Compte rendu

Michel Agier (2015). Anthropologie de la ville. Paris : Presses Universitaires de France, 248 p.

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  • Blanchard, C.
(2017). Michel Agier (2015). Anthropologie de la ville. Paris : Presses Universitaires de France, 248 p. Le sujet dans la cité, 7(2), II-II. https://doi.org/10.3917/lsdlc.007.0271b.

  • Blanchard, Christophe.
« Michel Agier (2015). Anthropologie de la ville. Paris : Presses Universitaires de France, 248 p. ». Le sujet dans la cité, 2017/2 N° 7, 2017. p.II-II. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-sujet-dans-la-cite-2016-2-page-II?lang=fr.

  • BLANCHARD, Christophe,
2017. Michel Agier (2015). Anthropologie de la ville. Paris : Presses Universitaires de France, 248 p. Le sujet dans la cité, 2017/2 N° 7, p.II-II. DOI : 10.3917/lsdlc.007.0271b. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-sujet-dans-la-cite-2016-2-page-II?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lsdlc.007.0271b


Notes

  • [1]
    Pierre Sansot (1973). Poétique de la ville. Paris : Klincksieck. Réédition Petite Bibliothèque Payot, 2004.

1 Paru au Presses Universitaires de France en 2015, l’ouvrage de Michel Agier, L’anthropologie de la ville, constitue une réactualisation d’un article publié en 1996 dans la revue Enquête. Près de vingt ans plus tard, on constate que ce texte fondateur n’a rien perdu de son acuité.

2 Bien que renouant avec une longue tradition des sciences sociales visant à faire de l’espace urbain un lieu de recherche et d’analyse à part entière, l’ambition de l’auteur ne consiste pourtant pas à reproduire l’anthropologie urbaine classique, mais désormais datée, d’un Robert Park ou d’un Louis Wirth. Même s’il revendique une filiation avec des sociologues français comme Henri Lefebvre à qui il emprunte la formule du « droit à la ville » (p. 209), Agier se veut néanmoins autonome vis-à-vis des recherches urbaines entreprises en France ces quarante dernières années (I. Joseph ou C. Pétonnet), mais aussi critique face à la condescendance de Claude Lévi-Strauss qui longtemps considéra la ville comme un lieu tout juste bon pour mener une « ethnographie du dimanche » (p. 22).

3 À travers les neuf courts chapitres de son livre, Michel Agier entend ainsi rappeler que la ville contemporaine constitue un espace de vie en perpétuelle reconfiguration qu’il assimile volontiers à un lieu « hologramme » (p. 37). Tout aussi poétique que celle décrite naguère par Pierre Sansot  [1], la ville d’Agier est celle d’une déambulation mondialisée à travers les ruelles, les cours, les passages et autres « avenidas » qui amènent l’anthropologue à établir sa propre « carte mentale de la ville » ainsi que ses « régions morales » (p. 41).

4 Par le biais de descriptions ethnographiques effectuées tout au long de sa carrière, à Salvador de Bahia au Brésil, à Lomé au Togo ou dans les camps de réfugiés qu’il a étudiés, l’auteur nous propose un panorama éclairant de ces « non-lieux », chers à Marc Augé, de toutes ces marges et ces « hors-lieux » qui trop souvent encore ne sont envisagés par certains spécialistes que comme des excroissances indéchiffrables. Sans prétendre tarir l’analyse anthropologique, Michel Agier montre comment ces espaces constituent des éléments d’articulation de cette « ville en mouvements », lieu de production culturelle, imaginaire et politique caractérisant l’agir urbain ou le « faire-ville » (p. 209).

5 Finie donc la césure artificielle d’une ville spécifiquement occidentale. Agier veut démontrer que la ville du xxie siècle doit désormais être appréhendée par le biais de nouveaux outils théoriques. Pour plonger dans le quotidien de cette ville contemporaine et en explorer les rouages, l’auteur valorise l’engagement situationnel développé par les chercheurs du Rhodes Livingston Institute, base méthodologique nécessaire pour parvenir à une anthropologie cohérente de la cité. Grâce à cette grille de lecture, il dégage quatre typologies de situations urbaines (les situations ordinaires, extraordinaires, de passage et rituelles) qui lui permettent de mieux mettre en perspective la stabilité ou au contraire la variabilité des relations en ville (p. 97).

6 Contrairement aux approches classiques, l’auteur rappelle ainsi que la ville en tant qu’espace anthropique ne se laisse pas enfermer dans des frontières fixées à l’avance. En ce sens, elle ne constitue pas un objet clos à l’intérieur duquel s’activeraient les citadins. Pour l’auteur, la « citadinité » (p. 95) est un processus dynamique qui débute au sein même de l’espace privé et domestique et les frontières de la ville n’existent que dans le cadrage normatif qu’on peut en faire. En réalité, seules les relations permanentes qui s’y nouent sont à même de la définir.

7 Loin d’un simple manuel d’anthropologie urbaine, l’ouvrage de Michel Agier ne se laisse pas lui non plus emprisonner. À ce titre, il constitue une analyse anthropologique tout court dont les perspectives débordent largement le cadre restreint de la cité. La brièveté de l’ouvrage laissera certes quelques regrets à tous ceux qui auraient aimé que l’anthropologue fournisse un éclairage complémentaire sur certaines problématiques actuelles, comme la fameuse question des banlieues françaises par exemple que l’auteur ne fait que survoler. Mais le cadrage général de l’ouvrage est suffisamment souple pour que les jeunes chercheurs s’emparent des propositions faites par Agier et tentent à leur tour de redonner un sens à la ville et à ses périphéries.

8 Christophe Blanchard

9 Université Paris 13 Sorbonne Paris Cité


Date de mise en ligne : 31/03/2017

https://doi.org/10.3917/lsdlc.007.0271b