Article de revue

La médiatisation des questions de santé en Algérie. Cas de construction d'événement médiatique de santé publique

Pages 148 à 150

Citer cet article


  • Merah, A.
  • et Duetto, A.
(2014). La médiatisation des questions de santé en Algérie. Cas de construction d'événement médiatique de santé publique. Le Temps des médias, 23(2), 148-150. https://doi.org/10.3917/tdm.023.0148.

  • Merah, Aissa.
  • et al.
« La médiatisation des questions de santé en Algérie. Cas de construction d'événement médiatique de santé publique ». Le Temps des médias, 2014/2 n° 23, 2014. p.148-150. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2014-2-page-148?lang=fr.

  • MERAH, Aissa
  • et DUETTO, Article,
2014. La médiatisation des questions de santé en Algérie. Cas de construction d'événement médiatique de santé publique. Le Temps des médias, 2014/2 n° 23, p.148-150. DOI : 10.3917/tdm.023.0148. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2014-2-page-148?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/tdm.023.0148


Notes

  • [*]
    Maître de conférences (HDR). Université de Béjaia Algérie.
  • [**]
    Retrouvez l’intégralité de cet article en ligne sur le site histoiredesmedias.com
  • [1]
    Verón, E., Construire l’événement, Paris, Éditions de Minuit, 1981.

1A l’été 2007, une mystérieuse épidémie de syndrome néphrétique aigu survenait dans la région de Sidi Bel Abbes, dans l’ouest algérien. Rapidement, la presse et les sources médicales non autorisées font le lien avec une précédente épidémie intervenue en 2003 au cours de laquelle on avait enregistré une centaine de cas de « syndrome néphrétique aigu d’origine virale ». A travers ce cas d’étude, nous analyserons, à partir d’un corpus de presse écrite, la façon dont la médiatisation de l’événement participe à la construction d’une véritable affaire de santé publique.

2La rétention de l’information par les autorités a poussé les journalistes à formuler plus d’interrogations sur son origine qu’elle n’a permis d’informer les publics sur la maladie. Dès les premiers cas, trois pistes ont été envisagées : l’eau potable, l’eau d’irrigation et la pullulation de rongeurs. La qualité de l’environnement étant mise en cause, les collectivités locales et les bureaux communaux d’hygiène réalisent en catastrophe des campagnes de désinfection et de dératisation, tout en appelant à une mobilisation active des citoyens. La gravité du problème ne se mesure pas par rapport au risque sanitaire. Mais elle se situe plutôt au niveau de son enjeu politique surtout dans un système politico-médiatique où on ne reconnaît pas les déficiences des politiques publiques de santé.

3Le traitement médiatique et la gestion politique de l’épidémie font l’objet de controverses. Oscillant entre informations et commentaires, des discours contradictoires cherchent à tantôt à rassurer, tantôt à alerter les publics. La rétention de l’information, le off et les approximations des officiels favorisent un climat anxiogène. En effet, le ministère de la Santé, qui constitue la source officielle chargée de baliser le cadre interprétatif du problème, n’offre qu’un étonnant silence qui alimente ainsi les effets de rumeurs et de paniques sociales.

4Comment, dans ce contexte, les journalistes de presse écrite peuvent-ils faire leur travail d’information sur cette mystérieuse épidémie, alimenter le débat et participer la construction d’un problème de santé publique ?

5Une première partie de l’analyse porte sur l’évolution de l’information de santé en Algérie et tente de dégager la façon dont ce champ journalistique s’est structuré dans ce contexte politique et médiatique algérien. Mobilisant le schéma ternaire du système productif défini par Eliseo Veron [1], nous analyserons ensuite, dans le cas de l’épidémie de 2007, le processus de construction de l’événement. L’analyse d’un corpus de presse éclairera sur le traitement informationnel à partir de critères tels que l’écriture journalistique, la mise en page des articles (rubriques, genres rédactionnels, titraille), la mobilisation de la parole experte ou encore de l’usage des différentes sources d’information.

6Malgré l’existence d’un système d’information dominé par le monopole étatique de l’audiovisuel et des agences d’information, la presse écrite a montré sa capacité à composer avec ce double agenda médiatique et politique et réussi à identifier et formuler ici le problème de santé. Notre étude souligne comment le secteur privé de la presse d’information a fait pression pour obliger l’Etat à intervenir et prendre des décisions d’actions publiques.

7Si la construction d’un problème public est généralement un long processus, on constate ici qu’il a suffi de quelques jours et une centaine de cas déclarés (non mortels) pour que les premiers échos médiatiques autour de ce problème sanitaire alimentent une panique sociale et gouvernementale généralisée. On constate alors l’ouverture du débat public grâce à l’émergence des paroles politiques ou expertes de la part de divers acteurs (sociaux, institutionnels) sollicités par les journalistes.

8En matière d’information de santé, cette expérience d’épidémie a permis aux journalistes de découvrir un champ journalistique spécialisé et surtout d’initier et confirmer de nouvelles pratiques professionnelles : recherche d’information sur internet, diversification des sources d’information et initiation à la vulgarisation médicale. La principale conséquence de cet épisode sur la profession est d’avoir poussé les journalistes à trouver un meilleur équilibre entre les exigences du métier, les attentes des lecteurs, les logiques des pouvoirs publics et les contraintes conjoncturelles.

9Au-delà, la médiatisation des problèmes de santé publique est une dynamique vertueuse qui offre aux lecteurs ordinaires et aux professionnels du secteur l’opportunité de mieux s’informer sur la santé et de la percevoir autrement.


Date de mise en ligne : 30/12/2014

https://doi.org/10.3917/tdm.023.0148