atteinte à la santé est considéré comme plus grave qu’isoler (Desrumaux & De Chacus, 2007 ; Desrumaux, Ntsame?Sima & Leroy?Frémont, 2011). Cette dimension qui instancie une autre forme d’exhaustivité des conduites semble pertinente à prendre en compte lors de la construction et de la validation d’échelles.

7Un examen des échelles validées indique qu’elles sont essentiellement d’origine nord?américaine. Une première échelle (Robinson & Bennett, 1995) construite comprenait 38 items dont 31 concernant les relations entre les collègues et 7 concernant les relations avec le supérieur. Le succès de la deuxième échelle (Bennett & Robinson, 2000) est sans doute lié au fait qu’il s’agissait d’un outil encore plus concis (19 items) arborant clairement une distinction entre la déviance interpersonnelle (di) et la déviance organisationnelle (do). En contrepartie, la taille réduite de cette échelle limite les mesures fines de différentes dimensions et la représentativité de ces mesures. En outre, un autre inconvénient réside dans le déséquilibre entre le nombre d’items interpersonnels (7) et le nombre d’items organisationnels (12). À l’opposé, une autre échelle réellement représentative et exhaustive (Gruys & Sackett, 2003) comprenait 66 items incluant 11 catégories (vol, atteinte ou destruction de propriété, mauvaise utilisation de l’information, du temps ou des ressources, atteinte à la santé, absences, négligence de la qualité du travail, consommation d’alcool, de drogue, comportements verbaux et physiques inappropriés). Les auteurs retrouvent la première dimension classique o/i et une deuxième dimension centrée sur la tâche (service, pertinence, temps, qualité par opposition aux atteintes ou abus verbaux physiques, matériels ou de substances nuisant à l’accomplissement de la tâche). Cette échelle, à la différence des deux premières, incluait des comportements mesurant l’autodestruction, qui ne constituent pas notre objet d’étude au regard des définitions retenues et comportait des sous-catégories susceptibles de regroupements. En dépit de sa précision et de son exhaustivité, la lourdeur de l’instrument nous a confortés dans l’idée de concevoir un instrument plus concis tout en nous inspirant de cette échelle et de celles de Bennett et Robinson (2000) et de Robinson et Bennett (1995).

8Partant de ces constats, dans le cadre d’une démarche nomologique, plusieurs étapes s’imposent. Sur le plan de la structuration de l’outil, nous avons retenu dans la lignée d’auteurs précédents une première manière de départager les conduites qui suit la distinction o/i. En dépit des recoupements possibles entre les déviances organisationnelles (do) et individuelles (di) et des corrélations relativement élevées (Berry et al., 2007 ; Dalal, 2005) et de la difficulté à obtenir une solution à deux facteurs (di/do) (Berry et al., 2007), la méta-analyse de Berry et al. (2007) montre que cette distinction garde sa pertinence au regard des variables de personnalité et organisationnelles. En outre, dans le cadre d’une démarche de type réseau nomologique, il est nécessaire d’examiner les relations entre ces construits (di et do) avec d’autres variables. L’analyse des données sur de nombreuses études (Berry et al., 2007) indique par exemple que l’agréabilité est beaucoup plus négativement corrélée à la di qu’à la do alors que la conscience est beaucoup plus négativement corrélée à la do qu’à la di, que les ocb sont davantage corrélés à la do qu’à la di, que la justice interpersonnelle est beaucoup plus corrélée à la di qu’à la do. Cette distinction o/i apparaît donc incontournable mais doit aussi permettre l’adjonction d’autres composantes. En comparaison des instruments antérieurs, d’autres points doivent donc être discutés tels que les points communs, les limites d’anciens instruments et les évolutions à intégrer dans un nouvel outil. Dans ce cadre, construire une échelle doit tenir compte non seulement de cette dichotomie liée à la cible (o/i) mais aussi intégrer des comportements de niveau de gravités différents. Même si l’échelle de Robinson et Bennett (1995) comporte l’item lié au harcèlement sexuel, l’échelle de Bennett et Robinson (2000), plus récente, n’intègre pas de comportements et d’atteintes relativement graves tels que le fait de blesser, d’agresser physiquement sans retenue, de harceler sexuellement une personne. Or les changements de valeurs entrainent une augmentation des agressions, du harcèlement et d’autres déviances politiques. Par ailleurs, les déviances politiques, bien qu’évoquées en filigrane dans la version de Robinson et Bennett (1995) (aller à l’encontre de la décision du patron, faire courir des rumeurs négatives sur l’entreprise) n’ont pas été prises en compte comme une dimension à part entière. Enfin, l’outil de Bennett et Robinson (1995) était clairement destiné aux entreprises marchandes ou impliquant des consommateurs et difficilement transférable aux administrations publiques ou à l’industrie. Une dernière limite concernait l’absence d’outils européens ayant validé ou construit ce type d’échelles et la question de la validité interculturelle de certains items. Certaines habitudes et les problématiques liées au continent européen peuvent entrainer une classification différente. Par exemple, l’habitude – donc l’usage du droit – de manifester et de faire la grève en France et en Europe font de ces conduites, des comportements qui ne peuvent pas être classés comme déviants. Enfin, le développement des ntci implique une nécessité de moderniser les outils (par exemple des items tels que ceux de Robinson & Bennett (1995) « se rendre dans l’arrière boutique pour lire son journal » apparaissent désuets et peuvent être remplacés par « joue sur son ordinateur ou utilise son mobile à des fins personnelles). Pour toutes ces raisons, nous inspirant des outils d’origine (Bennet & Robinson, 2000 ; Robinson & Bennett, 1995), de celui de Gruys et Sackett (2003) puis de la classification canadienne (Leblanc et al., 2004) et intégrant des comportements émergents, nous avons souhaité construire une échelle actualisée.

9La question de la correspondance entre les univers de la déviance et ceux de la prosocialité a été très peu soulevée sauf pour comparer des construits (Berry et al., 2007) et l’idée de les opérationnaliser dans un outil commun est encore plus rare. Cette orientation spécifique vers l’étude des déviances invite à ne considérer qu’un côté, peut?être pessimiste de la réalité du monde du travail alors que l’étude des prosocialités peut être complémentaire sur les plans théoriques, méthodologiques et diagnostiques. La méta?analyse de Berry et al. (2007) introduit la prise en compte simultanée de déviances et de certains comportements organisationnels positifs. Les comportements prosociaux, à l’opposé des conduites anti?sociales, sont généralement définis comme des actes réalisés dans le but d’améliorer la situation de la personne destinataire de l’aide (Bierhoff, 2002). Plus près des organisations, pour les caractériser, Brief et Motowidlo (1986, p. 711) définissent le comportement organisationnel prosocial (pob) comme « un comportement qui est (a) accompli par un membre de l’organisation, (b) orienté vers un individu, un groupe ou l’organisation avec qui il interagit pendant qu’il mène son rôle organisationnel et (c) accompli avec l’intention de promouvoir le bien-être de l’individu, du groupe et de l’organisation vers le ou laquelle il est dirigé ». Les comportements de citoyenneté organisationnelle (ocb), quant à eux, sont définis comme « des comportements individuels de type discrétionnaires, non directement ou explicitement reconnus par le système formel de récompense contribuant au bon fonctionnement général de l’organisation qui ne relèvent pas du rôle ou des tâches prescrites de l’emploi occupé, c’est?à?dire des termes spécifiques du contrat passé entre un employé et son organisation ; ces comportements relèvent plutôt d’un choix personnel, de sorte que leur omission n’implique pas de sanction » (Organ, 1988, p. 4). En outre, pour Organ (1988), les ocb sont définis comme « des comportements discrétionnaires de salariés qui contribuent à l’efficacité de l’organisation ». Ces études mettant toujours le focus sur le comportement citoyen comme construit de base ont peu à peu donné place à des modèles plus lourds (Brief & Motowidlo, 1986 : 13 catégories ; Organ, Podsakoff & Mackensie, 2006 : 11 catégories Podsakof et al., 2000 : 30 formes de comportements prosociaux). Plus récemment, des modèles plus concis ont émergé (Paillé, 2009) retenant au final trois formes majeures de citoyenneté. L’entraide correspondant à une volonté d’assister de manière désintéressée les membres de son organisation lorsque ceux?ci sont en difficulté, intégrerait pour ces auteurs l’altruisme, la conciliation, la courtoisie et le réconfort. L’esprit d’équipe (Organ, 1990) correspondrait à la volonté d’une personne de ne pas se plaindre en tolérant les inconvénients inévitables générés par le travail. Il correspondrait à une attitude positive incluant l’abnégation, la relégation des intérêts personnels au profit de ceux de l’entreprise. Enfin, le civisme est le degré de préoccupation et d’intérêt pour les domaines plus généraux de l’organisation et se réalise dans des conduites qui promeuvent l’image de l’entreprise, sa réputation, sa notoriété. Il s’agit d’un état d’esprit orienté vers la volonté de participer à des degrés divers à la gouvernance de l’entreprise. Cette dernière dimension s’approche de ce que d’autres auteurs appelleraient la prosocialité politique.

10Dans une méta?analyse distinguant les éléments dispositionnels et organisationnels et incluant l’altruisme, la conscience et la conformité générale « generalized compliance[1] », Organ et Ryan (1995) ont montré que l’altruisme favorisait les comportements bénéficiant aux individus et que la conscience et la conformité étaient en lien avec la dimension organisationnelle, la conscience étant liée aux ocb. L’inconvénient des premières catégorisations, comme nous l’avons soulevé plus haut, est que certains ocb sont des variables de personnalité. Les dernières catégorisations ont évolué dans le sens d’une catégorisation de conduites mais ne rendent pas toujours clairement compte de l’orientation (o/i) et, plutôt centrées sur des objectifs d’efficacité au service de l’entreprise, omettent d’une part, les notions de production et de propriété et d’autre part, ne prennent pas vraiment en considération certaines motivations telles que le développement du bien?être et la satisfaction des besoins des salariés (valorisation, encouragement, mobilisation, dynamisation, autonomisation). C’est la raison pour laquelle, nous choisissons le terme de prosocialité plutôt que celui de comportements citoyens. Par prosocialité, Eisenberg et Mussen (1989) entendent l’ensemble des comportements destinés à aider autrui sans rechercher un intérêt personnel évident. Un comportement prosocial au travail serait « un comportement volontaire qui aide à préserver les normes organisationnelles et s’emploie à maintenir le bien?être des membres de l’organisation » (Desrumaux, 2007 b).

11On voit donc qu’une controverse peut vite naître de ces définitions selon que le chercheur se situe du point de vue de la personne ou du point de vue de l’organisation et de sa pérennité, certains auteurs évoquant dans le premier cas la notion de bien?être, et d’autres, dans le second cas les notions de système de récompense, d’efficacité et de performance. À ce titre, les chercheurs ont tendance à mettre en relation les ocb avec la performance (Borman, Penner, Allen & Motowidlo, 2001 ; Motowidlo, 2000), la prosocialité interindividuelle étant souvent délaissée. D’ailleurs, les conséquences évoquées des ocb pour les organisations sont une augmentation de la performance et de la productivité (Podsakoff, Ahearne & Mac Kenzie, 1997). Certaines définitions sont plus axées sur les buts personnels du salarié.

12Pour avancer dans la clarification du concept de prosocialité, nous distinguerons deux grandes catégories de prosocialités selon que les conduites s’orientent vers l’organisation ou vers les personnes : les comportements pro- organisationnels d’une part, et les comportements pro- individuels d’autre part. Cette répartition présente plusieurs avantages. Tout d’abord, elle permet d’établir un parallèle avec la classification des caat et de tester ultérieurement la question de savoir si un seul modèle pourrait inclure l’anti et la prosocialité. Ensuite, elle permet de spécifier la cible des comportements prosociaux (o/i) et différentes sous?catégories de comportements. Enfin, dans le premier cas, les buts des comportements ciblés seront la production, l’efficacité de l’organisation et, dans le second cas, les raisons d’être des conduites prosociales seront le bien?être et la satisfaction des personnes au travail. Nous pouvons donc définir les comportements pro organisationnels comme « des conduites volontaires réalisées librement par un individu de manière, à augmenter la performance, l’efficacité d’une organisation, à préserver les normes de l’organisation pour laquelle il travaille dans le but de préserver ou de développer cette organisation ». Ces comportements qui ne sont pas spécifiés dans les cahiers des charges des entreprises sont des conduites supplémentaires fortement utiles à l’amélioration des performances de l’organisation de travail. Trois types de prosocialités organisationnelles peuvent être définis : la prosocialité de production concerne les comportements visant à augmenter la qualité et la quantité de travail fourni par l’employé et la prosocialité de propriété qui concerne le fait que l’individu mette au service de l’organisation des biens individuels. La prosocialité politique qui consiste en une acceptation des règles et des procédures de l’organisation peut être mise en relation avec le civisme défini plus haut.

13Par ailleurs, les comportements pro?individuels sont des comportements positifs orientés vers les personnes. Ils constituent des conduites volontaires réalisées librement par un individu de manière à augmenter le bien?être, les sentiments d’autonomie, de reconnaissance et d’estime des personnes, dans le but de préserver ou développer la qualité de vie des personnes au travail. Inspiré de la revue de question de Bierhoff (2002) sur la prosocialité, un premier travail de recherche (Desrumaux, Legrand & Widzieckowski, 2007) nous a permis de définir trois catégories de comportements pro- individuels : l’aide et le soutien caractérisent le fait de venir en aide à ses collègues, d’être altruiste et peuvent être mis en relation avec la notion d’entraide définie dans le cadre des comportements citoyens. La deuxième catégorie regroupe les comportements de valorisation, de gratification et d’encouragement. Il s’agit ici d’étudier les comportements émis par les salariés dans le but d’encourager le travail des autres, de le respecter et de le mettre en valeur. Enfin, les comportements de mobilisation, dynamisation et autonomie concernent le fait que l’employé motive et dynamise ses collaborateurs ou ses collègues. Ces deux dernières catégories pourraient en partie recouper certains comportements relevant de l’esprit d’équipe mais offrent deux avantages. Outre le fait qu’elles étaient recensées par Bierhoff, elles peuvent concerner des relations interpersonnelles ou encore des relations employé?supérieur et correspondent à des niveaux de motivations différents, la deuxième catégorie visant l’accompagnement et la gratification, la dernière visant le développement, l’investissement et la satisfaction du besoin d’autonomie.

Pourquoi une nouvelle échelle de comportements prosociaux ?

14Cette revue de questions sur les comportements prosociaux mène à plusieurs constats. Il n’existe pas d’échelle intégrant toutes les dimensions positives repérées. La plupart des échelles construites se sont intéressées aux comportements citoyens organisationnels (ocb) et ont plutôt privilégié des comportements favorisant l’efficacité au travail et la dimension organisationnelle. Un troisième constat concerne la confusion problématique entre des dimensions de personnalité et de réelles conduites prosociales au travail. Ainsi, l’un des premiers instruments de mesure des comportements citoyens au travail (Podsakoff et al., 1990) comportait principalement deux construits : la courtoisie et la conscience, dimensions qui sont, à notre sens, des dimensions de personnalité. Reprenant ces outils, Bennett et Robinson (2000) citent aussi la conscience et la courtoisie comme des comportements citoyens organisationnels. Ils vérifient que la conscience est plus négativement liée à la do qu’à la di et que la courtoisie, décrite comme un comportement préventif en termes de problèmes, est plus négativement corrélée à la di qu’à la do. En dépit de l’intérêt de ces résultats, le fait de considérer ces variables mesurées comme des comportements organisationnels s’avère discutable, celles?ci correspondant plus à des traits qu’à des conduites. Or, il est particulièrement important de distinguer méthodologiquement une dimension de personnalité et un comportement prosocial, les deux ne pouvant absolument pas être assimilés théoriquement. C’est sans doute par manque d’outils de mesure de la prosocialité comportementale qu’une telle pratique passée a pu se développer, ce qui n’en autorise pas pour autant la recevabilité et rend ces outils non conformes en termes de validité de construit. Bien sûr, les outils de mesure récents de la citoyenneté organisationnelle sont plus satisfaisants mais restent orientés vers la mesure de conduites motivant à l’efficacité. Ces constats semblent conforter l’objectif innovant de la présente recherche qui est de produire et tester différentes catégories de comportements prosociaux au travail évoquées plus haut.

II.2

Variables organisationnelles et individuelles associées aux comportements pro- et antisociaux

15Dans le but de tenter de réduire ou de prévenir l’émergence de comportements problématiques au travail, les chercheurs ont le plus souvent tenté d’identifier des variables organisationnelles prédictrices des comportements pro- et antisociaux. Bennett et Robinson (2003) identifient trois grandes catégories d’antécédents de la déviance qui sont les réactions aux expériences d’injustice, la personnalité et l’adaptation à l’environnement social.

16Parmi celles?ci, la justice des organisations a fait, depuis quarante ans, l’objet d’une attention croissante. Depuis les travaux de Colquitt (2001) et Colquitt, Conlon, Wesson, Porter et Ng, (2001), elle peut être appréhendée grâce à quatre dimensions distinctes. La justice des distributions fait référence aux résultats des décisions et aux règles qui les ont engendrés, la justice procédurale aux procédures par lesquelles les décisions sont prises. La justice interpersonnelle et la justice des informations renvoient pour la première, à la manière dont les gens sont traités et pour la seconde, aux explications fournies à propos des règles, critères et procédures de décision. Plusieurs modèles, pas toujours incompatibles, ont été proposés pour prédire des réactions différentes aux perceptions de ces différentes dimensions. Le premier, souvent désigné comme « modèle à deux facteurs » (Sweeney & McFarlin, 1993), suggère que la justice des distributions influence les réactions aux décisions dont la personne fait l’objet (par exemple, la satisfaction liée au salaire) et la justice des procédures, émanant d’une organisation, les réactions dirigées vers celle?ci. Parallèlement, la théorie de l’équité (Adams, 1965) permet aussi de prédire que la justice des distributions pourrait, en outre, affecter des comportements portant atteinte à la production et donc à l’organisation afin de restaurer l’équité (Cohen?Charash & Spector, 2001). Par la suite, le « modèle à deux facteurs » a été complété par le modèle « agent?système » (Colquitt, 2001 ; Colquitt et al., 2001) qui légitime une structure en trois facteurs et s’appuie sur la théorie de l’échange social (Blau, 1964). Celle?ci considère que les individus, dans les organisations, sont impliqués dans deux types d’échanges : des échanges avec leurs supérieurs immédiats et des échanges avec l’organisation dans son ensemble. Elle suggère que les différentes facettes de justice identifiées les conduisent à cibler leurs réactions en fonction de leur source : la justice interpersonnelle et la justice des informations référant aux conduites de leurs supérieurs à l’égard des individus orienteraient leurs réactions vers ceux?ci, tandis que la justice des procédures, renvoyant aux procédures formelles mises en œuvre au sein de l’organisation, alimenterait des réactions dirigées vers l’organisation. Enfin, Greenberg (1993) a permis d’imaginer une structure en quatre facteurs reposant sur une distinction entre justice interpersonnelle et justice des informations. La première constituerait une forme de justice des distributions en ce qu’elle implique des gratifications sociales et faciliterait la réponse à la décision, surtout quand celle?ci n’est pas favorable. La seconde serait une forme particulière de justice des procédures, car elle fournit des informations sur les aspects structuraux des procédures mises en œuvre. De ce fait, elle concourrait également à affecter les réactions à l’égard de l’organisation. Ces différents modèles n’ont reçu que des confirmations partielles avec parfois des résultats peu cohérents. La justice des procédures mais aussi la justice interpersonnelle sont modérément mais plus fortement liées négativement aux comportements déviants dirigés vers l’organisation que la justice des distributions (Berry et al., 2007 ; Hershcovis et al., 2007). Cependant, en ce qui concerne plus précisément des conduites affectant la production, la justice des procédures et celle des distributions sont modérément et négativement liées à des comportements contreproductifs (Cohen?Charash & Spector, 2001).

17Du point de vue des comportements prosociaux à l’égard de l’organisation, les justices procédurales et distributives sont positivement et modérément liées aux comportements citoyens et, les justices procédurales, distributives et interactionnelles (regroupant la justice des informations et la justice interpersonnelle) aux comportements consciencieux (Cohen?Charash & Spector, 2001 ; Colquitt et al., 2001). En revanche, la justice des procédures n’est que faiblement liée à la soumission aux décisions et il n’existe pas de données pour les autres dimensions (Cohen?Charash & Spector, 2001). Par ailleurs, du point de vue des individus et en ce qui concerne la déviance dirigée vers les supérieurs, la justice interpersonnelle présente un lien négatif plus fort que la justice des procédures ou des distributions (Hershcovis et al., 2007). Cependant, quand il s’agit des collègues, les trois justices interpersonnelles, procédurales et informationnelles présentent un lien important (Berry et al., 2007). En nous appuyant sur les résultats décrits plus haut, nous pensons (H1) que la justice organisationnelle expliquera largement les conduites antisociales. En particulier, les justices procédurales et distributives expliqueront les déviances de production et de propriété (H1.1), et les justices informationnelles et distributives expliqueront davantage la déviance politique (H1.2). Enfin, la recherche de Hershcovis et al. (2007) a établi que la justice procédurale constituait un très bon prédicteur de l’agression interpersonnelle (après les conflits et les contraintes situationnelles). Nous émettons l’hypothèse (H1.3) que l’agression sera expliquée par la justice procédurale. En ce qui concerne la prosocialité dirigée vers les individus, les résultats diffèrent en fonction des études. La méta?analyse de Cohen?Charash et Spector (2001) révèle l’absence de lien entre les comportements citoyens et la justice procédurale, et des liens faibles entre l’altruisme et les quatre dimensions de justice. Cependant, les comportements citoyens et l’aide en particulier sont modérément et positivement liés aux justices interpersonnelles et informationnelles ou procédurales mais non, ou faiblement, à celle des distributions (Colquitt, 2001 ; Colquitt et al., 2001). En outre, les liens entre les différentes dimensions de justice décrites par Colquitt (2001, Colquitt et al., 2001) et les différentes catégories de comportements organisationnels proposées plus haut n’ont jamais été examinés systématiquement. Ainsi, la justice organisationnelle devrait plutôt influencer la prosocialité organisationnelle que la prosocialité individuelle (H1.4). La justice des procédures devrait particulièrement expliquer les prosocialités de propriété, de production et politique (H1.5). Par ailleurs, en ce qui concerne les comportements interpersonnels, conformément à Colquitt (2001) et, Cohen?Charash et Spector (2001), l’aide pourrait être expliquée par les justices des procédures, interpersonnelles et informationnelles (H1.6).

18L’engagement défini par Porter, Steers, Mowday et Boulian (1974, p. 603?609) comme « l’intensité de l’attachement et de l’identification d’un individu à son organisation » fait référence à l’attachement organisationnel. Meyer et Herscovitch (2001, p. 301) l’ont défini de manière plus large comme « une force qui lie un individu à un cours d’action en rapport avec une ou plusieurs cibles ». Pour caractériser l’engagement organisationnel, Allen et Meyer (1990) ont identifié trois dimensions, affective, normative et instrumentale. L’engagement affectif réfère à l’attachement émotionnel, à l’identification, à l’engagement envers l’organisation (ce qui sous?tend une volonté et un désir profonds de rester). L’engagement normatif (Wiener, 1982) se réfère au sentiment d’obligation de rester membre de l’organisation par devoir moral, loyauté ou pour achever un projet dans lequel la personne est engagée. Pour Herscovitch et Meyer (2001), l’engagement normatif renvoie à un sentiment d’obligation développé du fait de l’internalisation des normes de l’organisation. L’engagement instrumental, établi par les travaux de Becker (1960), est défini par Hrebiniak et Alutto (1972) comme étant lié à la façon dont les salariés perçoivent l’encouragement de l’organisation pour leurs contributions, et les avantages ou investissements liés au système qui les emploie : elle fait référence à une connaissance qu’a l’individu des coûts associés à son départ de l’organisation. Meyer et Allen (1997) dénoncent le danger de considérer que seul l’engagement affectif peut conduire à des comportements désirés par l’organisation. L’engagement est corrélé à la déviance organisationnelle (Becker & Bennett, 2007). Plus précisément, d’après l’étude de Ménard, Brunet, Savoie, Van Daele et Flament (2007), l’engagement normatif est corrélé aux déviances organisationnelles de propriété et de production (les liens entre l’engagement et la déviance politique n’ont pas été testés). Sur le plan de la prosocialité, une longue tradition de travaux associe dans les recherches engagement et comportements citoyens. Tout d’abord, Brief et Motowidlo (1986) ont montré que la citoyenneté orientée vers l’organisation (la conscience) était en lien avec l’engagement organisationnel. Meyer, Stanley, Herscovitch et Topolnytsky (2002) rapportent un lien positif entre l’engagement affectif et la citoyenneté appréciée en fonction de la conscience et de l’altruisme. Cependant, ces premiers travaux, comme nous l’avons dit, mesurent davantage l’effet d’un trait de personnalité. Dans la lignée de Podsakoff et al. (2000), d’autres travaux plus récents distinguant plusieurs formes d’engagements ont intégré de nouvelles dimensions telles que l’entraide, le civisme et l’esprit d’équipe. La contribution de Paillé (2009) à ce niveau est considérable. Il s’inspire des recherches sur l’engagement normatif et la citoyenneté de Stinglhamber, Bentein et Vandenberghe (2002) et de Vandenberghe, Stinglhamber, Bentein, Delhaise (2001) pour étudier les deux concepts en fonction de trois cibles : le supérieur, le groupe de travail et l’organisation. Son étude mesurant quatre formes d’engagement affectif met en évidence que l’engagement envers l’organisation est un prédicteur plus fort pour les ocb que pour les icb, que l’engagement envers le travail d’équipe est un meilleur prédicteur pour les icb que pour les ocb, que l’engagement envers les collègues favorise les icb et que l’engagement envers le supérieur favorise les ocb. En dépit de ce travail novateur et riche, les relations qu’entretiennent différentes formes de prosocialité avec différents niveaux d’engagement sont encore peu explorées.

19Nous nous attendons (H2) à ce que les différentes formes d’engagement entretiennent des liens particuliers avec les comportements prosociaux. Conformément à Paillé (2009), l’engagement affectif envers l’organisation devrait être très corrélé avec les comportements prosociaux organisationnels et moins avec les comportements proindividuels.

20De manière complémentaire à l’engagement, la satisfaction au travail, définie par Locke (1976) comme « un état affectif positif résultant de l’appréciation de l’emploi ou des expériences liées à l’emploi » est négativement liée à l’émission de caat (Chen & Spector, 1992). La déviance organisationnelle est fortement liée à l’insatisfaction (Hershcovis et al., 2007). Plus précisément, Judge, Scott et Ilies (2006) ont montré que les salariés insatisfaits présentent des déviances organisationnelles dans le but de retrouver un contrôle sur leur travail. D’un autre côté, MacKensie, Podsakoff et Ahearne (1998) vérifient que la satisfaction est corrélée positivement aux ocb. Nous nous attendons par conséquent (H3) à ce que la satisfaction entretienne respectivement, des liens positifs avec la prosocialité et négatifs avec l’antisocialité. La satisfaction est positivement liée aux quatre dimensions de justice, la moins corrélée étant cependant la justice interpersonnelle (Colquitt et al., 2001). Nous émettons l’hypothèse (H3.1.) que la satisfaction sera corrélée positivement en particulier avec les comportements prosociaux de production, politique et de mobilisation?dynamisation?autonomisation et l’hypothèse (H3.2.) que la satisfaction sera corrélée négativement avec les comportements antisociaux.

21Enfin, la littérature a mis en évidence une relation entre des variables individuelles ou de personnalité et l’émission de conduites antisociales. La personnalité est définie par McCrae et Costa (1997) comme étant « un ensemble de prédispositions qui façonnent les pensées, les émotions et les comportements. Celui?ci est relativement stable au cours de la vie et des expériences vécues par l’individu ». Les études canadiennes (Simard et al., 2004) ont tenté de repérer les liens entre les dimensions du big?five (mesuré au moyen d’une version abrégée du Néo?pir et du Néo?ffi) et les caat. Les résultats les plus marquants mettent en évidence des corrélations négatives entre, d’une part, l’agréabilité et le harcèlement et d’autre part, l’agréabilité et la provocation. En outre, le névrosisme est positivement corrélé avec la provocation et négativement avec l’agression physique. Ménard et al. (2007) étudiant les liens entre la personnalité et l’émission de caat, observent une corrélation négative entre l’agréabilité et les déviances de propriété, une corrélation positive entre l’extraversion et la déviance de production et une corrélation négative entre la conscience et la déviance de production. Une recherche récente (Milam, Spitzmueller & Penney, 2009) a mis l’accent sur l’importance des dimensions névrosisme, agréabilité et extraversion en tant qu’antécédents des comportements antisociaux. Les données ont confirmé que la désagréabilité et le névrosisme entretenaient un lien puissant avec les conduites antisociales, la désagréabilité pouvant jouer un rôle majeur dans le développement d’incivilités. Conformément à Milam et al. (2009), on s’attend donc (H4) à ce que l’agréabilité joue un rôle important dans l’émergence de conduites pro- et antisociales et (H5) à ce que l’instabilité émotionnelle soit en lien avec les conduites anti?individuelles. L’extraversion constitue aussi une variable prédisposant généralement à l’émission de conduites. Ashton, Lee et Paunonen (2002) ont montré que les extravertis aiment consacrer du temps et de l’énergie à des activités qui retiennent une attention sociale. L’extraversion faciliterait la socialisation au travail (Forret & Dougherty, 2001) et permettrait de développer des liens de camaraderie (Jensen?Campbell et al., 2002). Ainsi, l’extraversion (H6) serait en lien avec les conduites pro- et antipolitiques.

III – Méthodologie de la recherche

III.1 – Échantillon

22Un questionnaire de 205 questions a été rempli, sur la base du volontariat, par 256 salariés du Nord?Pas-de-Calais. Ce questionnaire était proposé en version papier et en version informatisée et les salariés étaient sollicités soit directement sur le lieu de travail, soit via les réseaux sociaux. L’anonymat et la confidentialité étaient assurés. L’échantillon issu de 86 entreprises était composé de 67,19 % de femmes. La moyenne d’âge était de 35,65 ans (sd = 9,96), l’âge allant de 21 ans à 60 ans. Les moins de 40 ans représentaient près des deux tiers et les plus de 50 ans près de 9,3 %. La majorité de l’échantillon (soit 61,33 %) percevait un salaire compris entre 1 100 et 2 000 € et moins de 2 % un salaire supérieur à 3 000 €. Les trois csp les plus représentées étaient les professions intermédiaires de l’enseignement (19,53 %), les employés de la fonction publique (18,75 %) et les cadres d’entreprise (16,41 %), les ouvriers et les cadres supérieurs étant moins souvent représentés. Le secteur privé représentait plus de la moitié de l’échantillon (57,42 %), le secteur public (34,38 %) et enfin le parapublic (6,64 %).

III.2 – Mesure des concepts

23Construction des échelles et origine

24Préenquête

25Les comportements pro- et antisociaux ont été mesurés à l’aide d’un questionnaire qui comprenait à l’origine une version de 126 questions réparties dans les 12 catégories de comportements (Desrumaux, Legrand, & Widzieckowski, 2007). Il fut réduit (après un prétest) à 60 questions (soit cinq comportements pour chacune des 12 catégories). Les comportements pro- et antisociaux ont été évalués en calculant pour chaque participant la fréquence moyenne des actes, de 1 (jamais) à 6 (très souvent).

26La justice organisationnelle perçue a été mesurée au moyen des 20 items du questionnaire de Colquitt (2001) traduit en français incluant les quatre dimensions de justice (distributive : quatre items, procédurale : sept items, interpersonnelle : quatre items, informationnelle : cinq items) assortis d’une échelle de type Likert en 5 points allant de « pas du tout » à « extrêmement ». L’engagement a été mesuré au moyen du questionnaire de Nyock (2007, p. 243) : 18 questions sont réparties selon trois dimensions (6 pour l’engagement normatif, 6 pour l’engagement instrumental et 6 pour l’engagement affectif). Plus précisément, Nyock, pour l’engagement normatif, a repris une échelle à 6 items de Paillé (2004) composée d’items issus de l’échelle de mesure validée par Vandenberghe, et al. (2001). Les sujets répondent au moyen d’une échelle de Likert à quatre degrés allant de « pas du tout d’accord » à « tout à fait d’accord ».

27La satisfaction au travail a été mesurée grâce au questionnaire msq Minnesota Satisfaction Questionnaire, adaptation française du questionnaire de Weiss & al, traduit et validé par Roussel (1994). Ce questionnaire comprend 20 questions associées à une échelle de type Likert en cinq degrés allant de « très insatisfait » à « très satisfait ».

28La mesure des traits de personnalité était réalisée à l’aide de l’Alter?Ego (Bernaud & Debaisieux, 1997, adaptation du questionnaire de Caprara, Barbaranelli & Borgogni) composé des cinq dimensions du big five. Pour des raisons théoriques et pour limiter le temps de passation, trois dimensions furent retenues correspondant à la « stabilité émotionnelle » (névrosisme), à l’« énergie » (extraversion) et à l’« amabilité » (agréabilité). Avec 24 questions par traits de personnalité, 72 items ont été associés à une échelle en cinq degrés allant de « tout à fait vrai » à « tout à fait faux ». Selon Caprara, Barbaranelli et Borgogni (1997, p. 15), « les personnes qui obtiennent des scores élevés à la dimension “stabilité émotionnelle” tendent à se décrire comme peu anxieuses, peu vulnérables, peu émotives, peu impulsives, peu impatientes et peu irritables ». « Les personnes qui obtiennent des scores élevés à la dimension “énergie” tendent à se décrire comme très dynamiques, actives, énergiques, dominatrices et loquaces. » « Les personnes qui obtiennent des scores élevés à la dimension “amabilité” tendent quant à eux à se définir comme très coopératives, cordiales, altruistes, aimables, généreuses et empathiques. »

29Au total, l’outil comportait 190 questions complétées par 15 questions identifiant les caractéristiques factuelles des salariés et des entreprises enquêtés. Nous n’avons pas ajouté à cet ensemble d’échelle de contrôle de la désirabilité sociale. En effet, la situation des répondants ne comportait pas d’enjeu et l’anonymat des réponses était garanti. De fait, ce dernier critère montre que la désirabilité sociale n’a pas d’impact majeur sur les résultats (Richman, Kiesler, Weisband, & Drasgow, 1999).

IV – Résultats

IV.1 – Validation des deux échelles de mesures (comportements pro- et antisociaux) : analyses factorielles et Lisrel

30Deux analyses en facteurs communs et rotations obliques (Oblimin) ont été réalisées respectivement pour les comportements prosociaux puis pour les comportements antisociaux. Un arbitrage a permis d’extraire quatre facteurs pour chaque partie, qui recouvrent en partie la structure hypothétique. Les coefficients alpha sont satisfaisants (0,77 à 0,97) pour chaque dimension. Pour chacune des échelles, les items composant chacun des facteurs sont répertoriés dans le tableau 1. Une première structure satisfaisante pour les comportements prosociaux se compose de quatre facteurs : F1 : Mobilisation?Dynamisation?Autonomisation, F2 : Prosocialité de propriété, F3 : Prosocialité de production/Politique, F4 : Aide. Une opposition entre F1 (comportements pro-individuels) et F2 (comportements pro?organisationnels) est observée. La prosocialité de propriété occupe une place majeure dans le facteur 2 alors que les prosocialités de production et de propriété sont représentées sur la troisième dimension. L’analyse relative aux comportements antisociaux décline également une structure en quatre facteurs bien qu’un peu moins homogène : F1 : Agression, F2 : Déviances de production et de propriété, F3 : Déviance de propriété, F4 : Déviance politique. L’opposition F1/F2 (comportements organisationnels/individuels) est également très nette pour les comportements antisociaux ce qui justifie l’idée de mesurer distinctement ces deux grandes catégories de conduites (individuelles/organisationnelles) dans les domaines pro et anti. Pour les comportements prosociaux, les sous-catégories de départ sont retrouvées à l’exception de la catégorie valorisation?gratification? encouragement qui disparaît. Pour les comportements antisociaux, les catégories harcèlement moral et provocation ne sont pas retrouvées.

IV.2 – Comparaisons de moyennes

31Tout d’abord, il faut remarquer les différences de moyennes entre les fréquences déclarées d’émission des deux catégories de comportements, les participants étant, pour des raisons compréhensibles, plus prompts à déclarer leur prosocialité que leur antisocialité. Ils déclarent majoritairement avoir émis au moins un acte prosocial, alors que très peu (3,5 %, soit 9 sur 257) déclarent avoir émis l’un des comportements antisociaux répertoriés. Ce taux est encore plus faible que celui de l’équipe canadienne (Rioux et al., 2003, p. 99) pour laquelle 7,5 % d’individus déclaraient n’avoir jamais commis un seul de ces actes antisociaux au cours des six derniers mois.

32L’émission de comportements prosociaux varie selon le type de professions (H = 25,26, p = 0,02) : les professions intermédiaires déclarent émettre plus de comportements prosociaux que les cadres (p =.006), qui eux-mêmes déclarent en émettre plus que les ouvriers (p = 0,048). En revanche, aucune différence en fonction du sexe, de l’âge et du secteur d’activité n’est observée quant à l’émission de comportements pro- et antisociaux, ce qui corrobore les résultats de Ménard et al. (2007).

Tableau 1

Moyennes, écarts-types et alpha de Cronbach pour les échelles de comportements prosociaux et de comportements antisociaux (n = 256 participants)

Description de l'image par IA : Tableau de données avec moyennes, écarts-types et alpha de Cronbach pour les comportements prosociaux au travail.
Comportements prosociaux M sd Alpha Cronbach Catégorie Facteur 1 (mobilisation? dynamisation?autonomisation) 0,88 – motive en toute circonstance son ou ses collègues 4,38 1,15 Autonom. – déploie délibérément beaucoup d’énergie envers autrui 4,41 1,16 Autonom. – fait participer ses collègues 4,54 1,08 Autonom. – encourage l’autonomie d’autrui dans son travail 4,34 1,28 Autonom. – sait mobiliser les autres dans leur travail 4,19 1,28 Autonom. Facteur 2 (prosocialité de propriété) 0,79 – n’ayant pas de bureau dans l’entreprise, accepte de travailler à domicile 2,04 1,56 Pro prop. – fait don de matériel à l’entreprise 1,81 1,32 Pro prop. – ajoute la différence lors de dépenses professionnelles 2,03 1,43 Pro prop. – amène son matériel personnel pour travailler 2,97 1,74 Pro prop. – prend les frais à sa charge lorsqu’il utilise son véhicule pour son travail 2,91 1,83 Pro prop. Facteur 3 (prosocialité de production et politique) 0,80 – sait allier efficacité et rapidité dans son travail 4,82 0,97 Pro. prod. – se surinvestit dans son travail 4,71 1,02 Pro. prod. – assume ses responsabilités dans l’accomplissement de ses tâches 5,10 0,91 Pro. pol. – accepte les décisions de ses supérieurs hiérarchiques 4,98 0,97 Pro. pol. Facteur 4 (aide) 0,83 – soulage un collègue d’une grande charge de travail 4,56 1,07 Aide
Description de l'image par IA : Tableau de données avec moyennes, écarts-types et alpha de Cronbach pour les comportements prosociaux et antisociaux au travail.
Comportements antisociaux M sd Alpha Cronbach Catégorie – soutient moralement un collègue qui rencontre des difficultés 4.62 0.97 Aide – apporte une aide à un nouvel employé 5.06 2.58 Aide – fait l’éloge des qualités d’un collègue 4.46 1.02 Encourag. Facteur 1 (agression) 0,97 – contraint autrui à des travaux dangereux ou nuisibles 1,14 0,62 Agression – agresse physiquement un collaborateur sans retenue 1,11 0,56 Agression – agresse sexuellement un autre membre 1,07 0,52 Agression – occasionne des dégâts au véhicule d’un collaborateur 1,08 0,53 Agression Facteur 2 (antisocialité de production et de propriété) 0,77 – utilise les matériaux au sein de l’entreprise à des fins personnelles 1,87 1,19 Anti prop. – a tendance à prolonger ses pauses-café 2,38 1,26 Anti prod. – s’occupe de ses affaires personnelles pendant ses heures de travail 2,19 1,17 Anti prod. Facteur 3 (antisocialité de propriété) 0,93 – dégrade volontairement le matériel de l’entreprise 1,15 0,66 Anti prop. – détourne les biens de l’entreprise afin d’arrondir ses fins de mois 1,14 0,60 Anti prop. – falsifie des documents internes 1,16 0,61 Anti prop. Facteur 4 (antisocialité politique) 0,78 – transmet intentionnellement de fausses informations à ses collègues 1,18 0,63 Anti pol. – refuse tout changement, négociation sur l’évolution de l’entreprise 1,48 0,89 Anti pol. – contourne les procédures dès lors que l’occasion se présente 1,51 0,91 Anti pol.

Moyennes, écarts-types et alpha de Cronbach pour les échelles de comportements prosociaux et de comportements antisociaux (n = 256 participants)

Means, mean?squares and Cronbach’s Alpha of antisocial and prosocial behaviours at work

33Des analyses de corrélations entre les facteurs (comportements) et les variables organisationnelles et individuelles ont été réalisées.

Tableau 2

Corrélations sur l’ensemble des dimensions évaluées (n = 256 participants)

Correlations on all valuated dimensions

Description de l'image par IA : Tableau de corrélations entre différents facteurs et dimensions évaluées. Valeurs significatives marquées par des astérisques.
Satisfaction travail Engagement affectif Engagement instrumental Engagement normatif Justice procédurale Justice interpersonnelle Justice informationnelle Justice distributive Extraversion Névrosisme Agréabilité Prosocialité Facteur 1 0,30** 0,28** –0,10 0,16* 0,20** 0,13* 0,15* 0,20** 0,08 0,03 0,06 Facteur 2 0,05 0,17** –0,04 0,15* 0,14* 0,02 0,02 0,07 0,24** 0,02 0,27** Facteur 3 0,32** 0,27** –0,08 –0,01 0,20** 0,29** 0,19** 0,09 0,01 0,15* –0,01 Facteur 4 0,05 0,17** –0,06 0,01 0,08 0,06 0,01 0,03 0,09 0,05 0,12 Antisocialité Facteur 1 –0,10 –0,13* –0,06 –0,05 0,06 –0,11 –0,08 0,01 0,02 –0,08 –0,02 Facteur 2 –0,15* –0,05 –0,04 –0,06 –0,08 –0,14* –0,19** –0,01 0,05 –0,01 0,10 Facteur 3 –0,06 –0,02 –0,05 –0,02 –0,01 –0,07 –0,04 0,07 0,14* –0,06 0,11 Facteur 4 –0,14* –0,09 –0,03 –0,02 –0,07 –0,20** –0,21** 0,01 0,13* –0,06 0,04 *p <0,05. **p <0,001.

Corrélations sur l’ensemble des dimensions évaluées (n = 256 participants)

Correlations on all valuated dimensions

IV.3 – Analyses de régression

34Nous avons cherché à évaluer le risque de multicolinéarité en établissant les corrélations bivariées entre l’ensemble des prédicteurs. Les données montrent que ces corrélations varient entre 0,01 et 0,66, avec une valeur médiane de 0,18. Ces résultats sont éloignés d’une zone de risque qui se présente lorsque les corrélations entre les variables sont supérieures à 0,80 (Licht, 1994, p. 45).

35Les comportements prosociaux (tableau 3) sont expliqués par des variances allant de 1 à 16 %. Les principales variables explicatives sont l’engagement et la justice organisationnelle, la satisfaction au travail et l’agréabilité.

Tableau 3

Analyse de régression multiple expliquant la prosocialité à partir des variables personnelles et organisationnelles

Regression analysis of prosocial behaviours with individual and organisational variables

Description de l'image par IA : Tableau de régression multiple avec valeurs F, Ddl, t, R² ajusté et β pour quatre facteurs expliquant la prosocialité.
V D : Comportements prosociaux Variables explicatives F Ddl t R2 ajusté ?? Facteur 1 Satisfaction travail Engagement instrumental 3,47*** 11,244 2,60 –1,97 0,10 23** –0,14* Facteur 2 Justice procédurale Agréabilité 3,47*** 11,244 2,12 2,79 0,10 0,16* 0,23** Facteur 3 Satisfaction travail Engagement affectif Engagement normatif 5,55*** 11,244 3,00 3,12 –3,18 0,16 0,25** 0,24** –0,26*** Facteur 4 Engagement affectif 1,28 11,244 2,70 0,01 0,23** *p <0,05. **p <0,01. ***p <0,001.

Analyse de régression multiple expliquant la prosocialité à partir des variables personnelles et organisationnelles

Regression analysis of prosocial behaviours with individual and organisational variables

36Concernant les comportements prosociaux, le facteur 1 (mobilisation? dynamisation?autonomisation) est expliqué par une variance de 10 %. L’engagement instrumental et la satisfaction au travail contribuent à l’explication de la variance (F[11, 244] = 3,47, p =0,0002). Le facteur 2 représentant la prosocialité de propriété, est expliqué avec une variance de 10 % (F[11, 244] = 3,47, p =0,0002) par la justice procédurale et l’agréabilité. L’engagement affectif, normatif et la satisfaction au travail expliquent 16 % du troisième facteur représentant la prosocialité politique et de production (F[11, 244] = 5,55, p =0,0001). Pour les comportements d’aide, représentés par le quatrième facteur, la variance expliquée (1 %) est uniquement attribuable à l’engagement affectif (F[11, 244] = 1,28, ? =0,23, p <0,001).

37Les comportements antisociaux (tableau 4) sont expliqués par des parts de variances relativement faibles allant de 1 à 6 %. Les principales variables explicatives sont la justice et l’extraversion.

Tableau 4

Analyse de régression multiple expliquant l’antisocialité à partir des variables organisationnelles et personnelles

Regression analysis of antisocial behaviours with individual and organisational variables

Description de l'image par IA : Tableau de régression multiple avec coefficients et valeurs statistiques.
V D : Comportements Antisociaux Variables Explicatives F Ddl t R2 ajusté ?? Facteur 1 Justice procédurale 1,38 11,244 2,11 0,02 0, 17* Facteur 2 Just. informationnelle Justice distributive 1,66 11,244 –2,14 2,00 0,03 –0,20* 0,17* Facteur 3 11,244 0,01 Facteur 4 Just. informationnelle Justice distributive Extraversion 2,50** 11,244 –2,19 2,06 2,23 0,06 –0,20* 0,17* 0,18* *p <0,05. **p <0,01. ***p <0,001.

Analyse de régression multiple expliquant l’antisocialité à partir des variables organisationnelles et personnelles

Regression analysis of antisocial behaviours with individual and organisational variables

38La provocation et l’agression (premier facteur) sont expliquées uniquement par la justice procédurale (2 %) (F[11, 244] = 1,38, ? =0,17, p <0,05). Le deuxième facteur, regroupant les déviances de production et de propriété, est expliqué à 3 % par la justice informationnelle (? = –0,20) et distributive (? =0,17) (F[11, 244] = 1,66, p <0,05). L’antisocialité de propriété (facteur 3) est faiblement expliquée (1 %), F(11, 244) = 1,19, ns) et aucune des variables n’est significative.

39L’anti?socialité politique est expliquée à 6 % par les justices informationnelle (? = –0,20) et distributive (? =0,17) ainsi que par l’extraversion (? =0,18) (F(11, 244) = 2,50, p =0,005).

V – Discussion

40Rappelons que les objectifs étaient, dans une perspective exploratoire, de construire un outil intégrant deux échelles de comportements pro/antisociaux au travail et de tester leurs liens avec des variables connues pour être corrélées à ces échelles. Les analyses factorielles relatives à la validation des deux échelles ont permis de retenir les types de comportements qui occupent une place importante pour estimer la prosocialité ou l’antisocialité des personnes au travail. D’emblée, conformément à Berry et al. (2007), Bennett et Robinson (2000) et Robinson et Bennett (1995), la recherche confirme l’intérêt de considérer théoriquement et méthodologiquement la dichotomie relative à la cible (o/i) pour les conduites antisociales et elle le vérifie pour les conduites prosociales. Les distinctions offrant des variances maximales sont celles relatives aux individus. Dans le champ de l’antisocialité, la première dimension est l’agression. Dans le champ de la prosocialité, la première dimension est la mobilisation? dynamisation?autonomisation des personnes. Ensuite émergent très rapidement des dimensions pro?organisationnelles (prosocialité de propriété) et anti?organisationnelles (déviance de production et de propriété). Les comportements politiques envers l’organisation ressortent sur la troisième dimension pour l’aspect prosocial et sur la quatrième dimension pour l’aspect antisocial. L’aide, qui constitue un comportement moins classique au travail, ressort clairement dans le quatrième facteur.

41Les comparaisons ont montré que l’émission de comportements prosociaux différait en fonction du poste occupé : les cadres ont déclaré émettre plus de comportements prosociaux que les ouvriers, mais ils en ont déclaré moins que les salariés de professions intermédiaires. Il faut cependant, prendre en considération le fait que les salariés n’ont peut?être pas tous la même opportunité d’émettre tel ou tel comportement selon le type de profession exercée. Le travail à domicile pour certains cadres ou le travail des opérateurs sur chaîne offre moins d’opportunités d’interactions interindividuelles que celui des cadres du social ou du médical. Ceci laisse présager que les prosocialités pourraient varier aussi selon le corps professionnel et selon la représentativité des items.

42Concernant les régressions multiples, il faut remarquer les variances relativement faibles. Les régressions sur les comportements prosociaux permettent d’ores et déjà d’insister sur la pertinence des différents types d’engagements qui expliquent significativement trois des quatre facteurs relatifs aux comportements prosociaux, ce qui vérifie l’hypothèse 2. Le fait que les salariés s’estiment attachés émotionnellement à l’organisation dans laquelle ils exercent déterminerait la propension à émettre des comportements favorables. Ce résultat a d’ailleurs été mis en évidence par Paillé (2009). Précisément, l’engagement affectif envers l’organisation prédisait davantage les comportements de citoyenneté envers l’organisation que ceux orientés envers les personnes qui, pour leur part, étaient mieux prédits par l’engagement affectif envers les collègues.

43La satisfaction au travail et la justice organisationnelle contribuent aussi à expliquer la prosocialité comme Cohen?Charash et Spector (2001) le laissaient présager. Cependant, les liens entre justice et prosocialité restent sporadiques puisque seule la justice procédurale prédit significativement la prosocialité de propriété (ce qui vérifie partiellement H1.4 et H1.5 mais infirme H1.6). Un salarié qui, au sein de son entreprise peut participer aux décisions et peut exprimer son point de vue serait donc plus enclin à mettre à disposition de l’entreprise des biens individuels (prosocialité de propriété). La satisfaction s’avère être un indicateur plus intéressant pour prédire la prosocialité que l’antisocialité, conformément à l’hypothèse 3. La satisfaction au travail prédit de façon significative les prosocialités politiques et de production conformément à Hershcovis et al. (2007), ainsi que les comportements de mobilisation?dynamisation?autonomisation. En définitive, un travailleur qui est satisfait de la manière dont il est traité, géré dans son travail travaillerait de manière plus autonome et serait plus enclin à accepter les règles de l’entreprise et à s’y impliquer politiquement (prosocialité politique) mais aussi à se surinvestir dans son travail (prosocialité de production). Enfin, le seul trait de personnalité contribuant à l’explication de la prosocialité est l’agréabilité. L’agréabilité prédit significativement la prosocialité de propriété, ce qui vérifie partiellement l’hypothèse 6. Ainsi, les personnes altruistes, aimant l’aide et la coopération auraient tendance à mettre à disposition de l’entreprise des biens personnels.

44Dans le cas des comportements antisociaux au travail, la justice constitue, là aussi, un prédicteur potentiel majeur. La justice informationnelle et la justice distributive sont toutes deux prédicteurs des déviances de propriété et de production (ce qui valide partiellement l’Hypothèse 1.1) et de la déviance politique (comme prédit en H1.2). Ainsi donc, le manque de sincérité et de justification des décisions prises (justice informationnelle) prédit l’émission de comportements déviants à destination de l’organisation, avec l’appropriation de biens appartenant à l’entreprise (déviance de propriété), la diminution de la qualité ou de la quantité de travail réalisé (déviance de production) ou encore l’émission de critiques incessantes concernant l’organisation (déviance politique). Une autre facette de la justice vient compléter l’explication des comportements. La provocation et l’agression s’expliquent en effet par la justice procédurale (comme prédit en H1.3). Ce résultat peut toutefois paraître contre-intuitif. Un employé qui, au sein de son entreprise, peut participer aux prises de décisions, peut exprimer son point de vue et ses opinions, serait plus enclin à provoquer et à agresser les autres membres de son organisation. Il est possible que le sentiment d’avoir la liberté de s’exprimer soit perçu comme une possibilité de s’exprimer aussi sous un mode agressif. Certains travaux (Skogstad, Einarsen, Torsheim, Aasland & Hetland, 2007) montrent que le leadership de style laisser?faire, situation dans laquelle les individus se sentent libres, peut générer du harcèlement. Enfin, l’extraversion contribue à expliquer la déviance politique : une personne extravertie aura tendance à critiquer davantage son organisation. Ce résultat renforce celui de Ménard et al. (2007) montrant que l’extraversion prédisait aussi la déviance de production. Les résultats, somme toute limités quant aux effets de la personnalité, vont dans le sens discuté plus haut : le lien entre personnalité et caat est souvent faible (Hough, 1992 ; Robinson & Greenberg in Leblanc et al., 2004). La consistance du lien entre personnalité et caat reste difficile à établir. À l’instar de Cohen?Charash et Spector (2001), Colquitt (2006), Henle (2005) et Ménard et al. (2004), nous pensons que les traits de personnalité pourraient, en réalité, constituer des médiateurs de la relation entre la justice organisationnelle ou encore l’engagement et les comportements.

45Nos résultats indiquent que non seulement l’engagement affectif mais aussi l’engagement normatif induisent des comportements pro? organisationnels de production et de propriété. En outre, les comportements pro?individuels de type mobilisation?dynamisation?autonomisation seraient davantage en lien avec l’engagement instrumental.

46Sur le plan théorique, notre objectif était de valider des échelles de comportements pro- et antisociaux et de tester un modèle explicatif de ces comportements. Le premier objectif a été atteint, les indices de validité (alpha allant de 0,77 à 0,97) étant tout à fait acceptables. Les fréquences d’émissions déclarées de ces deux types de conduites sont différentes. La proportion de comportements prosociaux déclarés émis (M = 4,17, sd = 1,61) est bien plus élevée que celle des comportements antisociaux (M = 1,48, sd = 1,08). Étant donné le type d’investigation relatif aux conduites non désirables telles que l’agression…, l’échelle d’antisocialité pourrait être plus sensible à la désirabilité sociale. Le second objectif était de proposer un modèle explicatif. Ce modèle exploratoire et perfectible semble être une piste fiable pour expliquer les comportements prosociaux. Concernant les comportements antisociaux et malgré la proximité avec les modèles antérieurs, les parts de variance expliquées restent limitées.

47Ces résultats soulèvent logiquement la question de savoir si le fait d’expliquer les comportements pro- et antisociaux dans un seul et même modèle est pertinent. S’il apparait évident que certaines variables telles que la justice organisationnelle expliquent les deux types de conduites, d’autres variables peuvent être plus spécifiques à l’orientation (anti/pro), voire spécifiques à certains types de comportements anti- ou prosociaux.

48Les comparaisons avec les modèles antérieurs expliquant l’antisocialité invitent aussi à nuancer. En effet, pour prédire l’antisocialité, si la justice est très souvent testée (Berry et al., 2007 ; Ménard et al., 2007 ; Simard et al., 2004), les autres variables explicatives diffèrent d’une étude à l’autre. Il faut remarquer qu’aucune recherche ne présente de résultats réellement convergents. Ces différences s’expliquent tout d’abord par le fait que les variables retenues dans les modèles varient selon les auteurs. Les chercheurs canadiens intégraient par exemple la culture d’entreprise, les contraintes organisationnelles, les réactions émotionnelles… alors que l’étude réalisée en Belgique (Ménard et al., 2007) tenait compte de l’engagement et des caractéristiques de l’emploi. Ensuite, les outils de mesures étaient différents : le neo?pi a été utilisé par des équipes américaines, canadiennes et belges alors que nous utilisons l’Alter Ego. Enfin, les populations étaient issues de pays différents (Belgique, Canada, France, États-Unis).

49Limites

50Différentes limites méthodologiques peuvent être émises. Tout d’abord, la teneur de certains comportements (agression sexuelle, vol de matériel, agression physique) rend délicat le recueil de données et peut générer des biais de rétraction défensive et de désirabilité sociale. Réciproquement, ce biais de désirabilité sociale est sans doute à l’œuvre aussi pour les items relatifs à la prosocialité, même si, comme nous l’avons précédemment signalé, la garantie d’anonymat en réduit l’ampleur pour les deux séries d’échelles. Une deuxième limite concerne l’échelle de réponses relative aux comportements pro- et antisociaux qui ne faisait pas spécifier précisément la fréquence : pour certains participants, « rarement » pouvait correspondre à une fois par mois alors que pour d’autres, cela pouvait renvoyer à moins d’une fois tous les six mois. Les propositions de réponses pouvaient donc être interprétées différemment par les participants. Pour pallier ce problème, à l’instar de Rioux et al. (2003), nous proposerons une échelle de fréquence : jamais / tous les six mois / tous les trois mois / tous les mois / toutes les semaines / tous les jours.

51De manière à améliorer la distinction des mesures de certaines prosocialités (politique, aide), nous pourrions comparer les contenus de certaines des trois dimensions sous?jacentes de l’outil de Paillé (2007) qui correspond à l’adaptation des échelles de citoyenneté organisationnelle de Podsakoff et McKenzie en 1994 : l’altruisme et l’entraide, les vertus civiques et pour finir, l’esprit d’équipe. Les liens entre les comportements et le climat de travail n’ont pas été mesurés. On sait déjà qu’un climat de travail favorable améliorerait la satisfaction des salariés et leur sentiment de bonheur au travail (Brunet & Savoie, 1999). En outre, l’étude canadienne de Courcy, Savoie et Brunet (2003), auprès de 507 salariés, indique que la fréquence des agressions au travail est corrélée de manière inverse avec la mesure globale du climat de travail, la qualité des relations au travail, le degré d’autonomie perçu, l’incitation au travail, la qualité de l’environnement physique, la qualité des relations intergroupes et la considération reçue. Le rôle du climat pourrait donc être testé pour expliquer non seulement les comportements antisociaux mais aussi les conduites prosociales. Toujours dans le but d’augmenter le caractère prédictif du modèle, la prise en considération d’autres variables de personnalité telles que la conscience et l’estime de soi en tant qu’antécédents des conduites pro- et antisociales semble pertinente afin de tester leurs liens avec les conduites. Si de nombreux travaux appuient l’idée que la conscience est inversement corrélée à l’antisocialité (Berry et al., 2007 ; Ménard et al., 2007), car elle constitue une dimension importante en relation aux déviances notamment organisationnelles, cette dimension de personnalité est sans doute prédictive de la prosocialité puisque des liens entre ocb et conscience ont été vérifiés (Organ & Ryan, 1995). L’estime de soi apparaît plus rarement dans la littérature mais pourrait avoir des incidences. Steiner et al. (2007, validation du Q de Colquitt) ont trouvé que l’estime de soi, contrairement aux attentes, n’était pas liée à la justice procédurale mais l’ont expliqué par le fait que l’échelle utilisée (Rosenberg), trop générale, était peu centrée sur le soi au travail. MacAllister & Bigley (2002) repèrent en effet des liens très forts entre l’estime de soi organisationnelle et la perception de la justice au travail. Une mesure de l’estime de soi doit par conséquent intégrer l’estime de soi au travail. Afin d’étendre la recherche d’Hershcovis et al. (2007) prouvant que les affects négatifs prédisent les antisocialités envers l’organisation et les personnes au travail et dans la lignée de Rudolph, Roesch, Greitemeyer et Weiner (2004) montrant des liens entre les affects négatifs et l’agression et, le rôle médiateur des affects positifs entre les cognitions et l’aide, nous inclurons les affects positifs/négatifs dans un modèle de l’anti et de la prosocialité au travail.

52D’un point de vue théorique, les trois études réalisées (Canada en 2004, Belgique en 2007 et en France) mettent en évidence des résultats différents liés au fait d’avoir mesuré des variables différentes ou des variables identiques avec des outils différents, d’avoir interrogé des populations différentes. Une étude transculturelle utilisant exactement les mêmes outils et manipulant les mêmes variables doit être envisagée pour une comparaison efficace et une modélisation transculturelle.

53Enfin, une dernière limite peut être soulevée à propos du design expérimental de la recherche qui s’appuie sur une seule administration des instruments. On sait d’après la littérature (Posakoff, Mac Kenzie, Lee & Podsakoff, 2003) que ce choix méthodologique est susceptible d’élever artificiellement les valeurs des corrélations.

54Notre étude a des implications pratiques. Elle confirme l’importance au travail de la justice organisationnelle et de l’engagement. Modifier les politiques trop centrées sur l’efficacité et la performance, améliorer les styles de management en les rendant plus équitables devraient conduire à augmenter les sentiments de justice et l’engagement. En particulier, développer une justice procédurale forte pourrait diminuer les agressions et favoriser l’émergence de prosocialités organisationnelles telle que celle de propriété et avoir un impact positif sur la santé.

Conclusion

55De manière complémentaire aux recherches américaines et canadiennes (Bennett & Robinson, 2000 ; Ménard et al., 2007 ; Simard et al., 2004) portant sur les différentes formes d’antisocialités au travail, nous avons proposé un modèle intégrant à la fois un versant prosocial et un versant antisocial des comportements au travail. Notre objectif a été d’évaluer les liens entre les variables organisationnelles (justice, engagement) et individuelles (personnalité, satisfaction) et, la production de comportements pro- et antisociaux au travail. Le modèle exploratoire semble plus adapté à l’explication des comportements prosociaux organisationnels et individuels, les caat étant plus faiblement expliqués. Les résultats ont mis en évidence les effets de la justice, de l’engagement, et de la satisfaction au travail sur les conduites prosociales et les effets notoires des différentes formes de justice et de l’extraversion sur les caat. L’explication des conduites pro?organisationnelles est fortement en lien avec les différentes formes de justice. Une piste future sera d’estimer le rôle de la personnalité en tant que cause ou médiateur des conduites pro- et antisociales. Cette première version des échelles a le mérite de mettre en correspondance deux champs complémentaires (trop souvent traités séparément) et donne un caractère inédit à l’outil. Cependant, une future recherche nécessite une amélioration de l’outil et une procédure de validation systématique afin d’aboutir à un questionnaire robuste. Si le modèle exploratoire présente quelques atouts, le rendre plus prédictif implique la prise en compte de nouvelles variables et l’élaboration d’un programme expérimental permettant de tester sa portée sur le plan de la causalité. Parmi les variables à tester, nous souhaiterions à l’avenir comme cela a été argumenté tenir compte de la conscience, de l’estime de soi, des conflits et des affects positifs et négatifs. Les travaux de Rudolph et al. (2004) montrent que les émotions jouent un rôle médiateur entre les cognitions et l’émission de conduites prosociales et qu’elles exercent un rôle direct sur l’agression. Plus récemment, le lien entre les affects positifs et l’aide au travail a été mis en évidence (Desrumaux, Ntsame?Sima & Leroy?Frémont, 2011). Le style de management pourrait aussi avoir un effet important en lien avec la justice puisque les études sur le harcèlement indiquent qu’il module l’émission de comportements agressifs. Enfin, ces travaux mettent, d’ores et déjà, en évidence l’intérêt, pour les entreprises, d’œuvrer pour une justice organisationnelle, de favoriser l’engagement au travail et de développer plus de satisfaction afin d’orienter de manière positive les conduites au travail.

56Sur le plan des implications, il est vital de revoir les politiques d’évaluation des personnels qui créent des tensions, des conflits, voire de la souffrance au travail, de réviser les politiques ou procédures qui induisent des sentiments d’injustices et de promouvoir une véritable politique de coopération et de prosocialité organisationnelle et interindividuelle dans les organisations.

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Mots-clés éditeurs : citoyenneté organisationnelle, comportements anti‑sociaux au travail, comportements prosociaux au travail, déviance au travail, justice organisationnelle

Date de mise en ligne : 11/05/2012

https://doi.org/10.3917/th.751.0055