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Sans patrie ni frontières de Jan Valtin : l'affaire de presse et le secret bien gardé des services spéciaux

Pages 19 à 51

Citer cet article


  • Bourgeois, G.
(2011). Sans patrie ni frontières de Jan Valtin : l'affaire de presse et le secret bien gardé des services spéciaux. Le Temps des médias, 16(1), 19-51. https://doi.org/10.3917/tdm.016.0019.

  • Bourgeois, Guillaume.
« Sans patrie ni frontières de Jan Valtin : l'affaire de presse et le secret bien gardé des services spéciaux ». Le Temps des médias, 2011/1 n° 16, 2011. p.19-51. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2011-1-page-19?lang=fr.

  • BOURGEOIS, Guillaume,
2011. Sans patrie ni frontières de Jan Valtin : l'affaire de presse et le secret bien gardé des services spéciaux. Le Temps des médias, 2011/1 n° 16, p.19-51. DOI : 10.3917/tdm.016.0019. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2011-1-page-19?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/tdm.016.0019


Notes

  • [1]
    Walter G. Krivitsky, In Stalin’s secret service: an expose of Russia’s secret policies by the former chief of the Soviet intelligence in Western Europe, New York, Harper & Brothers, c1939. Walter Krivitsky, In Stalin’s Secret Service: Memoirs of the First Soviet Master Spy to Defect, Enigma Books, 2000 (trad. fr. J’étais un agent de Staline, Paris, Champ Libre, 1979). Voir aussi sur cette question, Walter Krivitsky, Gary Kern, MI5 Debriefing & Other Documents on Soviet Intelligence, Xenos Books, 2004.
  • [2]
    Herald Tribune, 19 janvier 1941.
  • [3]
    Vingt années plus tard, Freda Utley apprit que son mari était mort le 30 mars 1938. C’est seulement en 2004 que leur fils, Jon Basil, fut informé que les hommes de la GPU l’avaient abattu d’une balle dans la nuque pour avoir organisé une grève de la faim dans l’un des goulags de Vorkouta.
  • [4]
    Interview de John Fleming par Amity Shlaes, le 17 septembre 2009 sur Book TV-After Words-John Fleming, The Anti-Communist Manifestos.
  • [5]
    Fleming John V, The Anti-Communist Manifestos – four books that shaped the Cold War, New York, Norton & Company, 2009. Von Waldenfels Ernst, Der Spion, der aus Deutschland kam. Das geheime Leben des Seemans Richard Krebs, Aufbau Verlag, Berlin, 2002.
  • [6]
    Von Waldenfels Ernst, op. cit., p. 269.
  • [7]
    Voir en particulier sur ces questions le tome 24 des Œuvres de Léon Trotsky, Paris, ILT, 1987.
  • [8]
    Arthur Price avait été le professeur de littérature de Krebs, en prison. Lorsqu’il ouvrit le livre de Valtin, il reconnut immédiatement des passages qu’il avait déjà vus quelques années plus tôt.
  • [9]
    John Fleming, op. cit., pp. 145 à 153
  • [10]
    Pierre de Chevigné venait d’être nommé par le gouvernement haut-commissaire français à Madagascar, mission particulièrement sensible après les événements sanglants qui s’y étaient déroulés et vis-à-vis desquels les communistes français avaient été depuis vertement tancés pour leur passivité.
  • [11]
    Le lendemain, l’hebdomadaire rouennais L’Echo de Normandie, titrait « René Cance, député communiste du Havre est un ancien espion de la police soviétique. Il a été pendant 15 ans au service du Guépéou ».
  • [12]
    Institut d’histoire du Temps présent, Fonds Joë Nordmann, ARC 3015 (10-11): Procès René Cance (Cance contre L’Écho de Normandie, L’Aurore, Le Pays et autres). Les dossiers ne portent pas de mention et les pièces n’en sont pas numérotées.
  • [13]
    Guillaume Bourgeois, « Les métamorphoses du Béria français », in Le Roy-Ladurie Emmanuel et Bourgeois Guillaume, Ouverture, société, pouvoir – de l’édit de Nantes à la chute du communisme, Paris, Fayard, 2005, pp. 193-217.
  • [14]
    Dès le 23 mars, Joë Nordmann avait demandé son témoignage à Harry Pollitt.
  • [15]
    Public Records Office, Londres, Valtin KV 2/1104-216a.
  • [16]
    Une note du 5 mai 1948 signée Villard évoque des recherches à accomplir en direction des États-Unis (vers des juristes et dans la presse): la personne pressentie pour cette tâche est Vladimir Pozner. IHTP, fonds Joë Nordmann, ARC 3015 (10-11).
  • [17]
    IHTP, fonds Joë Nordmann, ibidem.
  • [18]
    IHTP, fonds Joë Nordmann, ibidem..
  • [19]
    La première apparition de l’un de ces photostats dans la presse communiste date du 14 mai 1948. Ce jour-là, L’Humanité titre: « Jules Moch, Malraux, Daladier… témoins de moralité de Jan Valtin, l’agent de la Gestapo ».
  • [20]
    IHTP, fonds Joë Nordmann, ibidem.
  • [21]
    IHTP, fonds Joë Nordmann, ibidem.
  • [22]
    IHTP, fonds Joë Nordmann, ibidem.
  • [23]
    Extraits du jugement, d’après la postface rédigée par Jacques Baynac pour la réédition de Sans Patrie ni frontières aux éditions Jean-Claude Lattès, en 1975.
  • [24]
    Valtin avait décrit l’intimité du foyer de René Cance (futur maire du Havre) sous un jour un peu olé-olé. Dans une lettre du 28 septembre 1948, Valtin écrivit: « J’ai reçu la photographie provenant d’un journal, montrant Mme Cance et sa fille (…) Si la personne que représente cette photographie est vraiment Mme Cance, celle que j’ai décrite dans Sans patrie ni frontières comme étant Mme Cance est une personne entièrement différente. […] Si j’ai supposé que la femme communiste que j’ai rencontrée au Havre […] avec M. Cance était Mme Cance, j’ai été sans aucun doute coupable d’une conclusion hâtive et erronée basée seulement sur l’impression du moment. » Cité par Jacques Baynac, Ibidem.
  • [25]
    Rohrwasser Michael, Der Stalinismus und die Renegaten; Die Literatur der Exkommunisten, Metzler Studienausgabe, Munich, 1991.
  • [26]
    Tagebuch der Hölle fut édité à Cologne en 1957.
  • [27]
    Von Waldenfels Ernst, Der Spion, der aus Deutschland kam. Das geheime Leben des Seemans Richard Krebs, Aufbau Verlag, Berlin, 2002.
  • [28]
    Nelles Dieter, « Jan Valtin “Tagebuch der Hölle” – Legende und Wirklichkeit eines Schlüsselromans der Totalitasmustheorie », Zeitschrift für Sozialgeschichte des 20. und 21. Jahrhunderts, 1994, pp. 11-45.
  • [29]
    Dieter Nelles, « Die Rehabilitation eines Gestapo-Agenten: Richard Krebs/Jan Valtin », Sozial Geschichte Zeitschrift für historische Analyse des 20. und 21. Jahrhunderts, n° 18, Brême, 2003, pp. 147-158. Ajoutons que la chercheuse française Constance Micalef-Margain a consacré son mémoire de maîtrise et son DEA à ces questions (Paris I-2000-2002) et que son jugement penche vers les thèses de Nelles.
  • [30]
    Dieter Nelles a lui-même consacré à celui que Lénine avait surnommé le « flibustier du Komintern » un travail de réédition critique: Knüfken Hermann, Von Kiel bis Leningrad, Erinnerungen eines revolutionären Matrosen 1917 bis 1930, herausgegeben von Andreas Hansen, BasisDruck Verlag, Berlin, 2008.
  • [31]
    Ces dossiers Richard Krebs portent les cotes KV 2/1102, KV 2/1103 et KV 2/1104.
  • [32]
    Sauf avis contraire, tous les documents du MI5 cités infra relèvent de la cote PRO-KV 2/1102.
  • [33]
    George Hardy avait la réputation d’être aussi corrompu que protégé par les Soviétiques qui lui accordaient de considérables privilèges. Une note policière du 6 août 1932 remarque que George Hardy vient d’être déposé et une autre, de la Special Branch, datée de la veille, fondée sur les révélations d’un indicateur au sein de la section londonienne des Seamen’s Minority Movement, affirme qu’un délégué envoyé d’Allemagne arbitre la dispute entre George Hardy et Fred Thompson. Le 28 juillet, deux étrangers (Krebs et De Leeuw) sont localisés dans l’ouest de la capitale. Une lettre du 23 août, adressée par Krebs à Walter, analyse au vitriol la situation anglaise. Krebs accable Hardy et le dirigeant noir O’Connell qu’il soupçonne de corruption.
  • [34]
    Des notes concernant « The Moon is no Battleship » sont présentes dans les archives d’Isaac Don Levine à Emory-Atlanta. Merci à Elizabeth Stice pour ses recherches sur place.
  • [35]
    Seul fait que l’écrivain semble avoir inventé pour faire plus vrai, il n’aurait pas tenté d’avaler un papier compromettant… mais les policiers ne l’ont peut-être pas consigné volontairement.
  • [36]
    Le 15 octobre, il est annoncé qu’il arrivera à Londres et, le surlendemain, une source fiable et proche de Jack Cohen informe qu’il arrivera à bord du Lapwing: il sera porteur de trois missives importantes destinées aux sections SMM de Sidney, Liverpool et Londres. Rien ne doit être entrepris directement afin de ne pas compromettre la source.
  • [37]
    Une note 8 mars 1933 souligne que « Richard Krebs a visité les sections et sous-sections du PC en Norvège au cours des mois de décembre et de janvier »; il a corroboré ce qui avait été dit par d’autres visiteurs dans le passé sur « le manque de professionnalisme et les pratiques malhonnêtes du PC norvégien… »
  • [38]
    La lettre porte la mention « Personnel et confidentiel, via la valise diplomatique ». PRO KV 2/1104-195a.
  • [39]
    La House Committee on Un-American Activities (HCUA) dite « Commission Dies » était une commission d’enquête de la Chambre des représentants: son champ d’action toucha aux activités antiaméricaines dans deux dimensions, nazie et communiste.
  • [40]
    PRO KV 2/1104-195a.
  • [41]
    Richard Jensen est en effet le nom de l’agent danois du GPU auquel Valtin est confronté au Danemark.
  • [42]
    Tous les rapports du MI5 présentent Krebs comme le « deputy » ou bien « l’assistant » de Walter.
  • [43]
    Cf. « Quelques informations recueillies sur Richard Krebs alias Jan Valtin ». IHTP, fonds Joë Nordmann, ibidem.
  • [44]
    Le dernier rapport d’Erka parvient à la Gestapo alors que Krebs est en route pour l’Amérique. Il aurait été posté le 3 février et il signale que Wollweber et Deter sont désormais majoritaires parmi les marins communistes. Ils se fixent pour mission d’intégrer l’ITF réformiste d’Edo Fimmen. Selon un rapport « Koenig » du 12 mai 1938, Krebs a témoigné à Anvers de son passage par la Gestapo et il est parti sur un bateau anglais avec l’aide de l’ITF. L’ex-dirigeant communiste Hermann Knüfken y apparaît en tant qu’homme de Scotland Yard. Une lettre du MI6, adressée au MI5 en date du 20 décembre 1937, signale que: « Krebs, qui avait été à l’origine condamné à quatre années d’emprisonnement à Hambourg a été relâché en septembre après avoir accompli à peu près 3 ans et demi de sa peine. Krebs a quitté son pays, soit disant avec la permission des autorités, et il est d’abord venu à Copenhague en tant que réfugié auprès du Parti communiste danois. Il a apparemment suscité la suspicion à l’intérieur du parti qui a considéré comme possible qu’il fut un provocateur au service de la Gestapo. Il a été finalement décidé que Richard Jensen le placerait à bord d’un bateau russe et l’enverrait à Leningrad; Krebs, qui avait entendu parler des arrestations et des fusillades en Russie et qui ne se considérait probablement comme pas assez sûr de lui-même pour aller en Russie, refusa, Il est ensuite allé à Paris via Esbjerg et Dunkerque et s’est proposé pour aller en Espagne, ce qui lui a été refusé. Il s’est ensuite embarqué pour Anvers et, il y un mois, il a signé comme marin sur le vapeur belge Le Phoque. Selon notre source, Krebs est arrivé à Lllanelly, près de Swansea, à bord du Phoque aux environs de la fin de la dernière semaine de décembre: là, l’officier d’immigration a refusé son débarquement. Son bateau est retourné à Anvers le 11 décembre et comme il devait prendre la direction de la Finlande via le canal de Kiel, Krebs a démissionné. Le jour-même, il est allé à Gand avec l’intention de trouver une autre embauche en tant que marin. En nous transmettant ce qui est cité supra, notre source affirme que Krebs n’a plus rien à faire avec le Parti communiste, ayant été expulsé de ce dernier, le parti l’accuse d’être un informateur de police mais notre source pense que, selon, toute probabilité, ce n’est pas le cas », PRO KV 2/1103. Notons que la source de l’Intelligence Service pourrait bien être Hermann Knüfken.
  • [45]
    Voir par exemple le livre de Francis Pornon a consacré à Frank Boujard, kominternien de l’Internationale des marins, originaire de Haute-Savoie : Le Beau Frank, Paris, Le Temps des Cerises, 1997.
  • [46]
    Bend on the river et Wintertime, écrits postérieurement, sont plus ordinaires et ne connurent qu’un succès limité.
  • [47]
    Cf. Fleming, op. cit., pp. 158-162.
  • [48]
    Sans Patrie ni frontières a été réédité en 1997 chez « Babel », Actes Sud.
Français

Résumé

De tous les récits touchant à la vie des dirigeants communistes, celui de Jan Valtin, nom de plume du kominternien Richard Krebs, est certainement le plus troublant, le plus fort et le plus emblématique. Description de la période de l’entre-deux-guerres allemand, écrit en anglais, aux Etats-Unis, sous le titre d’Out of the Night (en français Sans Patrie ni frontières), le livre apparaît d’abord comme une fresque sur l’action clandestine des militants en faveur d’un Octobre mondial. Réquisitoire implacable contre Staline qui préféra jouer la politique du pire en Allemagne, il campe la prise du pouvoir par Hitler en des termes terrifiants de vérité. Acclamé à sa sortie, ce Blockbuster éditorial subit ensuite les assauts de la propagande stalinienne qui fit passer son auteur pour un parfait imposteur, voire un agent de la Gestapo. Puisant dans les sources complètement inédites des polices de sécurité britanniques et américaines, Guillaume Bourgeois atteste au contraire la véracité essentielle du livre et l’authenticité de la vie de son auteur dont l’honneur fut sacrifié sur l’autel des bonnes relations interalliées, dès que les Etats-Unis entrèrent en guerre aux côtés de l’Union soviétique.


English

Out of the Night by Jan Valtin: the press scandal and the well-hidden secret of intelligence services

Out of the Night by Jan Valtin: the press scandal and the well-hidden secret of intelligence services

The book of Jan Valtin, Richard Krebs’ pen name, must be one of the most powerful, puzzling and disturbing, of all the accounts of the lives of communist activists. Originally written in English by its German author, Out of the Night (Sans Patrie ni frontières in French) is an outstanding description of the interwar years in Germany. The book is an uncompromising indictment of Stalin who allowed Russo-German relations to deteriorate to achieve his own aims. It is a terrifying account of Hitler’s rise to power. Widely acclaimed when released, it was dismissed by Stalin’s propaganda which argued that Valtin was an impostor or, worse, a Gestapo agent. Thanks to new sources from British and American Security Services, Guillaume Bourgeois confirms the overall validity of the book and its account of its author’s life; his honour was sacrificed in the name to preserve relations between the allies, once the US came entered the war alongside the Soviet Union.


Date de mise en ligne : 18/08/2011

https://doi.org/10.3917/tdm.016.0019

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